Meilleur Français en 2012, Pierre Sénac a retrouvé le marathon de Berlin en septembre dernier. Trois ans après son opération d’une pubalgie, le Valdoisien l’a bouclé en 2h38’. La Six Star est dans son viseur.
« Je n’aurai jamais cru recourir comme ça ». Le 26 septembre, en franchissant la Porte de Brandebourg, Pierre Sénac a retrouvé une sensation enivrante. Qui lui avait manqué depuis quatre ans : approcher de la ligne d’arrivée d’un marathon. En effet, le coureur de 56 ans, originaire de Franconville (Val-d’Oise), a en effet dû surmonter une épreuve avant de boucler le marathon de Berlin en 2h38’08.
Trois ans sans compétition
« Le 9 août 2018, j’ai été opéré d’une pubalgie. On m’a réduit l’adducteur gauche. Je n’ai pas pu faire le moindre footing pendant un an et demi. Lorsque j’ai pu reprendre, c’était le confinement ! Impossible de s’entraîner en groupe ou plus d’une heure et pas de compétition en vue. C’était dur mais ça a fait travailler le mental ». Pierre Sénac, agent de maîtrise à Beauchamp (95), n’aura rien lâché pour boucler le 30e marathon de sa carrière. Et le 25e en moins de 2h40 ! « J’ai doublé mes entraînements trois jours par semaine, accumulé le foncier durant 4 mois jusqu’à perdre 4 kilos. J’ai aussi suivi les conseils d’un nutritionniste, consulté kiné et podologue et fait des séances de cryothérapie », résume ainsi le sociétaire de l’Entente Franconville Césame Val-d’Oise (EFCVO).
30ème marathon pour Pierre Sénac
Revenir dans la capitale allemande avec l’agence Sportifs à bord était un bon présage. C’est en effet avec cette même agence de voyages sportifs qu’il avait réalisé des prouesses sur ses précédentes participations. « En 2010, j’avais rattrapé Noreddine Khezzane (un ami, 9 fois champion de France vétéran) pour finir en 2h32’. En 2012, j’avais été le meilleur Français en réalisant 2h29’26’’ à 47 ans. Puis, en 2013, j’avais terminé dans le top 100 en 2h31’ », se souvient Pierre Sénac. Encore logé à 400 mètres à peine du départ, bénéficiant d’une météo idéale, il partait avec des atouts. Même une mésaventure ne l’a pas perturbé. « Au 1er km, j’ai perdu quatre de mes six gels énergétiques. Mais je me suis adapté et je n’ai pas connu de fringale ». Sans montre, sa régularité a été celle d’un métronome. Le voilà remis en selle. « Maintenant que je me suis décrassé la gueule (sic), je vais essayer de boucler les Six Marathons Majeurs. Il m’en reste deux : Boston et Tokyo », confie le dur à cuire. Pierre Sénac pourrait ainsi être l’un des premiers Français à les finir en moins de 2h45’.
Débuts en 1984
« Mais recourir à 6h30 du matin, c’est déjà mon bol d’oxygène quotidien ! Et pouvoir poursuivre mon aventure sur marathon, débutée il y a 37 ans, c’est un bonheur inou ï». En 1984, sur son premier à Taverny, il n’imaginait pas un tel destin. « Je l’avais fait à 18 ans, sans entraînement et par goût du défi. Deuxième espoir, j’étais rentré chez moi tout fier avec un micro-onde sous le bras…La passion était née ». Il décupla ensuite ses qualités physiques et mentales de coureur à l’Armée au 21e RI de Fréjus et au 23e BIMA de Dakar. « Là-bas, j’étais le seul Européen à suivre les Africains ». À son retour, son tempérament de battant s’affirma. La course à pied lui a apporté un équilibre. Une confiance que Pierre Sénac a d’ailleurs cherché à transmettre pendant 12 ans en tant que moniteur-éducateur au sein de la Fondation des orphelins apprentis d’Auteuil. Même lauréat de cross et de 10 km, le marathon reste sa prédilection.
Fan de New York
« J’ai remporté celui de Cierrey dans l’Eure en 2000, réalisé mon meilleur temps à Paris (2h29’31 en 2001) et terminé vice-champion de France vétéran 2 à Rennes en 2015. Mais rien n’égale New York. Je l’ai fini 8 fois d’affilée entre 2004 et 2011, et 2e Français en 2007 après avoir distancé Philippe Remond. Sur ce marathon magique, le chrono compte peu. On profite d’encouragements ininterrompus. Cette énergie fabuleuse et cette traversée au cœur de la diversité de notre monde« , conclut Pierre Sénac.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2022/01/pierre-senac-revient-avec-un-bon-chrono-sur-le-marathon-de-berlin.png483616Julien Bigornehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngJulien Bigorne2022-01-23 17:35:002022-01-20 14:17:48Pierre Sénac, le come back
Yohan Durand, l’homme fort du moment, a battu tous ses records cette année. Sur le dernier Marathon de Paris, il a terminé premier français, avec un chrono canon en 2h09’21 ». Une belle revanche après des années difficiles…
Sur 10 km, semi et marathon, vous avez cumulé les records cette année !
« Oui, c’est une année plutôt cool ! Sur marathon, j’avais battu mon record à Milan au printemps en 2h12min, puis j’ai fait mieux à Paris en octobre en 2h09min21s. Sur semi, j’ai battu mon record en 1h03min18s et sur 10 km aussi en 28min32s, pendant ma préparation marathon. Cela me fait donc 4 nouveaux records persos cette année. »
Qu’est-ce qui a fait la différence en 2021 ?
« C’est un peu lié à mon histoire. Je fais du haut-niveau depuis quinze ans. En 2018, suite à des douleurs récurrentes aux tendons d’Achille, j’ai décidé de me faire opérer. Cela a été une opération assez lourde puisqu’on m’a raboté l’os et fait un peignage du tendon. Cela m’a tenu éloigné des terrains pendant un an. Je revenais à un niveau correct en 2020 mais il y a eu le COVID et des mois sans compétitions. Cette année, je surfe sur le fait de ne plus avoir de douleurs au quotidien. Et j’ai la forme comme jamais ! »
Yohan Durand en bref. 36 ans, membre de l’équipe de France d’Athlé, licencié au Bergerac Athlétique Club, ambassadeur Asics, sponsorisé par Irun. Ses records : 3min38s12s sur 1500 m, 7min44s46 sur 3000 m, 13min17s90, 28min32s sur 10 km, 1h03min17s au semi, 2h09min21s sur marathon.
Comme quoi, on peut revenir plus fort après une blessure…
« Aujourd’hui, j’ai bien tourné la page de la blessure. J’ai l’impression d’être tout neuf et de repartir comme si j’avais quinze ans. Mais cela a été une question de patience. J’ai d’abord passé cinq mois sans courir, puis j’ai mis cinq mois pour revenir à un niveau correct. Au bout d’un an, j’avais retrouvé un bon niveau national, mais en deçà des standards pour battre mes records. Il a fallu ensuite un an de plus avec le Covid ».
Yohan Durand, à Paris, vous avez terminé premier français en 2h09min. Votre histoire avec le Marathon de Paris n’est pas terminée… On vous y reverra peut-être en avril ?
« Je pense bien sûr recourir le Marathon de Paris mais ce ne sera sans doute en 2022. Je prépare les championnats d’Europe de marathon qui seront à Munich au mois d’août prochain. Enchaîner deux marathons en avril et en août, cela risque d’être trop rapproché. »
Quel sera votre objectif sur les championnats d’Europe à Munich ?
« J’irai chercher une médaille en individuel. Avec mon chrono en 2h09min, je suis le 8e performer européen de la saison. Je peux prétendre à un top 10 à Munich. Il y aura aussi une médaille collective à aller chercher avec l’équipe de France de marathon. »
Avec Medhi Frère, Morhad Amdouni, Nicolas Navarro notamment, nous avons une belle génération de coureurs. Le record de France sur marathon de Benoît Z (2h06min36s, 2003) pourrait être battu prochainement ?
« J’ai terminé en 2h09min21s le Marathon de Paris qui n’est pas le plus roulant des marathons internationaux. A Valence en Espagne ou à Berlin en Allemagne, on sait qu’il faut enlever 30 secondes environ au chrono. Mon objectif, c’est de courir en 2h08min30s à court terme. Mais 2h06min, c’est un autre monde. Pour l’instant je ne m’en estime pas capable. »
Yohan Durand, vous avez les J.O de Paris 2024 dans le viseur ?
« Oui, clairement. Lorsque la période de qualification s’ouvrira en 2023, j’espère me rapprocher des 2h08min. C’est mon vrai objectif. Au-delà du chrono, ce que je vise c’est de me qualifier pour les prochains J.O. »
Comme beaucoup d’athlètes, vous avez démarré sur la piste…
« Oui et j’avais d’ailleurs des bons résultats. Mais en 2015, j’ai fait le choix de tourner le dos à la piste. J’allais avoir 30 ans, je me suis dit que c’était le moment de basculer sur marathon. C’est une distance d’expérience, j’ai voulu y monter assez tôt. Beaucoup m’ont dit que c’était peut-être une erreur car j’avais un potentiel intéressant sur la piste mais je ne le regrette pas. »
Quel est le secret d’un athlète complet ?
« Il faut bien planifier sa saison et ses objectifs. Et surtout, il faut s’entraîner sur une palette un peu large. Par exemple, je n’ai pas négligé le travail de vitesse sur 10 km même en préparation marathon. C’est ce qui m’a permis de battre mon record au 10 km, à Langueux sur le Championnat de France. Travailler sur des allures rapides sans négliger les sorties longues, c’est important. Il faut juste trouver le juste dosage, ce que j’ai réussi à faire cette année. »
Quels seront vos prochains dossards ?
« Je ferai des cross cet hiver, histoire de changer de rythme, d’appuis, de travailler une autre foulée, toute en relance pour retrouver du dynamisme. Je vais aussi garder un pied sur la route. Je courrais la Corrida de Houilles, puis les 10 km de Valence en visant un gros chrono. Ensuite, je prévois le Semi de Lisbonne en mars. »
Yohan Durand, quels conseils donner à ceux qui visent un objectif sur marathon ?
« Garder des distances courtes, ne pas négliger la vitesse pour débrider le moteur et changer de rythme, c’est important. Courir vite, cela fait toujours du bien, même en préparation marathon ! »
Et pour éviter de frapper le mur ?
« Le jour J, il faut vraiment respecter ses allures et être le plus régulier possible. Démarrer en surrégime c’est risquer de frapper le mur. La base aussi, c’est de bien s’hydrater et s’alimenter en ne ratant aucun ravitaillement. »
Concernant les paires en carbone, vous étiez un peu sceptique au départ. Désormais, vous courez en ASICS Metaspeed. Vous êtes convenu ?
« Au début je m’interrogeais un peu sur cette « course à l’armement » avec toutes ces plaques de carbone. Aujourd’hui il y a une réglementation, avec une hauteur de semelle définie et une seule plaque de carbone autorisée. Ces chaussures ont une telle absorption des chocs et un tel amorti que la dégradation musculaire se fait plus tard. Cela permet de courir plus vite car la mousse absorbe énormément les chocs et la plaque de carbone renvoie l’énergie d’elle-même, du coup on a une économie de course très importante. Sur marathon, j’estime qu’il y a un gain de temps de deux minutes, soit 3 secondes au kilomètre environ par rapport à ma foulée et ma vitesse. »
A quoi ressemble le quotidien d’un athlète professionnel ?
Je fais entre 12 et 16 semaines de préparation marathon. Je tourne alors entre 140 et 180 kilomètres par semaine en 10 ou 12 entraînements en course à pied. J’ajoute du vélo et de la natation pour protéger mes muscles et articulations. Hors préparation marathon, je tourne à 140 kilomètres par semaine. En parallèle, je veille à avoir un bon cycle de sommeil avec 9 heures par nuit et une sieste l’après-midi. La récupération est primordiale, l’alimentation et l’hygiène de vie aussi. Il ne suffit pas de courir, il faut aussi faire en sorte que son corps assimile au mieux l’entraînement. »
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/12/yohan-durand-sur-le-marathon-de-paris-2021.jpg12801920Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2022-01-08 17:05:002024-10-09 15:18:19Yohan Durand : « J’ai la forme comme jamais ! »
Sur le dernier Marathon de Valence, Emmanuel Roudolff-Lévisse, 26 ans, a terminé premier Français et battu son record en 2h11’03’. En contrat chez Puma, désormais installé aux Etats-Unis, ce champion vit sa passion pour la course à fond.
Emmanuel Roudolff-Lévisse, qu’est-ce que vous avez pensé de ce Marathon de Valence ?
« Je n’avais jamais vu autant de densité sur une course. Même sur les Majors, il n’y a pas autant de niveau. Il y avait du vent mais je pense que Valence est plus rapide que Berlin que j’ai couru en 2019. Il donne aussi plus de chance à ceux qui visent 2h09 ou 2h11. Il y avait 5 groupes avec chacun 2 à 3 lièvres, alors qu’en général, il y a un groupe devant puis un seul autre derrière pour ceux qui visent 2h11 ».
Vous avez réalisé la 23e performance de l’histoire. Quel est votre objectif à court terme sur marathon ?
« Je vise un chrono en 2h08 l’année prochaine ou dans deux ans. Mais sur marathon, le chrono dépend des conditions, il faut faire avec.
Emmanuel Roudolff-Levisse en bref. 26 ans, diplômé d’un NBA (2019) à l’Université de Portland (Oregon), en contrat avec Puma, champion de France de 10 000 mètres en 2017, champion de France de cross 2019, 13’40’’ sur 5 000m, 28’37’’ sur 10 000 , 64’08’’ sur semi, 2h11’03’ sur marathon.
Avec un père champion – Pierre Lévisse, 4 fois champion de France de cross dans les années 80 – on imagine que vous avez toujours « baigné » dans la course à pied…
« J’ai pratiqué d’autres sports, notamment du foot, mais j’étais fort en course à pied, alors forcément, ça motive pour se lancer. Cela s’est fait naturellement. »
Vous avez commencé par la piste. Désormais votre distance fétiche, c’est le marathon ?
« Oui, disons que c’est sur le marathon que j’ai le plus de chance de réaliser des bons chronos. Mais j’aimerai bien encore progresser sur la piste. Il faut toujours entretenir sa vitesse, c’est bon pour le marathon. Je suis encore assez jeune, je pense que j’ai une petite marge sur mes chronos. »
Vous vivez désormais la moitié de l’année en Caroline du Nord aux Etats-Unis. Votre vie a changé depuis janvier…
« Oui en effet, je suis en contrat avec la marque Puma depuis le début de l’année. Je m’entraîne avec des coureurs qui valent 28’ et moins au 10 km. Cela me tire bien vers le haut. »
A quoi ressemble votre quotidien d’athlète, Emmanuel Roudolff-Lévisse ?
« En préparation marathon, je fais 13 sorties par semaine et entre 180 et 200 km. En général, je fais un footing le matin d’une 1h20, j’ajoute des séances le mardi et le jeudi. Je double ces entraînements en sortant 40 minutes environ pour décrasser les jambes. Et le dimanche, je fais environ 35-40 km avec du fractionné. »
Vous portez donc des chaussures en carbone Puma ?
« Oui et on a de bonnes chaussures. C’était une des conditions pour signer chez Puma car mon but est de courir le plus vite possible. Il y a une paire d’entraînement en carbone (Deviate Nitro) et une paire compétition (Deviate Nitro Elite) qui à mon sens rivalise avec les autres marques que j’ai pu essayer. »
Vous estimez qu’on court plus vite avec ces paires en carbone ?
« Oui, c’est certain, il y a un gain de temps. Il est variable en fonction des athlètes et des distances. Sur un marathon, je dirai que cela permet de gagner 2 minutes à mon niveau. »
Quels conseils à ceux qui préparent un marathon ?
« La base c’est l’endurance. Si on peut incorporer un long footing de 30 minutes à 45 minutes en échauffement avant sa séance, cela aide à reproduire le schéma du marathon dans le sens où les jambes seront ainsi déjà un peu fatiguées avant de démarrer la séance. »
Quels sont vos objectifs 2022 ?
« Avec mon chrono de Valence, j’espère me qualifier pour les Championnats d’Europe de Munich en août. Je vais aussi me focaliser sur le 10 000 mètres en espérant battre mon record et me qualifier au championnat d’Europe. »
Emmnanuel Roudolff-Lévisse, ous avez été champion de France de cross en 2019. On vous reverra cette saison ?
« Oui, cela me plairait de me rebattre dans les labours aux championnats de France en mars prochain. Le cross se travaille bien lorsqu’on se prépare sur la piste. »
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/12/KMSP-Emmanuel-Roudolff-Levisse-FranceCrossVittel20190310_318-495x400-1.jpg400495Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-12-31 14:57:002023-01-20 20:26:40Emmanuel Roudolff-Levisse : toujours plus vite
Mohammed El Yamani, 57 ans, vient de boucler le marathon de Valence en 2h26’. C’est le 3e chrono de tous les temps sur marathon dans sa catégorie d’âge. Rencontre avec ce « vétéran » inspirant qui garde la fraîcheur d’un débutant.
Mohammed El Yamani, 57 ans, a couru le marathon de Valence en 2h26′.
« Je ne vois pas mon âge comme un handicap, ni comme une excuse. A l’entraînement, je me donne à fond, comme les plus jeunes. Quand je prends un dossard, c’est pour figurer le mieux possible au classement scratch, et non pas dans ma catégorie ». Voilà qui résume l’état d’esprit de Mohammed El Yamani. Ce master de 57 ans est un compétiteur hors pair. Dans sa catégorie d’âge, au niveau mondial, « Momo » fait partie des meilleurs marathoniens de l’histoire.
2h26′ au marathon
Sur le Marathon de Valence, il a réalisé un chrono impressionnant : 2h26’56’’. Il explose ainsi le record de France des M55 de plus de 10 minutes et réussit le troisième chrono de tous les temps sur la distance dans sa catégorie. « Sans les rafales de vent violent je me serais rapproché davantage du record du monde de la catégorie », confie Mohammed. En octobre dernier, il avait battu le record mondial de la catégorie M55 sur les 20 km de Paris, bouclés en 1h06’12’’.
Donner le meilleur de soi-même, en toutes circonstances, c’est le mantra de ce régisseur pour les concerts de musique classique. Son talent fait le reste. Lui dit ne rien avoir de plus que les autres. Il s’entraîne juste beaucoup. Environ 170 km par semaine, en optant souvent pour des séances bi-quotidiennes.
EN BREF. 57 ans, habite Issy-les-Moulineaux, s’entraîne avec la Team Lenglen Running, père de 2 enfants, régisseur pour les concerts de musique classique Court depuis 1994, 32 marathons bouclés Ses records : 2h22’24’’ sur marathon (Berlin, 2001), 1h08’ sur semi (2001), 31’17’’ sur 10 km. Ses 10 marathons les plus rapides : 2h22’24’’ (Berlin, 2001), 2h22’43’’ (Lyon, 2000), 2h23’06’’ (Sénart 2006), 2h24’43’’ (Chicago, 2012), 2h25’09’’ (Lyon, 1999), 2h25’32’’ (Milan, 2010), 2h25’40’’ (Rotterdam, 1999), 2h26’17’’ (Paris, 2007), 2h26’36’’ (Londres, 2017), 2h26’41’’ (Paris, 2009)
« Moi aussi je dois être capable »
Et dire que son histoire tient du hasard. Non sportif jusqu’à ses 30 ans, il découvre la course en 1994, en lisant dans Libération, le portrait d’un coureur de 62 ans au lendemain des 20 km de Paris : « Je me suis dit, si ce monsieur peut courir 20 km à 62 ans, je dois bien en être capable aussi. Du coup, je me suis inscrit sur un coup de tête au semi de la Voie Royale de Saint-Denis qui avait lieu deux semaines plus tard. J’ai terminé en 1h19’. J’ai mis une semaine à m’en remettre, mais cela m’a ouvert l’appétit », raconte-t-il. Il se jauge ensuite sur 10 km, terminant son premier en 33’32’’. Potentiel confirmé.
Puis il bascule sur marathon, suite à un défi. « Des amis m’ont inscrit à Berlin. Je n’y connaissais rien en préparation marathon. Pour moi, courir, c’était juste se donner à bloc, jusqu’à épuisement. Je n’avais pas idée du temps que j’allais mettre ». 2h34’23’’ pour ce premier 42 km en 1996.Le plus impressionnant, c’est qu’en deux décennies, il n’a pas faibli.Dernier en date,Boston en avril 2019, bouclé en 2h32’11’’. Entre les deux, un record en 2h22’24’(2001).
Des années qui ne comptent pas
Presque trente ans de passion. Les années s’égrènent sans compter, sans coûter. Temps suspendu. Même chrono, même foulée puissante, même niaque qu’au premier jour. Sa constance chronométrique inédite lui a valu un paquet de trophées dont deux titres nationaux en vétéran 2, à Metz (2014) en 2h29’ (2014) et à Rennes (2015) en 2h28’. En tout, 30 marathons terminés.
Dans le lot, Chicago (2012) reste un souvenir phare, une anecdote qu’il aime raconter : « Je sortais d’une période de multiples blessures. Je n’avais pas couru de marathon depuis 2010 (Milan, 2h25’). A 48 ans, je ne savais pas du tout à quel niveau j’allais revenir. La veille, mon ami Claude Minni, m’a dit ‘Il y a 2 500 dollars à gagner pour le premier vétéran. Tu peux le faire. Si tu gagnes, je te paye le resto’. Je lui ai répondu sans trop y croire : ‘Allez, si je gagne, je t’invite au Bristol’. J’ai terminé en 2h24’, premier vétéran. Nous sommes allés au Bristol. C’était une vraie renaissance après deux années difficiles ».
« Marathonite aïgue »
Curieusement, il préfère depuis toujours le chemin qui mène au marathon, c’est-à-dire toute la préparation, plutôt que l’épreuve en elle-même. Sa « marathonite aïgue » le poursuit ainsi à longueur d’année. « Je cours chaque marathon avec le même plaisir que le premier. Je me pose la question de savoir si je serai prêt et j’ai toujours le trac au départ. » avoue-t-il. Et ajoute : « Je me dis aussi depuis quelques années que cela ne pourra pas toujours durer. Le jour où je ne pourrais plus courir de marathon, j’arrêterai la compétition ». Le plus tard possible !
Doyen du team Lenglen
Source d’inspiration dans le monde du running, l’homme est une figure bienveillante, jamais avare de conseils. Momo coache bien volontiers – il devrait d’ailleurs passer son diplôme d’entraineur dans les prochains mois – et partage son expérience. On peut dire qu’il a motivé des coureurs par dizaines ! Avec quelques copains, il a créé le team Lenglen, prenant ses distances avec son ancien club, le Plessis Robinson AC.
Sa joyeuse bande s’entraîne autour du Stade Suzanne Lenglen, entre le 15earrondissement de Paris et Issy-les-Moulineaux. Lors des séances au seuil, le doyen tient toujours la dragée haute aux plus jeunes, dans un bel état d’esprit. Voir les copains progresser est toujours une grande satisfaction.
Quel conseil donner à celui qui souhaite courir un jour un marathon ? « La préparation est longue, en 12 ou 14 semaines, éprouvante et même fatigante. S’inscrire sur un coup de tête n’est pas sérieux. Il faut en avoir vraiment envie. C’est la clé pour bien vivre son marathon sans le subir. C’est un peu comme l’amour. Quand on termine, on doit avoir envie de recommencer », conclut le champion. On en revient à l’envie, source d’une vie épanouie.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/12/mohammed-el-yamani-valence-marathon.jpeg10041504Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-12-09 16:47:002021-12-09 16:48:33Mohammed El Yamani, au top à 57 ans !
Guillaume Ruel a couru son premier 100 km en 6h42’, à 15 km/h de moyenne. Ce Manchois de 23 ans, étudiant en pharmacie, devient le plus jeune champion de France de 100 km. Il a signé la meilleure performance française depuis quinze ans et ne compte pas s’arrêter là…
Ce championnat de France de 100 km d’Amiens que tu as gagné n’était pas prévu à ton programme initialement…
« Oui, j’étais invité à courir le marathon du Loch Ness au nord de l’Ecosse mais avec les contraintes sanitaires, il m’était impossible d’y aller. J’avais donc 3 solutions : re-préparer un marathon fin octobre, je pensais à Rennes, me reposer ou tenter l’aventure sur 100 km. J’avais en tête de me lancer sur cette distance dans les deux prochaines années. J’ai pris ces aléas comme une opportunité à saisir. »
Courir 100 km, c’était donc une première pour toi ?
« Effectivement, c’était ma première expérience sur la distance. J’avais réalisé en 2016 (à 18 ans, ndlr), les championnats du monde skyrunning format marathon, où j’avais couru pendant 6h donc une durée similaire à un 100 km. »
Sur le 100 km d’Amiens, tu es parti très vite, sur les bases du record de France jusqu’à 80e km…
« L’idée était de partir aux alentours de 16km/h et tenir le plus longtemps possible l’allure. Je suis passé au 50e km en 3h06’30’’, c’est-à-dire quasiment sur les bases du record du monde (6h09). J’étais facile à ce moment-là même si les sensations dès le début de course n’étaient pas superbes. Je n’étais pas dans un super jour. »
Guillaume Ruel, comment s’est passée ta fin de course ?
« A partir du 75e km, cela a été assez délicat. Le manque de préparation spécifique (seulement 3 semaines) s’est fait ressentir. Mon allure a dégringolé à 13km/h sur les 25 derniers kilomètres. Pris de crampes aux quadris et ischios, j’ai été contraint à m’arrêter à trois reprises. Le chrono ne m’importait plus à ce moment-là. Je savais que terminer en 6h20 ne serait pas possible alors je me suis mis comme objectif de rallier l’arrivée pour assurer la victoire et la sélection pour les prochains championnats du monde. »
T’attendais-tu à décrocher le titre de champion de France ?
« Il y avait tous les meilleurs français au départ, mais je savais que personne n’avait le niveau pour courir en moins de 6h30’. Avec l’accompagnement de mon préparateur mental, il n’y avait qu’une issue à cette course… la victoire et rien d’autre. Beaucoup de personnes me disent : ‘c’est exceptionnel, je sais pas si tu te rends bien compte’. Je leur réponds simplement que j’étais préparé à gagner. »
Qu’est-ce que cela fait d’être le plus jeune champion de France de 100 km ?
« Forcément, cela fait quelque chose, c’est très flatteur. Après cette vision de l’âge est très française. La moyenne d’âge de l’équipe de France de 100 km est assez élevée, les entraineurs ont souvent comme doctrine de freiner les jeunes à se lancer sur du long, sur marathon et au-delà. Heureusement le renouveau arrive. Je pense qu’entre 23 et 35 ans, les athlètes sont dans la meilleure forme de leur carrière. En comparaison, les meilleurs coureurs mondiaux ont la trentaine et se lancent sur des marathons à tout juste 20 ans. »
Et de réaliser la 7e performance mondiale de l’année à 23 ans ?!
« Oui, c’est la 7e meilleure performance mondiale de l’année et la meilleure performance française des 15 dernières années. Cette performance permet de me comparer au top niveau mondial et à l’histoire du 100 km français et c’est très intimidant. »
Tu cours depuis tout petit, n’est-ce pas ?
« J’ai commencé à courir dès l’école primaire. A 10 ans, mon grand frère Pierre-Antoine m’avait suivi à vélo quand j’avais couru 10 km. De fil en aiguille, j’ai allongé les sorties et multiplié les entrainements. Jusqu’à courir mon premier marathon à 19 ans et le 100 km à 23 ans. »
Courir, c’est une affaire de famille chez les Ruel…
« Oui. Mon papa a couru 5 sélections internationales sur 24h de 2015 à 2019 avec à la clé une seconde place et 3e place aux championnats d’Europe ainsi qu’une 5e place aux championnats du monde avec un record à 263.54 km. Maman marche beaucoup, environ 1 à 2 heures par jour et a déjà cumulé 134.8 km en 24h. Mon frère Pierre-Antoine a couru le marathon en 2h27 et le 50 km en 2h59. Il a pour projet de courir le 100 km prochainement pour décrocher également sa sélection en équipe nationale. »
Tu es en 6e année de pharmacie et t’entraînes dur pour arriver à ce niveau. A quoi ressemble ton quotidien ?
« Je suis sur les listes ministérielles de haut niveau depuis 2018. L’université de Caen met tout en œuvre pour m’aménager au mieux mon emploi du temps. C’est une véritable chance ! Une journée type c’est : 5h30 réveil et 45’ de course à jeun. Je mange et pars à la fac de 9h à 12h. Le midi, si j’ai le temps, je rentre faire du vélo ou du renforcement. Je retourne travailler à la fac de 13h30 à 16h30. Vers 17h30, je fais une séance de qualité à pied (VMA, allures spécifiques, endurance, …). A 20h je dine et me repose un peu avant de m’étirer, faire de l’électrostimulation, de la pressothérapie et de la sophrologie. Je suis très admiratif de ma copine qui me comprend et me soutient à 200% dans ce projet. »
Guillaume Ruel, quel sera ton objectif sur les mondiaux de 100 km à Berlin en 2022 ?
« Je ne me fixe pas de limites. J’ai couru 80 km à Amiens sur les bases des meilleurs mondiaux. Avec de l’entrainement bien spécifique en amont de la compétition, cette allure passera jusqu’à la ligne d’arrivée. Alors forcément, j’irai pour la victoire. J’ai tendance à dire que sur une course il n’y a qu’un vainqueur et que le second est le premier perdant. »
Combien de marathons as-tu déjà couru ?
« J’ai couru seulement 2 marathons en compétition, Milan en mai 2021 en 2h20 et les championnats de France à Albi en 2018 en 2h25 avec le titre espoir.
Te reverra-t-on sur marathon prochainement ?
« Mon niveau sur marathon est loin d’être à son potentiel maximal. Je pars du principe que courir plus vite le marathon me permettra de courir le 100 km encore plus vite. Je n’oublie pas non plus que j’ai encore une grande marge de progression sur le « court ». On me reverra probablement sur 50 km avec comme objectif de m’approcher du record d’Europe et sûrement en Normandie sur le marathon du Mont-Saint-Michel et le marathon de la Liberté à Caen. »
Quelle est ta distance favorite ?
« J’ai pris beaucoup de plaisir à courir le 100 km. Sur marathon, j’ai un niveau national pour l’instant alors que le 100 km j’ai un niveau international. Ma distance favorite est donc pour le moment le 100 km. »
Une course te fait rêver ?
« Oui, je rêve de participer aux Comrades en Afrique du Sud (90 km) et de gagner ! »
Un personnage qui t’inspire ?
« Marie Lemière, qui a comme moi 23 ans. C’est une amie depuis l’enfance qui me battait toujours sur les cross quand nous étions plus petits. Elle est atteinte du syndrome Ehler Danlos mais fait preuve d’une force mentale et d’un courage incroyable pour toujours aller de l’avant. Elle ne se plaint jamais malgré les douleurs et les difficultés de son quotidien. Son courage, son humilité et sa détermination au quotidien sont à mes yeux la plus belle source d’inspiration. »
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/11/marathon-de-la-somme-100km-guillaume-ruel-copie.jpg12801920Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-12-04 10:44:002021-12-22 11:24:45Guillaume Ruel : 6h42′ sur 100 km à 23 ans !
Roger Guillaumin a bouclé son 300e marathon sur le Marathon du Beaujolais. Sur la planète marathon, ‘Rodgers’ fait figure d’extraterrestre. Il a bouclé plus de 80% de ses marathons sous les 3h30.
En bref… Roger Guillaumin alias Rodgers, 65 ans, Habite Sonnay, en Isère, court depuis 1987. Ses meilleurs chronos : 2h51’45’’ sur marathon (Romans 1992) , 1h19’53’’ sur semi (1993), 72,2km sur 6h, 9h sur 100km, 177km sur 24h, 5h48’ sur la 6000D (2004), 5h56’ sur la SaintéLyon (2004), 4edu Défi de l’Oisans en 1995 après 200 km et 12 000m D+ en 6 jours. Sa devise : obstinément optimiste. Sa potion magique : 2 litres d’eau par jour. Son site : rogders42195.fr
Roger Guillaumin a fêté son 300e marathon sur le Marathon du Beaujolais 2021. Arriver à ce compte rond n’était pas gagné en cette année 2021, si particulière. «Les six premiers mois de l’année, je n’ai pu courir que deux marathons. Cela s’est décanté ensuite. J’ai enchaîné 5 marathons en 5 jours en juin près de Colmar, 4 marathons en 4 jours à Orta en Italie, puis Chablis, le Charolais… J’en suis à 19 marathons cette année avec un record en 3h30’30 », explique ce Master 6. Les années passent mais ce marathonien-là ne se laisse pas dépasser.
Allure de croisière : 3h30’
Sur le Marathon de Pise, en 2012.
On peut le dire, Roger Guillaumin est un spécimen. Ce n’est pas le roi des cumulards – actuellement Denys Baudry détient la palme avec plus 600 marathons -, mais il affiche le plus beau palmarès en moins de 3h30. En plus de trente ans, 300 marathons dont 200 entre 2011 et 2018. Parmi eux, 223 marathons sous les 3h30’, et 137 sous les 3h20’.
Réglé comme une horloge, Roger ! Mieux : depuis son record en 1992 (2h51’45’’), il n’a perdu qu’une minute par an sur marathon. « 3h30-3h35, cela correspond à mon allure de croisière maintenant, celle où je ne me mets pas dans le rouge. Mais jusqu’en 2015, je n’étais pas content si je n’arrivais pas en moins de 3h15’. », commente-t-il. Des performances impressionnantes pour cet athlète qui veille à toujours rester « en dedans » à l’entrainement comme en compétition.
Sous les 3h à 54 ans…
Courir est un art de vivre pour cet Isérois, ancien professeur en lycée technique. « Faire un super chrono un jour sur un marathon et puis ne plus rien faire pendant des mois, voire des années, cela ne m’intéresse pas. ». Sans se « griller » donc, en 2018, il ainsi bouclé 27 marathons dont 18 sous les 3h30 et 9 sous les 3h25’.
Cette année-là, Roger Guillaumin a même réalisé un 3h15’14’’. A 62 ans ! Cela restera un de ses grands souvenirs, comme le Marathon Nice-Cannes 2009, où, à 54 ans, il est repassé sous la barre des 3h (2h59’07’’).
Depuis son record en 1992, Roger a perdu moins d’une minute par an sur marathon.
Courir et découvrir
Bien rodé, il tourne à 3 000 km par an, compétitions comprises. Chaque année, une bonne quarantaine de dossards épinglés, sauf depuis 2020 et le Covid, évidemment. « Il m’est arrivé d’enchaîner 1000 km de transport dans le week-end pour aller courir un marathon. »
Rien n’est jamais trop pour Roger Guillaumin. On le connaît plus sous le surnom « Rodgers », qui traduit bien l’état d’esprit jeune qu’il cultive. « J’ai tout le temps envie de bouger. J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouveaux coins de France avec mon épouse Evelyne. »
Compétiteur donc, plutôt boulimique. Par chance, il n’a jamais eu de pépins. « J’ai juste eu une alerte en 2016, avec une aponévrosite plantaire. J’ai fait une quinzaine de séances de kinés, j’ai levé le pied et tout s’est bien passé. Et finalement j’ai couru autant de marathons que prévu, à savoir 24 cette année-là. »
Le bonheur au bout du chemin
Roger Guillaumin, ses médailles pour l’année 2018. Des marathons, mais aussi quelques trails…
Ce fils d’agriculteur, qui travaillait déjà à dix ans dans les champs est une force de la nature. Le sport l’accompagne depuis toujours. Des années de foot, du snowboard pendant 20 ans avec son fils. Et du vélo, en plus de la course. Depuis 1987, la passion reste intacte. S’il collectionne les marathons, sa distance de prédilection, il affiche également des 100 km, 6h et 24h à son palmarès. Un bon paquet de trails aussi.
Pour Roger Guillaumin, le bonheur est toujours au bout du chemin. L’évasion « pleine nature » étanche sa soif de liberté. Dévaler les pentes et danser sur les sentiers, cela le fait vibrer : « J’ai un magnifique terrain de jeu à domicile, le massif du Pilat avec plus de 1 000 mètres de dénivelé positif. J’adore le trail, c’est ludique. Seulement en 2008, je me suis fait peur avec une belle gamelle. Alors je suis revenu sur la route, c’est plus tranquille pour les chevilles. Ces derniers temps, je reviens au trail. En 2018, j’en ai bouclé 18, dont 17 podiums en master 3. ».
Passion marathon. Ce livre-témoignage est un recueil des récits de marathons que Roger a courus entre 2012 et 2015. Il y partage sa passion pour la distance, y fait résonner sa soif de découverte et met à l’honneur les belles rencontres nées dans l’effort. Inspirant.
Du feeling avant toute chose
Pas de plan, ni de club ou de coach. Au fil des années, c’est son expérience qui l’a guidée. « Au début, je courais à bloc tout le temps. J’ai couru en 2h51’, record sur le marathon de Romans en 1992 et ce, quinze jours après avec un 50 km en Ardèche en 3h26’. C’était n’importe quoi ! », se rappelle-t-il. Désormais, Roger misesur l’endurance, reste à l’écoute de ses sensations. « Je serai incapable de suivre un programme de deux mois où l’on me dit quoi faire. Je fais ce qui me chante, quand j’en ai envie. Je bricole beaucoup dans ma maison et quand je suis en train de faire tourner la bétonnière, je ne m’arrête pas pour aller courir. »
Donner l’exemple
En moyenne chaque semaine en période de courses, il effectue deux sorties « running » de 20-30 km et deux sorties « vélo » de 50 à 80 km environ. La plupart du temps, il s’entraîne seul mais joue volontiers l’émulation. Donner l’exemple, inspirer les plus jeunes–comme les un peu moins jeunes – le motive. Roger partage ainsi ses récits sur son site internet. Mémoire d’une carrière extraordinaire qu’il écrit chaque jour à grandes foulées.
Rien n’arrête Mathieu Blanchard. Un mois après sa 3e place sur l’UTMB, il a accroché une 5e place sur son premier Marathon des Sables. Ce champion, qui avait participé à l’émission Koh-Lanta en 2020, vit une folle progression !
Mathieu Blanchard, cette 3e place sur l’UTMB, tu y pensais ?
Mathieu Blanchard : « C’était mon objectif A de l’année. J’avais coché la date en rouge sur mon calendrier, avec un grand point d’exclamation. J’ai tout mis en œuvre pour arriver au top le jour J. J’ai donné le meilleur de moi-même et cela a fonctionné ! »
Un mois plus tard, tu as enchaîné avec le Marathon des Sables (MDS), une grande première…
« Oui, après l’UTMB où je me suis beaucoup donné, je ne suis pas arrivé dans un état de forme top au Maroc. Je ne m’étais pas trop entraîné pour récupérer au maximum et être le plus frais possible. J’avais simplement passé deux jours en Camargue pour courir un peu dans le sable. »
Au final, tu décroches une 5e place pour ton premier MDS, c’est inédit !
« Oui, c’est honorable même si au fond de moi, j’espérais un peu mieux. J’étais bien parti sur les trois premières étapes, malheureusement, j’ai attrapé une sorte de gastro qui circulait sur le camp. Cela m’a mis dans le mal sur l’étape longue de 82 km. J’ai dû beaucoup marcher. Cela allait mieux sur la dernière étape de 42 km mais les premiers avaient pris trop d’avance. Je l’ai tout de même terminée en 2e position au sprint ! »
Que retient Mathieu Blanchard de ce MDS ?
« C’était une grosse aventure, une expérience nouvelle. J’imaginais le désert monotone mais il y a des paysages très diversifiés entre les dunes, les montagnes djebels, les oueds asséchés et les étendues de cailloux et d’ardoises. Je retiens le côté extrême avec la chaleur affichant jusqu’à 55°C. Mais aussi, le sable à dompter, le fait de s’orienter à la boussole, de porter un sac de 6 kilos. Il y a aussi le fait d’enchaîner chaque jour. La fatigue s’accumule et les nuits sont difficiles à dormir au sol, sous une simple toile de tente. Et bien sûr, le côté humain, très fort. Tous les soirs sur le camp, on partageait nos émotions entre rires et larmes. Au fil des étapes, les masques tombaient. On était tous à fleur de peau. L’ambiance était très authentique. D’ailleurs, avec Loury, Dorian, et Alix, ma compagne, nous avons tissé des liens forts avec nos 4 autres camarades de tente. »
Comment as-tu débuté la course à pied ?
« En 2014 lorsque je suis arrivé à Montréal. Je voulais de me remettre en forme après quelques années de fêtes, entre mon école d’ingénieur et mon début de carrière. Au début, je ne connaissais pas les trails alors j’ai fait de la route. Jusqu’en 2017, je me suis amusé à faire tous les beaux marathons autour de Montréal comme New York, Boston, Philadelphie, Washington, Ottawa, Toronto ou encore Chicago. »
Quel est ton record sur marathon ?
« Je me suis arrêté à 2h32’, à Chicago en 2017. A l’époque, je commençais le trail. Deux semaines avant, j’avais terminé la TransAlpine de 270 km, qui est assez difficile. Je ne suis pas donc arrivé au meilleur de ma forme à Chicago. »
« Oui, j’aimerai bien, mais pas tout de suite. Je suis à fond dans le trail et consacrer 3 mois à une préparation marathon, c’est trop sur une saison pour l’instant. D’après ma VO2Max, si je faisais une préparation marathon correcte, je pourrais boucler autour de 2h20-2h25. »
Et comment as-tu basculé sur le trail ?
« Par hasard. En 2016, un ami m’a proposé de faire un trail de 20 km dans la région du Québec. J’ai adoré l’expérience. Après cela, je n’ai plus quitté les sentiers. J’ai eu le coup de foudre pour le trail et ne suis plus du tout revenu sur la route. Désormais, je construis ma saison autour de formats entre 100 et 170 km mais de temps en temps, j’aime aussi les trails de 20 ou 30 km, en préparation ou juste pour le fun. »
Depuis 2019, ta vie a changé. Tu étais ingénieur et désormais, tu te consacres pleinement au sport. Décris-nous ton quotidien…
« Ma vie se partage entre Montréal où j’habite et le Sud de la France où j’ai grandi. Je suis commercial pour la Clinique du Coureur, une équipe de scientifiques et chercheurs dans le domaine de la course à pied. Je suis aussi coach pour Le Coaching du coureur, filiale de La Clinique du coureur. En 2019, j’ai quitté mon poste d’ingénieur pour devenir coureur pro. Je rejoins l’an prochain le team international de Salomon aux côtés des meilleurs : Kilian Jornet, François d’Haene, Courtney Dawaulter… c’est le graal ! Pour moi c’est fou ! »
Quel est ton plus grand souvenir de coureur ?
« Mes 2 UTMB ont été très marquants. Le premier en 2018 (Mathieu débutait dans l’ultra et avait terminé en 13e position, ndrl) car quelques mois plus tôt, mon petit frère a eu un grave accident et perdu une jambe. Pour le motiver un peu, je lui avais dit de venir assurer mes ravitaillements. Notre arrivée main dans la main, cela a été beaucoup d’émotions. Pour lui, pour moi, pour notre famille. Il se montrait pour la première fois en short, avec sa prothèse. Et sur l’UTMB cette année, c’est simple, je n’avais jamais vécu d’émotions aussi fortes de toute de ma vie ! A l’arrivée, j’ai perdu le contrôle, j’étais comme transcendé. Et j’ai plané sur un nuage pendant trois semaines ! »
Et ton pire souvenir ?
« C’était en 2018, un mois après l’UTMB, je suis parti courir l’Ultra Trail Atlas Toubkal au Maroc. La course se déroule en bonne partie au-dessus de 3000 mètres d’altitude. Je n’avais aucune acclimatation car je suis arrivé la veille. A l’époque, je travaillais encore et j’avais peu de jours de congé. J’ai fait un mal aigu des montagnes. C’était une souffrance affreuse. J’ai eu peur pour ma vie. Cela m’a donné une leçon : il y a certains paramètres comme la chaleur ou l’altitude à ne pas prendre à la légère. »
La semaine d’entraînement de Mathieu Blanchard, elle ressemble à quoi ?
« C’est très variable en fonction de l’objectif. Cela peut aller d’une semaine light à 5 heures, et monter jusqu’à 30 heures par semaine en alternant course à pied, vélo, renforcement musculaire et un peu de natation aussi. »
Ton autre passion, c’est la plongée sous-marine. Raconte-nous…
« Oui, je voue une grande passion à l’océan. Par le passé, j’ai travaillé comme moniteur de plongée, photographe sous-marin et rédacteur pour des magazines. Je rêve d’acheter un voilier un jour et de parcourir l’océan en explorant les fonds sous-marins comme Cousteau, un personnage qui m’a énormément inspiré. »
Quelle sera la suite de ta saison ?
« Je vais terminer mon année avec l’Ultra-Trail de Capetown en Afrique du Sud fin novembre. »
En 2022, on te reverra à Chamonix ?
« Oui, c’est clair. Mon histoire avec l’UTMB n’est pas terminée. Je le sens au fond de moi, j’ai encore quelque chose à faire là-bas. Ce sera la pierre angulaire de mon année 2022. Pour le préparer, je ferai des courses très montagneuses. Pourquoi pas l’Ultra-Trail de Madeira en avril et le Lavaredo en Italie en juin. En octobre, ce sera sans doute la Diagonale des Fous. En 2019, j’avais dû quitter La Réunion en vitesse la veille du départ pour partir sur le tournage l’aventure Koh-Lanta. J’ai donc envie de la courir, cette Diagonale ! »
Dimanche dernier, 9 266 coureurs ont bouclé la grande classique parisienne. Dans le peloton de ces 20 km de Paris , Guillemette Callies, une « amateur éclairée » qui nous raconte ses foulées partagées avec bonheur autour de la Tour Eiffel.
Qui est Guillemette ? Comme coureuse à pied, elle accumule les kilomètres, autant sur plat qu’en trail, depuis 2000. Fière de quelques podiums, ses meilleurs temps sont : 43’55’’ sur 10km en 2013 (Neuilly/Seine, 2013), 3h32’51’’ sur marathon (Orléans, 2013), 1’29’46’’ sur 20 km (20 km de Paris, 2013). Sa plus belle course : le trail du Ventoux 2020, 46km en 7h45’. Dans la vie Guillemette, combine des fonctions d’Assistante de direction et d’écrivain conseil-public indépendant.
Sur le quai du métro, il y a déjà deux coureurs. Au fil des stations, le nombre augmente ; short, bouteille d’eau à la main ; on les repère. Au changement, convergence de candidats à l’effort venus d’on ne sait quels quatre coins. L’ambiance chauffe, les coups d’œil fusent de l’un à l’autre : il a quoi comme marque de runnings ? Ça sent l’effervescence ; tous sont si contents d’entrer dans cette fête, presque neuve après les affres de la pandémie, que contrôles et autres contraintes restent anodins.
Sous le ciel bleu, en petit comité
Stade Émile Anthoine, la pelouse est encore clairsemée ; dans une heure elle sera bondée. Pas de file d’attente aux toilettes ; presque royal ! Quelques pas nous amènent à la tente de DEFI, l’association d’aide aux malades pour laquelle je courrai pour la huitième année. Axelle et Marie-Sylvie nous attendent avec un sourire généreux mais las de s’être levées très – très – tôt pour nous accueillir, pour que tout soit prêt. Alors c’est avec un plaisir véritable que je découvre le maillot rose vif à leurs couleurs : « on ne court pas comme des malades, on court pour des malades. »
Nous les aurions commandées que les conditions de course n’auraient pu être meilleures. Air bien frais, frisquet même : la peau se couvre de petites coquetteries de poule. Mais, surtout, le soleil s’étire en nuances roses et orangées. Autre belle surprise, nous serons en petit comité : 12 000 annoncés, la moitié du compte habituel. Quel luxe de ne pas être entassée comme du bétail.
Juste avant le top départ, le sentiment que tout va bien, qu’il n’est besoin de rien, prédomine. L’enjeu n’est pas la performance mais de participer à une fête : être là avec une amie, croiser des têtes connues, bavarder avec des inconnus. Échauffement comme pour un entraînement ordinaire. Alors, quand les filins nous libèrent, c’est avec une quasi-satisfaction que je laisse le flot s’élancer. Moteur diesel je suis, moteur diesel je reste ; il faut bien deux kilomètres pour entrer dans la course et aborder l’avenue Marceau, la colline de Chaillot justement nommée avec sa grimpette de bienvenue. C’est le moment de s’installer dans un rythme comme on enfile un vêtement confortable, d’égrener les kilomètres de façon positive : au lieu de « je n’ai parcouru que cinq kilomètres » se dire « il ne reste plus que quinze kilomètres ».Coup d’œil, Églantine est dans le sillage. Faire la course ensemble : une promesse est une promesse.
Compter, observer et bien s’hydrater
Paula Radcliffe raconte que pour contrer ses coups de mou, elle se concentre sur des exercices de numération, de 1 à 100, à l’endroit, à l’envers, de deux en deux, histoire de leurrer le corps qui, parfois, rechigne un peu. Moi, je cherche des histoires, des anecdotes, des distractions ; il y en a pléthore.
Un sans-dossard rejoint une amie-avec-dossard ; dialogue : – « C’est gentil de venir faire mon lièvre. » – « Oh, tu sais, de toutes les manières il fallait que je fasse mon fractionné ! » Moi, j’aurais tiqué.
Le dos des autres est instructif. « BA 120 Cazaux » : ça, c’est l’Armée de l’Air ; AS machin, Sporting truc : ils sont venus en régiments. Gilet jaune fluo : un aveugle et son guide ; tous l’encouragent, qui d’une parole chaleureuse, qui d’une tape sur l’épaule ; et le concurrent de répondre avec une joie qui égaye tous les coureurs. « Mais, ils ont un problème avec le kilométrage. » Oui ; mais non ; toi, tu passes sous les ponts, les tunnels et tu zigzagues. Ne pas oublier de s’hydrater. Savoir boire. Le grand Serge Cottereau dit qu’il vaut mieux ralentir ou s’arrêter pour le faire calmement ; les secondes perdues seront vite rattrapées.
Ah, les interminables quais !
Quelle chance ! Éric, « Président des Crazy », attend porte de Saint-Cloud, au chevet de Sainte-Jeanne, pour encourager chacune de ses ouailles. Ah, les interminables quais ! Supplice particulièrement délicieux après le pont d’Iéna, d’où, d’une rive, on aperçoit, sur l’autre, les plus rapides atteindre déjà l’écurie. Sous le pont, arrive aux oreilles la sirène de la rame de métro qui passe juste à la seconde et dont le conducteur, inspiré ou initié, nous envoie ses salutations. Une au-moins-septuagénaire, aux poses de poupée et effets Barbara Cartland, nous encourage à tue-tête. Un coach, poussant de la voix son client, agace un brin : « allez, on prend des forces dans la descente, le tunnel on se calme pour pousser à la remontée ». Non mais ! Il ne peut pas penser seul ton client ? Des cloches sonnent à toute volée. Serait-ce l’appel de celle de 10 :00 ou l’envoi de celle de 9 :00 ? Quoi qu’il en soit, je serai en retard. Encore deux kilomètres, bientôt l’heure du déjeuner dominical : on s’affaire aux terrasses. Jet d’eau, serpillière, colonne de chaises, armadas de table ; ils n’ont pas osé l’odeur des frites et du poulet grillé. Du haut du parapet : « Allez, les petits derniers ! » Coup d’œil assassin : « T’as qu’à y aller, toi, avec ton brushing impeccable ! »
Au fait, suis-je présentable ? Bientôt les photographes. Serai-je glamour avec mes mèches rebelles qui collent au front ?
Dernières foulées, les vociférations du speaker prédisent une médaille autour du cou. Coup d’œil : Églantine est là. Promesse tenue, nous franchissons la ligne ensemble.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/10/VincentKrieger2-495x400-1.jpg400495Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-10-12 21:05:592023-01-23 10:35:4620 km de Paris : au fait, combien de kilomètres ?
Thomas Ostré, alias @tomtriathlète réalise ses rêves un à un. Après l’Ironman de Nice et le redoutable Norseman norvégien, ce Parisien projette de battre le record de l’Enduroman, un triathlon XXL entre Londres et Paris, avec traversée de la Manche à la nage. Rencontre.
EN BREF – Thomas, @tomtriathlète, 33 ans, ambassadeur Salomon, travaille pour une société de gestion internationale, s’entraîne 10 à 13h par semaine, 17’ au 5 km, 36’au 10 km, 1h18h au 21,1 km, 2h50 au marathon, 2h19 sur triathlon olympique, 4h30 sur Ironman 70.3, 12h45 sur l’Ironman Norseman.
« Que mes rêves deviennent des souvenirs » ; ainsi va la vie de Thomas Ostré, alias tomtriathlète, 10 000 abonnés sur Instagram. Ce trentenaire parisien en quête de challenge est du genre inspirant. Vingt ans de hockey sur glace et quinze ans de rugby à bons niveaux lui forgent une belle condition physique. Puis, suite à un pari avec des amis, il boucle son premier marathon avant ses trente ans.C’était à Paris, en 2015. « J’ai terminé en 3h45. A l’époque, je pesais 110 kilos ! », précise l’ex-rugbyman.
11h20 sur Ironman
Après ce premier dossard, il voit plus loin, plus dur : « L’ironman représente l’aboutissement d’un sportif accompli. Deux copains m’en ont parlé des étoiles dans les yeux. Je me suis dit pourquoi pas moi ? » raconte Thomas que rien n’effraie. Car oui, il fallait avoir du cran pour s’inscrire sur l’Ironman de Nice (3,8km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course), sans jamais avoir enfourché un vélo ni piqué une tête dans une piscine ! « J’ai commencé la natation en octobre 2016 et me suis acheté un vélo dans la foulée. Comme à l’époque ma compagne habitait Singapour et moi Londres, j’ai fait l’Ironman 70.3 de Dubaï en préparation. Je l’ai terminé tant bien que mal en 5h20, avec des crampes.C’est là que je me suis rendu compte que le triathlon était un vrai sport et non la combinaison de trois sports, avec une grosse partie de gestion d’énergieet d’optimisation de son effort», explique le sportif, désormais piqué de triathlon. Thomas participe cette année-là à l’Ironman 70.3 de Barcelone et au marathon de Paris, tout en s’entourant d’un coach, Sébastien Pernet. Quelques mois plus tard, il termine donc son premier Ironman en 11h20, avec un marathon couru en moins de 4h.
Norseman : go black or go home
Ensuite ? Il pousse le curseur encore plus haut : le Norseman. 3,8 km de crawl dans un fjord glacé de Norvège, 180 km de vélo qui n’ont rien à envier aux pires étapes du tour de France (3 200 mD+) et un marathon façon trail bien musclé – avec 1200 mD+ sur les 10 derniers kilomètres – pour terminer. Le graal, c’est d’arriver dans les 150 premiers pour grimper en haut de la montagne chercher un tee-shirt finisher noir très convoité. « Premier ou 149e, je m’en fichais, il fallait que je rapporte ce t-shirt noir !’ raconte Thomas, tout heureux de l’avoir décroché, terminant 40e au général et premier Français amateur. Une fierté, pour sûr, mais ce qu’il retient de cette épreuve, c’est qu’une aventure ne vaut que si elle est partagée. Compagne, famille et amis l’ont assisté, nourri, encouragé. Et leur soutien l’a transcendé.
L’athlète compte sur la même dream team pour son prochain défi : l’Enduroman 2022. Le pitch cette fois : 140 km de course de Londres jusqu’à Douvres puis une traversée de la Manche jusqu’à Calais (40 km de nage au bas mot), ensuite 289 km de vélo pour rallier l’Arc de Triomphe à Paris… Le challenge d’une vie !
En vingt ans, 46 athlètes seulement ont réussi ce défi hors-norme. Parmi eux, une poignée de français enragés. Citons Ludovic Chorgnon, Brice Bonneviale, Cyril Blanchard, Dany Perray, Lionel Jourdan, qui détient le record masculin (49h24) mais aussi Marine Leleu et Perrine Fages côté féminin.
La 48e heure…
Thomas allongera la liste en juin prochain. Gonflé à bloc, le record en tête. 48 heures, c’est son objectif. Y arrivera-t-il ? Il veut y croire, fera tout pour, sans avoir aucune certitude. Le gros point d’interrogation sera la traversée de la Manche. Toujours épique entre l’eau glaciale, les méduses et surtout, les courants contraires qui se traduisent en heures de galère.
Dans le film de Spike Lee, La 25e heure, Edward Norton, trafiquant de drogue vit sa dernière nuit de liberté avant passer sept ans au pénitencier. Thomas lui se projette sur sa 48e heure. Son heure décisive. « Y penser sera mon mantra pendant les 47 heures précédentes. Dans quel état je serai ? Peut-être que je serai en pleine traversée de la Manche ? Sur mon vélo ? A l’hôpital ? Je n’en sais rien et c’est justement cette émotion de l’inconnu m’attire. », explique le Thomas, désormais ambassadeur Salomon. Commencer sans avoir la certitude d’arriver au bout, voilà qui résume l’aventure, la vraie. L’incertitude fait partie de l’épopée pour ce sportif fan de personnalités comme Mike Horn ou Sylvain Tesson.
Quinze heures par semaine
Avant ce prochain challenge, une préparation lourde et chronophage à caser dans un quotidien bien rempli. Thomas travaille pour une grande société de gestion internationale, et court à l’année après les avions. Avant le Covid, il passait plus de 100 jours par an à l’étranger, entre Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe, Moyen-Orient… Du coup, il voyage toujours avec ses baskets et son matériel pour nager, et reste calé sur l’horloge française. On se demande bien comment il fait pour tenir le rythme : une semaine type c’est environ pour 250 km de vélo, 60 km de course et 20 km de nage, soit une quinzaine d’heures hebdomadaires qu’il avale avec la niaque et le sourire. Il a couru le Semi de Paris début septembre en 1h25, sera bientôt sur l’Ironman de Cozumel au Mexique en novembre. Il le sait, d’ici juin 2022, le soutien bienveillant de ses proches, collègues et milliers de followers lui sera précieux. Qui a dit que le triathlon était un sport individuel ?
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/09/thomas-ostre.png377567Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-10-01 10:31:002021-10-26 18:51:19@tomtriathlète, une vie de défis
A 29 ans, Camille Bruyas a impressionné en terminant 2e femme de l’UTMB pour sa première participation avec un chrono canon en 24h09’. L’occasion de discuter avec cette kiné installée à Annecy, souriante et décontractée en toutes circonstances.
Camille Bruyas, à l’arrivée de l’UTMB 2021
Ce podium sur l’UTMB, tu y pensais ?
Camille Bruyas: « Le plateau féminin était dense avec des filles qui ont beaucoup d’expériences et que j’admire. Non, c’est difficile de penser à un podium au départ d’un ultra comme l’UTMB. Et encore moins ce chrono (comparé aux autres années), qui est le meilleur temps français ! »
Pensais-tu arriver un jour à ce niveau ?
Camille Bruyas: « Je n’y ai jamais pensé. Pour moi, le haut niveau c’est encore un peu flou. Je travaille donc ma vie n’a pas trop changé. J’essaie juste de combiner au mieux tout ça pour garder le meilleur équilibre possible. »
Avais-tu la pression au départ ?
Camille Bruyas: « Je prends beaucoup de distance parce que cela reste un sport. L’UTMB est très médiatique, c’est sûr, il faut gérer tout ce qu’il y a autour, c’est la particularité de la course. Mais je suis très bien entourée et avec le staff et les athlètes Salomon, on a passé une bonne semaine ensemble à Chamonix avant la course. Cela a permis de bien organiser les choses, de prendre l’expérience des autres, notamment de François d’Haene. Ça c’est un gros plus ! »
Ton manager, Jean-Michel Faure Vincent dit que tu lui fais penser à François d’Haene à ses débuts. Qu’est-ce que cela t’inspire ?
Camille Bruyas: « C’est cool, parce que François est cool ! (rires). Je n’ai pas la prétention d’avoir la carrière de François, en tout cas j’aime bien l’image qu’il véhicule, sa façon de faire, très détaché de tout ça, c’est inspirant. Ça me conforte, comme on a une façon de penser identique. Avant la course, cela évite de stresser. »
Camille Bruyas , avant le trail, tu pratiquais d’autres sports ?
Camille Bruyas: « J’ai pratiqué le basket-ball pendant 10 ans. La préparation l’été se passait toujours très bien car je courais tout l’été. J’ai toujours aimé ça. J’ai couplé ce sport avec l’athlétisme pour laisser place aux 3000 m et 10 km route petit à petit. »
Tu as vécu à La Réunion pendant deux ans, c’est là-bas que tu as découvert le trail ?
Camille Bruyas: « Oui. Il y a peu de compétitions sur piste à La Réunion. Je les ai faites et puis j’ai eu envie de découvrir l’île. Toute une partie n’est pas accessible. Le mieux c’est la randonnée, et quand on peut courir un peu, bah, c’est encore mieux ! »
En trois ans, tu as bouclé les trois courses réunionnaises : Mascareignes (2016), Bourbon (2017) puis Diagonale des Fous (2018)…
Camille Bruyas: « Oui, c’était un petit défi. La Diagonale était la suite logique puisque le Bourbon s’était très bien passé. Je pense que j’ai mal vécu les 60 derniers kilomètres de la Diagonale car je n’étais pas prête mentalement. A l’arrivée, j’avais dit plus jamais, c’est beaucoup trop long, beaucoup trop lent, moi j’aime courir. Cet UTMB me fait renouer un peu avec cette distance. Je pense que j’y retournerai. »
Camille Bruyas, tu es kiné. Comment fais-tu pour jongler entre entraînement et vie professionnelle ?
Camille Bruyas: « Je suis en libéral et j’ai de supers collègues donc, je peux m’organiser comme je veux. C’est une chance ! Du coup, les grosses semaines d’entraînement, je prévois de travailler un peu moins. Je descends souvent au boulot à vélo. Comme j’habite sur un col, cela me fait un peu de sport pour remonter. J’ai deux jours sans entraînement par semaine, là, j’en profite pour bosser 8 à 12 heures. »
La Western States te fait rêver. Tu comptes y aller ?
Camille Bruyas: « Oui, peut-être l’année prochaine. A l’UTMB, il prenait les deux premiers et deux premières. Ce sera une belle aventure, c’est sûr ! »
Camille Bruyas: « C’est le massif des Bauges où j’habite. Mais je bouge beaucoup. Ce que j’aime dans le trail, c’est justement qu’on peut s’entraîner n’importe où. Il faut juste trouver une côte ou un bout de plat. Et on peut découvrir plein d’endroits. D’ailleurs, il est rare que je refasse strictement les mêmes parcours à l’entraînement, j’essaie de varier au maximum. »
Ton pire souvenir ?
Camille Bruyas: « Je dirai la Maxi Race en 2018. C’était un jour sans, j’ai mis du temps à récupérer. Ce n’est pas vraiment un pire souvenir, car je suis allée au bout et j’ai terminé 2e mais, simplement, je ne me suis pas fait plaisir. Je croise les doigts car pour l’instant, pas de gros échec… »
Ton meilleur souvenir ?
Camille Bruyas: « Il y en a un tas ! J’adore les levers de soleil. Celui Lavaredo, sur Trè Cime était vraiment chouette. En termes de paysages, ça changeait. Je retiens aussi l’ambiance de l’UTMB. J’avais déjà fait la CCC mais cela n’a rien à voir. Là, il y a vraiment du monde partout et surtout, cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vécu ça. Rien que pour l’ambiance, je re-signe tout de suite ! »
Sur toutes les images, tu souris, même en pleine souffrance…
Camille Bruyas: « Oui car on a choisi d’être ici. Je me dis, OK, on souffre mais il y a d’autres qui souffrent pour des choses plus graves que de finir un ultra. Et puis un sourire, c’est gratuit et cela fait plaisir aux gens (rires). J’aime bien prendre sur le ton de l’humour beaucoup de choses. Pas de prise de tête, c’est un peu mon état d’esprit. »
Tu pratiques aussi le yoga, qu’est-ce que cela t’apporte ?
Camille Bruyas: « Oui j’en fait beaucoup depuis La Réunion parce que je m’étais blessée. C’est un bon compromis pour se poser un peu et prévenir les blessures. Je ne travaille pas spécialement mon mental mais je pense que le yoga aide un peu. »
Pour la suite de la saison, des projets ?
Camille Bruyas: « Pour l’instant, j’ai vraiment envie de ne rien faire. Je sais que pour ma santé, c’est important de faire des pauses, de se régénérer. Alors je vais prendre le temps. »
Obèse hier, marathonien aujourd’hui. Cyril Berros s’est offert une nouvelle vie. Il a repris la main sur son assiette et s’est mis à courir. Depuis, rien ne semble pouvoir arrêter ce Marseillais. Une belle victoire qu’il lie à sa passion pour le running.
Trop c’est trop. 137 kilos sur la balance le 1er janvier 2015. Cyril Berros, 35 ans alors, est mal dans sa peau. « Je ne me supportais plus. Le regard des autres me pesait. Socialement, c’était compliqué. Je n’avais pas beaucoup d’amis. Un soir, je me suis mis à pleurer. Je me suis dit qu’il fallait que j’arrête le carnage. Mon fils avait un an, je ne voulais pas qu’il grandisse en me voyant comme ça, incapable de courir après lui. » C’est le déclic pour ce trentenaire Marseillais, bien décidé à entamer une petite révolution.
Douze mois plus tard, le voilà métamorphosé. Délesté, libéré.78 kilos à la pesée, un large sourire à la clé. Moins 57 kilos en un an, soit environ 5 kilos par mois, une sacrée transformation ! « J’ai perdu 8 tailles. En janvier, je taillais du 58 en pantalon et du XXXL. En décembre, la taille standard M me convenait. C’est devenu bien plus simple pour m’habiller ! », raconte-t-il, ému d’en reparler.
Adieu la malbouffe
Pas d’anneau gastrique ni d’opération chirurgicale pour oublier l’obésité. Juste de la volonté. Pour « décoller », il a d’abord radicalement changé son alimentation. « Fast-food, pizza, soda, tablettes de chocolat, grignotage entre les repas, je mangeais n’importe quoi. Du jour au lendemain, j’ai arrêté de me venger sur la nourriture. J’ai opté pour des aliments sains et équilibrés. Une pomme au goûter plutôt qu’une barre chocolatée, par exemple. C’était dur, mais je me suis raisonné.»
S’est-il fait aider par un nutritionniste ? « Non, personne. Je n’avais pas envie de recevoir de leçons. J’ai simplement parlé à mon médecin traitant, qui me connaît depuis dix ans, de ma volonté de perdre beaucoup de poids. Il m’a dit : c’est très bien, revenez me voir dans un mois’. Je n’y suis retourné qu’un an après, avec 57 kg de moins. Il ne m’a pas reconnu dans la salle d’attente… »
« Le running m’a sauvé la vie »
Avoir réussi un tel défi seul, sans aide, apporte une satisfaction supplémentaire à Cyril qui souhaite que son témoignage encourage : « Si j’ai pu le faire, n’importe qui peut le faire ! » Quand on veut, on peut. Cette devise est un mantra pour ce papa, qui se régale désormais d’activités avec son jeune fils.
Et la course à pied dans tout ça ? « Le running m’a sauvé la vie », lâche-t-il tout de go. « Cela a été mon tiercé gagnant. En m’y mettant, j’ai gagné sur mon poids, sur ma forme, mais j’ai aussi gagné socialement. Je me suis fait un cercle d’amis. Cela m’a aidé. Les runners forment une belle communauté. »
S’y est-il mis d’emblée, au début de sa démarche ? « Non, hors de question, vu mon poids, ce n’était pas recommandé. Les premiers mois, je faisais du vélo d’appartement, une heure par jour. Lorsque je suis arrivé à 100 kilos, en mai 2015, j’ai commencé à courir. Je courais 800 mètres, puis je marchais. Cela représentait 1/10 de la Corniche de Marseille. Aujourd’hui, j’y enchaîne les allers-retours ! Je me souviens que j’étais tout rouge, épuisé, mais je savais ça paierait. Jusqu’en décembre, je me suis accroché et j’ai couru 2 à 3 fois par semaine, même des petites distances. En complément de mon alimentation rééquilibrée, cela m’a permis de perdre 22 kilos ».
Depuis cette petite révolution, Cyril maintient son poids de forme. Même s’il s’autorise parfois quelques excès, il reste raisonnable : « Un carré de chocolat oui mais la tablette entière plus jamais. Je ne veux surtout pas revenir en arrière ! »
Un dossard par mois
En parallèle, il cavale comme jamais. Trois ou 4 séances à l’envie, pour environ 40 km par semaine. Le running est devenu essentiel à son bien-être. Addict oui, il le revendique, mais d’une « drogue » qui n’a que du positif. Les fameuses endorphines. Elles accompagnent sa renaissance depuis trois ans.
Cyril a épinglé son premier dossard sur le Run in Marseille 2016, avec un joli chrono en 47’22’ sur 10 km. Depuis, il a enchaîné avec les semis – 21 officiels et non officiels, courus à l’entraînement au compteur. Son meilleur temps : 1h44’, signé au même « Run in » ce printemps. Le trail ? Il aime aussi et est servi dans les Bouches-du-Rhône.
Mais cette année, celle de ses 38 ans, il a réussit un autre grand défi. Courir un marathon. Celui de Paris, le 8 avril dernier. « Je visais 4h15, j’ai terminé 4h45. Le premier semi s’est bien passé, puis j’ai eu des crampes. J’ai tenu bon jusqu’à la ligne d’arrivée. J’étais tellement fier. J’ai pleuré en repensant à ma vie d’avant, au chemin parcouru », confie le finisher, qui ajoute « j’ai aimé, alors j’ai pris un abonnement. Je me suis déjà inscrit pour l’édition 2019 et j’espère bien approcher les 4h ! ». Compétiteur donc. D’ailleurs, Cyril a battu fin mai son record sur 5 km en 20’50’’. A suivre à la rentrée, une course sur les îles du Frioul le semi Provence Luberon, Marseille-Cassis bien sûr… L’histoire de sa nouvelle vie s’écrit à grandes foulées.
Article paru dans le numéro 191 de Running Attitude.
« Des bosses et des bulles », série de dessins autour du trail est désormais bien connue des coureurs depuis près de neuf ans maintenant. Si son auteur, Matthieu Forichon, arrive à saisir des scènes de trail avec autant d’acuité, c’est, qu’en plus de son réel talent d’illustrateur, il est aussi traileur. Rencontre avec cet artiste sportif éclectique.
Par Frédéric Poirier, publié dans le numéro Running Attitude 217.
Comme la plupart des enfants et adolescents, Matthieu Forichon lit des bandes dessinées, essentiellement des classiques de la BD franco-belge mais aussi Achille Talon ou Sempé. Il se découvre un véritable talent d’illustrateur en dessinant ses camarades de collège et de lycée. Mais il n’est pas un cancre de fond de classe, plutôt un bon élève qui suit une formation scientifique : il aime les mathématiques, alors ce sera son orientation professionnelle.
Sportif amateur dans les sports de combat, il court souvent au parc de la tête d’or à Lyon, et cette activité d’évasion est pour lui une source d’inspiration pour sa vie artistique. Son esprit vagabonde, son corps est en mouvement, le cerveau aussi. Matthieu, une fois son diplôme en poche, décide de se consacrer totalement à sa passion, l’illustration. Il a beau courir, l’artistique l’a tout de même rattrapé.
Inspirez, dessinez
Il commence dans un domaine qu’il maîtrise parfaitement, la communication dans le domaine scientifique, mais, tout comme il s’amusait à » crobarder » (faire des croquis) ses camarades de lycée ou ses professeurs, il récidive lors de ses entraînements en pleine nature.
D’un sentier sillonnant la forêt, avec des sommets montagneux en arrière-plan et quelques coureurs qui arpentent le chemin, il réussi, en quelques coups de crayon, à saisir une scène a priori banale en y apportant beaucoup de poésie et de fraîcheur. On y retrouve tour à tour le coureur fringant qui vise la performance chronométrique, celui suréquipé de la tête aux pieds, l’imprévoyant qui a oublié la moitié de son matériel, le flâneur bucolique, la traileuse en jupette qui ne se prend pas la tête et qui va singulièrement agacer René-Charles, personnage récurrent de ses dessins. ‘’ René-Charles c’est un peu nous tous, à un moment de notre pratique ‘’, explique Matthieu Forichon.
A l’instar de son anti héros, on va râler parce qu’il pleut, car la pente est trop forte (et la neige trop molle…) et la nuit trop noire. Mais on va aussi s’extasier devant un lever de soleil sur une crête, admirer quelques instants un lac paisible ou réconforter un coureur en difficulté. On râle mais on y revient quand même.
Création, récréation
‘’ Une grande partie de mon activité d’illustrateur est du travail de commande (publicité, magazine, packaging) avec des impératifs de délai, de format, de thématique (voir son travail ICI). Des bosses et des bulles, c’est ma bouffée d’oxygène, ma récréation pour mieux créer. J’ai commencé à publier quelques dessins sur ma page Facebook, j’ai rapidement constaté que cela avait beaucoup de succès ‘’.
Le milieu du trail est un microcosme, il n’y avait pas ce type d’illustration, Matthieu Forichon est un précurseur. » C’est rapidement devenu un rendez-vous incontournable, parfois cela peut devenir pesant car la demande sur les réseaux sociaux est forte, pesante, on reçoit les commentaires en direct, on a l’impression que l’on n’existe pas si on n’alimente pas régulièrement son profil. Depuis le début j’ai dû publier un millier de dessins, j’en ai fait quatre tomes que l’on peut ainsi retrouver sous forme de recueils. Le nom » Des bosses et des bulles « est venu comme une évidence : j’aime courir en montagne, les bosses ce sont les collines, le relief, et les bulles, ce sont ces cases arrondies (les phylactères) où l’on écrit le texte dans les BD « .
Dans l’univers de l’ultra distance, Perrine Fages est un phénomène. Aussi inspirante que déconcertante, cette avocate de 40 ans a bouclé Ironman(s), Norseman, Enduroman, Bikingman(s), Diagonale des Fous, SwissPeaks, entre deux escapades solitaires au bout du monde.
Menue silhouette, douce voix et allure coquette, ne pas se fier aux apparences : Perrine Fages est une ultra, pure et dure. Des femmes, dans cette galaxie, il n’y en a pas des tas. En quelques années, elle y a fait sa place sans perdre son humanité : « J’aime avoir le cœur qui bat vite et les yeux qui brillent. Bon, j’ai souvent les yeux qui brillent. Beaucoup de choses me fascinent. Je me dis pourquoi pas moi ? J’ai très souvent peur mais cette peur m’encourage à essayer et me lancer ! », résume sans prétention l’avocate expatriée au Qatar.
On a qu’une vie, autant la vivre à fond. Voilà son mantra. Son ressort ? Le goût de l’effort. Cavalière hors-pair (3 ans en équipe de France junior), elle vit toute jeune déjà pour la compétition. Puis elle étudie le droit pour passer le barreau. Si elle oublie un temps le sport, elle s’y remet en vacances pour prendre l’air : alpinisme l’hiver, plongée l’été, en courant après les fuseaux horaires.
Premier dossard, nouvelle histoire pour Perrine Fages
En 2013, alors avocate pour un cabinet américain à Paris, elle encourage deux collègues qui préparent le marathon de Paris. « Cette course ne me faisait pas du tout rêver, d’autant plus que je ne courais jamais. »se souvient-elle. Mais voilà… La magie opère du côté de Porte Dauphine : « C’était formidable de voir 50 000 personnes toutes là avec des objectifs différents, des histoires différentes, mais toutes ayant le même objectif : franchir la ligne d’arrivée. J’ai vu les visages s’éclairer, les larmes couler. J’ai eu furieusement envie d’en être. »
Bientôt le premier dossard, début d’une nouvelle histoire. Après les 20 km de Paris en octobre pour se roder, elle embraye au printemps sur le marathon capital. Ensuite, le tableau se remplit : Paris encore, puis Istanbul, Dubaï, le Koweït, Doha (4 fois) et un meilleur chrono en 3h23’. Dire qu’elle ne s’est jamais vraiment préparée, sauf pour le premier…
En 2015, Perrine Fages s’expatrie au Qatar, comme juriste chez BeInSport. Elle emmène un vélo dans ses bagages, elle qui n’en n’a jamais fait. Ses amis l’ont mise au défi de prendre le départ d’un Ironman. Eux lâchent l’affaire en route, pas elle. Elle enchaîne même à une cadence folle, presque boulimique : half d’Aix, Ironman de Nice, half Altriman, deux mois après l’half EverGreen – alors qu’elle n’avait jamais roulé en montagne ! – puis un autre Ironman en Malaisie, le tout, neuf mois après sa première sortie vélo.Un phénomène, on vous dit !
Double traversée de la Manche
Et ça continue de plus belle : en 2018, elle s’attaque à l’Enduroman, un ultra-triathlon entre Londres et Paris avec 140 km de vélo jusqu’à Douvres, la Manche à traverser pour la partie natation (34 km), puis 290 km jusqu’à l’Arc de Triomphe. Pendant dix mois, Perrine Fages s’entraîne entre 30 à 40 heures par semaine, en plus de son boulot. De gros sacrifices, mais elle ne regrette rien. Dans la Manche, elle a trinqué. Première traversée avortée tout près des côtes françaises. Pour cause de mauvaise météo, on lui ordonne de remonter dans le bateau. Furieuse, elle ira quand même à Paris à vélo. La deuxième sera la bonne, un mois plus tard, en juillet. Perrine détient le record féminin de cette épreuve hors-norme.
L’athlète se promet de revenir à Calais, mais cette fois en simple maillot, seule version reconnue par les puristes de cette traversée mythique. Entre l’eau à quelques degrés et les piqures de méduses, inutile de dire qu’il faut être blindé : « Ce n’était pas prévu mais l’été dernier, j’ai participé à un relais en maillot sur cette traversée. C’est une première étape qui m’a permis de refaire la paix avec la Manche ». Ce ne sera pas pour 2021, faute de créneau possible, mais rendez-vous est déjà pris pour 2022.
Après son Enduroman, l’inusable héroïne s’est remise en selle. Perrine Fages a ainsi enchaîné 3 BikingMan (autour de 1000 km chacun) dont un très éprouvant à Taïwan, une semaine après les championnats du monde Ironman d’Hawaï. « En octobre 2018, je suis, comme on dit dans le jargon, complètement cramée », confie-t-elle.
Enfin pas tout à fait : « L’UTMB a eu la bonne idée d’organiser un ultra à Oman, juste à côté de chez moi. Impossible de résister ! Je me suis reposée en novembre, avant de faire ce 130 km ». Après cette première en trail, deux constats : « le trail c’est dur, et il faut que j’apprenne à descendre ».
L’année suivante, elle prendra triple ration : la TDS à Chamonix – entourée de sa famille, un grand souvenir -, La Diagonale des Fous puis l’UTMB à Oman, en version 170 km. Le tout sans préparation spécifique.
Voyage solo à vélo pour Perrine Fages
Mais il n’y a pas que les dossards dans la vie ! Curieuse du monde – elle rêverait de défendre les droits de l’homme et encore plus ceux de la femme -, elle voyage à vélo dès qu’elle le peut. Tailler la route, elle adore ça, l’avantage du métier d’avocate et du célibat. Elle prend plaisir à préparer chaque périple patiemment, en nouant des contacts sur le terrain. Si le dépassement de soi est un moteur, l’aspect humain est capital à ses yeux : « C’est formidable la bienveillance des gens quand vous êtes seule à vélo. Il y a beaucoup plus d’échanges et de partage. »
Arménie, Ethiopie, Arabie Saoudite, Pakistan, Iran… Plus d’une centaine de pays visités à coups de pédales. Une vie à coucher, dirait Sylvain Tesson. Justement. Les petits matins rieurs bord d’une route font son bonheur. C’est là, au bout du monde, en haut d’un col, connectée aux éléments, après des jours d’approche, qu’elle se sent vivante.
S’est-elle déjà mise en danger ? Forcément. Elle n’en dira pas plus, au cas où sa mère lirait ces lignes… Perrine Fages a-t-elle atteint sa zone rouge ? Son bout du bout ? Oui, un tas de fois. C’est justement ce qu’elle aime en ultra. Repousser ses limites, « débloquer un pallier » comme elle dit, juste pour aller un peu plus loin la fois suivante.
L’introspection fait toujours partie du voyage : « En ultra cyclisme, comme en ultra-trail, on va chercher au plus profond de soi ses peurs, ses doutes, ce que l’on est. On se confronte à soi-même. C’est une séance d’auto-psychanalyse à chaque fois ».
Lorsqu’on lui demande si elle a conscience d’avoir une vie hors-norme, elle botte en touche. Humilité, sans doute.
Comme pour nous tous, 2020 restera singulière. Chamboulée, forcément, avec une série d’épreuves annulées. Côté professionnel, tout a valsé. Coincée en France pendant le premier confinement, Perrine se prépare a priori à quitter le Qatar.
2020, confinée mais pas trop
Cette grande bourlingueuse a tout de même vu du pays, comme on dit. En janvier, Perrine Fages était en Finlande sur la Rovaniemi 300, qu’elle a dû arrêter à mi-chemin sur blessure. Rodée au « grand froid », elle a proposé à son ami aventurier Steven Le Hyaric de traverser le lac Baïkal à vélo quelques semaines plus tard : « une expérience extraordinaire, très difficile. Une première étape pour des expéditions polaires plus longues. » Voilà, c’est dit.
L’été dernier, elle était en France. 4 jours et demi en Corse pour faire le GR20, puis un tour du Mont-Blanc en 50 h. Une semaine plus tard, elle épinglait un dossard sur la SwissPeaks 360. 316 km pour 25 000 m de dénivelé positif, un monument. Une révélation pour Perrine. « Terrorisée au départ, je me demandais ce que je faisais là. Tout le monde avait des sacs de la PTL, du Tor des Géants. Je ne me sentais pas à ma place, je ne savais pas du tout comment mon corps allait réagir après 170 kilomètres. » 108h d’efforts plus tard, « un vide énorme » en voyant l’arrivée : « j’ai réalisé que j’avais vécu une aventure extraordinaire. J’ai envie de m’essayer de nouveau à ce type de distance, et surtout de me mettre plus sérieusement au trail. »
Pour 2021, l’ultra-sportive a déjà recoché l’UMTB à son calendrier. Avant cela, un trail de 90 km prévu au Qatar en novembre. Puis des projets, un tas de projets : traverser le Ladkah en Inde avec son vélo Gravel, boucler le Tor des Géants… Perrine n’a pas fini de nous épater et de nous faire voyager !
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/01/perrine-fages.jpg12801920Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2021-02-04 14:47:002021-10-26 18:53:13Perrine Fages : une vie d’aventures
A 34 ans, Sébastien Climent perd pied lorsqu’on lui diagnostique une maladie qui le réduit au rang de spectateur de sa propre vie. Ce sportif provençal remonte la pente pas à pas, jusqu’à se prendre de passion pour l’ultra. Une leçon d’espoir qu’il partage dans L’Ultratrail m’a sauvé la vie (Talent Sport).
« Nos seules limites sont celles que l’on s’impose ». La maxime introduit un chapitre du livre de Sébastien Climent et résume sa philosophie de vie. A mental gagnant, rien d’impossible. Même avec une santé fébrile. La preuve. Parti de rien, revenu de loin, ce coureur du Vaucluse s’aventure aujourd’hui bien haut. A force de courage et de résilience.
Un tsunami invisible
Sa vie bascule en 2014 alors qu’il s’est remis au sport après des années de « dilettantisme assumé à fumer des clopes roulées ». Un dimanche sans prévenir, tout se met à tanguer autour de lui. « Comme un tsunami invisible qui me fait tomber à la renverse ». Vertiges. Nausées. Ses crises deviennent violentes, récurrentes, invalidantes. Chaque bruit, chaque mouvement brusque agit de manière quasi sismique sur son équilibre. La maladie de Ménière, syndrome de l’oreille interne qui entraîne perte d’audition, d’équilibre, vertiges et acouphènes à vie, l’envoie au tapis. Coup de massue quelques mois avant la naissance de son premier enfant. Entre errance thérapeutique et accès de colère – pourquoi moi ? –, il vit des jours sombres, des mois d’effroi. « Parfois, pouvant à peine marcher, je m’agrippais aux murs. D’autres fois, le plus souvent possible, j’allais marcher 30 minutes le long du Canal de Carpentras en regardant droit devant moi, sans tourner la tête, pour rester dans une zone de confort relative. » Des « promenades éthyliques », comme il dit, à cause de sa démarche chancelante liée à ses troubles. Kiné, perfusion de Tanganil (un antivertigineux), ORL, orthoptiste, séances EMDR, hypnotiseur, pensée positive, cohérence cardiaque… il teste tout, jusqu’au marabout. Rien n’y fait. Ménière ne se guérit pas : « Il faut vivre avec, dans un état vaseux permanent ». L’accepter lui a pris deux ans. Tout un cheminement qu’il exorcise dans ce livre eleçon de vie « pour aider ceux qui se sont retrouvés seul et incompris des médecins ».
Ultra et au-delà
Sur Gapen’Cimes, en 2016.
Tout est dans la tête, ou presque. Le mental fait tout, ou beaucoup. Exactement comme en ultra, sport roi pour se confronter à soi. Sa passion haletante pour l’endurance, accompagne sa renaissance, jubilatoire.
Sans Ménière et ses galères, il n’aurait jamais osé goûter à l’ultra-dimension, se cantonnant à des distances « raisonnables ». Avec son club, la Foulée de Sorgues, il a d’ailleurs accroché de belles places dans sa région. Avec un beau potentiel, en témoigne un 1h18’ sur Marseille-Cassis sans entraînement.
Gapen’Cimes (58 km et 4 000 mD+) en 2016 lui donnera le goût du long et de la contemplation : un shoot d’émotions. Malgré des crampes terribles – dues à des boissons enrichies en sels minéraux qu’il s’interdit depuis – cette première expérience restera magique.
Depuis deux ans, la pose d’un drain dans son oreille droite et un traitement au Diamox (diurétique) lui évitent les crises aigües. S’il se ménage au quotidien, acceptant les jours « sans », sur le terrain sportif, Sébastien ne s’interdit rien. On le suit ainsi sur les 100 km de Millau en 2018. Encore une (més)aventure avec une crise de colique néphrétique à mi-course. « Je pissais littéralement le sang et me tordais en deux. » Au mental – toujours – , il boucle en 10h45, soit 45’ de plus que son objectif initial, avant de s’écrouler dans la tente médicale. Kamikaze ? Sans doute. Obstiné en tout cas : « DNF – did not finish – sont des mots qui ne font pas partie de mon vocabulaire. »
Embrunman + SwissPeak
Embrunman 2019.
Hier à terre, invincible aujourd’hui, il est comme guérit d’une maladie qui pourtant le poursuit. L’an dernier, il est devenu ironman en 13h34’ sur le mythique Embrunman (3,8km à la nage, 186 km de vélo et un marathon). En nageant la brasse, le crawl lui étant proscrit, et en remontant un paquet de monde par la suite. Trois semaines plus tard, il a rempilé sur les sentiers, côté Valais suisse. Mémorable, son SwissPeak (170 km et 11 000 mD+) avec tempête de neige, genou en vrac, cheville en feu… mais il termine heureux, clopinant après 51h d’efforts et quelques hallucinations. Pas de doute, c’est au-delà de 100 km, en montagne, en dormant à peine, qu’il vibre. Le SwissPeak format 360 km est coché pour 2021. Courir le trail le plus long d’Europe alors qu’on pouvait à peine aligner deux pas il y a six ans : terriblement grisant.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2020/09/sebastien-climent.jpg11201680Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2020-09-23 08:22:002021-10-26 18:53:05L’ultratrail donne des ailes
Triple finaliste de l’émission Koh-Lanta, Claude Dartois est un sportif accompli, toujours en quête de défis. Aventurier, traileur, grimpeur… Rencontre.
CV Flash. 40 ans, chauffeur de maître, 2 enfants, 3 fois finaliste du jeu télévisé Koh Lanta (2010, 2012, 2020) avec 17 victoires individuelles. Sportif touche-à-tout, pratique course, trail, natation, vélo…
On te connaît comme aventurier et sportif redoutable sur Koh-Lanta. Le goût du sport, tu l’as depuis toujours ?
« Oui, depuis tout jeune je suis un touche-à-tout. Je ne me suis jamais focalisé sur un sport. J’en ai pratiqué plusieurs en club comme l’athlétisme ou le karaté, 1 ou 2 ans et puis je changeais. Aujourd’hui, je fonctionne toujours à l’envie. J’aime faire un peu tout. Si vous me dites, tiens on fait une partie de tennis, de rugby, de foot, je suis partant. J’aime aussi les défis. Quand je me donne comme objectif une course, je m’entraîne pour. Mais si je n’ai pas d’objectif en vue, je peux passer deux mois sans courir. »
La course à pied, tu pratiques depuis longtemps ?
« J’ai toujours aimé courir, par plaisir. Quand j’étais gamin, c’était plus un moyen de me déplacer qu’un sport à part entière. A l’armée, j’avais de bons résultats en course mais il ne m’était pas venu à l’esprit de faire des compétitions. Je m’y suis mis après mon premier Koh-Lanta car j’ai eu envie de me challenger. »
Ton premier dossard, c’était où ?
« En 2010, sur le 10 km de l’Equipe, à Paris. J’avais terminé en 42’, tranquille. Je me souviens qu’à l’arrivée, mon pote m’avait dit que j’étais trop frais et que je ne m’étais pas donné à fond. J’en ai fait d’autres, avec un record assez raisonnable en 39’ sur le 10 km du Bois de Boulogne. Je sais qu’avec un entraînement spécifique je pourrais accrocher les 37-38’ mais aujourd’hui, je n’ai pas envie de me faire mal pour un 10 km, distance que je cours tout le temps à l’entraînement. »
Tu as couru ton premier semi avec un bon chrono en 1h29’…
« Oui, ce n’était pas prévu et j’étais blessé ! Cette année-là, en 2017, je préparais l’Eco-Trail Paris. Quinze jours avant, je me suis fait une déchirure au mollet. J’ai dit à mon médecin qu’après deux mois et demi d’entraînement, je ne pouvais pas rester sans rien faire. Je lui ai demandé si mon mollet pouvait tenir sur un semi, après quoi, j’arrêterai de courir pendant cinq mois. Il m’a dit : ‘OK, vas-y fais-le’. Donc, j’ai couru le Semi de Paris avec une blessure et j’ai fait un super temps. Content ! »
Et des marathons ?
« J’en ai couru un, celui de Paris, en 2014. En 3h31’ avec un programme qui prévoyait 3h30. Je me suis un peu enflammé avec 15 minutes d’avance à 5 km de l’arrivée, et puis j’ai eu de crampes. J’ai perdu tout le temps gagné sur 35 km. Je voulais en recourir un cette année, mais cela n’a pas pu de se faire avec l’arrivée de mon deuxième fils. C’est partie remise car j’ai bien envie d’accrocher un bel objectif chrono sur la distance avant de passer à autre chose. Je sais que j’ai 3h15 dans les jambes. Quelqu’un m’a dit que je pouvais même viser 3h, mais cela demanderait trop de sacrifices par rapport à ma vie de famille et à mon boulot… »
Depuis trois ans, tu pratiques plutôt le trail. Qu’est-ce qui t’a mis le pied à l’étrier ?
« En cherchant des bouquins d’aventuriers, que j’aime lire régulièrement, je suis tombé sur Ultra-trails mythiques de Bertrand Lellouche. Ce livre m’a ouvert au trail. Que quelqu’un comme Bertrand, qui n’est pas forcément un athlète, ait réussi à faire des ultra-trails magnifiques, cela m’a donné très envie. »
Qu’est-ce que tu aimes dans le trail ?
« Sur la route, il y a toujours l’envie de manger le temps, de dépasser celui qui est devant. Le trail, c’est une autre approche, plus libérée, plus axée sur le plaisir personnel, le partage avec d’autres coureurs. L’objectif c’est de finir et de prendre du plaisir. »
Est-ce qu’un trail ressort du lot parmi ceux auxquels tu as participés ?
« J’ai aimé toutes mes courses, qui toutes étaient différentes. Je n’en ai pas vécu qui m’aie mis dans le dur, mais cela arrivera sans doute, cela fait partie de la vie du traileur. L’EcoTrail Paris (80 km), c’était mon premier. Accessible car près de chez moi et assez roulant. J’ai terminé dans les 300 premiers, super content, avec une préparation légère car je ne suis pas trop bosseur à l’entraînement. Je mise plutôt sur la fraîcheur et l’envie. J’ai aussi aimé la SaintéLyon (81 km) en 2018, avec l’ambiance de nuit, la pluie dès le départ et le terrain bien boueux. L’année dernière, le Marathon de l’Hortus du Pic Saint-Loup (44 km pour 1800 mD+) a été le plus éprouvant. Il a fallu gérer une grosse chaleur avec beaucoup d’abandons et un terrain très caillouteux. Mais j’ai adoré, surtout les descentes où je suis à l’aise et je gagne du temps. »
En octobre, tu prévois de courir le Grand trail des Templiers, un bon morceau avec 78 km et 3 660 m de dénivelé positif…
« Oui, les Templiers c’est un vrai challenge, la course la plus dure que j’aurai faite jusqu’à présent. C’est un bon compromis avant de m’attaquer à une course vraiment montagneuse. Je vais savoir où je me situe quand ça grimpe bien. Je devais déjà participer l’an dernier mais elle a été annulée à cause d’une tempête. J’espère qu’on aura beau temps pour profiter du panorama car c’est un endroit exceptionnel. Je l’attends et je vais bien m’y préparer. Après, prendre du plaisir et finir dans de bonnes conditions, ce sera l’essentiel. »
Peut-être un jour l’UTMB ou la Diagonale des Fous ?
« Oui, dans quelques années. Avant cela, j’ai quelques étapes à passer. J’essaie de suivre une progression linéaire en allant un peu plus loin ou un peu plus haut à chaque fois. Je pense à la 6000D, au Restonica Trail… Il y a plein de courses, toutes distances et tous formats. »
Tu pratiques aussi vélo et natation. Le triathlon, ça te tente ?
« Je suis un touche-à-tout alors forcément, ça me tente. J’aime le vélo, la natation, j’aimerai un jour terminer un Ironman. Mais c’est aussi une préparation très lourde, il faut que je trouve le bon moment et ce n’est pas simple. Il faut surtout que je me teste d’abord. Je pensais faire le triathlon de Paris sur un format M, pour voir comment j’enchaîne les disciplines. »
Tu as gravi le Mont-Blanc en 2016 et le Kilimandjaro en 2019. La montagne, c’est une passion ?
« Ce sont deux défis qui se sont présentés à moi et j’y ai pris goût. J’aime bien le terrain alpin et il y a plein d’autres beaux sommets comme le Cervin. Je ferai d’autres ascensions, c’est sûr. Peut-être un sommet tous les 3 ou 4 ans, parsemé de courses et de raids… »
Des projets sportifs pour 2021 ?
« J’ai envie de me faire un bel objectif, et plein de ‘petites’ courses accessibles, près de chez moi, pour continuer à m’entraîner et me faire plaisir. J’hésite encore pour le Marathon des Sables. Les 100 km de Millau me tentent aussi. »
Fais-tu une préparation spécifique avant Koh-Lanta ?
« Jamais. Pas le temps car on t’appelle deux mois avant. Ce n’est pas en deux mois que l’on devient un grand sportif. Je suis endurant mais je ne suis pas un grand mangeur de kilomètres alors je compense avec du renforcement musculaire toute l’année. Je fais beaucoup de pompes, de squats, de gainage. Avant de partir, je travaille simplement un peu plus mon explosivité. Certains candidats prennent 4 ou 5 kilos, en pensant aller plus loin sur l’aventure. Moi je ne prends pas de poids. Je pense qu’il faut être efficace d’entrée. »
Quel conseil à ceux qui rêvent de Koh-Lanta ?
« Koh-Lanta est ouvert à tous, et pas qu’aux sportifs, sinon, on aurait vu que des grands sportifs gagner ces 20 dernières années ce qui n’est pas le cas. L’envie doit être le premier moteur. Avec l’envie, on fait des grandes choses ! »
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2021/10/kl-2019portraits-candidats.jpg9841476Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2020-09-20 12:16:002021-12-10 14:35:38Claude de Koh-Lanta : « Je fonctionne à l’envie »
Le Nevers Marathon prépare sa deuxième édition les 24 et 25 octobre avec départ sur le circuit de Magny-Cours. Déjà plus de 800 inscrits, dont moitié sur le marathon qui avait compté 366 finishers l’an dernier. Le point avec l’athlète nivernais Antoine de Wilde, organisateur de l’évènement.
Dans les starting-blocks sur Magny-Cours, pour l’ekiden du samedi soir.
Circuit de Magny-Cours, bords de Loire, dites-nous en plus sur le parcours…
« Au lever du jour, le départ fera de l’effet sur le légendaire circuit de Formule 1 Nevers Magny-Cours. Après un tour complet du circuit (4,411 km) pour se chauffer, les coureurs rejoignent le village de Magny-Cours, foulent la campagne nivernaise en passant par le Château du Sallay et le Domaine du Grand Bois à mi-parcours. Ensuite, place à 12 km très agréables le long du canal latéral de La Loire pour rallier Nevers. Avec les couleurs d’automne, cela vaut le coup d’œil ! On entrera dans la cité ducale par le Pont de Loire, face aux monuments emblématiques pour le bouquet final. Un parcours splendide, varié et pour couronner le tout : un dénivelé négatif ! »
Quelles seront les nouveautés à l’affiche ?
« Pour cette deuxième édition, les épreuves Ekiden et marathon solo seront à label FFA. ? travaillons d’arrache-pied pour garantir un bel accueil et un maximum de confort aux coureurs avec un service de navettes, des nouvelles animations, des soins après course, de la restauration, des offres avec l’hôtellerie. Nos coureurs seront gâtés avec une belle dotation à chacun, parmi les plus qualitatives de France ! »
Belle médaille collector !
Donnez-nous envie de venir courir ce Nevers Marathon le 25 octobre…
« Nous sommes amoureux de notre territoire et nous parions que vous tomberez sous le charme aussi. La Nièvre ne laisse pas indifférent. Mettre les pieds sur le circuit mythique de Nevers Magny-Cours encore moins. Parcourir les loges, traverser les châteaux, la campagne et ses bocages, boire du bon vin (c’est ici le terroir du Pouilly fumé), se sentir héros lorsque l’on passe la ligne d’arrivée, repartir avec des spécialités nivernaises et une médaille collector en forme de volant de Formule 1… Vous n’oublierez pas le week-end passé avec nous ! »
Après le confinement, la liberté retrouvée a donné des idées à Grégory Herlez alias Greg runner. Il s’est lancé un défi qui lui tenait à coeur depuis longtemps : faire le tour du bassin d’Arcachon à la nage et en courant.
Courir quel que soit le terrain, c’est le slogan de ce blogueur qui pour son dernier défi n’a pas hésité à se jeter à l’eau. Ce trailer Parisien a passé le confinement en famille à Cap-Ferret, en Aquitaine. Faute de pouvoir accrocher un dossard cette saison – il devait notamment participer à l’UTMB Val d’Aran annulé – Grégory Herlezs’est créé un défi « sur-mesure », sur son terrain d’entraînement favori :un grand tour du Bassin d’Arcachon. L’idée lui trottait en tête depuis quelques temps, le confinement l’a fait éclore. « Je ne me voyais pas faire le défi en réalisant les 74km du Tour du Bassin et utilisant un bateau pour me rendre au départ. C’est comme ça que l’idée m’ait venue de faire la traversée des 3,5km qui séparent Arcachon du Cap Ferret pour pouvoir faire le tour du Bassin complet », explique-il. Après plusieurs séances de natation, sport qu’il maitrise le moins, il ose, s’organise, en parle autour de lui. Ce sera le 1er juillet. Il pourra compter sur une équipe pour accompagner son épopée en toute sécurité.
Une première à la nage !
La date est choisie en fonction des coefficients de marée, car le passage emprunté pour la partie natation est exposé à de forts courants. Un bateau l’accompagne avec à son bord famille et amis pour les encouragements, mais surtout Nadia Mallaquin, sauveteur en mer. Une présence sécurisante.
A 7h30 ce premier dimanche de juillet, Grégory s’est donc jeté dans l’eau arcachonnaise. Chance : la météo est idéale pour cette traversée inédite. 1h25 de nage pour accoster de l’autre côté, sur la la jetée du Moulleau d’Arcachon. « J’ai profité d’un bassin clément avec très peu de vent et une heure idéale par rapport à la marée pour jouer au mieux avec les courants. J’ai eu de très bonnes sensations et j’ai fait une bonne nage. J’ai su être constant et fluide, et j’ai pris un véritable plaisir de traverser cette partie du bassin, » raconte-t-il. Courte transition pour enfiler des runnings et c’est parti pour le tour du bassin à pied. 74 bornes à avaler. Le voilà en terrain plus familier.
6h23′ de course à bonne allure
Les sensations sont bonnes. Semi passé en 1h39′. Marathon en 3h33 ». 50 km en 4h12 ». Des temps rapides malgré la chaleur pesante. Il tient toutefois bonne allure : 11,42 km/h en moyenne.
« J’ai énormément transpiré, comme jamais. J’ai dû m’hydrater plus que prévu pour compenser la perte hydrique, sinon, c’était la défaillance assurée avant la fin du parcours ». Heureusement, il a pu compter sur une voiture suiveuse, composée de son oncle et de sa tante pour assurer le ravitaillement en solide et liquide. Le Bordelais Sébastien Cantéro, rencontré l’année précédente à l’occasion du Marathon des Sables (Course de 250km à étapes dans le désert marocain) le suit en vélo. Au fil de la matinée, le ciel se charge, faisant redouter l’orage. C’est finalement le vent qu’il a fallu dompter, soufflant plein nez. « Face au vent, c’était assez difficile mais j’ai pu m’abriter derrière Sébastien pour ne pas perdre trop de vitesse et d’énergie ». A 15km du finish, coup dur : ça coince. L’ultra-traiteur se fait rattraper par les crampes.
Dopé par les encouragements de supporters, il garde le cap. De la jetée du Moulleau à la jetée de Bélisaire, des personnes qui avaient entendu parler de son défi sont venus le soutenir. Une surprise, un vrai coup de boost pour le sportif : « C’était vraiment sympa de voir des personnes que je ne connaissais pas m’encourager. Ça m’a vraiment boosté ! Et avec toute la famille et les amis qui venaient sur des points stratégiques du parcours, ça donnait vraiment de l’énergie ! Et quand mon Sponsor Thibaut Taberne de Les Promoteurs d’Aujourd’hui m’a accompagné pour les 10 derniers kilomètres, je n’avais plus qu’à le suivre et à finir le tour ! »
Au final, 7h52’50 » pour boucler la boucle jusqu’à cap Ferret. Défi réussi. En moins de 8h. Comme quoi, même sans dossard, un compétiteur trouve toujours de belle manière de se challenger.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2020/07/img-0268.jpg14401920Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2020-07-13 08:11:002021-10-26 18:48:40 » Mon Grand Tour du Bassin d’Arcachon »
Michaël et Damiens Gras, 28 ans, cumulent titres et records du 5 000 m au marathon. Ces jumeaux champions, compétiteurs nés, affolent les compteurs tout en jonglant avec leur internat de 9e année de médecine à l’hôpital de Clermont-Ferrand.
UN PALMARES COMPLET. MICHAEL : 5 000 m : 13’44’’, 9e en 2019 des championnats de France élite – 10km : 29’00, vice-champion de France en 2016 et 2019 – 20 km : 59’02’’, 3e des 20 km de Paris 2019 – semi-marathon : 1h03’48’’ – marathon : 2h16’12’’, champion de France en 2015 – vice-champion de France de cross long en 2017 et 2019 – 8e et 1er français du marathon des Sables 2014 – 12 sélections en équipe de France (9 jeunes et 3 séniors). DAMIEN :5000 m : 13’55’’, 7e des championnats de France élite 2019 – 10 km : 29’20 – semi-marathon : 1h03’48’’ – marathon : 2h18’59’’ – 14e des championnats de France de cross long 2019 – 28e et 8e français du marathon des Sables 2014 – 5 sélections en équipe de France (4 jeunes et 1 sénior (cross Europe 2018).
Comment avez-vous débuté ?
A l’âge de 13 ans nous avons été repérés sur les terrains de football par Gérard Galiana, entraineur d’athlétisme. Nous jouions alors depuis 6 ans et notre passion pour le foot s’était un peu tarie à cause d’une mauvaise ambiance dans le groupe. Cela s’est passé lors d’un footing sur une séance de préparation physique en pré saison de Division Honneur. Gérard, dont le fils jouait dans notre équipe, nous a fortement conseillé d’essayer les cross après nous avoir vu prendre plusieurs tours d’avance sur nos coéquipiers. En dehors de nos qualités pour la course, il a également remarqué que nous aimions la compétition et que nous prenions du plaisir à courir. Nous avons accepté avec enthousiasme, impatients de participer aux premiers entrainements d’athlétisme. Nous avons rapidement obtenu de bons résultats, ce qui était très motivant, et, au bout de 2 années où nous concilions foot et athlé, nous avons fait le choix de nous consacrer entièrement à l’athlétisme pour atteindre le plus haut niveau. Gérard nous a formé à la course mais aussi aux sauts et aux lancers pendant deux ans pour développer toutes nos qualités dans nos jeunes années. Patrice Lagarde a été notre second entraineur pour le demi-fond. Il nous avait demandé d’écrire sur un bout de papier quel était notre souhait le plus cher en course à pied : l’un avait écrit champion du monde et l’autre champion olympique ! Il a donc pris le relais pendant 10 ans lorsque nous étions au club de Pessac en Aquitaine et nous a fait franchir les portes du haut niveau en course à pied. C’est Jean-François Pontier, cadre technique fédéral, qui a pris le relais depuis 3 ans à Clermont où nous faisons notre internat de médecine.
Vous êtes des champions mais restez « amateurs », non professionnels. En fin de cursus d’études de médecine, à quel métier vous destinez-vous ?
Nous en sommes en 9ème année de médecine, entamant notre 3ème année d’internat. Nous avons déjà choisi notre spécialité à l’issue de l’examen classant national : Michaël est interne en anatomie et cytologie pathologique et Damien en médecine physique et de réadaptation.
Que représente la course à pied dans votre quotidien ?
C’est la première chose à laquelle on pense en se levant le matin. Même si la journée s’annonce chargée, que l’on soit de garde ou qu’il y ait des examens, la première chose qui nous vient à l’esprit c’est : à quel moment va t’on courir ?Nous avons passé notre première année de médecine en courant tous les jours. Depuis nous nous entrainons en moyenne 10 fois par semaine. Maintenant que nous sommes internes nous faisons nos déplacements jusqu’à l’hôpital en courant la plupart temps (parfois en vélo mais quasi jamais en voiture) quelque soient les conditions et avec un sac sur le dos. Les trajets font au plus court entre 4 et 10km, et nous rallongeons souvent cette distance en fonction des besoins de l’entrainement. Le problème c’est qu’à l’hôpital on sait quand commence la journée mais pas toujours quand elle va se terminer. Pour l’anecdote il nous est déjà arrivé de faire des répétitions de 400m à 10h du soir sur une piste non éclairée ou de rentrer chez nous en footing à 2h du matin après une soirée au bloc opératoire.
Choisissez-vous toujours vos compétitions ensemble où vous est-il arrivé de courir chacun une compétition différente en fonction d’un objectif particulier de l’un ou de l’autre ?
Du fait de notre profil très similaire nous avons tous les deux les mêmes objectifs sur les mêmes épreuves tel qu’un championnat de France ou une course de sélection en équipe de France. Choisir un même objectif nous permet de calquer notre préparation et de partager les séances clés. Il arrive que nous ayons des objectifs intermédiaires différents mais c’est assez rare. Par exemple l’été dernier, Michaël avait choisi de courir Marvejols-Mende, une classique française de 23km où il termine 5ème scratch et 1er français. Cette course avait lieu une semaine avant les championnats de France élite que nous devions disputer sur 5000m et Damien avait préféré se concentrer sur cet objectif (Michaël se classa 9ème et Damien 7ème).
Être toujours à deux, c’est l’une de vos forces, n’est-ce pas ?
Oui c’est un avantage énorme de pouvoir s’entrainer à deux. Nous n’avons jamais exactement le même niveau, la même forme ou la même motivation et pour celui d’entre nous qui est moins bien cela permet de rééquilibrer la balance. C’est ce que recherchent la plupart des athlètes en partant en stage d’entrainement : un groupe d’un niveau légèrement supérieur pour être tiré vers le haut.
Quelle est la performance la plus marquante pour chacun de vous jusqu’à présent ?
Michaël : c’est ma troisième place aux 20km de Paris en octobre 2019. Nous étions un groupe de 9, avec 6 kenyans et 3 français, détachés dès le quatrième kilomètre car partis sur des allures rapides avec un passage au dixième kilomètre en 29’04. Je parviens à tirer mon épingle du jeu en montant sur le podium malgré une attaque dévastatrice des africains au quinzième kilomètre et je passe un cap en réalisant un chrono de niveau international (59’02 : IB).
Damien : le semi-marathon de Crémone, ma victoire sur la série B du 5000m de Carquefou 2019 après avoir été emmené par un lièvre pendant 3000m puis avoir tenu mes adversaires à distance sur les 2000 derniers mètres en partant seul devant (record personnel en 13’55 et première qualification aux championnats de France élite).
Vous êtes performant sur piste mais aussi hors-stade et sur longues distances. Très polyvalents donc, comment expliquez-vous cela ?
Nous avons toujours aimé tous les terrains et toutes les distances pourvu qu’il y ait de la compétition. Notre deuxième entraineur Patrice Lagarde nous faisait beaucoup courir dès nos années juniors. Nous faisions un peu plus de 20 compétitions par an notamment en cross et sur piste au début puis rapidement sur route sur du 10km. Nous avons également découvert la course en montagne où nous avons obtenu nos premières sélections en équipe de France (Michaël 5ème des championnats du monde juniors à Kamnik en Slovénie en 2010). Nous avons ensuite couru notre premier semi-marathon à 20 ans (championnats de France espoir à Bois-Guillaume en 2011 : Michaël 1er en 1h07’31 et Damien 3ème en 1h07’58) et notre premier marathon à 24 ans (championnats de France toutes catégories à Rennes en 2015 : Michaël 1er en 2h18’32 et Damien 4ème en 2h23’40). Nous sommes notamment sortis des sentiers battus en 2014 en participant à un ultra trail des plus renommés : le Marathon des Sables. A 22 ans nous étions les deux plus jeunes participant de cette édition. Dans cette course nous avons effectué un marathon par jour pendant 6 jours dans des conditions extrêmes alors que nous n’avions alors jamais couru plus de 21km d’affilée. Cela ne nous a pas empêché de bien y figurer (Michaël termine 8ème et premier français devant deux traileurs français renommés : Jean-Sébastien Braun 9ème et Christophe Le Saux 10ème, Damien termine 28ème sur plus de 1000 participants).
Combien de fois courez-vous par semaine en moyenne ?
En temps normal, lorsque nous travaillons à l’hôpital, nous courons 8 à 10 fois par semaine. Pour optimiser notre temps d’entrainement, nous allons la plupart du temps au travail en courant. Nous tournons autour de 110-130km par semaine. Sur les prépas marathon nous essayons d’augmenter le volume sur quelques semaines. Lorsque les semaines de travail sont chargées ou lorsqu’il y a des gardes nous rattrapons souvent notre kilométrage le week-end avec parfois 60km de course sur 2 jours.En stage d’entrainement cela est plus facile d’enchainer les entrainements car nos temps de récupération sont allongés. Nous pouvons alors faire une douzaine d’entrainements avec en moyenne 150 kilomètres par semaine.
Comment Intégrez-vous cet entraînement lourd, dans vos plannings tres chargés ?
Nos journées de travail sont assez conséquentes mais variables en fonction des stages (par semestre) auxquelles il faut rajouter un certain nombre de gardes (jusqu’à 4 par mois). Au cours de nos stages dans nos spécialités respectives nous avons des horaires plutôt appréciables (8h30-18h auxquels il faut ajouter le temps de travail personnel de formation, de mémoire et de thèse) mais cela demande tout de même une certaine organisation pour y intégrer nos 8 à 10 entraînements hebdomadaires. Par exemple, nous faisons notre endurance fondamentale sur nos trajets entre le domicile et l’hôpital (environ 10km matin et soir), des séances de qualité deux fois par semaine le soir et le plus gros kilométrage le week-end ou sur les repos de garde. Sur des stages plus lourds tel qu’un semestre de chirurgie digestive pour Michaël ou un semestre de rhumatologie pour Damien avec un temps de travail de plus de 60h hebdomadaires nous passions nos entraînements dès qu’un temps libre se présentait, sur des horaires très tôt ou très tard le soir. Organisation qui a été payante avec une sélection aux championnats du monde cross pour Michaël (Aarhus 2019) et aux championnats d’Europe pour Damien (Tilburg 2018) pendant ces semestres intensifs. La problématique principale reste la gestion des temps de récupération primordiale pour ne pas se blesser et continuer à progresser ce qui nous a souvent fait défaut.
Vous avez participé au Marathon des Sables en 2014, sans même pour chacun de vous avoir couru plus qu’un semi à l’époque. Que retenez-vous de cette expérience ?
C’est à cause, ou grâce, à un groupe de coureurs de notre ancien club de Pessac. Difficile encore aujourd’hui de dire si c’était une bonne idée mais le fait est qu’il s’agissait d’une expérience inoubliable. Notre père et notre entraineur de l’époque en faisaient partie. C’est en voyant leur enthousiasme dans la préparation de cette aventure que nous avons à tout hasard demandé à notre entraineur d’y participer. Il y a été favorable pour nous endurcir dans l’optique d’une future carrière sur marathon.Notre préparation à cette épreuve a été des plus motivantes. Nous avons testé le matériel, fait et défait notre sac à dos de course à de multiples reprises pour tenter de l’alléger au maximum, monté 6 ou 7 fois d’affilée la dune du Pyla en conditions de course, marcher pieds nus sur des cailloux et se farter les pieds au jus de citron tous les jours pour éviter les ampoules, participer à un stage « commando » incluant des courses d’orientation en pleine nuit avec des militaires du 13ème RDP du camp de Saint Jean d’Illac…La course en elle-même a été extraordinaire, avec un engouement médiatique inattendu autour de nous deux, plus jeunes participants de cette édition, aux avant-postes et en famille avec notre père. Même informés il était difficile de s’attendre à ça : plusieurs heures de course avec un sac à dos de 10kg, sous 40 degrés avec une gestion de l’eau minutieuse, en plein désert sur des dunes ou des chemins caillouteux. Les premières étapes ont été extrêmement difficiles le temps que notre corps s’adapte à ce type d’effort. Dans les premières étapes, des crampes nous paralysaient pendant plusieurs heures après avoir franchi la ligne d’arrivée. Les paysages étaient splendides et nous ont aidés à surmonter la difficulté de la course, tout comme notre esprit de compétition qui nous poussait à nous surpasser pour bien figurer dans le classement général.
Vous avez couru votre premier marathon à 24 ans, en 2015, pour les France à Rennes. Pourquoi avoir fait le choix de démarrer si tôt sur la distance ?
Ce n’est pas si tôt comparativement aux athlètes africains et ce n’est pas une décision qui nous a empêché de progresser sur les courtes distances les années suivantes. Le marathon est une course d’expérience et le corps a besoin de s’y préparer sur plusieurs années, c’était un choix pour y être réellement performants maintenant à l’âge de 28 ans. Ce fut aussi une opportunité pour Michaël d’être champion de France de marathon toutes catégories à Rennes en 2015 en 2h18’ pour son premier marathon.
Vous avez couru trois marathons (Rennes en 2015 donc puis Annecy 2016 et Francfort 2017). Vous visiez les JO 2020. Quels étaient vos objectifs ?
Oui c’est exact avec une progression de 2 min par an pour Damien et de 1’ pour Michaël mais aucun de ces 3 marathons n’a été une réelle réussite. Notre objectif réaliste à court terme se situe autour des 2h11’. C’était ce que l’on visait au marathon de Valence en décembre 2019 pour la sélection au JO. Cependant une fracture de fatigue survenue 1 mois avant la course a réduit à néant les espoirs de Michaël et Damien, de retour de blessure après avoir enchainé les gardes à l’hôpital, était en méforme.
Quel est votre objectif à court terme sur cette distance ?
Nous prévoyons un marathon à l’automne 2020 avec le même objectif. Nous avons fait le choix de prendre un semestre de disponibilité (novembre 2019 à mai 2020) afin de nous consacrer totalement à notre préparation athlétique. Cette période passée quasi exclusivement en altitude nous a réellement fait progresser et nous fait croire à la réussite de cet objectif sur marathon.
Les deux frères (ici avec Jimmy Gressier) ont battu récemment un record de l’Américain Jim Walmsley sur l’A1 Loop, un segment Strava qui correspond à un trail de 33,3 km et 350m D+ situé à plus de 2 200 m, à l’ouest de Flagstaff aux Etats-Unis. Bilan de la course : Au final 1h52’41’’ pour Damien, 1h53’56’’ pour Michaël et 1h54’08’’ pour Jimmy.
Vous avez pris l’habitude de participer à des longs stages, au Kenya ou aux Etats-Unis, où vous vous trouvez actuellement. Racontez-nous pourquoi ces stages sont importants pour vous et comment ils s’organisent.
Ils sont importants pour nous au point que nous les organisons à nos frais, sur nos congés annuels ou sur des congés sans solde. Depuis le mois de novembre nous avons donc pris 6 mois de disponibilité pour partir en stage d’entrainement. Nous avons passé 5 des 6 mois en altitude : 3 mois et demi à Iten au Kenya à 2400m et 1 mois et demi à Flagstaff en Arizona à 2100m.
Ce que l’on recherche lorsque nous partons en stage c’est l’hypoxie liée à l’altitude, la motivation de courir sur des parcours exceptionnels et avec des groupes de coureurs de notre niveau ou supérieur, un planning 100% consacré à la course à pied avec des entraînements biquotidiens.L’atout principal est d’avoir du temps libre pour récupérer entre les séances, d’avoir le temps de faire des étirements et des massages. Tout ce qui est plus compliqué lorsque nous travaillons à l’hôpital.
Leur semaine type d’entraînement au Kenya.
Quels conseils donner à tous ceux qui souhaitent se lancer sur un premier marathon ?
En tant qu’internes en médecine nous conseillons bien sûr de faire une visite chez le médecin afin d’écarter toute contre-indication et éventuellement faire un test d’effort si vous avez plus de 40 ans et avez pratiqué peu d’activité physique ou que vous ayez eu une longue période d’arrêt. Il faut bien identifier sa motivation (terminer la course, réaliser un chrono, un classement ou seulement se faire plaisir) car la préparation est de longue haleine et va demander des investissements qui devront être compatibles avec vos autres activités. Il y aura aussi de la fatigue générée et le risque de se blesser qu’il faudra minimiser en faisant régulièrement du renforcement musculaire et en adoptant les bonnes stratégies de récupération (stretching, massages, entraînement croisé avec des sports portés etc). C’est difficile mais le résultat en vaut la peine !
Et à ceux qui souhaitent performer, passer un cap symbolique, en moins de 3h30 par exemple ?
Au préalable, développer sa VMA par des fractionnés plus ou moins longs. Puis effectuer un programme d’entraînement spécifique marathon sur une durée de travail suffisamment longue d’au moins 8 semaines avec entretien de la VMA. Programme qui intégrera progressivement des sorties longues et du travail spécifique à l’allure marathon sur des répétitions de plus en plus longues (jusqu’à 20 kilomètres fractionnés sur une même séance). Le kilométrage hebdomadaire est primordial mais ne doit pas être excessif afin de ne pas occasionner de fatigue qui pourrait s’installer imperceptiblement et être préjudiciable le jour J. Enfin, sur les 2 dernières semaines, savoir alléger son volume d’entrainement mais en gardant suffisamment d’intensité.
Est-ce qu’un athlète vous inspire en particulier ?
Julien Wanders car il prouve qu’avec de l’ambition, du sérieux et beaucoup de travail, les athlètes européens peuvent lutter contre le gratin mondial des coureurs africains.
https://running-attitude.com/wp-content/uploads/2020/06/img_20200416_140701.jpg14401920Alice Millevillehttps://running-attitude.com/wp-content/uploads/2026/04/Logo_RA-300x95.pngAlice Milleville2020-06-16 15:10:002020-09-01 11:02:57Frères Gras, un duo de choc
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