Claude et Elisabeth Dauge détiennent une médaille très convoitée des marathoniens, celle des six stars finishers. Le couple de Franciliens a réalisé un rêve en bouclant les six plus gros marathons de la planète. Et courir ainsi a changé leur vie.

Six courses, six étoiles, un rêve pour Claude et Elisabeth Dauge. Ces Franciliens font partie d’un club très fermé, celui des « six stars finishers ». En février au Japon, le couple de cinquantenaires a décroché sa sixième étoile en bouclant la série des Abbott World Marathon Majors (Boston, Londres, Berlin, Chicago, New York et Tokyo). En France, 350 marathoniens seulement possèdent cette « big medal ». Pour les Dauge, cette récompense est un bel accomplissement.

Claude et Elisabeth Dauge font partie des 350 Français à posséder la médaille des 'six stars finishers'.

Courir, d’abord pour maigrir

Des deux, c’est monsieur qui s’est mis à courir en premier. Conducteur de bus de nuit, les années passant, ce père de famille s’était un peu laissé aller. A plus de 100 kilos sur la balance, Claude a chaussé des baskets sans autre ambition que de maigrir.

Rapidement, la course équilibre son quotidien et le métamorphose. Aujourd’hui jeune retraité, il affiche un poids de forme autour de 64 kilos et une pêche d’enfer pour un presque sexagénaire. Mais rien n’a été facile. « Le tour du parc de l’île Marante, à côté de chez nous, fait 4 kilomètres. J’ai commencé par marcher, puis alterner marche et course, pour finir par courir d’une traite. Je me suis inscrit sur mon premier marathon à Paris en 2001. »

« A l’époque, je pesais encore près de 100 kilos. J’en ai bavé, j’ai fini au mental en 5h. J’ai réalisé que cette distance était insurmontable pour personne. Avec de la volonté et un bon entraînement, tout le monde peut boucler un marathon. J’en suis la preuve ! Comme je maigrissais bien, je me suis pris au jeu des marathons, histoire d’aller plus loin. En club, j’ai rapidement progressé », raconte l’ancien chauffeur.

Son record : 3h07’ (Dublin, 2005) en 25 marathons comptant donc les Majors. « Courir les six majeurs, c’était plutôt le rêve de ma femme. Moi je voyais plus le côté pécuniaire de la chose. Mais je dois dire que j’ai adoré courir ces marathons, tout particulièrement aux Etats-Unis. A Boston, Chicago et New York, le public est extraordinaire et l’ambiance comme nulle part ailleurs. » détaille Claude.

Premier marathon : « le plus beau jour de ma vie« 

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Le couple Dauge à l’arrivée du Marathon de Londres.

Sa femme Elisabeth lui a donc emboîté le pas une dizaine d’années plus tard. Allergique au sport à la base, cette employée de banque s’est aussi reprise en main à l’aube de la cinquantaine. « J’étais une grosse fumeuse, environ deux paquets par jour. J’ai eu un souci de santé avec des artères bouchées. J’ai donc arrêté de fumer et nécessairement, j’ai pris du poids. J’ai commencé à trottiner tranquillement, sans aucun esprit de compétition, juste pour perdre du poids. Je voyais mon mari enchaîner les marathons et j’avais bien un rêve secret, courir New York, mais cela me paraissait tout simplement impossible….

« Et puis j’ai eu un déclic lorsque qu’une amie a terminé un marathon en 6h. Je me suis dit, si elle l’a fait, pourquoi je n’en serais pas capable ? Cette amie m’a proposée de l’accompagner à Paris en 2016. Je n’oublierai jamais l’émotion qui m’a traversée en passant la ligne d’arrivée de mon premier marathon. Après la naissance de ma fille, ce fut le plus beau jour de ma vie ! J’étais fière d’accomplir ce challenge toute seule, en dépassant la souffrance. Du haut de mon mètre cinquante six et de mes cinquante six kilos, je n’ai pas vraiment le profil type de la coureuse mais j’y suis arrivée ! » détaille Elisabeth.

Six stars finishers, un graal

Le couple Dauge, sur le Marathon de New York en 2017.
Le couple Dauge, sur le Marathon de New York en 2017.

Le couple réserve son voyage pour New York l’année suivante, en 2017. « Très vite, j’ai eu envie de cette grosse médaille à six étoiles, c’était mon graal. », raconte Elisabeth, désormais aussi mordu que son époux.  

Ensemble, chacun à son rythme, ils ont donc couru Chicago en 2018, Londres et Berlin en 2019, Boston en 2022, pour finir par Tokyo cette année. Elisabeth boucle ce dernier de la série, son 9e marathon, sur un « RP » en 4h08’, une belle surprise. «Je ne partais pas spécialement pour battre mon record. Au pied des grandes immeubles de Tokyo, mon GPS captait mal, je ne savais pas vraiment à quelle allure je courrais. Le contexte n’était pas très favorable, car à cause du Covid, les ravitaillements étaient compliqués, nous devions repérer les tables en fonction de notre numéro de dossard, puis aller chercher nous-même les verres d’eau. Bref, malgré cela, à 5 kilomètres de la fin, je réalise que je peux battre mon record, cela m’a boosté pour terminer ! » raconte la mère de famille, pas prête de s’arrêter en si bon chemin…

« Courir, c’est mon Prozac »

« Initialement, je m’étais dit que j’arrêterai après avoir couru ces six marathons majeurs. A 57 ans, le corps commence à fatiguer et avec le travail, l’entraînement est parfois pesant. Mais bon, maintenant je prévois de continuer. Courir, c’est mon Prozac et j’adore la distance marathon. Si j’ai la chance d’être sélectionnée pour le Marathon pour Tous, j’irai évidemment pour ne pas rater cet événement historique. Mais j’ai aussi dans un coin de ma tête, le Marathon des Big Five en Afrique du Sud qui se court au milieu des animaux, ou encore le Marathon de Washington DC, en soutien aux vétérans américains. »

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Elisabeth Dauge, fan de la mascotte du Marathon de Boston.
Souvenir avec la mascotte du marathon de Boston.

De son côté, son mari compte aussi bien sûr continuer le plus longtemps possible à se challenger. « Je me suis focalisé sur les marathons pendant des années, en enchaînant parfois 3 ou 4 en une année. Si c’était à refaire, je m’entraînerais différemment, en privilégiant la qualité à la quantité. Cela m’aurait sans doute permis de passer sous les 3h. C’est mon seul regret. Mais à l’époque, on faisait tous beaucoup de volume, maintenant c’est différent. Cette année, je veux justement essayer de regagner en vitesse. J’aimerai revenir à 41’ ou 42’ sur 10 km (ndrl : son record est en 39’) » raconte le coureur de Nanterre.

Car en bon compétiteur, Claude joue volontiers des coudes en compétition comme à l’entraînement. Le duo fait partie de la grande communauté Adidas Runners Paris et partage régulièrement des sorties groupées à plusieurs dizaines de coureurs de tous âges et tous niveaux. Claude tient parfois la dragée haute à plus jeune que lui, et aime se « rentrer dedans » comme on dit dans le jargon.

La collection de médailles promet donc de s’étaler encore un peu plus dans le salon. Pourquoi pas d’ailleurs en courant le futur petit nouveau du circuit Abbott World Marathon Majors. Pour l’heure Sydney en Australie, Capetown en Afrique du Sud et Chengdu en Chine sont candidats. On devrait connaître d’ici l’an prochain la destination élue. Reste à savoir si une nouvelle « big medal » arborera sept étoiles…



Patrick Montel, commentaire phare de l’athlétisme sur France Télévisions désormais retraité poursuit sa passion en tendant son micro aux amateurs chaque week-end. Et ça donne toujours des frissons.

Alors après avoir commenté les exploits des plus grands champions, vous tendez le micro aux amateurs. Qu’est-ce qui a motivé votre démarche ?


« Celui qui se défie sur un effort de longue durée est son propre champion olympique. Et donc il mérite un traitement comparable à un athlète de haut niveau. Cette évidence ne m’avait jamais sauté aux yeux lorsque j’étais à France Télévisions. Je faisais de la discrimination malgré moi en pensant, il y a les athlètes de haut niveau d’un côté et les coureurs du dimanche. C’était une erreur énorme. Monsieur et Madame Tout le monde sont de véritables champions comparés à eux-mêmes. S’entraîner pour un trail ou un marathon, c’est un investissement comparable à un sportif de haut niveau. J’ai juste voulu acter cette réalité. Comme peu de gens le font, il y a une attente importante. »

« Radio Montel » a démarré ainsi en plein Covid…

«  Oui, le sport était à l’arrêt, moi aussi. Alors par manque d’événement, j’ai exhumé de vieilles vidéos d’archives. Cela m’a permis de mobiliser une communauté, qui a enflé lorsque j’ai tendu le micro à des gens qui ne l’avaient jamais eu. »

Plus de 230 000 personnes vous suivent désormais sur les réseaux sociaux. Vous attendiez-vous à ce succès ?


« Je ne m’attendais à rien du tout. Ces traileurs, je leur en saurais gré toute ma vie parce qu’ils m’ont permis de rebondir. Je ne savais pas ce que j’allais devenir. Je voulais absolument continuer à exercer ma passion et toute cette communauté qui m’a permis de vivre ce rebond. »

Patrick Montel à l'arrivée du Grand Raid de La Réunion.
Patrick Montel à l’arrivée du Grand Raid de La Réunion. ©DR

Vous êtes sur le terrain chaque week-end sur les courses la France…

« Oui, je bosse plus que lorsque je bossais (rires). Lorsque les organisateurs m’invitent à couvrir leur course, je sais que je vais rencontrer des gens bienveillants. A la télévision, j’apparaissais comme clivant. Il y avait ceux qui aimaient bien Montel et ceux qui ne pouvaient pas le voir. En gros, c’était du 50/50. Depuis que je suis sur le terrain, c’est différent, on m’accueille toujours très gentiment. J’éprouve ce besoin d’aller à la rencontre de gens et de me sentir aimé, c’est simplement humain. »

Comment repérez-vous les coureurs que vous interrogez ?

« Il n’y a pas vraiment de hasard. J’observe et je perçois une étincelle, un regard, quelque chose de différent. Cela ne s’explique pas. Après 30 ans de télé, je suis assez facilement identifié, on ne me perçoit pas comme un intru, cela aide aux confidences. A travers ces témoignages, j’espère motiver ceux qui ne pratiquent pas le sport. Le plus beau compliment, c’est qu’on me dise : ‘j’ai vu telle vidéo et cela m’a donné envie de courir’. »

Parmi vos rencontres ces derniers mois, certain(e)s vous ont particulièrement ému ?

« Tous ceux qui courent pour quelqu’un, pleurent un enfant ou un parent disparus, luttent contre la maladie ou l’usure du temps. Tous ceux-là me touchent au plus profond. Il m’arrive de pleurer avec eux. Les frissons que je ressentais lorsque je commentais Usain Bolt, je les ressens en recueillant les témoignages des uns et des autres. Tout contact m’enrichit. Vraiment. »


Vous courez aussi Patrick Montel ?

« Oui toujours, trois ou quatre fois par semaine à présent. J’ai une boucle de 10 km sur les bords de Marne que j’effectue sans la montre. Je m’arrête souvent pour parler avec des gens. Sur mon parcours, il y a une centaine de marches sur lesquelles les traileurs viennent traquer du dénivelé. Je leur tends volontiers le micro, cela fait partie de mon jogging. »

Cela ne vous donne pas envie de prendre un dossard ?

« Surtout pas. Mon maître, Bernard Faure, qui m’a mis le pied à l’étrier en course à pied il y a 30 ans, qui m’a appris à écouter mon corps. La compétition, la performance pour la performance, ce n’est pas la panacée. Je respecte énormément ceux qui sont dans cet état d’esprit là mais moi, je préfère courir sans la montre. »

Est-ce qu’un souvenir émerge de votre longue carrière de commentateur sportif ?

« Oui, il y en a un auquel je pense quasiment tous les jours. C’est ma rencontre avec Samya, une jeune athlète yéménite. A Pékin en 2008, elle avait terminé dernière de sa série du 100 mètres. On s’était donnés rendez-vous à Londres en 2012. Malheureusement, le Yémen est un pays en guerre permanente dont on ne parle jamais. Samya a terminé au fond de l’océan en voulant rejoindre un camp d’entraînement pour préparer les J.O de Londres. C’est ma petite fée, un trait d’union entre les athlètes de haut niveau qui ont quelque part des privilèges et Monsieur et Madame Tout le monde, qui quelquefois passent au travers de leur passion. »

Vous avez digéré votre départ de France Télévisions ?  

« Complètement. J’ai refermé la page et je remercie France Télé de m’avoir offert ces grands moments de bonheur. Cela a été difficile, comme toute rupture amoureuse, mais je suis très heureux de ma reconversion qui n’en est pas une car c’est le prolongement de ce que j’ai toujours fait ! »

Patrick Montel, commente toujours au pas de course.
Patrick Montel, commente toujours au pas de course. ©Joaquim Galvez


Un sportif ou une sportive vous inspire particulièrement, Patrick Montel ?

« J’ai eu beaucoup de privilèges dans ma vie mais on peut dire que j’ai épousé la carrière de Marie-José Pérec. Elle m’a dit un jour « j’écris la musique et tu écris les paroles ». C’est le plus beau compliment que l’on ne m’ait jamais fait, surtout venant d’une jeune femme plutôt avare de compliments. Je me sens ainsi très proche de Marie-Jo sans l’avoir intimement côtoyée. »


En 2019, vos propos polémiques lors de l’affaire Clémence Calvin vous ont écarté de l’antenne. Les regrettez-vous ?

« Il n’y avait aucune polémique. C’est un constat, tout le monde sait mais personne ne veut savoir. Le dopage aujourd’hui est consubstantiel de la société et du sport du haut niveau. Je n’ai jamais dit que tout le monde se dopait, je m’en garderai bien. Concernant mon départ de la chaîne, j’avais atteint la limite d’âge et je ne voulais pas m’en rendre compte. Je pense qu’une passion est éternelle. J’aurai adoré mourir au micro, peut-être que je vais mourir au micro d’ailleurs car je compte continuer à commenter. »

Justement, Patrick Montel, on rêve de vous voir commenter les JO de Paris 2024. Vous y serez ?

« Ces prochains JO, c’est mon trip absolu. Je me bats pour obtenir une accréditation. Radio Montel n’est pas grand-chose pour le CIO. Si je n’y arrive pas, j’irai commenter à l’extérieur ou bien depuis ma salle de bain avec Nicole, mon chat, qui m’écoute toujours quand les autres en ont marre. Donc oui, d’une manière ou d’une autre, j’y serai. »

Pour finir, parlez-nous de votre association « Alors Peut-être »…


« En reprenant la notion de sport sur ordonnance, malheureusement trop peu appliquée, l’idée est d’être un trait d’union entre les malades d’un cancer, du diabète ou de problèmes cardiovasculaires, les coachs qui peuvent les épauler et les organisateurs de courses qui peuvent offrir des dossards. « Alors peut-être », formule que j’avais utilisée sur une course, résume cette idée : si l’on tend la main, on peut aider des gens qui souffrent d’une affection longue durée à prendre goût au sport et à réaliser des objectifs dont ils se pensaient incapables. »



Figure de la course à pied depuis des décennies, Charly Bancarel, 93 ans, a terminé le Marathon de Paris en 7h22′. En 2024, ce papy fringuant réalisera un rêve en courant le marathon des Jeux Olympiques.

On ne s’arrête pas quand on vieillit, mais on vieillit quand on s’arrête. C’est le dicton favori de Charly Bancarel, 93 ans. Une frêle silhouette mais une santé de fer pour ce super papy qui vit depuis toujours à Salers, dans le Cantal. « Pour l’instant, je touche du bois, je n’ai jamais été blessé et j’ai terminé tout ce que j’ai entrepris  », lance-t-il de sa voie éraillée.

Objectif : finisher à Paris 

Ce doyen de la course à pied a couru ce dimanche le Marathon de Paris pour la dixième fois. « Mon objectif c’est d’abord de terminer bien sûr. Autour de 5h-5h15, si j’y arrive, en fonction de ma forme. En 2019, j’avais mis 5h23’. J’étais bien à l’arrivée, j’avais même regretté de ne pas avoir forcé un peu plus, mais enfin, que voulez-vous à mon âge, on fait attention… », nous expliquait-il il y a quelques semaines. Finalement, Charly a mis plus de temps que prévu pour boucler cette traversée de Paris. Il termine en 7h22, sous les ovations du public.  

Charly Bancarel à l'arrivée du marathon de Paris en 2019
A l’arrivée du marathon de Paris en 2019.

Cet homme est fait d’un autre bois que vous et moi. Aligner 42 kilomètres à son âge tient tout simplement de l’exploit. « Malgré les années qui passent, j’ai toujours le cœur pour faire ces choses-là, c’est une chance. Je sens que c’est bien pour mon corps et mon médecin ne dit pas le contraire », explique ce grand-père qui fait la fierté de toute sa famille. Ses bilans de santé réguliers en attestent. Tension, articulation, cholestérol, tout est au vert. Il faut dire que cet ancien hôtelier suit une hygiène de vie irréprochable.

A Salers, ses enfants et petits-enfants tiennent désormais Le Bailliage, l’hôtel-restaurant qu’il a bâtit en 1980, ainsi qu’un bar voisin. Mais les bons plats auvergnats, bien roboratifs, c’est pour les clients. Charly Bancarel lui raffole plutôt des crudités, bien meilleures pour la santé.

De la course, du vélo et du renforcement

Et il s’entretient au quotidien. Sa silhouette foulant les routes du coin de bon matin fait partie du paysage. « Je me lève tous les matins vers 6h30. Je sors m’entraîner à l’extérieur, sauf s’il pleut à verse ou qu’il fait très froid. Dans ce cas, je fais tourner les jambes sur mon vélo d’appartement. Et puis j’enchaîne avec quelques exercices avec mes haltères de 8 kilos et je fais des étirements pour garder la souplesse, c’est important », détaille le retraité bien occupé.

Depuis des années, sa vie sportive est consignée dans des carnets, soigneusement conservés. « Tenez, par exemple en 2016, j’avais fait 1000 kilomètres de course à pied et 3700 kilomètres de vélo. Une bonne année. Depuis, j’ai réduit la voilure, je trottine toujours bien sûr mais je tourne autour de 600 kilomètres en courant par an » commente-t-il en feuilletant les pages au hasard. 

C’est le directeur de La Pastourelle, trail phare de son pays qui l’a convertit. « J’ai été vice-président pendant plusieurs années. Mon camarade directeur m’a dit un jour, puisque que tu es dans l’organisation, viens donc t’entraîner avec nous. C’est comme ça que tout a démarré et je ne me suis jamais arrêté. J’ai commencé tard, j’avais alors 55 ans, mais je me rattrape depuis pour mon plus grand plaisir ! »

Un premier marathon à 70 ans pour Charly Bancarel

Charly Bancarel sur le Marathon du Médoc, son premier marathon à 70 ans.
Charly Bancarel sur le Marathon du Médoc, son premier marathon à 70 ans.

Conducteur de car pendant des années, il rentrait souvent chez lui en courant, raconte sa femme. Une vingtaine de kilomètres effectués régulièrement après son service. Puis Charly Bancarel s’est offert son premier marathon pour ses 70 printemps. C’était au Médoc. Il s’en souvient comme si c’était hier. « J’ai commencé par le plus festif. Mais moi je ne m’occupais pas de boire du vin aux ravitaillements dans les châteaux, juste de l’eau. J’ai terminé premier vétéran 4 et l’organisation m’avait offert une caisse de 12 bouteilles d’un grand cru du Médoc. »

Ensuite, les marathons se sont enchaînés parmi d’autres compétitions, sur la route comme sur les sentiers. S’il n’a plus le compte exact en tête, Charly évoque une petite trentaine de 42 km à son palmarès, avec un record 4h45. New York en 1998 reste sa plus belle émotion. « L’ambiance prend à la poitrine dès le départ. Imaginez-moi, petit auvergnat, au pied des buildings de Wall Street de 60 étages, sur des avenues larges de dizaines de mètres… je me suis senti si petit… J’avais mis 5h16’ », raconte-t-il, en regardant une photo de lui, les bras levés au ciel dans Central Park.

Le Puy, Marvejols et Dax pour la suite

Charly Bancarel sur le Marathon de New York en 1998, son marathon le plus fort en émotion.
Charly Bancarel sur le Marathon de New York en 1998, un souvenir phare.

Après deux années en pointillé liées au Covid, Charly se remet en selle en 2023, sa quatre vingt quatorzième année. La forme est là. L’envie aussi. Au programme pour les prochains mois, sans doute les 15 km du Puy-en-Velay, le 1er mai. Cet été, pourquoi pas Marvejols-Mende, déjà bouclé deux fois.

Ensuite sans doute, un tour sur La Fériascapade de Dax, l’une de ses courses favorites. « Cela fait quinze ans que j’y vais. C’est un 10 km très convivial. A l’arrivée, il y a de bonnes choses, du foie gras des Landes et un bon repas le soir. Pour mes 90 ans l’organisation m’avait offert une magnifique plaque gravée à mon nom ». Ce beau souvenir trône dans la vitrine du salon familial, parmi les coupes et les médailles, exposées par dizaines.

La surprise de Patrick Montel

Charly a retrouvé son ami Patrick Montel autour de ce Marathon de Paris. ©DR

Mais sa plus belle récompense reste à venir. Car en 2024, Charly Bancarel réalisera un rêve en participant au marathon des Jeux olympiques. Le journaliste Patrick Montel lui a fait une belle surprise après Noël. Il a toqué à sa porte avec André Giroux, président de la Fédération française pour lui remettre un dossard pour le Marathon pour tous. Les larmes de joie de ce petit monsieur filmé pour l’occasion ont fait le tour du web.

« Quand j’ai su que les JO 2024 étaient à Paris et qu’il y aurait un marathon pour tous, j’ai tout de suite voulu participer. J’en avais parlé à Patrick Montel, rencontré sur les 15 km du Puy-en-Velay. Quand il est venu chez moi, je n’y croyais pas. Participer à ce marathon olympique, c’est un honneur pour moi. Pour ma famille, pour mes petits enfants, c’est magnifique » s’enthousiasme le vétéran, ému de cette attention. Porter le dossard 95 serait un joli clin d’œil à ses 95 ans, qu’il fêtera le 12 août 2024, deux jours après l’épreuve.

La chaleur ne lui fait pas peur. Le tracé qui s’annonce bien musclé non plus. « La chaleur, j’aime ça, je roule souvent par 30°C l’été, ça ne me gêne pas, je crains plutôt le froid. Et puis j’ai fait cinq fois Paris-Versailles, alors je connais un peu le secteur vers la Côte des Gardes ». détaille-t-il.

En quarante ans de compétitions, Charly a multiplié les rencontres, suscitant l’admiration d’une génération à l’autre. « Pour moi, c’est toujours un plaisir de courir. On éprouve une telle satisfaction en terminant une course ! Ce marathon en 2024 sera sans doute mon dernier marathon, mais j’espère continuer sur des distances plus courtes tant que je pourrais ». Avec lui, touchons du bois pour cette passion le comble encore durant de belles années. 



i-Run, leader de la vente en ligne de matériels de running termine l’année sur un chiffre d’affaires record de 110 millions d’euros et investit massivement pour financer son développement. A l’origine de cette success story, Emmanuel Vidal, un passionné parti de rien.

Incontournable i-Run ! Ce revendeur en ligne spécialiste du running concentre 22% de part de marché, chaussures, textiles, accessoires et matériels électroniques confondus. Depuis seize ans, sa croissance grimpe en flèche jusqu’à dépasser 100 millions d’euros pour l’année qui vient de s’achever.

Des tournées pour équiper les professionnels

Derrière ce fleuron du e-commerce, un self made man passionné et de belles rencontres. Son fondateur, Emmanuel Vidal a commencé avec trois fois rien mais de l’énergie à revendre. A 16 ans, un CAP en poche, ce jeune Toulousain entre dans la vie active pour gagner sa croûte.

Emmanuel Vidal, fondateur i-Run.
Emmanuel Vidal, fondateur i-Run.

Basketteur et passionné par l’univers de sport, il rêve de collaborer avec une grande marque de sport. « J’envoyais des CV sans recevoir de réponse. Il donc fallu que je trouve le moyen de faire ce que je voulais faire par moi-même », raconte-t-il. Une aide départementale lui met le pied à l’étrier. « En 2000, j’ai reçu 50 000 francs (7500 euros), cela m’a permis d’acheter un petit véhicule et un premier stock de chaussures. 56 paires, je m’en souviens encore. J’ai démarré en équipant des associations sportives dans les entreprises puis je me suis orienté vers les gens qui courent à travers leur métier comme les pompiers, les gendarmes et les militaires ».

Avec sa société Sport pour Tous, il visite ainsi toutes les casernes de France, à raison 50 000 km par an. Roulant la nuit, exposant le jour, il propose aux militaires d’essayer différentes paires.

Une croissante fulgurante

Puis en 2006, une rencontre décisive. « Deux jeunes entrepreneurs du web, Stéphane et Yann, m’ont démarché. Mon assistante était la petite copine de l’un deux. Ils m’ont conseillé de vendre sur internet, me disant que le e-commerce était l’avenir. Je n’y croyais pas. Internet était alors une nébuleuse, un repère de hackers, de cartes bleues piratées. Et surtout, cela allait à l’encontre de mes valeurs. Pour moi, vendre une paire de chaussures de course passait forcément par du conseil, un essayage », raconte Emmanuel Vidal.

Sceptique, l’entrepreneur se laisse tout de même convaincre et tente l’aventure. i-Run né ainsi le 1er janvier 2007. Pendant trois ans, il cumule ses tournées en journée dans les casernes et l’envoi de colis la nuit, suite aux commandes reçues via le site internet naissant.

« En 2010, le chiffre d’affaires a dépassé 1 million d’euros. J’ai alors dû laisser tomber mes tournées pour me concentrer sur i-Run en pleine croissance. Stéphane et Yann sont devenus mes directeurs associés. A partir de ce moment là, i-Run a décollé ». Une croissance fulgurante au fil des années, avec 28 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015, le triple sept ans plus tard !

Cultiver la proximité

L’essor du e-commerce conjugué au boom du running a bien sûr porté cette success story. Mais les raisons de ce succès se trouvent aussi ailleurs. i-Run a bâtit sa notoriété sur sa proximité avec les pratiquants. Très présente sur le terrain, l’entreprise toulousaine est partenaire de nombreuses courses. Elle soutient également des talents dans sa team d’athlètes, notamment la championne de trail Sylvaine Cussot, l’une des premières ambassadrices.

Cette proximité passe aussi par l’exigence de fournir des renseignements de qualité, héritage des années passées à conseiller dans les casernes. « Chaque produit est déballé, photographié, pesé, disséqué par toute une équipe. On s’assure que l’on retrouve bien les informations du fournisseur. Ensuite, on échange avec la marque afin d’établir une fiche la plus détaillée possible comme pour raconter une histoire », détaille Emmanuel Vidal.

Les commandes sur i-run.fr partent de l'entrepôt de l'enseigne situé près de Toulouse.
Les commandes sur i-run.fr partent de l’entrepôt de l’enseigne situé près de Toulouse.

i-Run, un catalogue inédit livré en 24 heures

L’autre force d’i-Run, c’est bien sûr son catalogue. Il est rapidement devenu exhaustif grâce aux bonnes relations nouées avec l’ensemble des équipementiers. Côté chaussures – dont la vente représente 60% du chiffre d’affaires – la plateforme regroupe 2 500 références pour l’homme, autant pour femme. Cela représente l’ensemble des gammes avec pour chaque modèle, le choix le plus large de coloris.

Et cette offre inédite se double d’une promesse phare : la livraison garantie en 24 heures. « Amazon fait payer ce service avec le Prime. Chez nous, c’est gratuit depuis toujours à partir de 60 euros d’achat. Pour une commande passée avant 16h, vous êtes livré le lendemain par Chronopost » assure Emmanuel Vidal.

La clé de cette efficacité ? Une logistique optimisée et des canaux d’acheminement spécifiques avec La Poste. L’ensemble des stocks est regroupé dans un immense entrepôt de 10 000 m2 situé à Castelnau d’Estretefonds, près de Toulouse.


Bientôt de nouveaux magasins en France

Portée par son succès, l’enseigne vient de réaliser une levée de fonds historique de 100 millions d’euros. Cette vaste opération permettra de financer son développement ces prochaines années, avec les J.O 2024 en temps fort. Objectif affiché : doubler le chiffre d’affaires d’ici 2025.

Cela passera notamment par l’ouverture de nouveaux magasins. Car i-Run a fait le pari gagnant de revenir à ses premiers amours en équipant les coureurs directement en boutique dans dix « conseil store ». Après Toulouse, premier magasin ouvert en 2013, Montpellier, Rennes, Paris, Maisons Alfort et tout récemment Boulogne-Billancourt, de nouvelles adresses ouvriront ces prochains mois du côté de Lyon, Lille, Marseille, Strasbourg et Bordeaux. En ligne de mire, une vingtaine de magasins d’ici trois ans.  

The House of Performance d'i-Run, à Maisons Alfort (94).
The House of Performance d’i-Run, à Maisons Alfort (94).

Développement à l’international

i-Run compte aussi multiplier par cinq son activité à l’international. La Belgique, l’Espagne et l’Allemagne représentent déjà 10% de ses ventes. Elle s’implantera sous peu en Italie, en Suisse ou encore en Scandinavie.

En parallèle, la société toulousaine prévoit d’ouvrir son catalogue à l’univers outdoor. « Le trail-running restera toujours notre premier amour, mais le pluridisciplinaire est l’avenir. Les coureurs d’aujourd’hui font aussi du vélo, du VTT, du triathlon, de la randonnée. Nous proposerons donc bientôt des équipements pour tous les sports outdoor », annonce Emmanuel Vidal.

i-Run, 150 collaborateurs passionnés

Sa plus grande fierté ? « Avoir réussi à allier notre passion du sport et de la course à pied avec un outil – internet – qui n’était pas fait pour ça au départ sans jamais renoncer à nos préceptes et aux valeurs qui nous animentNous sommes tous passionnés. Nos 150 collaborateurs font la réussite d’i-Run aujourd’hui. Ma plus grande satisfaction, c’est que nous avons très peu de turn over dans nos équipes. Le plus ancien collaborateur, c’est ma première recrue, chez i-Run depuis 23 ans ! » s’enthousiasme le fondateur. Pour sûr, l’essence de cette grande aventure toulousaine qui ne fait que commencer, c’est bien une passion en partage.



Casquette Verte attaque fort 2023. Une victoire sur le 100 km de la Trace des Maquisards et une semaine plus tard, un 100 km en off autour du Parc des Princes. Rencontre avec cet ultra-traileur parisien décidément inclassable !

Casquette Verte (Alexandre Boucheix) sort d’une année record avec 9 ultras-trails cumulés et 4 victoires. Son bilan Strava 2022 : 10 000 km – un compte rond qui le fait marrer – et plus de 230 000m de dénivelé positif cumulé… Du pur délire pour un Parisien !

La même, sans la pression

En 2023, cet enfant terrible du trail a annoncé vouloir changer de braquet. Son objectif ? Zéro objectif ! Courir toujours autant mais en fuyant les démons de la compétition. Au diable la pression et les pronostics de comptoir. « Que ceux qui ne comprennent pas aillent se faire cuire le cul (sic). Je veux m’enlever toute notion de performance, de chrono. Limite, l’idée serait de me mettre hors classement tout le temps. Je veux juste m’amuser, sans que la pression du résultat gâche mon plaisir », explique-t-il en substance.

100 km autour du Parc des Princes, juste pour le fun

Casquette Verte a remporté l'ultra Sur la Trace des Maquisards de l'Ain ex-aequo avec Mathieu Augier.
Sur la Trace des Maquisards de l’Ain, victoire partagée avec Mathieu Augier. ©DR

Et ça lui réussit ! Le 18 février, il a remporté sa première victoire de l’année sur la Trace des Maquisards de l’Ain (100 km et 4000 mD+). En toute décontraction, il a donc gagné sans le chercher en 9h18, en compagnie de Mathieu Augier avec qui il a partagé la course.

Une semaine plus tard, il a remis ça, sans dossard cette fois. Une nouvelle « dinguerie » en off dont il raffole. Casquette verte a donc couru 100 km en tournant autour de la pelouse du Parc des Princes à Paris pour fêter l’ouverture des inscriptions du nouveau 10 km PSG We Run Paris, prévu le 2 juillet.

Ambassadeur de l’événement et fan du club de foot, Alexandre a cumulé 255 tours autour du stade. Chrono en 7h37′, soit une « petite » moyenne de 4’34 »/km. « Quand j’étais au collège, lycée, il n’y a rien qui me saoulait plus que lorsque le prof d’EPS disait « Va faire un tour de terrain pour t’échauffer ! ». Alors Parisien s’est lancé ce défi inédit juste pour dire « Ça, c’est fait ! »

Casquette Verte courra 100 km autour de la pelouse du Parc des Princes pour l'ouverture des inscriptions du 10 km du PSG.
©DR

S’éclater, avec ou sans dossard

On l’attend ensuite sur le 80 km de l’EcoTrail Paris en mars. En avril, il prévoit une escapade au MIUT à Madère, avec un dossard élite mais juste pour découvrir les paysages de cette île contrastée. Son été sera rythmé de quatre grands « U ». Ultra 01 (175 km) en juin, UT4M (180 km) en juillet  – deux courses qu’il avait gagnées en 2022 – UTMB (170 km) fin août – terminé dans le top 20 – puis UTMJ (77 km) dans le Jura à la rentrée.

Ensuite, cap sur l’ile intense pour boucler sa 4e Diagonale des Fous (170 km), sa course fétiche. En novembre, il retournera sur l’Ultra 100 miles de Kullamannen en Suède sans aucune velléité de victoire, tout comme du côté de Lyon pour boucler son année. 2023, année 100% plaisir, avec ou sans dossard.

A un moment ça va péter…

A l’arrivée de l’UT4M 2022. ©DR

Bien sûr, à borner de la sorte, Alexandre sait ce qui lui pend au nez. « A un moment, ça va péter, je le sais. Une fracture ou un truc grave m’arrêtera. C’est le jeu, ce n’est pas comme si je faisais du bilboquet. En attendant, j’ai envie de m’amuser au maximum. »

En 2022, il a ainsi passé l’équivalent de 40 jours à ne faire que courir, à une cadence folle. Le plus déroutant dans l’histoire, c’est que ce champion du niveau d’un pro travaille à plein temps. Chef de projet chez JC Decaux, Alexandre jongle entre le costard au bureau, et le short et sa casquette verte le reste du temps. « Mon gros avantage, c’est que je n’ai pas un métier physique, comme par exemple Benat Marmissolle pour ne citer que lui. Moi, j’ai le cul vissé sur une chaise derrière un ordinateur toute la journée », explique ce cadre trentenaire avec le franc parler qu’on lui connaît.

Au départ, juste un semi…

En 2014, Alexandre, jeune diplômé, enchaînait les soirées en boite de nuit à coup de clopes et de whisky. C’est la rencontre d’un collègue traileur qui le fait « plonger » dans l’univers de la course. « J’ai voulu devenir ce collègue qui vous raconte le lundi matin à la machine à café qu’il couru trente bornes en toute détente ce week-end et qu’il prépare un petit ultra de 80 km. A l’époque, je pesais 23 kilos de plus. J’en ai bavé, puis au bout d’un an, je me suis inscrit au semi de Paris ». Ce premier dossard devait être un aboutissement, cela a été le début de sa folle aventure. Sur route d’abord, avec un record sur marathon en 2h58, puis très vite sur ultra avec le succès que l’on connaît.   

Partager et susciter l’envie

Casquette a remporté trois fois d'affilée la Lyon-SaintéLyon (156 km).
Casquette a remporté trois fois d’affilée la Lyon-SaintéLyon (156 km). ©DR

Un petit coup d’œil dans le rétro lui fait dire qu’il est content d’avoir atteint ce niveau en s’éclatant. Mais plus encore de susciter de l’envie autour de lui. « Ce qui me rend le plus fier, c’est de croiser des mecs qui me disent qu’ils se sont mis à courir les trails en me suivant. Si j’ai pu montrer que le trail n’est pas qu’un sport de montagnard, qu’on le droit de pratiquer aussi à Paris, je suis content », explique Alexandre, heureux de partager sa passion. L’ultra-traileur se plie à répondre à chaque commentaire – 2h de réseaux sociaux par jour – même s’il avoue que cette charge mentale devient pesante. « Je sais que je vais tuer le personnage Casquette Verte à un moment ou à un autre, un peu comme les Daft Punk (rires). »

La suite alors ? « Pour l’instant, je n’ai couru que pour ma gueule, mais dans les années à venir, j’aimerai m’investir dans un projet caritatif. L’homme qui a monté le Téléthon m’inspire énormément. Avec sa petite association, il vendait des cartes postales et des chocolats puis il est allé toquer chez France Télévisions pour convaincre la chaîne de faire une émission appelant aux dons pour sauver les enfants malades avec le succès que l’on connaît. Cela montre bien qu’avec de la volonté et de l’huile de coude, on peut faire de grandes choses ! »



Dans son livre, Une odyssée, Jacob Lis, raconte son long voyage pour vaincre un cancer du sang. Sous chimiothérapie pendant trois ans, ce jeune ingénieur résilient a terminé un Ironman, son rêve numéro 1 à réaliser avant de mourir. Désormais guéri, il cumule les défis.

« Le cancer, je ne souhaite à personne mais cela a été la chance de ma vie car celui que je suis devenu me rend profondément heureux. Ma vision du bonheur a été un peu redéfinie car j’ai vraiment pris conscience de la valeur de la vie. Et je peux dire que le sport m’a sauvé pendant mon cancer », raconte Jacob Lis dans son livre Une Odyssée (édition Atlande) préfacée par Bernard Tapie. Son nom est un pseudo, l’auteur souhaitant rester discret. Cet ingénieur trentenaire, plus scientifique que littéraire, raconte son histoire pour donner de l’espoir. Y croire, toujours, et se battre.

Dans Une odyssée, un jeune trentenaire parisien partage son combat contre le cancer au travers des défis sportifs qui l'ont aidés à encaisser les traitements.

Vivre ou mourir

Cancer du sang. Lorsqu’un médecin prononce ces mots en juin 2015, son monde s’écroule. Jacob est en pleine forme. Aîné d’une fratrie de quatre, c’est le sportif de la famille. Quelques semaines plus tôt, il courait d’ailleurs son premier marathon à Paris (3h45). « J’ai consulté car je sentais une gêne au niveau du cou. J’ai passé un scanner, puis une IRM, tout s’est enchaîné très vite. Cette boule au cou était en fait une métastase de 13 cm. J’avais tout le haut du corps métastasé. Des centaines, sans doute, que je ne sentais pas. », raconte ce Parisien.

L’Ironman en tête

Sur le half Ironman d'Aix.

Il encaissera la chimiothérapie la plus invasive, celle que l’on applique aux patients atteints d’une leucémie aigüe. Trois ans de traitement lourd. Sans garantie de résultats. Jusqu’en 2016, il passera dix mois à l’hôpital Saint-Louis, branché en permanence sur un cathéter, relié à une valve.

Les cheveux qui tombent par poignées, les nausées, la fonte musculaire spectaculaire, Jacob, qui voit son corps lui échapper décrit ce lot d’épreuves. Mais à 24 ans, cet ancien judoka ne se laisse pas abattre. Sur son lit d’hôpital, il dresse sa to-do list de rêves à réaliser avant de mourir. En tête, l’Ironman, son objectif numéro 1.

Pendant sa deuxième phase de traitement, une chimiothérapie mensuelle, Jacob reprendra son poste à mi-temps les premiers mois tout en commençant à s’entraîner pour le triathlon. Le chemin sera long. « Les premières fois, j’étais totalement à plat au bout de 200 mètres de course. Cela a été une renaissance à un point zéro absolu. J’ai dû retrouver mon souffle, me remuscler car je ne pesais plus que 60 kilos pour 1,81 m, prendre des cours de natation. Mais à force de discipline et d’entraînement, on progresse forcément », s’enthousiasme-t-il. Après un dossard test en 2017, sur le 10 km de la Course des Héros solidaire du cancer, il enchaînera comme prévu le triathlon L de Deauville (5h40’) en juin puis l’Ironman de Cologne en septembre. Toujours sous chimio, il terminera ce triathlon de l’extrême (3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course) en 12h40’, un bel exploit !

Jacob Lis a terminé la CCC l'été dernier.
Jacob Lis a terminé la CCC l’été dernier.

Tour du monde et défis sportifs

En 2018, pour fêter sa rémission après une dernière phase de traitement médicamenteux, il partira découvrir le monde, un autre grand rêve. Une année de congé sabbatique pour bourlinguer sac au dos, en compagnie d’amis.

Depuis, Jacob continue de profiter de la vie, toujours en quête de nouveaux défis. Il a bouclé une série de marathons, notamment New York, Rome et Milan, tous autour de 3h15’, les Templiers l’an dernier, un Half Ironman ce printemps.

Sa dernière grande aventure, c’est la CCC, 100 km autour du Mont-Blanc. « C’était une aventure ultra-chouette que j’ai partagée avec mon ami Romain. J’ai adoré la communion avec la nature, la magie de la nuit en pleine montagne. Le lendemain, malgré une tonne de courbatures, on rêvait déjà de l’UMTB, de la Diagonale des Fous »… La to-do-list s’allonge ! En 2023, Jacob prévoit de courir un autre Half Ironman, quelques ultras. Il se fixe aussi l’objectif de passer sous les 3h au marathon, pourquoi pas à Berlin. Qui vivra verra.



L’élan made in France gagne le running. Certes, le marché reste pour l’heure largement dominé par les grands équipementiers fabriquant en Asie, mais le savoir-faire français revient fort dans la course !

Le coureur qui souhaite s’équiper français a désormais l’embarras du choix. Pour sa nutrition, à côte d’acteurs historiques comme Overstim.s, produisant en Bretagne depuis 40 ans, de jeunes marques innovent, chacune avec ses spécificités. Produits à base de miel pour Meltonic ou Apirun, en-cas sains, crus et gourmands pour l’Annécien Baouw, gamme de compléments alimentaires premium chez les Toulousains de Nutripure, barres et purées de noix cétogènes pour Holyfat  basé à Lille, entre autres.

Les manchons de compression peuvent soulager les jambes lourdes.

Rayon éclairage, à côté du leader Petzl, Stoots usine ses lampes frontales en Bourgogne depuis 2013, tandis que les nouveautés lumineuses des Haut-savoyards de Go’Lum et Beliight percent également ces dernières années.

Le traileur lui pourra trouver de bons bâtons chez le Haut-Savoyard TSL outdoor, renommé de longue date pour ses raquettes à neige ainsi que chez Guidetti de la société grenobloise G-Tech, partenaire de quelques ultra-trails alpins.

Marques françaises et made in France c’est différent

Côté vestiaire, la tendance est nettement plus franche. Depuis le Covid, on assiste à une véritable vague tricolore. On a recensé avec ce petit Tour de France une bonne vingtaine de marques made in France.

Mais attention, l’étiquette bleu-blanc-rouge peut n’être qu’un argument marketing. Il faut bien différencier les marques françaises qui agitent le drapeau tricolore et fabriquent à l’étranger, de celles qui produisent effectivement tout ou partie de leur collection sur notre territoire.

En la matière, BV Sport, créée en 1996 fait figure de pionnière. Leader de la compression et de la chaussette technique, la société fabrique désormais 70% de ses produits dans son usine de Saint-Etienne, dont toute sa gamme de compression et de chaussettes techniques.

En 2015, Raidlight lui a emboîté le pas avec sa gamme ‘made in France’ produite dans son atelier de Saint-Pierre-de-Chartreuse, en Isère. Toutefois, cette collection représente aujourd’hui 20% de son chiffre d’affaires pour une vingtaine de références, avec 10 à 20% de matières sourcées en France. « Au départ ce fut un pari de se lancer sur cette voie. Aujourd’hui, c’est un de nos axes majeurs de développement et fait partie intégrante de nos valeurs », explique Lucie Fayolle, chargée de communication chez Raidlight.

Une production relocalisée qui fait sens

Des vêtements techniques 100% fabriqués en région Rhône-Alpes en matières recyclées ou biosourcées pour Caprin.

Désormais, de jeunes marques poussent l’éthique plus loin. Elles fabriquent intégralement en France avec des matières techniques et éco-responsables sourcées localement.

Derrière ce ‘made in France’ engagé, bien souvent, une histoire de passionnés en quête de sens. « A l’heure du changement climatique et de la fonte des glaciers, courir avec un t-shirt fabriqué à l’autre bout du monde tient de l’aberration ! Pour le coureur-traileur, animé de valeurs environnementales fortes, c’est un vrai paradoxe », explique en substance Alexandre Marquès, fondateur de Caprin lancé en crowfounding en 2021.

Car un t-shirt technique fabriqué en Asie parcourt 30 000 km avant d’arriver sur le dos d’un coureur ! Désormais, l’empreinte carbone est réduite de 90% avec une production assurée dans l’arc alpin. Comptez 600 kilomètres au maximum entre la conception à la commercialisation, cela change la donne !

Recyclé et bio-sourcé à l’honneur

Engagé depuis sept ans dans cette démarche Maxime Marchal, l’un des trois amis à l’origine de Coureur du Dimanche se revoit toquer aux portes des usines de la région Rhône-Alpes il y a quelques années. 

« En 2015, on faisait figure d’OVNI car nous voulions une matière française technique et à l’époque, le choix était très restreint. Et le recyclé français n’existait pas encore. De gros progrès ont été fait depuis trois ans. Nous utilisons désormais à minimum 90 % des bouteilles recyclées pour nos produits qui sont tous fabriqués en France », explique le responsable lyonnais.

Coureur du Dimanche habille français de la tête aux pieds.


La bouteille en plastique remplace souvent le polyester à base de pétrole. Mais d’autres matières éco-responsables sont aussi plébiscitées comme l’huile de ricin, le jersey de chanvre ou encore la laine mérinos, antibactérienne et thermorégulante. Ogarun a fait le choix de cette laine qui vient d’Afrique du Sud, faute de production française adéquate. Mais le fil est tricoté à Lemahieu, à coté de Lille, nous précise-t-on.

Un prix plus élevé mais des marges restreintes 

Ce n’est pas un secret, fabriquer au cœur de nos régions revêt un coût nettement supérieur au ‘made in Asie’. Pour un t-shirt par exemple, comptez entre 65 à 85 euros à l’achat. Un certain budget… «  Nous proposons des produits un peu plus chers certes, mais avec une fabrication locale, tracée, éco-responsable. Un grand équipementier marge dix fois quand nous margeons deux fois.  C’est pour cela que la vente sans intermédiaire en direct sur notre site interne est l’option la plus viable pour nous », détaille-t-on chez Coureur du dimanche.

Oragun met à l’honneur la laine Mérinos pour ses vêtements techniques.

Ce juste prix plus élevé, le consommateur hésite désormais moins à le débourser. Malgré l’inflation, les consciences s’éveillent et les comportements changent. « Nos clients sont plutôt des CSP+ mais on voit arriver des étudiants et des employés qui n’achètent plus grand chose de neuf mais qui ont envie de se faire plaisir de temps en temps », témoigne Jean-Charles Giorgi, ancien de Kalenji à l’initiative d’Ogarun.  

Avec à cette prise de conscience, la renaissance de toute une filière. Depuis quatre ans, l’univers du textile français recrute à nouveau. A elle seule, Ogarun fait ainsi travailler une vingtaine de PME et 500 familles environ. 88% du prix de ses produits irriguent l’économie française. Une fierté que partagent toutes ces marques engagées dans le made in France.  

Made in France dans le running : une usine de chaussures de pointe en Ardèche

La paire de running Index 01 de Salomon destinée à être recyclée en fin de vie est produite dans l'usine ASF 4.0 en Ardèche.
La paire de running Index 01 de Salomon destinée à être recyclée en fin de vie est produite dans l’usine ASF 4.0 en Ardèche.

Mais c’est bien à nos pieds qu’une vraie révolution s’annonce. Et fabriquer en France des runnings (une centaine de pièces par chaussure environ) est une autre paire de manches !

A Ardoix en Ardèche, l’ASF 4.0 ou Advanced Shoes Factory relève déjà ce défi. Inaugurée en septembre 2021, cette unité de pointe fabrique déjà de 10 000 chaussures de sport en France à l’année. Filiale de Chamatex Group, spécialisé dans les textiles techniques et co-inventeur de la fameuse technologie Matryx, elle est née d’un partenariat ambitieux avec trois marques actionnaires Salomon, Babolat et Millet.  

Il y a deux ans, Salomon avait ouvert la voie avec sa paire d’Index 01 destinée à être recyclée en fin de vie. Mais cet équipementier phare du trail-running compte aller plus loin en relocalisant une partie de sa production en Ardèche. Ainsi deux nouveaux modèles de randonnée Salomon, la Captiv et Metacross sont annoncés pour début 2023.

« Sur ces deux nouvelles paires Salomon, tout est fabriqué chez nous en Ardèche sauf la semelle, faute de technologie disponible pour l’heure sur notre territoire. Rapatrier la confection des semelles de chaussures de sport en Europe est la deuxième phase du projet, avant que ce savoir-faire soit possible en France à terme », explique Marina Badel, responsable marketing chez Chamatex Group.

En Ardèche, l'usine ASF 4.0 fabrique des paires Salomon notamment.
L’usine ASF 4.0 en Ardèche est entièrement automatisée.

Objectif 500 000 paires par an pour l’Advanced Shoes Factory

Ce site de plus de 2 000m2 de production emploie déjà une cinquantaine de personnes. Il vise une production de 500 000 paires par an à court terme. Et le carnet de commandes est « plein jusqu’en 2025 ».

Ce savoir-faire relocalisé profitera à d’autres marques de chaussures tricolores. Citons Veets, passée dans le giron de BV Sport en 2020. Elle a fait une belle percée sur le marché avec ses trois gammes produites en Vendée et s’attaque elle aussi à un gros défi : concevoir une running performante uniquement avec matériaux sourcés en France, ce qui serait une grande première.

Produite en France, cette Veets Utopik.
La Veets Utopik est produite en France.

Deux autres marques plus confidentielles sont aussi entrées dans la course. Relance running, basé à Brest a sorti une running RL-01 fabriquée à Cholet en 2021. La Frensh, située à Niort a fait assembler seux premières paires – dont une en carbone que nous avons testée – en Asie mais annonce la sortie ce printemps d’une paire de trail conçue à Romans-sur-Isère, l’Ultra Français.

« Sur les 100 pièces de cette paire, 80 % seront fabriquées en France avec un tissu Matryx de l’usine de Chamatex, des renforts en fil de carbone d’Insoft et une semelle Vibram italienne notamment. Dans un premier temps, nous fabriquerons 2 000 paires vendues à 199 euros » détaille Jérôme Soullard, fondateur de La Frensh.

En parallèle, Circle Sportswear vient de lancer les pré-commandes pour sa running Super Natural, fabriquée elle en Europe, avec des matériaux bio-sourcés comme l’huile de ricin, la fibre de bois et la laine mérinos notamment.



Gilbert Dantzer, alias Jésus, figure bien connue des pelotons a fêté son 300e marathon en novembre dernier. Depuis 40 ans, ce joyeux coureur déguisé prêche le même évangile : la perf’ d’accord, la fête d’abord.

Vous l’avez sans doute déjà croisé, ce Jésus des marathons. Torse nu, couronne d’épines et croix sur le dos, Gilbert Dantzer, de son nom, court ainsi entre dix et quinze marathons par an. Depuis 40 ans. Il a fêté son 300e marathon au Beaujolais, le 19 novembre dernier.

Tout était calculé depuis plus d’un an pour fêter ce jubilé entouré d’autres « centenaires », coureurs affichant plus de 100 marathons que célèbre l’organisation de Villefranche-sur-Saône. Jésus n’est pas le plus capé de la bande – citons Pascal et Chantal Comte, plus de 800 marathons à eux deux – et ne court clairement pas après le record.

La fête avec les copains

« Le chiffre, je m’en fous, le chrono aussi, du moment que j’arrive dans le  temps limite ! Ce qui m’intéresse c’est de faire la fête, déguisé avec une bande de potes, de boire des canons et de partager un bon gueuleton », déclame-t-il avec son franc parler. La fête fut extraordinaire pour Jésus entouré de ses apôtres, des copains portant l’aube et une médaille à son effigie autour du cou pour l’occasion. 6h20’ de balade sous les applaudissements entre châteaux et vignobles du Beaujolais, son meilleur cru en 18 participations.

Gilbert Dantzer a couru 300 marathons, dont une bonne partie déguisé en Jésus.
Bien entouré, lors d’une précédente édition du Marathon du Beaujolais. ©Vincent Lyky

Depuis qu’un jour le champion Dominique Chauvelier l’a surnommé Jésus, à cause son look cheveux longs et barbe franche, ce déguisement lui colle à la peau. Il le sort sur les super-festifs comme le Médoc (21 participations), Blaye ou encore le Cognac. Des costumes, il en a d’autres. Borne kilométrique, baba-cool en chemise tahitienne avec guitare en bandoulière mais « c’est Jésus qui plait le plus. Je n’y aurai jamais cru », raconte le marathonien de 68 ans.

Un premier marathon sans y croire…

Cet ancien technicien  chez Dassault ne pensait pas non plus connaître une telle carrière. Car à vrai dire, il n’aime pas tant courir. « Je m’y suis mis en 1983 pour participer chaque année au cross de mon entreprise. Puis j’ai couru Paris-Versailles, sans y croire, puis mon premier marathon. C’était en 1987, je m’étais inscrit deux jours avant, je courais 8,5 km par semaine, au plus. J’ai terminé ce premier marathon en 3h10. J’aurai peut-être pu être bon en m’entraînant sérieusement à l’époque. Mais je n’ai pas de regrets. Les plans d’entraînement, le fartlek, la VMA, tout ça, ce n’est pas mon truc », insiste Gilbert.

Aujourd’hui, il ne court plus en  semaine, se contente volontiers de marcher avec sa compagne Jacqueline, marathonienne aussi, ou de pédaler. « Il n’y a vraiment que les courses qui me plaisent et me motivent pour faire la fête. »

20 marathons sous les 3h !

La perf d’accord, la fête d’abord, il a fait sienne cette devise des Festiviales-Challenge de la Convivialité. Même s’il affiche un beau palmarès! 20 marathons sous les trois heures, un record en 2h52 (Marathon des Hauts-de-Seine, 1992), des trails dont une Diagonale des Fous, un paquet de courses « découverte » à l’étranger…

En tout, 1 500 courses. Une sacrée collection de médailles, de bons souvenirs et de multiples rencontres. Car Jésus, fort sympathique, ne passe jamais incognito sur les marathons où il se rend au volant de son Van Volkswagen.

Sa dernière course de l’année ? La Corrida de Houilles, dans les Yvelines. Ce rendez-vous à domicile est un autre incontournable. Gilbert a participé 38 fois à ce 10 km qui vient de fêter son 50e anniversaire. Toujours partant pour participer aux immanquables, le retraité s’avoue tout de même usé. « J’ai les genoux bien abimés depuis des années. Cette fois, je n’ai plus le choix, je programme des PRP cet hiver. Il faut que ça marche car je prévois d’aller courir au Bénin en février ». Prions pour lui, son calendrier 2023 est déjà bien rempli.



Anaïs Quemener a battu tous ses records cette année et vient de décrocher son deuxième titre de championne de France de marathon. Mais sa plus belle victoire, c’est d’avoir vaincu un cancer du sein agressif il y a sept ans. Cette aide-soignante de 31 ans est une vraie guerrière.

Anaïs Quemener, ce deuxième titre de championne de France de marathon, six ans après votre premier sacre, en 2016, cela représente quoi pour vous ? 

« C’est un peu une consécration, l’aboutissement d’un long entraînement. Ce championnat de France de Deauville était mon objectif de l’année. Après mon premier titre en 2016, je savais où je mettais les pieds. Je visais un meilleur chrono, autour de 2h36’-2h38’. J’ai mis un peu plus de temps et termine en 2h40’36’’ mais je suis très heureuse de décrocher à nouveau ce titre qui vient clôturer en beauté 2022. C’est ma meilleure année ! J’ai battu tous mes records sur 10 km (33’54’’ à Paris), semi-marathon (1h14’55’’ à Paris) et marathon (2h37’26’’ à Paris) après avoir faire un top 10 au France de cross et gagné Paris-Versailles notamment. »

En 2016, vous aviez décroché votre premier titre de championne de France en 2h55’, six mois après avoir vaincu votre cancer du sein. Nous avions alors découvert une championne guerrière.

« Merci, c’est gentil. Gagner ce championnat de France en 2016 avait été pour moi une revanche sur la vie. J’y allais pour battre mon record personnel de l’époque qui était de 2h58’. Je voulais me prouver qu’après mon cancer, j’avais retrouvé mon niveau d’avant. J’avais terminé en 2h55’26’’. Le titre était totalement inattendu ! Les favorites de la course n’étaient pas présentes, il y a eu des abandons à droite et à gauche, moi j’avais une grosse envie de courir… C’était comme dans un film et cela reste mon meilleur souvenir de coureuse. »

Gagnante du dernier Paris-Versailles, Anais Quemener est très attendue sur le championnat de France de marathon de Deauville
Victoire sur le dernier Paris-Versailles pour l’athlète Salomon, Anais Quemener.

A 24 ans, on vous a diagnostiqué un cancer du sein agressif et métastasé. Comment avez-vous traversé cette épreuve ?

« En courant, justement. Je dis souvent, la course à pied m’a sauvé de mon cancer. Je ne travaillais plus à l’époque. Tout mon quotidien me rappelait que j’étais malade avec les traitements que je subissais. Je ne pouvais pas rester à rien faire chez moi. J’avais besoin de sortir courir, de faire du vélo, de m’aérer l’esprit. A l’entraînement avec les copains, j’avais l’impression d’être comme tout le monde, comme si je n’étais plus malade. Cela m’a aidé à tenir pendant ces mois difficiles où j’ai surtout eu la chance d’être très bien entourée, avec beaucoup de bienveillance de mon entourage. »

Depuis votre cancer, vous êtes très investie dans la lutte contre le cancer du sein, notamment avec l’association Casiopeea que vous parrainez.

« Quand j’étais en traitement j’ai rencontré Casiopeea via les réseaux sociaux. Je me posais mille questions et j’avais besoin de réponses en tant que malade. La présidente de l’association, Nathalie David, a eu un cancer du sein et fait de l’ultra-marathon. Je me suis reconnue dans son profil. Je suis allée à leur premier évènement, la Marche des Roses. Le lien s’est vite créé d’un événement à l’autre jusqu’à mon premier titre de championne de France où je suis devenue marraine de l’association. Depuis l’aventure continue. On n’habite pas toutes à côté mais nous essayons de nous voir de temps en temps en nous fixant des défis ensemble. Et c’est toujours super cool. »

Anais Quemener fait partie de la team Salomon.

Anaïs Quemener, la course à pied et vous, c’est une passion qui dure depuis toujours ?

« Oui, j’ai toujours baigné dedans. J’ai commencé à courir 7 ans, en club à l’âge de 9 ans. Bon, à l’adolescence, ce n’était pas ma priorité. Je préférais souvent sortir avec les copines plutôt qu’aller m’entraîner je dois le dire. Mais aujourd’hui, le sport, c’est presque toute ma vie ! C’est mon papa qui m’entraîne depuis des années. Il a été plusieurs fois champion de France militaire avec les pompiers de Paris. Il avait un très bon niveau 10 km, steeple et en cross. »

Vous êtes aussi aide-soignante à l’hôpital de Bondy, en Seine-Saint-Denis et vous travaillez de nuit. Comment faites-vous pour vous entraîner ?

« J’ai travaillé cinq ans aux Urgences de Bondy (93) maintenant je suis à la suppléance de l’hôpital. C’est un poste où l’on est amené à faire tous les services en fonction des besoins à l’instant T. Je travaille de 21h à 7h du matin trois jours par semaine. Je dors jusqu’à 13h voire 14h au plus si je fais une grasse matinée (rires), après je m’entraine avant de repartir au boulot le soir. Je cours six jours sur sept, avec entre 120 et 160 km au maximum au plus fort de ma prépa marathon. C’est un rythme qui me convient bien d’autant que je suis une petite dormeuse. J’aime mon travail et j’aime courir, alors je ne vois pas le côté contraignant, même si mon copain me dit souvent que je vis à 2 000 à l’heure… »

Quel est votre objectif pour 2023, Anais Quemener ?

« Je vais recourir le marathon de Paris. J’aimerai bien faire moins de 2h35’. Je prévois aussi de courir le marathon de Berlin fin septembre, avec l’objectif de faire un meilleur chrono qu’à Paris. A moyen terme, j’aimerai me rapprocher des minimas mondiaux qui sont en 2h32’. Je sais que cela va être difficile. Si ça marche tant mieux, cela ne marche pas tant pis, au moins j’aurai tenté. Et rien à regretter ! »



Tout juste sacré champion de France de marathon à Deauville, le Grenoblois Duncan Perrillat rêve de vibrer plus vite, plus haut, plus fort. Rencontre avec ce champion autodidacte de 29 ans qui a tout plaqué pour briller en athlétisme.

Vous avez décroché le titre de champion de France de marathon à Deauville après une course incertaine, vécue dans la souffrance. Racontez-nous…

« J’ai souffert quelques jours avant la course de douleurs en bas du dos, entre le sacrum et l’os iliaque. Je ne me suis d’abord pas alarmé et puis j’ai voulu me rassurer en faisant un petit footing la veille au soir. J’étais à 6’ au kilomètre, vraiment à la peine ! Je ne voyais clairement pas comment j’allais pouvoir courir 42 km à 18-19 km/h le lendemain. J’ai hésité et j’ai pris le départ malgré tout, en m’échauffant à peine, sans savoir si j’allais aller au bout. Au fil des kilomètres, l’envie de gagner ces France a été plus forte que la douleur. Je n’ai jamais pris le départ d’une course en ayant une telle motivation, ni en souffrant autant !»

Ce trophée tricolore était une revanche suite à votre mésaventure de l’an dernier à Rennes. Gagnant, vous aviez été disqualifié car vous ne portiez pas le maillot de votre club, comme l’exige le règlement.  

« Oui, l’histoire du maillot on m’en parle encore. Etre disqualifié sur ma première course révélation a été difficile à vivre. Je suis passé en quelques minutes de « waouh, je suis champion de France pour mon premier marathon » à « je suis disqualifié, ces 42 km ne comptent pas ». Cette année, j’avais à cœur de refaire mes preuves. Je suis retourné à Rennes, j’ai gagné le marathon en 2h12’37’’, et j’ai décroché le titre national à Deauville. J’aurai bien sûr préféré être plus légitime en gagnant au scratch (le Marocain Alâa Hrioued s’imposant devant 2h16’37’’, ndlr) mais vu mon état, j’étais super content de finir ! »

Duncan Perrillat a remporté le Marathon Vert de Rennes 2022 en 2h12'37'' le 23 octobre.
Duncan Perrillat a remporté le Marathon Vert de Rennes en 2h12’37 » le 23 octobre dernier. ©Stadion

Duncan Perrillat, Rennes l’an dernier, vous aviez fait sensation avec premier marathon couru en 2h14’. Un chrono très prometteur…

« Merci. Je ne m’attendais pas à ce chrono à Rennes l’an dernier mais j’avais tout de même demandé un lièvre pour courir sur les bases de 2h16’. J’avais fait pas mal des séances de 25-30 kilomètres en maintenant des allures à 3’10’’ au kilomètre. J’avais la distance dans les jambes. Je savais qu’avec la fraîcheur, l’envie et l’adrénaline du jour J, j’étais capable de faire une bonne performance. »

On vous découvre à 29 ans mais vous courez depuis longtemps ?

« J’ai toujours aimé courir. Petit, j’accompagnais souvent mon père pendant ses footings. J’ai commencé avec les cross au collège. Vers 17 ans, je me suis plus impliqué, puis à 20 ans, je suis parti aux Etats-Unis avec une bourse sportive pour faire mes études et courir. J’ai travaillé un an à Chicago en mettant l’athlé de côté. Je me défendais, mais pas assez pour faire du haut niveau. Je me disais que les athlètes professionnels étaient déjà très bons jeunes, que je n’avais pas les capacités pour accrocher le haut niveau à 20 ans… »

Victoire sur le dernier semi-marathon de Run in Lyon pour Duncan Perrillat en 1h03'46''.
Victoire sur le dernier semi-marathon de Run in Lyon pour Duncan Perrillat en 1h03’46 ». ©ASO-Morgan Bove

…Et puis votre passion pour la compétition vous a rattrapée ?

« Oui, en 2019, un nouveau job m’attendait à Londres. J’ai profité de deux mois de pause pour refaire quelques compétitions en France. Je me suis rendu compte que j’avais passé un palier. Je me retrouvais au milieu de Français avec des sélections internationales, à faire des places dont je rêvais par le passé. Au cross sélectif pour les Europe par exemple, j’ai terminé derrière Yohan Durand (2h09’ au marathon), devant l’international Simon Denissel. Je n’étais pas attendu, un peu le vilain petit canard parmi ces champions. J’y ai vu un signe. J’ai démissionné avant même de commencer ce nouveau boulot à Londres pour me donner une seconde chance en athlétisme. J’ai d’abord travaillé à mi-temps a côté, puis il y a eu le Covid. Depuis, j’essaie de trouver des sponsors pour m’aider dans ma carrière sportive. Mon club Neuilly-Plaisance Sports me soutient, l’équipementier Hoka m’accompagne, j’ai aussi le soutien de Peyce qui référence toutes les courses. J’en cherche d’autres. »

Duncan Perrillat, quel votre prochain objectif ?

«  Comme l’an dernier, je pars m’entraîner au Kenya mi-janvier et j’enchaîne avec le marathon à Séville le 13 février. J’avais signé mon record l’an dernier en 2h12’12’’. Cette fois, je viserai un gros 2h08’ et un petit 2h09’, qui serait très beau et me mettrait parmi les meilleurs. Je n’ai rien planifié de plus pour l’instant, j’aviserai en fonction pour la suite de la saison ».

Les Jeux olympiques, vous y pensez ?

« Oui c’est un rêve, mais je le dis avec des pincettes car je sais que nous avons une génération très forte sur marathon. Pour l’instant, je ne fais pas partie des trois athlètes qui ont le plus de chance d’être qualifiés. Je suis derrière mais il ne manque pas grand-chose pour passer cette marche et faire partie de ces trois-là. J’ai envie d’y croire ! »

Photo d’ouverture : Marathon de Deauville 2022 – ©Arthur Dirou / Stadion / FFA



Pour clôturer octobre rose, mois dédié à la lutte contre le cancer du sein, partageons le témoignage de Cécile qui a bouclé un half-ironman et un marathon après un an de chimio et de radiothérapie.

En février 2021, la vie de Cécile Giuge, marathonienne de 46 ans, bascule. Cancer du sein. « Cela a été une énorme claque. On ne s’attend jamais à ça. Je suis sportive, je ne bois qu’occasionnellement, je ne fume pas. Alors on se demande pourquoi moi, est ce que j’ai fait quelque chose pour mériter ce cancer », raconte cette Niçoise.

Après une mastectomie, sa chimiothérapie dure six mois, suivie par trois mois de radiothérapie à raison de cinq jours par semaine. Bien sûr, de lourds effets secondaires et une grosse fatigue générale.

Encaisser et repartir de zéro

Malgré cela, Cécile, comme pour mieux se battre, reste active. Natation, vélo, marche, à petite dose, en fonction de ses forces.

« Après les six mois de chimiothérapie, en septembre 2021 j’ai repris plus régulièrement la course pied avec l’aide bienveillante d’un ami coach Stephan Lecaplain. Je reprenais à zéro, en alternant course trottinée et marche sur 4 km. Et j’étais au bout de ma vie ! Puis en  janvier 2022, j’ai fait un 10 km en 54’. Un exploit pour moi. Loin de mes 46’ en 2019 mais quelle fierté de courir 10km non stop après ma chimiothérapie et ma radiothérapie. »

Pendant cette année de traitement, la course à pied l’aide beaucoup. Moralement. « Ce n’était pas évident, car j’étais bien affaiblie. Je me forçais pour me prouver que je pouvais le faire. J’en veux au cancer de m’avoir diminuée ainsi. Surtout qu’avec ce cancer j’ai pris des kilos et je le ressens. Ce n’est pas non plus évident à accepter », confie la coureuse.

Cécile prend désormais un cachet de Taximofene, un traitement qui durera cinq ans. Lui aussi avec des effets secondaires à encaisser. Douleurs musculaires, grosse fatigue, nausées,manque de force et parfois, un moral au fond des chaussettes… Malgré cela, encore, le goût du challenge l’anime.

La course a aidé Cécile a vaincre son cancer du sein.

Un half-ironman pour mettre le cancer derrière moi

En mai dernier, Cécile a bouclé le half ironman d’Aix. Un report suite à la pandémie de 2020. L’occasion pour la coureuse de mettre son cancer derrière elle. « Les entrainements n’ont pas été simples. Heureusement mon ami coach Stephan Lecaplain qui a été ultra bienveillant, en s’adaptant à mon état de fatigue.« 

« Le jour J, cela a été beaucoup d’émotions. De l’angoisse aussi. Heureusement les amis de mon club de triathlon US Cagnes Triathlon, étaient là. Ils ont fait en sorte que mon départ se passe bien. Sur la partie natation, je n’étais pas au top car j’ai paniqué. Sur le vélo, discipline où je me sens le mieux, j’ai pris du plaisir. J’ai pris conscience de tout ce que j’avais traversé avec le cancer. De la chance de pouvoir être là, à rouler.

Pour la course à pied, je savais que ce serait plus dur. Mon entrainement était très juste. En plus, il faisait plus de 30°C, j’ai clairement souffert. J’ai pensé abandonner car je ne voyais pas la fin des 3 tours. Mais dans ma tête j’étais là pour franchir cette ligne d’arrivée et dire ‘non le cancer ne m’aura pas’. Donc j’ai couru/ marché sans rien lâcher.

Puis à 2km de l’arrivée, je me suis mise à pleurer sans pouvoir m’arrêter. C’était tellement intense. D’ailleurs pour la petite histoire j’ai eu deux médailles ce jour là. Le bénévole a cru, comme je pleurais, que j’étais blessée. Je lui ai raconté mon histoire. Il m’a tendu une deuxième médaille, celle-là pour mon combat sur le cancer du sein. » raconte l’heureuse finisher. Quelle fierté. Quelle revanche cinq mois après la fin de ses traitements !  Avec un beau chrono en prime, en 6h26, sur un half ironman réputé exigeant.

Cécile a couru le Marathon de Chicago 2022, une belle revanche sur son cancer du sein.
Cécile, toujours le sourire malgré la souffrance sur la fin de ce marathon de Chicago.

« Me dire que j’étais vivante »

En bonne compétitrice, Cécile a enchaîné avec le marathon de Chicago bouclé le 8 octobre dernier. « Je le connaissais ce marathon de Chicago car c’est qu’en 2019 que j’ai fait mon record personnel en 3h39. Cette année j’en suis loin, en 4h19. Bien sûr, j’ai été déçue de ne pas être aussi performante qu’avant le cancer, à mon petit niveau. Mais à partir du 25e km, où j’ai eu des crampes et une grosse fatigue, j’ai pris le parti d’alterner marche-course et de « kiffer » au maximum l’ambiance. Le dynamisme de la foule m’a portée.

Avec mon t shirt ‘I’m a fighter cancer’, j’ai reçu beaucoup d’encouragements du public comme des coureurs » raconte la marathonienne. Cet enchaînement half ironman en mai et marathon en octobre a été très dur pour mon corps, je le sais. Les médecins disent en général que l’on commence à se sentir mieux trois ans après la fin des traitements. Mais je ne le regrette pas. J’avais besoin de me prouver que j’étais capable de le faire. Me dire que le cancer n’a pas pris le dessus sur moi. Me dire que j’étais vivante. »

Si cette femme battante nous a envoyé son témoignage spontanément dans le cadre d’octobre rose, c’est pour donner du courage. « Je veux dire aux personnes touchées par le cancer que le sport est important pour se battre. Chacun à son niveau, chacun selon son état physique et moral. Mais il ne faut rien lâcher, continuer à se battre, même si c’est juste marcher un peu, faire une activité physique, est une clé pour se sortir contre ce foutu cancer. »

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Gaétan Marquilly, 25 ans et Marie Travers, 27 ans, ont réussi à se qualifier aux Mondiaux d’Ironman. Une performance très rare pour un couple. 

« Le 10 juillet, j’ai accompli l’un de mes deux rêves d’enfant : me qualifier aux Championnats du monde d’Ironman (IM) ». Le Valdoisien Gaétan Marquilly n’a que 7 ans lorsqu’il découvre le triathlon au club de la Vallée de Montmorency. A ses 13 ans, son entraîneur Gwénaël Sesboué finit pour la première fois les Mondiaux de cette spécialité qui consiste à parcourir 3,8 km de natation, 180 km à vélo et 42,195 km à pied. Les récits de son mentor l’émerveillent, le fascinent. Pour lui, finir la célèbre course à Hawaï devient l’objectif à atteindre un jour. Les années passent, les courses défilent. Plus de 1 800 en tout.

L’Ironman, un rêve d’enfant pour Gaétan

Le Saintloupien de 25 ans, brillant cycliste dès ses débuts, est devenu un triathlète complet et un coureur redoutable sur petite et moyenne distance. En 2017, sa pointe de vitesse contribue à qualifier son équipe aux Championnats de France d’ekiden et de D2 en duathlon. Individuellement, il se qualifie aux Championnats du monde d’Half-Ironman (70.3) en 2018 grâce à sa victoire chez les 18-24 ans à Aix. En 2019, une nouvelle qualification grâce à sa 4e place à Barcelone. « La première fois, j’avais sorti une course de ‘ouf’. Il faisait froid, je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer ! Vainqueur de ma catégorie, j’avais accepté mon billet pour l’Afrique du Sud. Là-bas, j’avais fini 20e des Mondiaux en groupe d’âge », raconte-t-il. Une chute à vélo l’empêcha de faire mieux l’année suivante, mais l’expérience acquise l’oriente vers l’Ironman. La Covid-19 retarde sa première participation. Ce sera pour le 10 juillet 2022.

Gaetan Marquilly sur l'Ironman de Thoune.
Gaetan Marquilly sur l’Ironman de Thoune, terminé en 9h22. ©DR

Décor grandiose pour l’Ironman de Thoune

Ce jour-là, le triathlète blond à la fine barbe est au départ de l’Ironman de Thoune (Suisse), l’un des plus beaux au monde. « Dans les eaux du lac de Thoune, on nage vers les trois montagnes mondialement connues que sont l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Un décor à la fois pur et sauvage, digne du Seigneur des Anneaux ». À ce moment-là, Gaétan a un objectif chronométrique : couvrir la distance en moins de 10 heures. « C’était mon premier Ironman. Je ne voulais pas me mettre trop de pression à viser la qualification pour les Mondiaux chez les 25-29 ans, car il n’y avait que 4 billets attribués », confie l’enseignant dans un collège de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Néanmoins, la forme est là. Il a décroché un podium sur l’Half de Choisy-au-Bac et terminé 21e de la TransJu (un 23 km sur des pistes de ski).

« Sixième après la partie vélo, j’aborde mon premier marathon. Je vise un chrono de 3h15, mais sans repères, je ne sais pas si je suis capable de tenir l’allure définie. Le parcours est somptueux le long des rives du lac de Thoune et passe devant le château de Schadau, tout droit sorti d’un conte de fées. À aucun moment, je suis dans le rouge. Pour tenir le coup, je prends boisson d’effort et gel énergétique tous les 5 km. La fin de course est difficile mais je boucle les 42,195 km en 3h11 et l’Ironman en 9h22 ».

Suspense au protocole

À l’arrivée, il découvre sa 5e position à…une place de la qualification pour Hawaï ! Florent Gallant-Pierce, censé arracher le dernier billet, n’a franchi la ligne qu’1’37 devant. Ses deux minutes perdues sur lui lors de la première transition ont alors un goût amer. Heureusement, la cérémonie protocolaire balaie ce sentiment. Le vainqueur Andrew Woodroffe ne prend pas son billet qualificatif. Gaétan ira donc bien à Hawaï ! Mais pas seul.

Sa compagne Marie Travers sera aussi du voyage et pas en tant que spectatrice. La jeune femme de 27 ans a réussi le tour de force de se qualifier aux Mondiaux après seulement trois saisons de triathlon. « Un couple engagé sur une même édition des Mondiaux d’IM, c’est très rare. Je pense que ça a dû arriver chez les amateurs mais je n’ai pas d’exemples à citer », explique Marie.

« Généralement, dans un couple de triathlète, l’un se met au service de l’autre car la préparation est si chronophage qu’elle nécessite du soutien et des aménagements. Mais nous sommes parvenus à bien nous organiser, à nous entraîner ensemble au stade d’Eaubonne et à la piscine de Soisy, à combiner des sorties communes à vélo dans le Jura et dans les Vosges et préparer des séances séparées en course à pied ».

Ancienne gymnaste, la native du Territoire de Belfort a repoussé ses limites en course à pied avant de se lancer en triathlon. « Ma première course a eu lieu en mai 2015 à Beynes (Yvelines). C’était le Mud Day Paris. Un ami m’avait encouragée à m’inscrire. Il s’agissait d’un parcours de 13 km comptant 22 obstacles qui testait l’endurance, la force, la vitesse et la dextérité de quelque 24 000 participants », se souvient la Francilienne qui prend plaisir à ramper dans la boue, se relever, ‘‘jumper’’ et escalader. « La course se déroulait dans la bonne humeur, dans un camp du GIGN. Chaque épreuve – piscine d’eau glacée, passages sous terrains, traversée d’espaliers – était une découverte ludique ».

Déclic au Mud Day pour Marie

L’expérience lui donne envie de poursuivre l’aventure en course à pied. Elle s’entraîne alors trois fois par semaine après son travail de pâtissière-chocolatière à L’Atelier de Nicolas, à Ermont (Val-d’Oise). « Je me lève tôt (5h), débute tôt (7h) et finis tôt (15h). Ça me laisse la possibilité d’aller courir en forêt de Montmorency, même si le rythme est soutenu ». Attirée par les trails, son premier tour de force est pourtant réalisé sur route. « En 2018, j’ai fini les trois grandes épreuves de Paris (20 km, semi et marathon) ainsi que le marathon de New-York bouclé en 3h50. Sur le papier, j’ai mis 25 minutes de moins pour boucler les 42,195 km du Big Apple. Mais à Paris, j’avais fait demi-tour et attendu un quart d’heure mon patron et meilleur ami Nicolas Bischoff, avec lequel j’ai partagé tous mes marathons », révèle-t-elle.

De l’endurance sur le Half MDS

L’adepte des défis ose l’année suivante l’Half Marathon des Sables (MDS), à Fuerteventura (Canaries). « J’ai fait partie des 450 participants de 36 pays à parcourir en autosuffisance ces 120 kilomètres en 3 étapes comptant 3 000 m de dénivelé. Les températures étaient accablantes mais les paysages à couper le souffle dans le sable et les montagnes de la péninsule de Jandia ». Cette épreuve lui dévoile l’étendue de son endurance et son attrait pour les belles courses. Initiée au vélo par son grand-père, Marie se lance dans le triathlon fin 2019. Sa hardiesse l’amène à s’inscrire d’emblée à l’IM de Thoune. La Covid-19 lui donne finalement plus de temps de préparation. Puis, sa rencontre avec Gaétan fin septembre 2020 lui fait changer d’optique. Elle ira en Suisse pas uniquement pour finir l’épreuve…

Marie Travers, impressionnante sur Ironman.
Marie Travers a terminé l’Ironman de Thoune en 10h49′. ©DR

Un courageux marathon au bout de son Ironman

« En l’espace de quelques mois, je suis passé de 5 à 12 entraînements par semaine. J’ai rejoint son club de triathlon et ai pu bénéficier de conseils, de plans de préparation. Mes premières compétitions m’ont donné confiance. J’ai terminé 1re de l’Half de Choisy-au-Bac et 3e du M de Pont-Audemer chez les 25-29 ans. Et puis, j’ai proposé à Gaétan de s’inscrire à l’IM de Thoune pour qu’on vive cette première ensemble ». À Thoune, après la meilleure natation de sa jeune carrière et une remontada à vélo, elle réalise un courageux marathon. « Je l’ai bouclé en 3h47, soit mieux que mes marathons de Paris et de New-York, alors que je l’abordais avec les jambes raides après 7 heures d’effort », sourit Marie, qualifiée pour les Mondiaux d’Ironman grâce à sa 2e place en 25-29 ans en 10h49. Depuis, le couple valdoisien imagine sa course du 6 octobre à Hawaï et son périple jusqu’à Kona en partie financé par 6 000€ de dons d’amis et proches. En quelque sorte, son voyage de noces.



David Barnabé s’est fait cette promesse en perdant sa jambe gauche suite à un grave accident. Depuis son amputation, ce gendarme revit à grandes foulées. Après son premier semi à Paris, il rêve plus vite, plus haut, plus fort.  

« Le jour de mon amputation, je me suis juré deux choses. Que je reprendrais du service et que je courrais un semi-marathon. Je voulais montrer au monde que l’on peut être blessé et aller de l’avant », raconte David Barnabé, gendarme mobile au CEGN.

Depuis ce 11 janvier 2019, date de son opération, cet adjudant-instructeur a retrouvé le sourire. Cette lourde décision, il l’a prise seul. Pour mettre fin à son calvaire. En 2007, lors d’un exercice de nuit à Saint-Astier, en Dordogne, sa cheville a vrillé à 180°. Suite à cet accident grave, les pépins se sont enchaînés.

David Barnabé s'est mis à courir par défi suite à son amputation. Il rêve de courir un jour le Marathon des Sables...

« J’ai regagné dix ans et le sourire »

« Entre 2013 et 2016, j’ai subi quatre opérations, avec appareillage, greffe de corail, greffe d’os de hanche. Rien n’a fonctionné. J’ai contracté en plus un algoneurodystrophie. Des crises me faisaient hurler de douleur, comme si on m’arrachait la jambe. Sous la douche, je mordais un bâton de bois, car l’eau qui coulait sur ma cheville me faisait terriblement souffrir… Je ne dormais plus que deux heures par nuit, » raconte en substance le blessé. « J’ai pris une photo de moi avant l’amputation, une autre trois jours plus tard. Clairement, j’étais un autre homme. J’avais regagné les dix ans perdus, je n’avais plus les traits de la souffrance et  j’avais retrouvé le sourire. Car j’étais devenu un sale con aigri, je n’ai pas peur de le dire… » poursuit l’adjudant originaire de Franche-Comté.

S’il a choisi de courir, c’est pour le symbole. Car avant de perdre sa jambe, David Barnabé n’était pas coureur. Plutôt joueur de foot, adepte de musculation, il s’entretenait simplement dans le cadre des examens annuels de son corps de métier.

Semi de Paris, un défi personnel devenu collectif

Après six mois de rééducation en centre, David Barnabé, s’est donc mis à courir, équipé d’un pied Challenger, adapté au sport. «  Lors d’un stage pour les blessés militaires, j’ai rencontré Christophe, coach, et Justine, kiné, que se sont proposés de m’accompagner sur mon premier semi. Des collègues ont lancé une cagnotte pour que je puisse m’équiper d’une lame de course carbone », raconte-t-il, très touché par ces belles initiatives.

2,4 kg pour son pied Challenger, 1,2 kg pour sa nouvelle lame de course. Cela change tout ! Car l’effort à fournir est conséquent lorsque l’on court avec une prothèse. « On dépense entre 40 à 50% d’énergie supplémentaire » précise le sportif, qui soigne particulièrement sa préparation physique, son alimentation et son sommeil.

De son premier semi, à Paris en septembre 2021, David garde un souvenir ému : « J’étais hyper fier de terminer parmi tous les valides, avec un chrono en 2h25’. C’était le début de beaux défis ! »   

David Barnabé bien entouré à l'arrivée du trail court des Gendarmes et voleurs de temps.
David Barnabé bien entouré à l’arrivée du trail court des Gendarmes et voleurs de temps.

« Je me sens libre et normal en courant »

Courir est devenu sa passion. « En courant, je me sens libre et normal. Quand vous êtes handicapé, le regard des autres est parfois blessant, dérangeant. Ce sport inspire un certain respect  », commente David. Il s’entraîne trois fois par semaine, avec l’une de ses prothèses joliment décorées par sa femme Peggy.  

Depuis, les courses s’enchaînent, les belles rencontres avec. David Barnabé a ainsi  participé aux Gendarmes et Voleurs de Temps début juin. « Sur l’initiative de Jean-Luc Monges, l’organisateur, j’ai parrainé une nouvelle course handisport. 10 km de trail avec mon pied Challenger. J’en ai ch… mais la fameuse montée des marches avec le public massé transcende pour terminer. » relate le gendarme, finisher en 1h13’.

Dans la foulée, il a franchi un nouveau cap en cumulant 52,4 km en 131 tours de piste lors des 24 heures Race de l’OTAN à Naples, pour lever des fonds pour les blessés militaires. Parrain de l’association Gendarmes de cœur, ce quinqua jovial s’investit à fond pour soutenir les blessés.  

Désormais, il prépare les Invictus Games, jeux paralympiques militaires prévus à Düsseldorf en septembre 2023. «  Je prévois aussi de courir plus tard un marathon ! », ajoute le master. Et rien ne lui fait peur : « Je rêve du plus dur, le Marathon des Sables, même si cela inquiète ma petite femme. Je veux rien m’interdire, la vie est trop courte ! »



Ancien pistard, Yoann Kowal rêve du marathon des J.O 2024. Il a signé de belles performances cette saison et courra son premier marathon à Londres le 2 octobre. Objectif : 2h13′

Aaprès 16 ans à performer au niveau international sur la piste, vous faites une transition vers le marathon. Expliquez nous ce nouveau projet Yoann Kowal.

« Le marathon a toujours été dans un coin de ma tête, je m’y projette depuis des années. Cela fait 12 mois maintenant que j’ai repris l’entraînement avec le marathon de Londres comme objectif. . Le stress est présent, mais dans le bon sens car il me motive. J’essaie d’être pointu, peut-être un peu trop. Je m’entoure de l’expérience d’entraîneurs et de sportifs pour optimiser au mieux ma préparation. Je teste mes ravitaillements, je ferai un régime dissocié 7 jours avant. Le but est d’arriver à Londres avec ma conscience pour moi, en ayant tout fait pour être au mieux. Mais j’aurais la boule au ventre tant que je n’aurai pas franchi la ligne d’arrivée.  Le passage 30-35e km me fait vraiment peur… »

Yoann Kowal, en bref. 35 ans, licencié à Périgueux, 45 sélections en équipe de France, ambassadeur Kiprun, champion d’Europe du 3 000 m steeple (2014), 5e des JO de Rio sur 3000 m steeple, 3’33’75’ sur 1500 m, 8’12’53’’ sur 3000 steeple, 28’39’’ sur 10 km, 28’05 sur 10 000 m (2022), 62’17’’ sur semi (2022).

Votre année 2022 a été dense avec 3 nouvelles sélections en équipe de France, un chrono en 8’ sur 3000 m aux Interclub, la deuxième performance de l’année sur semi…

«  Ce n’est pas dans cette perspective que j’avais envisagé cette transition sur marathon mais c’est cool. Je ne pensais pas que j’aurai la capacité à faire des semis aussi forts. Initialement, je visais un chrono à 64-65’. J’ai couru mon premier à Séville en 63’08’’ et celui de Lille en 62’07’’.  C’est rassurant même si je garde beaucoup de recul car je ne sais pas comment cela va se passer sur marathon. »  

Et vous vous êtes aussi aligné pour la première fois sur un 10 000 m. Avec un chrono en 28’ et une 15e place sur les championnats d’Europe !

«  Comme je le dis souvent, l’endurance n’exclut pas la vitesse. Ce championnat s’est greffé dans ma prépa. J’ai terminé loin derrière, j’étais dans le dur, mais je ne pensais non plus être capable courir un 10 000 m aussi vite. J’ai kiffé. D’autant que je sortais d’une semaine à 160 km et qu’avant cela, j’avais fait quatre semaines en altitude à Font Romeu avec 220 km de moyenne par semaine et des intensités tous les deux jours. Je peux dire que je ne me suis pas fait de cadeau pendant cette prépa marathon ! »

Yoann Kowal a terminé le semi de Lille 2022, 2e semi de sa carrière, en 62'17''.
Yoann Kowal a terminé le Semi de Lille, le deuxième de sa carrière, en 62’17 ».


Yoann Kowal, quel chrono en tête pour votre premier marathon ?

« Initialement, je visais 2h15’ puis je l’ai revu à 2h13’. Certains me disent que je peux valoir 2h10 ou moins. Je le prends avec beaucoup de pincettes, notamment car je ne pourrais pas avoir de lièvre personnel le jour J. J’adapterai ma stratégie en dernière minute. Soit je ferais le pari de suivre un groupe plus rapide quitte à potentiellement subir sur la fin de course, soit je courrais à l’allure prévue, mais en solitaire. »


Ensuite, vous aurez le marathon des Jeux Olympiques de Paris 2024 dans le viseur…

« Oui, j’en rêve et cela me motive tous les jours ! On parle pour l’instant de minimas entre les marathons de Paris 2023 et 2024. Je pourrais ainsi tenter de me qualifier sur trois marathons, mettons avril et décembre 2023, puis avril 2024. Les minimas actuels pour les Mondiaux 2023 de Budapest sont en 2h09’30’’. Si j’arrive à faire moins, ce serait extraordinaire. Mais il y aura trois places françaises et nous avons une génération très forte, avec une énorme dynamique. Il faut donc rester lucide. Que je coure déjà mon premier et ensuite on verra ! »

La préparation marathon d’un athlète de haut niveau, cela ressemble à quoi ?

« Il a des bornes bien sûr, jusqu’à 220 km par semaine, mais aussi des soins pour encaisser cette charge. Massages de récup, pressothérapie, bain froid, temps de sommeil et de repos, qualité d’alimentation… J’essaie de tout calibrer au mieux. Je ne suis peut-être pas le plus talentueux au monde mais si je peux travailler pour être dans les meilleurs, je le fais. Je suis un dur au mal mais j’aime ça. La vie d’athlète de haut niveau est d’abord une vraie chance et j’en ai bien conscience. »

Quel regard portez-vous sur votre carrière, Yoann Kowal ? L’une des plus longues parmi nos athlètes…

« Je suis content de mes chronos qui sont polyvalents. 1’49’’ en salle sur 800 m pour un mec qui n’a pas de vitesse, 3’33’’ sur 1500 m, 8’12’’ sur 3000 steeple, 7’44 au 3000 m plat, 28’ sur 10 000 m. Si dans le futur j’arrive à tenir moins de 2h10’ au marathon et à participer aux prochains Jeux, cela me ferait trois olympiades sur 3 disciplines différentes, j’en serais hyper fier ! »

« Je ne connais pas ma VMA, ni ma VO2 Max. Mon truc, c’est « cours ! ». A la foulée, à la respiration, je sais si je suis fatigué. Je trouve à tendance à trop calculer et on oublie de s’écouter. »

Vous avez choisi Kiprun et sa KD900X en carbone pour vous porter vers les prochains J.O. Racontez-nous… 

« La collaboration s’est d’abord faite sur un aspect humain. Quand j’ai rencontré l’équipe à Lille en décembre dernier avec le projet d’un passage sur marathon, j’étais toujours blessé. Le feeling est bien passé. Ils m’ont fait confiance car je n’avais aucune certitude. Cette paire de KD900X en carbone était alors déjà bien élaborée mais j’ai pu faire mes retours, comme d’autres testeurs. J’ai suggéré d’abaisser le poids au dessous de 200 g, ce qui aurait été possible m’a dit l’ingénieur mais Kiprun ne l’a pas souhaité afin de garantir la qualité et la durabilité.  Car il s’agissait de proposer une paire en carbone réactive, avec une durée de vie inégalable, au minimum deux fois plus résistante que les autres modèles en carbone. J’ai trouvé que c’était un discours fort. Et au final, elle est tout de même plus légère que l’Adidas Adios Pro ! Sur 5, 10 km, semi, elle est extraordinaire, avec une plus grande réactivité que les autres chaussures que j’ai pu tester. J’ai couru le semi avec en 62’. Sur marathon, je ne sais pas encore… En tout cas, elle m’a convaincu de signer avec Kiprun et va faire plaisir au grand public j’en suis sûr. »

©Kiprun

Yoann Kowal, quels conseils donner à ceux qui souhaitent se lancer sur la distance marathon ?

« Faire des changements d’allure et des côtes. On néglige trop souvent ce travail de côte alors que c’est de la musculation naturelle par excellence. L’idéal est aussi de cumuler l’équivalent d’un marathon dans sa semaine pour se préparer à l’effort. Par exemple en trois sorties, il faut que l’ensemble de séances représente 42 km. »

Vous entraînez aussi des athlètes ?

« En ce moment j’entraîne Amélie Mauresmo, qui a un record en 3h15’, pour son prochain marathon. Pendant le confinement, j’avais mis en ligne sur Youtube des vidéos de PPG et un programme pour progresser sur 10 km de 3 à 5 séances par semaine. 97% de coureurs qui ont battu leur record après avoir suivi ce programme, j’en suis content. Je l’ai mis en pause car je n’arrivais plus à suivre et je voulais m’investir pour chaque coureur. Mais je travaille avec un jeune de mon club pour remettre cela en ligne d’ici la fin de l’année. L’idée est d’accompagner et de partager ma manière de travailler. »

Justement, c’est quoi la méthode « Yoko » ?  


« Apprendre à mieux se connaître pour mieux gérer son effort. On est tous trop porté sur la VMA, la VO2 max, l’aérobie, les calculs et l’on oublie de s’écouter ! C’est comme cela que je m’entraîne depuis quinze ans et c’est ce qui m’a fait progresser. Je ne connais pas ma VMA, ni ma VO2 Max, je ne travaille pas avec les pourcentages. Mon truc, c’est « cours ! ». A la foulée, à la respiration, mon coach sait si je suis fatigué. Depuis que j’ai un cardio-GPS, j’ai bien sûr l’œil rivé sur la montre mais j’arrive quand même bien à laisser ces données de côté pour me fier à mes sensations. »



Eliud Kipchoge, recordman du monde, est très attendu ce week-end sur le marathon de Berlin. Véronique Billat, physiologiste de renommée mondiale a analysé les derniers records du champion. Pour elle, il peut courir le marathon en moins d’1h59.

En 2019, nous avions demandé à Véronique Billat son avis sur le marathon démonstration en 1h59’40’’ d’Eliud Kipchoge à Vienne. Selon analyse, publiée dans Journal of Sports performance and physiology en 2020, Eliud Kipchoge serait bien en capacité de battre, ce week-end sur le marathon de Berlin, son record du monde officieux de Vienne.


Qui est Véronique Billat ?
Cette physiologiste française, professeure des universités, détentrice d’un brevet d’état 3e degré d’athlétisme, a notamment fondé la méthode d’entraînement BillaTraining et publié le livre Révolution marathon (Editions DeBoeck).

Véronique Billat, vous avez déjà analysé le record du monde officiel d’Eliud Kipchoge sur le marathon de Berlin en 2018. Quelle est votre analyse de son chrono en 1h59’ en 2019 à Vienne ?

« Nous avons comparé les performances d’Eliud Kipchoge sur ses trois derniers marathons, tous à six mois d’intervalle. Berlin en septembre 2018, course de son record du monde en 2h01’39’’,  Londres en avril 2019 en 2h02’37’’ puis Vienne, le 12 octobre dernier, où il a couru en 1h59’40’’. Ce qui est intéressant, c’est l’analyse comparative entre la course officielle (Berlin) et la course articifielle (Vienne). Il faut d’abord savoir que ce qui caractérise Kipchoge, c’est qu’il a une formidable réserve de puissance liée à sa carrière en demi-fond. Il a imprimé depuis longtemps à l’entraînement des allures de 23-24 km/h et a une tendance naturelle à varier les allures sur marathon, en courant le second semi plus rapidement que le premier. »

Au-delà des deux minutes d’écart entre ses chronos de Berlin 2018 (2h01’39’) et Vienne en 2019 (1h59’40’’), quelles différences avez-vous pointées ?

©DR. Eliud Kipchoge à Vienne le 12 octobre 2019, sur le marathon organisé pour lui par la multinationale Ineos.

« A Vienne, il n’a pas pu exprimer tout son potentiel car le tempo lui était dicté par la voiture ouvreuse, et par les 41 lièvres qui se sont relayés autour de lui. Dès le départ, le motif était imprimé avec une allure constante oscillant entre 2’48’’ et 2’52’’. Cela l’a privé de son talent, de sa réserve de puissance. A Berlin justement, c’est lorsque ses lièvres ont craqué, au 25ekm qu’il a pu faire sa course. Il avait alors couru les deux tiers du marathon sous sa vitesse moyenne, qui était de 20,8km/h, puis un tiers au-dessus. A Berlin, il était à 94% de sa vitesse critique, c’est-à-dire la plus haute vitesse que l’on est capable de tenir sans atteindre sa VO2max. A Vienne, il a couru à 98% de sa vitesse critique, c’est-à-dire qu’il a davantage puisé dans ses réserves. » 

Selon vous, Eliud Kipchoge a donc réalisé une meilleure performance à Berlin en 2018 même s’il a couru plus vite à Vienne en 2019 (1h59′ ?

« Oui tout à fait. Dans le mot performance, il y a le chrono final certes, mais aussi le chemin parcouru pour l’accomplir. Si tout n’avait pas été si codifié et planifié à l’avance, on aurait peut-être pu voir les chiffres « 1h58 » ou « 1h57 » s’afficher à Vienne. En tout cas, le marathon en « 1h55 » nous paraît bien visible ! »

©Michael Gruber-VCM.

Comment expliquez-vous sa « fraîcheur » à l’arrivée à Vienne ? 

« Il n’a pas tout donné car il n’a pas pu gérer sa course lui même. »

Et ses fameuses chaussures Alphafly de Nike qui font « courir plus vite ». Anecdotique ? 

« Oui. »



Nicolas Navarro, révélation des J.O de Tokyo, 5e des Championnats d’Europe cet été est le plus autodidacte de nos champions. Cet athlète d’Aix-en-Provence n’a pas fait « ses classes » sur le tartan. Il s’est mis à courir juste pour le plaisir et vise désormais le top 10 des J.O de Paris 2024.

Nicolas Navarro, vous terminez en 2h10’41 » le marathon des championnats d’Europe à Munich le 15 août dernier malgré avec une chute à mi-course. Racontez-nous…

« La course s’est très bien passée jusqu’au 24e km où j’ai été bousculé. Je me suis retrouvé par terre. Ensuite cela a été un peu plus compliqué car il a fallu que je fasse un gros effort pour revenir. Mentalement, cela déstabilise. Il a fallu se reconcentrer, ce qui n’a pas été facile à gérer. Sur la fin, on était encore 6  ou 7 à pouvoir gagner à quelques kilomètres de l’arrivée. Cela s’est joué à la fraîcheur car nous étions tous complément morts sur le sprint final. Il ne m’a pas manqué grand chose pour être sur le podium, c’est dommage… »

Ce chrono en 2h10’ est une belle confirmation après votre le marathon olympique de Tokyo terminé en 2h12’50’’, à la 12e place.

« Oui malgré cette fin de course compliquée à Munich, je suis content car cette 5e place vient confirmer mon résultat sur les derniers J.O. J’avais terminé dans le top 5 aux Europe l’an dernier, je reste dans le top 5, c’était l’objectif que je visais. Cela montre aussi que je suis présent sur les championnats. »

Au moment des J.O de Tokyo, vous travailliez à plein temps. Mais depuis vous êtes passé coureur professionnel. Cela change tout ?!

« Jusqu’à l’an dernier, je travaillais en effet chez Decathlon. Pour mes gros objectifs, je posais donc des congés sans solde. En septembre dernier, j’ai rejoint la SCO Sainte-Marguerite, avec un partenariat avec les Pompiers du 13. C’est grâce à eux que je vis aujourd’hui de la course à pied. Ma vie a clairement changé ! Avant, il fallait tout cadrer entre boulot et entraînements. Désormais, j’ai plus de temps, notamment pour faire de la kiné, de l’ostéo, ce que je négligeais avant. Soigner sa récup’, c’est aussi important pour progresser quand on enchaîne les kilomètres. »


Nicolas Navarro, pensiez-vous atteindre un jour ce haut niveau ?

« Pas du tout ! Quand j’ai commencé, je voulais juste pour me faire plaisir sur les courses du coin. Je me suis vite au jeu des chronos, en terminant souvent devant et en progressant à chaque fois.  Le plaisir ne m’a jamais quitté depuis. »

Avant d’être marathonien, vous aviez entamé une carrière cycliste qui a tourné court…

«Oui, j’ai commencé le cyclisme à 11 ans et arrêté à 18 ans après une mauvaise chute. Je m’étais fracturé trois vertèbres. Cela m’a stoppé pendant trois mois. Je n’ai pas repris ensuite, même si je roule toujours beaucoup. Je me suis tourné vers la course, moins chronophage, aussi pour suivre mon grand frère (Julien Navarro, ndlr) qui faisait du trail. J’ai touché un peu à toutes les courses locales, en alternant 10 km, semi et trails les week-ends. »

Nicolas Navarro, en bonne place sur les Championnats de France de semi-marathon 2021 aux Sables d'Olonne.
Nicolas Navarro avait terminé 3e des France de semi-marathon 2021 aux Sables d’Olonne en 1h05’07 ».

Votre premier marathon, c’était où et quand ? 

« A Montpellier en 2013, un an après mes débuts en course. J’y étais allé au feeling, juste pour le défi, sans prépa spécifique. J’avais bouclé en 2h28’, adoré cet effort long et l’ambiance. Depuis, le marathon est devenu ma distance de prédilection. »  

Votre progression a été constante sur marathon, de 2h28’’ à 2h08’. Gagner 20 minutes en dix ans, c’est beau !

« Merci. J’ai réussi à m’améliorer un petit peu à chaque fois, en collaboration avec mon entraîneur. Cette progression a été linéaire car très progressive. Nous n’avons pas brûlé d’étapes en voulant aller trop vite ou en augmentant trop le volume. Cela a pris du temps, mais cela paye maintenant ! »

Une journée type pour vous, cela ressemble à quoi ?

« Toute la semaine, je fais deux ou trois entraînements par jour. Avec la musculation et la kiné, c’est rythmé, on ne s’ennuie pas. Le week-end, je fais une sortie longue seulement. En volume, je tourne à 230 km les grosses semaines de préparation marathon, et autour de 150 km à 180 km le reste du temps. »

Nicolas Navarro, votre record sur marathon est en 2h08’29’’. Quel chrono visez-vous à moyen terme ?

« A Séville en février dernier, je visais le record de France de Benoit Z (2h06’36’’). J’étais sur les bases de 2h06 pendant 30 km mais je n’ai pas tenu sur la fin. Depuis, Morhad Amdouni l’a amélioré à Paris (2h05’22’’). L’objectif reste le même : descendre le chrono. Je sais que je peux gagner du temps. Il m’a manqué un cycle d’entraînement complet sur ce marathon. J’étais mieux préparé pour Valence, que j’aurai dû courir en décembre dernier mais j’ai dû y renoncer suite à une blessure aux ischios. »

Retournerez-vous à Valence en décembre prochain ?

« Je ne pense pas. Mon prochain gros objectif, c’est la qualification pour Paris 2024. On ne sait pas encore quand la sélection ouvrira. Si c’est en février, cela ne sert à rien que je vise un gros chrono en décembre à Valence, je retournerai alors plutôt à Séville mi-février. C’est encore indécis pour l’instant… »

L'équipementier On accompagnera Nicolas Navarro jusqu'aux prochains JO de Paris 2024.

Nicolas Navarro, l’équipementier On vous accompagnera jusqu’aux prochains J.O. Racontez-nous cette collaboration.

« Je testais les produits On depuis quelques mois déjà, notamment la nouvelle paire en carbone. Il m’a fallu un peu de temps d’adaptation pour m’assurer que la paire me convenait bien. J’étais chez un autre équipementier (Nike, ndrl) depuis un certain temps. Je me suis rapidement habitué, avec des chronos identiques à l’entraînement. Le projet m’a aussi séduit car je participe aussi au développement de la prochaine chaussure et c’est intéressant. »

Nicolas Navarro, un chrono rêvé pour les prochains J.O de Paris 2024 ? 


« Après ma 12e place à Tokyo, je rêve forcément de faire mieux en 2024, avec un top 10. Si j’ai la chance d’y être, il y aura une émulation très forte entre les Français qui courront à domicile. A Tokyo, j’avais couru seul, sans mes proches. A Paris, ils seront là, c’est un fort soutien pour moi. Je vais tout faire pour me rapprocher de la première place, même s’il faut rester lucide, on ne va pas jouer le premier rôle… »

Quelle est votre séance fétiche sur marathon ?

« Les sorties longues, forcément, il faut aimer le long sur marathon. Je monte jusqu’à 40 km. C’est là qu’on peut jauger si la forme est là ou pas. J’aime aussi bien les séances sur piste. Je me mets derrière mon coach à vélo, je n’ai pas à réfléchir, juste à le suivre et j’aime aussi cet effort. »


Quels conseils donner à ceux qui rêvent de battre leur record sur  marathon ?


« 
Je dirai d’abord de toujours garder la notion de plaisir, c’est essentiel. Ensuite y aller progressivement. Il ne faut pas saquer sa prépa en 10 ou 12 semaines en attaquant pieds au plancher. Le jour J, il faut aussi en garder sous le pied jusqu’au 30e km. On doit courir les deux premiers tiers facilement, comme si c’était de la balade ou presque, sinon on gardera un mauvais souvenir de son marathon et cela n’est pas le but. »

Avez-vous déjà frappé le mur du marathon ? Avez-vous des conseils pour l’éviter ?


« Oui, à Séville, j’ai pas mal ralenti sur la fin de course. Je pense que ce mur est juste musculaire. Il ne faut donc surtout pas se griller en partant trop vite. Il faut aussi bien se ravitailler, dès le 5e km en s’hydratant systématiquement. »

Un mot pour conclure sur la grosse performance de votre compagne, Floriane Hot, sacrée championne du monde des 100 km avec un nouveau record d’Europe à la clé (7h04’03’’)?

« Ce qu’elle a fait, c’est très très fort. Je suis super fière d’elle, et tous ses proches le sont aussi. Elle a impressionné énormément de monde et s’est même impressionné elle-même je pense ! »


Un couple de champions vit dans l’émulation ?

« Oui, clairement, on se tire clairement vers le haut à l’entraînement et on se soutient aussi en dehors des séances. C’est vrai que je pense que je sois à haut niveau avant Floriane, cela l’a boosté et lui a montré qu’en travaillant, elle pourrait aussi faire des grandes choses. Et elle l’a prouvé très rapidement. C’est que du positif ! »



120 000 personnes sont atteintes de sclérose en plaques en France, dont 75% de femmes. Combien savent que le sport peut les aider ? Solidaires en peloton multiplient les actions fortes pour le faire savoir et financer la recherche. Rencontre avec son emblématique fondateur, Bernard Gentric. 

On connaît tous, de près ou de loin, quelqu’un qui souffre de sclérose en plaques (SEP). La maladie, qui attaque le système nerveux central, n’est pas rare, ni orpheline. L’évolution peut être plus ou moins handicapante, plus ou moins fulgurante. En une décennie, sa prise en charge a évolué. Hier, les médecins interdisaient aux patients de pratiquer un sport.

Aujourd’hui, au contraire, on les incite à se bouger. C’est prouvé : l’activité physique, particulièrement l’endurance, accélère le processus de remyelinisation, comprenez de reconstruction de la gaine qui entoure les nerfs, abîmée par la maladie. 

Retrouver confiance et fierté

Le sport rempart contre la SEP, c’est le message de Solidaires en peloton, (acronyme de la maladie), étendard de la Fondation pour l’aide à la recherche sur la sclérose en plaques (ARSEP). Depuis dix ans, derrière l’énergique Bernard Gentric, son vice-président, atteint depuis près de 30 ans, les initiatives se multiplient. Même s’il n’aime pas trop qu’on parle de lui, l’histoire de Bernard porte de l’espoir et illustre à merveille le pouvoir du sport. Il en est convaincu : « Le sport est une énorme source de motivation ! Lorsque l’on est malade, retrouver confiance et fierté dans son corps est essentiel. Si je ne m’étais pas fixé de défis, je ne serai pas dans l’état dans lequel je suis aujourd’huiNous avons tous un « Everest » à conquérir ! » s’enthousiasme-t-il, ses 70 bougies soufflées ce printemps. 

Son truc à lui, c’est la course à pied. Plus jeune, Bernard était un fin compétiteur. Un bon marathonien. A 35 ans, il signait son record sur l’épreuve reine en 2h43’. Sur semi-marathon, qu’il enchaînait alors à la pelle, un chrono référence en 1h13’. Beau palmarès. 

Bernard, en rose, bien entouré.

« Si je ne marche plus, je recourrais »

Puis à l’aube de la quarantaine, son monde bascule. Au lendemain d’un footing, il se trouve paralysé des membres inférieurs. Le diagnostic tombe. Un choc. Désormais, épisodiquement, il devra vivre avec d’autres symptômes handicapants comme la fatigue, des risques de nouvelles paralysies des membres inférieurs et des névrites optiques. Pendant dix ans, il encaisse une vingtaine de « poussées », dont trois sévères. En 2007, après six mois de traitement lourd à base de chimiothérapie et de corticoïdes, son neurologue lui fait comprendre que le fauteuil roulant est une éventualité à envisager. 

Ce père de famille, ex-colonel dans l’armée puis haut fonctionnaire, se déplace alors à quatre pattes. A terre, mais du genre battant, il se fait une promesse : « Si je ne marche plus, je recourrais », avec un objectif : recourir les 20 km de Paris pour ses 60 ans. « Je me suis donné trois ans. D’abord, j’ai dû réapprendre à marcher. J’ai fait du stepper accroché au dos d’une chaise pour ne pas perdre l’équilibre, du vélo d’appartement, puis quelques tours de stade, sur la pelouse. Au début, je tombais tous les 100 mètres, puis de fil en aiguille, j’ai réussi à courir de plus en plus régulièrement. »

En 2010 donc, Bernard, entouré d’amis, décroche une nouvelle médaille sur la classique parisienne. Peu importe le chrono. Elle vaut de l’or. Ce jour sonne comme une renaissance. Ce sera le point départ de l’aventure Solidaires en peloton. « Si j’ai réussi à recourir en étant malade, d’autres peuvent le faire. La clé, c’est d’être entouré par des sportifs ayant toutes leurs capacités qui partagent leur énergie avec ceux qui ont plus de difficultés du fait de la maladie. C’est bien connu, ensemble, on va plus loin ! », résume le coureur.  

Solidaires en peloton, passeur d’espoir sur la sclérose en plaques

Depuis, Bernard a décroché d’autres « Everest » : les 75 km sur les 12h de Royan en 2018, puis les 50 km de Belvès en 2019.  Mais son objectif numéro 1, c’est bien de passer l’espoir via Solidaires en peloton : « Il faut continuer à sensibiliser sur la sclérose en plaques, répandre l’idée que le sport peut aider les patients, collecter des fonds pour la recherche. ». L’entité est devenue une marque sportive valorisant les actions de la fondation ARSEP et se couple avec une association, Défis-Solidaires en peloton. L’élan de ce mouvement sportif solidaire va croissant. Plus de 7 000 membres aujourd’hui. Des courses sont organisées à Paris, Lille, Lalinde ou encore Amboise au profit de la recherche contre la maladie. Certes, cette année 2021 a été compliquée. A cause du Covid, les manifestations annulées représentent un gros « manque à gagner ». Mais le collectif s’est remis en marche. Le 11 septembre 2022, les Foulées Lindoises en Périgord seront de retour après une édition 2021 connectée.

Vague solidaire 

Solidaires en peloton, « SEP » comme disent ses membres qui portent toujours le maillot dédié rose et bleu, c’est aussi une somme d’actions fortes. Bonne volonté et bonne humeur toujours mêlées. En 2016, 8 « patients »  ont couru sur le marathon de Berlin, escortés pendant 42 km par deux ou trois accompagnateurs « valides ». Une effusion d’émotions dont Bernard s’émeut encore. L’année suivante, une petite équipe a bouclé le marathon de Caen en relais, portant la dernière relayeuse, à bout, jusqu’au bout. En 2018, autre souvenir exceptionnel sur l’Ultra Marin : deux équipes de malades, masculine et féminine, ont couvert les 177 km en relais, tous transcendés par une vague rose et bleue. 

Et cette vague solidaire navigue jusqu’en pleine mer ! Le skipper Thibaut Vauchel-Camus, vainqueur de la Transat Anglaise, 2e de la Route du Rhum,  porte haut le message « Vaincre ensemble la sclérose en plaques » affiché sur son bateau porte-voix de la cause. Spontanément, des athlètes cherchant à « courir utile » collectent des fonds pour la fondation ARSEP. Sur la prochaine Diagonale des Fous, une cinquantaine de coureurs mouilleront le fameux maillot bicolore.

Bernard s’en réjouit et le répète à l’envie : « On ne prendra pas de repos avant que l’on ait trouvé un moyen d’améliorer le confort de vie des patients et si possible, de guérir la maladie. Notre slogan dit : ‘la sclérose en plaques n’est pas une maladie contagieuse mais Solidaires en peloton l’est. Et notre souhait, c’est qu’on soit de plus de plus contagieux ». On fait passer le message. 



L’OCC s’élancera ce jeudi matin d’Orsières. A la veille du départ, nous avons rencontré Esther Eustache, du team Elite Brooks, qui pourrait bien créer la surprise sur cette course distance du festival UTMB.  

Esther Eustache fait partie des étoiles montales de la team Elite Brooks rassemblée à Chamonix pour les courses de l’UTMB. A 26 ans, cette étudiante qui cavale depuis deux ans seulement, compte bien donner le meilleur d’elle-même sur l’OCC.

Toute fraîche débarquée dans l’univers du trail donc, elle affiche déjà un beau palmarès ! 5ème place au Festival des templiers (79 km) en 2021, 1ère  victoire décrochée sur l’Echappée belle (62 km) en 2021, 2ème place sur le MIUT 2021.

Cette année, Esther a terminé 13ème du Marathon du Mont Blanc. En forme donc. Nous l’avons rencontré, son dossard pour l’OCC en poche.

Demain, tu t’élanceras sur l’OCC. Courir à Chamonix, c’est une première pour toi ?

« Oui je participe pour la première fois à une course de l’UTMB. Ce sera donc l’OCC (Orsières-Chapex-Chamonix) pour 56 km avec un objectif de 6h45. Je suis prête, l’entrainement est fait. Y’a plus qu’à comme on dit… »

Avant de courir sur les sentiers, tu roulais sur la route. Esther Eustache, comment as-tu découvert le trail ?

« Oui, j’ai fait mes études dans une section sport étude au lycée avec le vélo comme spécialité. J’avais un niveau national en vélo, mais il y a 2 ans, j’ai eu envie de plus de nature. C’est l’état d’esprit du trail qui m’a attiré. C’est très différent de l’ambiance du vélo. La notion de dénivelé me plait beaucoup, même si au début, le passage du vélo vers le trail n’a pas toujours été simple. Je courais déjà avant, mais simplement en mode détente. Je me suis donc entraînée plus sérieusement avant de participer à mes premiers trails en 2020. En 2021, j’ai décroché une première victoire sur l’Echappée Belle.»

Depuis, tu as intégré l’équipe Elite Brooks. Tu es la seule femme et l’une des plus jeunes au sein de cette équipe de champions…

« Je suis membre à part entière de cette équipe et je m’y sens bien. L’avantage d’une telle équipe est le soutien qu’elle apporte. C’est une très belle solidarité que je n’avais pas dans le monde du vélo.

Être en équipe permet aussi d’échanger. Tous sont devenus des copains comme Nicolas Martin (vice-champion du monde de trail en 2016, ndrl). Il a entre nous une vraie convivialité et mon statut de femme n’est pas compliqué à assumer. »

Raconte-nous ton quotidien, Esther Eustache…

« Je m’entraine ! (rires) Mais surtout je suis en doctorat de statistiques en Suisse. J’ai le projet de partir six mois faire une partie de mon doctorat au Canada. Ensuite, l’idéal serait bien sûr de pouvoir concilier trail et boulot. Après tout, l’analyse des statistiques et des données dans le sport est un métier d’avenir non ? »