En parcourant les 623 km du GR223 qui relie Honfleur au Mont-Saint-Michel en 7 jours, 3 heures et 42 minutes, Sonia Poutrel vient d’établir le tout premier Fastest Know Time féminin sur ce tracé à travers le littoral normand. Un exploit doublé d’une bonne cause : collecter des fonds pour les enfants du Centre Hospitalier Public du Cotentin. Rencontre avec une ultra-runneuse au grand cœur.

Une jeunesse loin des sentiers

Née à Valognes, dans la presqu’île du Cotentin, et ayant passé toute la première partie de sa vie à Bricquebec, en Normandie, Sonia Poutrel n’aurait jamais dû courir autant. Ou du moins, rien ne semblait l’y destiner. En effet, souffrant d’asthme durant sa jeunesse, elle a passé plus d’heures à soigner sa pathologie au Centre Hospitalier Public du Cotentin qu’à arpenter les sentiers de la côte. Ce n’est que bien plus tard, autour de ses 20 ans, alors qu’elle étudiait à Paris, qu’elle chausse pour la première fois les baskets. Avec Mehdi, son compagnon, elle parcourt ses premiers kilomètres, dans la douleur, sans grand enthousiasme.

Le trail, une révélation

C’est en 2015, alors qu’ils étudient l’architecture à Rouen, que Sonia et Mehdi découvrent la course nature. Et c’est la révélation pour Sonia ! Entre sentiment de liberté, découverte de la nature, endurance et envie de performer, tout est réuni pour faire du trail sa seconde nature. Aujourd’hui jeune architecte de 31 ans installée depuis peu en Haute-Savoie, elle s’épanouit dans l’ultra-endurance. En 2021, elle a ainsi décroché une belle victoire sur l’Infernal Trail des Vosges, une course de 210 km. Le 19 juin 2022, elle s’élançait de Honfleur, avec 623 kilomètres à parcourir pour relier le Mont-Saint-Michel. Une odyssée baptisée Traversée 223 qu’elle nous raconte.

SONIA POUTREL TRAVERSEE-223-©-DR
Le parcours de la Traversée 223, de Honfleur au Mont-Saint-Michel. © DR

L’interview débrief de Sonia Poutrel

Running Attitude : Quelle a été ta plus grande distance parcourue en 24h durant tout ce périple ?

En général, j’étais dehors de 4h du matin jusque maximum 22h30, hormis la dernière journée qui a commencé le samedi à 3h00 et qui s’est achevée le dimanche matin à 5h00 pour parcourir 103 kilomètres en 26 heures. Mais, finalement, la journée la plus productive aura été le dimanche du départ, avec 100 kilomètres parcourus en un peu plus de 12 heures. Mais c’était sur un terrain plus abordable.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer ?

Bonne question… Je suis partagée entre la fatigue et les douleurs imprévisibles dans les jambes, apparues dès le deuxième jour. Je ne suis pas de nature marmotte mais il est vrai que, mine de rien, vouloir courir 100 bornes par jour, ce n’est pas rien. Et avec un sommeil de mauvaise qualité, sur une durée de 2-3 heures, le corps ne comprend pas vraiment. Malgré toute ma motivation et mon envie d’avancer plus rapidement, je n’en étais pas capable. Était-ce à cause de la fatigue ? Ou des jambes lourdes ? Je ne saurais pas le dire.

Tu avais un camping-car pour les nuits. De quels soins bénéficiais-tu chaque soir ?

J’ai la chance d’avoir ma sœur qui est kiné et qui était présente du matin au soir. Elle a pu soulager mes bobos et me masser le soir avant d’aller dormir. Un sacré privilège ! En parallèle, toute une équipe était aux petits soins avec moi – famille, amis – pour m’apporter le soutien nécessaire, qu’il s’agisse des ravitaillements, de l’accompagnement sur les sentiers, etc.

SONIA POUTREL ROAD
© Vincent Fleury

Quel a été ton protocole nutrition durant cette semaine ?

Au p’tit déj’, c’était fromage blanc/banane/müesli. Ensuite, c’était souvent des barres céréales, soit celles du commerce classique, soit celles de la marque Atlet Nutrition, de la compote, beaucoup de fruits rouges les 3⁄4 premiers jours, de la salade riz/concombre/tomates, un peu de pâtes les deux premiers jours. Vers les 3 derniers jours, je mangeais pas mal de sandwichs pain de mie/beurre (beaucoup de beurre !)/confiture et des bonbons (les petites bouteilles de coca, non acidulées). Ah oui, je me suis enfilé une glace à l’eau aussi, le mercredi à 10h00 du mat’ : ça passe pas mal ! Les gommes Ta Energy aussi : une tuerie pour les gourmands ! Et sinon, j’ai pas mal picolé : de l’eau plate principalement, parfois avec de la boisson d’effort Atlet, et de la Sainte-Yorre aux ravitos.

« Je me suis foulé la cheville 100 mètres après le départ ! »

Ça ressemble à un gag, mais juste avant le départ, tu t’es fait une belle frayeur en te foulant la cheville. Que s’est-il passé ?

Haha… Juste avant le départ, n’exagérons rien. Je me suis foulé la cheville une centaine de mètres après le départ, et non pas juste avant. En fait, ma balise GPS ne fonctionnait pas. Mehdi, qui me suivait en vélo sur ce départ, vérifiait si le suivi live fonctionnait. Et quand j’ai cherché ma balise dans ma ceinture pour vérifier si elle était bien allumée, paf, il y avait un petit trou tout léger, que je me suis pris. Au moins, dès le départ, j’ai eu un signal d’alerte : attention, le pilote n’est pas dans la bagnole. J’ai donc repris mes esprits et là, je me suis vraiment mise dans ma traversée.

SONIA POUTREL MER
© Vincent Fleury

Nuit ou jour, quand as-tu préféré courir ?

Je dois reconnaître que les deux ne m’ont pas dérangé. Bon, si les marquages du GR pouvaient être phosphorescents, ça serait un luxe. Mais franchement… qui fait ça de nuit ? Non, vraiment, le fait de courir de nuit permet de profiter des couchers et des levers de soleil qui étaient juste magnifiques : le ciel rouge, les silhouettes des bâtiments. Et puis… que rêver de mieux que de voir à la fois le coucher puis le lever du soleil sur le Mont-Saint-Michel à six heures d’intervalle ?

La météo bretonne, tu es toujours aussi fan ?

Oula ! La météo normande, attention ! (Rires.) Franchement, j’ai eu de la chance. J’ai évité la canicule avec une première journée entremêlée de pluie et de vent. Les journées qui ont suivi étaient agréables. Je portais souvent avec une petite veste pour me protéger du vent. Le soleil était davantage présent en fin de journée. Le samedi, on a eu de nouveau un bon mélange de pluie et de vent vers Granville, jusque dans l’après-midi, mais ça commençait à me faire ni chaud ni froid. Ce n’est qu’en revoyant certaines images que je me rends compte que j’ai traversé de bonnes averses quand même !

SONIA POUTREL SOURIRE
© Vincent Fleury

« Je n’aurais pas pensé faire toute la traversée avec la même paire de chaussures ! »

As-tu dû faire face à des imprévus au cours de cette Traversée 223 ?

Je m’étais préparée à pas mal de choses, mais je n’aurais pas pensé faire toute la traversée avec la même paire de chaussures. En fait, j’ai commencé la balade avec des Altra Rivera, plutôt conçues pour la route/chemin simple. Et au bout de 150 bornes, je me suis dit : bon allez, change un peu du 0 drop et prends tes New Balance (les Summit Unknown). Et là : quelle erreur j’ai faite… Ça m’a provoqué de vives douleurs aux tibias. Et au lieu d’appeler mon assistance pour récupérer mes Altra, j’ai continué pendant 20 bornes avec les NB. Du coup, j’ai dû balader ces douleurs jusqu’à la fin de la traversée, bien qu’une fois les Altra récupérées, ça allait quand même mieux. Par la suite, je n’ai plus voulu prendre de risques : j’ai fait les 450 bornes restantes avec les Altra, même dans les falaises, les pierres etc. Résultat : elles sont bien fichues, mais je n’ai eu aucune ampoule ou autre inconfort ! L’autre imprévu, c’est que j’ai eu très rapidement des problèmes de circulation, que j’ai déjà plus ou moins au quotidien. Mes jambes ont vite gonflé : ça n’a pas aidé aux libres mouvements articulaires. Les chaussettes que j’avais, les belles BV Sport / Des Bosses et Des Bulles me comprimaient beaucoup trop les mollets alors j’ai ressorti une vieille paire de chaussettes basses que j’ai gardées jusqu’à la fin de l’aventure.

Y a-t-il un secteur ou une région que tu as particulièrement aimé ?

Je connaissais déjà une partie des plages balnéaires (Deauville, Cabourg…), une partie du Val de Saire (phare de Gatteville, l’Anse du Brick…) ainsi qu’une partie de la Hague (Jobourg, Herqueville…) dont je ne me lasse pas. Mais si je devais choisir un secteur, je dirais Carolles, juste après Granville : un terrain rocailleux avec un joli profil. En plus, c’est à partir de ce moment que l’on commence à voir le Mont-Saint-Michel.

SONIA POUTREL MONTEE
© Vincent Fleury

« J’ai finalement préféré privilégier la récolte de dons pour les enfants malades. »

Tu avais initialement programmé une arrivée le samedi, avant de la décaler au dimanche. Pour quelle raison ?

J’avais surtout programmé d’aller jusqu’au bout et d’arriver durant le week-end. Pour l’événement, j’avais effectivement noté la date du samedi afin de donner un ordre d’idée. Au fur et à mesure de la traversée, voyant que je n’arrivais pas à courir plus vite que l’allure à laquelle j’allais, je me rendais compte que j’allais arriver dans la nuit du samedi au dimanche. Même si j’aurais aimé arriver plus tôt, il fallait que je me rende à l’évidence. Alors j’ai pris le temps de réfléchir : soit tu arrives à l’heure où tu arrives, mais de toute façon tu arriveras après le samedi après-midi et donc, de nuit, tu n’auras personne à ton arrivée au Mont-Saint-Michel ; soit tu privilégies un de tes objectifs initiaux : récolter des dons pour les enfants du Centre Hospitalier Public du Cotentin. Et donc tu prends le temps de t’arrêter dans la nuit du samedi au dimanche et tu programmes et diffuses sur les réseaux sociaux une arrivée prévue à la passerelle du Mont-Saint-Michel le dimanche à 10h30 pour partager ce moment avec ceux qui le souhaitent.

SONIA POUTREL END
Les derniers mètres vers le Mont-Saint-Michel, terminus de cette Traversée 223. © Vincent Fleury

As-tu eu beaucoup d’accompagnateurs sur tout ton parcours ?

Oh oui ! Dès le départ, trois personnes que je ne connaissais pas m’ont accompagnée malgré la météo maussade. Ensuite, dans le Calvados, j’étais plutôt seule. Mais dans la Manche, j’ai dû parcourir maximum 40 kilomètres toute seule. De la famille, des amis m’ont retrouvé. Sachant que mon compagnon, Mehdi, était presque toujours avec moi, à pied ou en vélo, j’ai dû parcourir une centaine de bornes seule. Sur 620… ce n’est rien. Merci à Anthony, Léa, Eléonore, PA, Walid, Paul, Mélanie, Noémie, Florence, Irène, Lucie, Martine, Michel, Cyril, Christophe x 2, Olivier, et à ceux que j’ai oublié. Merci également aux copains, à la famille, qui ont fait des bornes (en voiture) pour être présents sur la ligne d’arrivée !

Où en est ta cagnotte ? La course est finie, mais la collecte aussi ?

Durant la semaine de la traversée, la cagnotte dédiée aux dons pour les enfants hospitalisés du Centre Hospitalier Public du Cotentin a presque doublé et j’en ai été agréablement surprise. Elle est d’ailleurs toujours ouverte et ce, jusqu’à la diffusion de la vidéo de la Traversée qui est en cours de montage par Vincent Fleury. Si on souhaite réaliser un don, rendez-vous sur le site de la collecte. Avec cet argent, je pourrai acheter de nouveaux livres, des jouets ou encore de la décoration pour le service pédiatrie. Ce ne sont pas les besoins qui manquent.

SONIA POUTREL END 3
L’équipe à l’arrivée, et le sourire de Sonia, au centre, bouquet à la main. © Vincent Fleury

« La récupération se fait à mon allure de tortue : doucement, mais sûrement. »

Comment s’est passée ta récupération ?

Je ne sais pas si on peut déjà en parler au passé. La première semaine d’après course n’a pas été si simple : mauvais sommeil, jambes toujours un peu douloureuses, mais depuis ça va mieux. La récupération se fait à mon allure de tortue : doucement, mais sûrement. Deux semaines après la fin de la traversée, j’ai repris tranquillement la course à pied avec quelques footings, histoire de voir l’état de la carcasse. Mentalement et au niveau de la fatigue aussi, il faut prendre le temps de récupérer.

Quel est ton prochain défi ?

Bien que d’un point de vue sportif ce défi soit terminé, j’estime qu’il ne l’est pas encore complètement. Car, comme je le disais, la cagnotte est encore en ligne, et il y a le film à réaliser puis à diffuser, notamment auprès des enfants hospitalisés de l’hôpital normand. Et pourquoi pas ailleurs, d’ailleurs… L’objectif est de continuer à sensibiliser les gens sur le littoral normand ainsi que sur le fait de continuer à se projeter et faire en sorte de réaliser ses rêves. Pour ce qui est du prochain défi sportif, l’avenir nous le dira. Je suis toujours accompagnée par Stéphane Brogniart et l’année 2023 va commencer à se dessiner. Parce que trouver des idées de défi, ce n’est pas la chose la plus compliquée. Seulement, il faut bien savoir pourquoi on veut faire telle ou telle course. Parce que c’est ça qui te permet d’aller au bout – notamment dans les moments difficiles. Mais en attendant, je ne suis pas contre le fait de reprendre un ou deux dossards d’ici la fin d’année. Ce n’est pas si mal d’avoir à suivre un balisage de course finalement…

Le détail de ce Fastest Known Time est visible ICI

SONIA POUTREL END 2
Une image forte de cette Traversée 223 : la ligne d’arrivée en vue pour Sonia Poutrel. © Vincent Fleury


Lootie Run court toujours ! Après 26 400 kilomètres et 4 continents traversés en plus deux ans, Marie Leautey, touche au but. A Sydney, le 30 août, cette Rouennaise de 45 ans décrochera deux « World Records ».

Pendant que vous lisez ces lignes, Lootie Run court à l’autre bout du monde. Depuis plus de deux ans, Lootie alias Marie Leautey enchaîne un marathon par jour.Elle est partie le 6 décembre 2019 du Sud du Portugal et vient de dépasser les 26 400 kilomètres, sur le quatrième et dernier continent de sa grande traversée, l’Australie. 245 000 mètres de dénivelé positif cumulés, soit 27 fois l’Everest jusqu’à présent. Au final, cela fera 698 marathons cumulés en 813 jours. De quoi affoler son compteur Strava !

Deux records du monde pour Lootie Run

Voyageuse en quête d’aventure, cette directrice financière de 45 ans, qui a notamment vécu en Grèce et à Singapour, a tout plaqué pour vivre son rêve en courant.

Le 30 août prochain, lorsqu’elle ralliera Sydney, Marie décrochera deux « World Records » homologués par la World Runners Association. Cette Normande  aura ainsi réalisé le tour du monde en courant féminin le plus rapide. Et ce sera la seule femme au monde à avoir traversé les 4 continents, d’océan à océan, en courant.

L’ultrafondue rejoindra ainsi un club très, très fermé. En effet, cinq hommes – dont le Français Serge Girard – et une femme ont jusqu’à présent réussi ce défi. L’Anglaise Rosie Swale-Pope, 72 ans aujourd’hui, avait elle mis cinq ans à traverser les trois continents de l’hémisphère nord. Son témoignage, Little run around the world, a d’ailleurs beaucoup inspiré Marie Leautey.

21 000 km en autonomie totale

Qui elle a poussé le « bouchon » bien plus loin. Puisqu’elle s’est engagée dans ce tour du monde en solitaire et en autonomie. « Pendant les 21 000 premiers kilomètres, j’étais en solo complet. Je poussais mon équipement, un sac de 12 kilos, dans ma poussette BoB qui pèse aussi 12 kilos. Pour la traversée des Andes en Amérique du Sud, je savais que j’aurai besoin d’aide, car courir du niveau de la mer jusque 4 000mD+ avec une poussette de 30kg à bout de bras ne me paraissait pas faisable. Mon ami James s’est porté volontaire. Et puis il s’est prêté à l’aventure et m’a suivi en Australie. Il conduit un petit camping-car d’un jour sur l’autre et roule à vélo de son côté, pendant que je cours mon marathon. Il fait son propre voyage à mes côtés, et ça fonctionne super bien ! », raconte la Française.

Depuis son départ, Marie avance au rythme de 41 km par jour, avec un jour de repos hebdomadaire. Sa « séance » quotidienne variera en fonction des étapes, de 30 km à plus 60 km. En moyenne, 9,2 km/h, soit 4h30 d’efforts quotidiens.

Son marathon quotidien, entamé au lever du jour, lui laisse les après-midis libres pour visiter les environs. « Mon étape se termine à l’heure du déjeuner. Je prends une bonne douche, je file au bistrot du coin pour un bon repas accompagné d’une grande pinte de bière. Ensuite, je prends un temps pour écrire sur mon blog et actualiser mes réseaux sociaux avec un post et une vidéo, puis je fais un tour en ville, s’il y en a une, ou je pars avec James visiter un lieu qui vaut le détour. »

Après 26 400 kilomètres et 4 continents traversés en plus deux ans, Lootie Run atteindra Sydney, le 30 août. Cette Rouennaise de 45 ans décrochera deux « World Records ».
30 kilos à pousser sur 21 000 km…

Un périple compliqué par le Covid

Au démarrage, le Covid a bien compliqué les choses. Pendant de longs mois, Marie a dû naviguer entre les frontières, ouvertes ou fermées, déviant de son parcours initial. « Je devais faire 7000 kilomètres en Europe initialement. Au final, j’en ai fait plus de 15 000 km sur ce premier continent. Cette traversée devait être une ligne droite mais elle a plus ressemblé à un plat de spaghetti », s’amuse-t-elle avec le recul.

Ce Tour du monde, Lootie Run l’a préparé pendant deux ans. Patiemment. Méthodiquement. Sans toutefois participer à un seul ultra. A son palmarès notamment, une dizaine de marathons ainsi que six Ironman. « Je bossais à plein temps comme directrice financière mais j’y ai passé tout mon temps libre en 2018 et 2019. Pour me préparer, je faisais tous mes allers-retours au boulot (20 km) en courant. J’ai aussi fait plusieurs « voyages marathons » en les enchaînant sur 3, 5 ou 8 jours d’affilée, en totale autonomie, avec ma poussette. J’ai aussi planifié toute la logistique, étape par étape, continent par continent, et cela m’a pris beaucoup de temps. Dans un grand fichier Excel, qui est toujours ma Bible aujourd’hui, j’ai tout listé ligne par ligne (départ, arrivée de chaque jour, km, dénivelé, magasins à proximité, hébergement, etc. »

En solitaire, mais solidaire

Autofinancée à 100%, Marie dédie son aventure à l’ONG Women for Women qui soutient la cause féminine à travers le monde. Elle invite aux donations via une cagnotte participative accessible en ligne (ICI).

Cette globetrotteuse se sent-elle l’âme d’une wonder woman ? Pas franchement. « J’ai conscience de vivre quelque chose de peu commun, mais au quotidien, cela ne paraît extraordinaire, même si c’est une expérience unique. Je pense que nous sommes beaucoup à pouvoir faire un tel parcours. Mais nous sommes surement peu à en avoir envie comme j’en ai envie. A avoir ce désir d’être dans le voyage aussi fort que celui qui m’anime », confie en substance la Normande. Chaque matin donc, depuis 780 jours, elle se lève avec le sourire. Prête à rempiler, avec une curiosité sans cesse renouvelée.

Certaines étapes affichent plus de dénivelé que d’autres…Ici lors de sa traversée des Andes.

Pas une blessure, et un rythme très supportable

 « J’ai le goût de l’effort mais pas de la douleur », précise l’ultra-runneuse. « Si ce voyage avait été synonyme de souffrance, de crampes, je ne l’aurais jamais fait. Car cela ne m’intéresse pas. Je le fait d’une manière confortable et supportable ».

Pas une ampoule, pas un pépin musculaire donc durant tous ces jours à écumer l’asphalte ! Enfin si, une blessure… aux doigts. A force de pousser son paquetage, Marie s’était bloquée la main en février 2021. « J’ai adapté mon guidon avec un peu de mousse pour plus de confort, et depuis, tout va bien », précise-t-elle, pour l’anecdote.

Pas contrariante, Marie s’adapte aussi côté alimentation. Burger-frites, pizza surgelée, coca, tout lui va.  Mais pas de boisson isotonique, ni de barres protéinées à ses menus. D’ailleurs, en courant, Marie ne s’alimente pas.

L’imprévu fait partie du voyage…

Bien sûr, elle a connu des jours plus compliqués que d’autres. Avec parfois une météo contraire. Au plus, 40 degrés en Grèce en août dernier. A moins, -10°C sous la neige en Belgique en janvier 2021. Ses aléas climatiques, comme les imprévus font partie du voyage… Parmi ses anecdotes, ce jour où, au fin fond du Montana elle avait pénétré sans s’en rendre compte une « propriété privée ». « Crime de lèse majesté, sans le savoir, j’étais coupable de “trespassing”. Dans cet état, la loi est claire. Si je “trespasse” on peut me tirer dessus à balle réelle, sans justifier de la légitime défense. Et voilà que je tombe nez à nez avec un petit monsieur furieux, une arme à feu dans chaque main. Il se tourne vers moi, très agité et menaçant. Quand je réalise mon erreur, je vire à 180 degrés. Puis, les mains en l’air, poussant la poussette avec mes hanches, je cours aussi vite que je n’ai jamais couru en criant : “I’m sorry I didn’t know!”. Ce jour là, j’ai eu très peur ! », confie Lootie Run.

Cet épisode restera, on lui souhaite, l’unique mauvaise rencontre de son incroyable épopée.  « Traverser le monde de cette façon, de 42km en 42km, à pied, à hauteur et à vitesse d’homme, permet d’avoir un regard unique, et de vivre une expérience du monde déclinée aux cinq sens », conclut-elle. Après son final à Sydney, Marie rentrera à Rouen, sa ville natale, le 11 septembre. Elle convie ceux qui le souhaitent à partager quelques foulées pour célébrer ses presque 700 marathons.   



Maëva Danois, 28 ans, a été pendant huit ans athlète internationale sur 3 000 m steeple. Désormais, cette coureuse de l’équipe ASICS, podologue dans les Landes court le marathon avec de grandes ambitions. 2h45’ pour un premier, ça promet !



À 82 ans, Barbara Humbert a disputé son premier 24 heures. D’un courage rare, la Valdoisienne a battu, à Brive-la-Gaillarde, le record du monde de sa catégorie. Une leçon de vie.

Vendredi 27 mai à 10h, le coup de pistolet retentit dans la Halle Georges-Brassens, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Les organisateurs du ‘‘24 heures de Brive’’ sont conscients de vivre un grand moment. Ils ont certes déjà accueilli un Championnat du monde en 2010 et cinq fois un Championnat de France. Mais n’ont encore jamais été témoin d’un record du monde ou meilleure performance mondiale par groupe d’âge (Wabp). Barbara Humbert leur procure ce bonheur. Au signal de la fin de l’épreuve, l’Eaubonnaise de 82 ans, sociétaire de Saint-Brice Athlétisme en Ile-de-France, pose sur le sol son témoin et son dossard portant le numéro 216. Sa performance peut enfin être mesurée et validée.

Au terme d’un effort exceptionnel, ma coéquipière a parcouru 112 tours dans le Parc de la Guierle… soit 125,271 kilomètres ! Les records du monde des masters 9 féminines (80-84 ans) sur 24 heures sont donc améliorés. Celui sur route détenu par l’Allemande Sigrid Eichner (105,521 km). Et celui absolu réalisé sur piste par l’Anglaise Patricia Seabrook (121,869 km). Barbara rejoint Marie-Claude Noyel (sur 100 km), Huguette Jouault (sur 6 heures), Françoise Lamothe (sur 100 miles et 48 heures) et Christine David-Bodet (sur 6 jours). Elle entre ainsi dans le cercle très fermé des Françaises détentrices d’un record du monde en ultra-fond.

Un record du monde

À l’exception de rares passages aux toilettes, d’une pause de 20 minutes après 110 kilomètres et des 11 dernières minutes savourées à sa table de ravitaillement, son effort a été continu… pendant 24 heures ! La Valdoisienne n’a pas faibli sur les allées bordées de platanes bicentenaires. Elle ne s’est pas déconcentrée sur la promenade des Tilleuls chahutée par les soulevées de poussière et les clapotis de la rivière voisine. Ne s’est pas arrêtée dans une côte récurrente éreintante pour les mollets.

Et elle n’a jamais dormi. Comme il y a trois ans sur les 100 km de Millau, elle a fini main dans la main avec Patrick Pierre. Ce marcheur septuagénaire qui parcourt 2 500 km par an malgré le port d’une attelle pour soutenir sa rotule endommagée par un accident de la route. Puis elle a enlacé Jacques, son mari depuis 59 ans. Le scénario parfait.

Barbara Humbert termine le 24 h de Brive avec son ami Patrick Pierre.
Un final main dans la main avec le marcheur Patrick Pierre. ©Julien Bigorne

Une grande première à 82 ans

Pourtant, Barbara disputait son premier 24 heures et son premier Championnat de France. Le droit à l’erreur aurait été permis. Sauf que son mental a été hors norme et sa régularité métronomique. Toutes les conditions étaient réunies pour son exploit. En octobre 2019, au lendemain de son 100 km de Millau bouclé à 80 ans en 18h35, je lui propose de participer aux prochains Championnats de France des 24 heures. Dans son cas, la règle est de parcourir 100 bornes pour être classée et médaillée. Tout à fait jouable. De surcroît, sa participation s’inscrit dans un projet caritatif que j’initie.

Sa distance parcourue sert de base aux dons au profit de Casiopeea, de 10 centimes à 1 euro par kilomètre. Cette association propose des programmes et des défis sportifs à des femmes atteintes d’un cancer du sein. Sa motivation est déjà au zénith. Malheureusement, en 2020, les inscriptions sont trop vite closes. En 2021, l’épreuve est annulée puis reportée à une date qui ne nous convient pas. Il nous faut donc attendre les 26 et 27 mai 2022 pour remettre le projet sur les rails.

Photo souvenir avec l’équipe de Saint-Brice Athlétisme. Barbara Humbert est à gauche de Julien Bigorne, au centre, auteur de cet article ©Martin Useo.

40 ans de course à pied pour Barbara Humbert

Barbara se prépare méticuleusement pour ce rendez-vous, qui fait figure de couronnement. « Je me suis astreinte durant plusieurs mois à 3 entraînements par semaine. 25 km de course à pied et 25 km de marche au total. Et à des séances de vélo d’appartement. J’ai aussi bouclé, entre 2019 et 2021, 12 brevets Audax. Ce sont des sorties de marche à allure régulière de 25 à 50 km. Et récemment, j’ai fini le Semi de Paris en 2h49 et le Marathon de Paris en 6h31 », précise la native d’Achern en Allemagne. Sa longue expérience a aussi été précieuse. « En 40 ans de course à pied, j’ai bouclé 137 courses de moins de 40 kilomètres, 54 marathons dans 10 pays et deux Cent kilomètres à Millau (à 70 et à 80 ans !) », résume Barbara, maman de 3 enfants, de 7 petits-enfants et 2 arrière-petits-fils.

Le marathon pour passion

« Mais tout tient à peu de choses. Je suis venu tardivement à la course à pied. Si ma fille aînée, alors élève à l’école de la Légion d’Honneur, n’avait pas eu à préparer une épreuve d’endurance pour le bac, j’aurai pu passer à côté de ma passion », confie la mamie bon pied bon œil. Pour épauler sa fille, la secrétaire trilingue effectue alors ses premières foulées en 1982. « Au début, cela se limitait au tour du village de Bouffémont, notre ancienne commune de résidence. Puis, très vite, je suis partie plus loin, en forêt de Montmorency. La lecture d’un article m’a ensuite donné l’envie de découvrir le marathon. J’ai réalisé mon premier en 1984 à Paris. C’était un 100% féminin organisé pour la 7e et dernière fois par la marque de cosmétiques Avon. J’ai réalisé mon meilleur en 3h48, en 1986. C’était à Berlin, à l’époque du Mur et de l’arrivée sur la Kurfürstendamm. Puis, mon meilleur souvenir reste celui de New-York en 1999. J’avais terminé 10e de ma catégorie d’âge ».

Barbara Humbert, imperturbable pour son premier 24h à 82 ans.
Barbara Humbert, imperturbable pour son premier 24h. ©Martin Useo

Une femme de défis

Durant son 24 heures, dont l’ambiance lui a rappelé le Marathon du Vignoble d’Alsace à Molsheim, elle se souvient de certains de ses marathons et de ses périples nocturne, notamment Paris-Mantes 2019. Sa concentration, affûtée par ses longues heures d’apiculture et de jardinage (ses autres passions), reste optimale. Même aux heures les plus avancées de la nuit. Même lorsque je lui annonce après 90 kilomètres, que le record du monde absolu de sa catégorie n’est pas à 105 mais à 121 kilomètres. En effet, j’ai découvert une actualisation de la liste des records deux jours seulement avant la course sur le site de la fédération internationale d’ultra-fond. Mais le doute ne s’est pas immiscé. « Je visais de toute façon plus de 120 kilomètres. Je me suis dit qu’en gardant la même allure, entre 5 et 6 km/h, cela restait possible », dit-elle.

Leçon de vie !

Les encouragements à chaque tour de son mari, ses ravitaillements réguliers, la parfaite écoute de son corps et son courage l’ont menée sur le chemin de l’exploit. Lorsqu’à quelques heures de l’arrivée, le journaliste Patrick Montel lui pose la question « À quoi on pense quand on a mal aux jambes comme ça ? », la réponse est nette : « Mais je n’ai pas mal aux jambes !». Dans cette vidéo vue plus de 5 000 fois en quelques heures, elle donne la clé de son succès. «Pour réaliser ses rêves, il faut y aller sans trop se poser de questions…». Une leçon de vie. La doyenne des finishers des trois derniers marathons de Paris compte poursuivre « son combat quotidien contre le laisser-aller ». Elle se fixe déjà de nouveaux défis. Le marathon de Paris 2024, les 100 km de Millau à 90 ans. Mais aussi, transmettre sa passion de la course à pied. Son petit-fils Charles (co-fondateur du site Uptrack-club.com et les téléspectateurs, qui l’ont suivi dans l’émission ‘‘Allô docteurs’’ sur France 5, n’ont pas manqué de suivre le bon chemin.    



Tenir 100 km à près de 13km/h… L’Aixoise Floriane Hot a impressionné à Belvès. A 31 ans cette contrôleuse aérienne a décroché le titre tricolore en 7h42’ pour son premier « cent bornes ». Rencontre avec cette nouvelle reine de l’ultra-fond.

Un titre de championne de France de 100 km à 31 ans, pour un galop d’essai, qu’est-ce que cela fait ? 

« Ça fait bizarre d’abord, mais surtout très plaisir. Je ne m’y attendais pas du tout. Au-delà de 60 km, ma plus longue sortie en préparation, c’était l’inconnu. Je suis partie sur les bases des mimimas en voyant jusqu’où ça irait. Tout s’est si bien passé que cela donne envie de recommencer ! »

Floriane, en bref… 31 ans, contrôleuse aérienne à Aix, a participé le foot pendant de 7 à 14 ans, court depuis 2014, licenciée à Aix-Athlé. Ses records : 2h41’28’’ sur au marathon, 1h19’56’’ sur semi, 35’55’’’ sur 10 km. Sa dernière perf’ : championne de France sur 100 km à Belvès (Dordogne) en 7h42’24’’, 8e au scratch avec un premier marathon en 3h15’, le second passé en 3h18’ Sa devise : seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Après 5 marathons, qu’est-ce qui t’a donné envie de « monter » sur 100 km ?


« Cela s’est fait sur un coup de tête. Après mon dernier marathon à Valence en décembre (2h41’28’’), j’ai hésité à refaire un marathon ce printemps. Mon compagnon (Nicolas Navarro) m’a lancé le défi de courir un 100 km. Il a fallu qu’il me le dise une fois et j’étais lancée. Je me suis dis, pourquoi pas, j’aime bien les challenges, on verra où cela me mène… »

Ce 100 km t’a fait basculer dans une autre dimension de la course à pied…

«  Oui. On dit qu’un marathon commence au 30e km. Cette fois, au 30ekm, ce n’était que le début, même pas la moitié. Le 100 km commence vraiment au 70e km. Il faut donc être patient et faire appel au mental pour s’évader quand les jambes sont dures. Mais c’est un effort que j’ai beaucoup aimé, à un rythme moins soutenu, à 50 secondes de plus au kilomètre que sur marathon ».

Courir longtemps, c’est donc ce que tu préfères. Le court, très peu pour toi ?

«  Le fractionné n’est clairement pas ma tasse de thé. Mon coach m’a fait comprendre que si je voulais progresser sur du long, il fallait que je progresse aussi sur le court. J’essaie donc de faire au mieux même si je préfère largement une sortie longue plutôt qu’une série de 400 m. Heureusement, on s’entraîne à plusieurs, avec mon groupe MaratoniacK. Ça motive. »

Floriane Hot, tu porteras donc le maillot français sur les championnats du monde de 100 km à Berlin en août prochain…

« Oui, et c’est un rêve pour moi ! Je n’aurai jamais cru pouvoir un jour intégrer l’équipe de France, même si quand on s’entraîne et qu’on fait tout ça, on a toujours un petit espoir. Quand cela devient réel, cela paraît fou. »

Quel sera ton objectif ?

« J’espère faire mieux. A Belvès, il y avait 800 mètres de dénivelé positif, à Berlin, le circuit sera plat mais ce sera une boucle de 7,5 km. Psychologiquement, ce sera plus difficile qu’ à Belvès, le tour était très agréable avec des traversées de beaux villages, qui rythmaient la course et Nicolas qui m’accompagnait à vélo. Ce ne sera pas le cas à Berlin. Mais je me dis qu’il y a peut-être quelque chose à jouer côté chrono…»

A moyen terme, as-tu d’autres projets ?

«  Je pense refaire un marathon, histoire de voir si le 100 km m’a fait passer un cap. Séville, en début d’année me permettrait de bien récupérer après Berlin. J’avais accompagné Nicolas l’an dernier et adoré la ville, l’ambiance et le parcours, super roulant. »


Ton premier dossard, c’était où ?

« Sur le marathon de Toulouse en 2014. C’était un petit défi entre amis. Je me suis lancée directement sur marathon, sans entraînement. Je l’ai terminé en 3h41’ et j’ai adoré. Ensuite, je me suis inscrite en club, à Aix Athlé. Depuis je suis vraiment bien encadrée par mon coach, Jérémy Cabadet. »

Vivre avec le champion Nicolas Navarro, 12e sur le marathon des derniers J.O, c’est source d’émulation ou cela met un peu la pression ?


« C’est d’abord un gros soutien et surtout une source de motivation. Quand je vois d’où il est parti et ce qu’il arrive à faire maintenant, cela motive forcément. Nous sommes très en phase au quotidien, c’est ce qui fait notre force. Tout le monde ne pas comprendre qu’on ait envie de se lever à 6h du matin le dimanche pour aller courir plus deux heures. »

Vous vous entraînez souvent ensemble ?

« Oui bien sûr, mais pas sur les séances car je ne peux que le suivre à vélo, éventuellement (rires). Mais nous faisons tous nos footings de récup ensemble, notamment pendant ma préparation 100 km ou je faisais comme lui du biquotidien tous les jours. Nico m’a justement bien appris à aller lentement sur les sorties de récupération où il ne sert à rien de forcer. »

Floriane Hot, lors de son stage au Run IX Athletics Center au Kenya.
Floriane Hot, lors de son stage au Run IX Athletics Center au Kenya. ©Romain Gillig

Floriane Hot, tu as passé trois semaines au Kenya, à Iten, au RunIx Athletics Center, ce printemps. Raconte-nous ce stage sur la terre des champions…

« Je n’ai qu’une hâte, c’est de pouvoir retourner au Run Ix Athletics Center ! Ne faire que courir c’était génial. C’était aussi très intense, avec des grosses semaines à plus de 200 km. J’ai eu du mal à m’acclimater à l’altitude au début, mes jambes ne répondaient plus mais je me suis accrochée, avec le soutien de Nicolas. J’ai adoré ces trois semaines. La vie, la culture, les gens, si gentils. Le Kenya, c’est vraiment le temple de la course à pied. Même à 4h du matin, il y a toujours quelqu’un qui court. »

Comment gères-tu avec ton travail de contrôleuse aérienne ?

« J’ai posé mes congés pour partir au Kenya. Sinon j’ai des collègues super cool, donc j’arrive à adapter mon emploi du temps. Pour caser deux séances par jour, je me lève tôt le matin. Et pour préparer les prochains 100 km de Berlin, je sortirai encore plus tôt pour éviter la grosse chaleur… »

Floriane Hot, s’entraîner dur comme tu le fais, c’est forcément renoncer à une vie sociale ?

« Ma vie tourne autour de la course à pied, c’est sûr. Mais c’est un plaisir, pas une contrainte. Quand je suis en préparation, je suis sérieuse dans mes entraînements et je soigne mon hygiène de vie. Mais j’ai aussi besoin de couper pour relâcher au fil de l’année. De base, je suis une bonne fêtarde, j’aime bien manger et me faire plaisir. Je réattaque ma prochaine préparation 100 km pour Berlin fin mai, du coup, en ce moment, je profite bien. »

Quels conseils donner à ceux qui veulent pour passer un cap sur marathon ?


« Il faut accumuler des kilomètres mais pas n’importe comment. Mieux vaut s’entourer d’un coach, plutôt que de le faire à sa sauce. Au début, je courais 4 fois par semaine. Ensuite, je me suis mise à courir tous les jours, puis mon coach m’a fait doubler les séances deux fois par semaine. Pendant la préparation 100 km, j’ai fait du biquotidien presque tous les jours. Mais tout cela s’est fait sur 4 ou 5 ans. Pour augmenter le volume sans se blesser, il ne faut pas être pressé ! »

Tu t’es aussi essayé au trail, avec une victoire sur les Passerelles (25 km) l’été dernier. D’autres trails en vue ?

« Oui, je me suis régalée du début à la fin. J’adore aussi le trail mais je n’ai pas du tout de technique donc c’est compliqué pour le moment. Et surtout, j’ai encore envie de progresser sur route donc, je garde ça dans un coin de ma tête pour plus tard… »

Quel est ton meilleur souvenir de course ?

« Je repense forcément à Belvès, entourée de ma famille, de mes amis, et de Nicolas qui m’a suivi à vélo. Mon dernier marathon de Valence, où Nicolas a couru tout du long avec moi reste aussi un super souvenir. J’ai aussi adoré aller le supporter lorsqu’il a fait les minimas pour les JO de Tokyo, ou à Séville où il a battu son record. »



Philippe Genevaux, alias le ménestrail, pousse la chansonnette sur les sentiers avec son ukulélé. Swisspeaks, Marathon des Sables, Echappée Belle… la tournée de ce coureur troubadour n’est pas près de s’arrêter.

Ingénieur en technologie optique la semaine, troubadour le week-end. Ainsi va la vie de Philippe Genevaux. Depuis quelques années, ce trentenaire Montpelliérain rythme les trails, en chantant gaiement accompagné de son ukulélé. « Je l’emmène sur toutes mes courses. Avec lui, je vis des moments exceptionnels. Chanter, jouer quelques notes, cela permet de vite tisser des liens. C’est d’ailleurs sur les ultras qu’il m’est le plus utile », confie ce trailer-musicien, Ménestrail sur Facebook. Jouer et chanter lui permet en effet de partager en toute convivialité mais, cela lui fait aussi du bien pour encaisser ses « coups de moins bien ».

Entrée en scène sur le Trail des Aiguilles Rouges

Son premier trail remonte à 2010. Alors étudiant, Philippe se lance directement sur un 54 km en vallée de Chevreuse avec un copain. « J’ai vite chopé le virus. J’ai augmenté la distance sur l’EcoTrail Paris 80 km l’année suivante, puis sur le Tour de la Grande Casse (63 km), sur mon premier 100 km en Côte d’Or. Ensuite, j’ai terminé la Diagonale des Fous en 2014, en 48h45’. A la fin, j’ai dit ‘plus jamais’, le lendemain : ‘c’est quoi le prochain ?’ ».

Son prochain, ce sera l’UTMB, le graal, terminé en 2015 en 42h15’, avec une déchirure au mollet.

A cette époque, pas de ukulélé pour l’accompagner. Comment s’est-il mis à en jouer ? Par un concours de circonstances… « En 2016, j’étais inscrit avec 4 copains au Trail des Aiguilles Rouges. J’étais le mieux entraîné de la bande, alors pour les motiver à avaler ce 51 km et 4000 mD+, j’ai eu l’idée de chanter. Car j’adore ça. Je me suis dit qu’avec un ukulélé pour m’accompagner, ce serait plus sympa. Depuis, vu le succès rencontré, ce petit instrument ne m’a pas quitté. Je le porte toujours à la main. Et quand j’ai besoin de mes bâtons, j’ai trouvé un système pour le sangler » détaille Philippe.

La musique, c’est son autre passion. Choriste soprano durant ses plus jeunes années, batteur dans un groupe punk rock à l’adolescence, puis guitariste autodidacte.

Philippe Genevaux, alias le menestrail, avec son ukulélé sur le Festatrail du Pic Saint-Loup.
Philippe Genevaux, alias le menestrail, avec son ukulélé sur le Festatrail du Pic Saint-Loup.

De Joe Dassin à Bigflo et Oli

«Au ukulélé, j’ai d’abord appris aux Champs-Élysées de Joe Dassin que tout le monde connaît et Scoubidou car nous étions déguisés en scoubidous sur le Trail des Aiguilles Rouges », raconte le coureur, qui aime aussi se grimer à l’occasion.

Son répertoire musical s’étoffe d’une course à l’autre. Joe Dassin, Brassens, Renaud, les Beatles bien sûr, mais aussi Bigflo et Oli ou encore la Reine des Neiges, apprise pour un trail blanc. « J’ai une règle d’or, c’est de ne jamais refuser une chanson qu’on me demande », explique Philippe, qui prend donc toujours le temps d’un refrain en chemin.

L’entraînement, c’est fait pour se faire mal, la compétition pour se faire plaisir. Voilà qui résume sa philosophie. L’ingénieur enchaîne donc les bornes la semaine sans sourciller, histoire d’avoir « la caisse » pour s’arrêter chantonner sur ses trails.  

« On chante, on rit, on se raconte un bout de nos vies en avançant sur le circuit. Je chante toujours un petit refrain aux ravitaillements, ou lorsque je croise un signaleur au milieu de nulle part. C’est une façon de remercier ces bénévoles qui donnent de leur temps. Et c’est d’ailleurs comme ça que j’ai rencontré ma copine, bénévole sur l’Oisans Trail Tour. Mon ukulélé lui a fait de l’effet, il paraît… », plaisante ce ménestrail.  

Deux Swisspeaks en musique

Parmi ses grands souvenirs, le Marathon des Sables, bouclé en 2017. Les concurrents de cette édition-là n’oublieront pas les soirées ukulélé au coin du feu !

Mais l’ultra dont il est le plus fier, c’est bien la Swisspeaks. Une course hors-norme de 360 km et 26 000mD+ au milieu des « 4 000 » alpins. « J’ai vécu six jours exceptionnels, notamment en compagnie de Sylvain Laur, patron de Compressport, rencontré en chemin. J’ai eu de grosses douleurs aux genoux après 250 km. J’ai cru devoir abandonner mais par chance, un podologue m’a remis d’aplomb. J’ai ainsi pu terminer en 145h45’, après un tas de pauses musicales et d’échanges extras. Et le plus dingue, c’est qu’un bénévole m’a payé l’inscription pour l’année suivante !  J’y suis donc revenu avec grand plaisir en 2020, avec soirée raclette et chansonnette chez ce bénévole suisse. De grands moments ! », s’enthousiasme le trentenaire, décidemment en forme.  

Où qu’il passe, ce « ménestrel du trail » enjoué est toujours plébiscité. On l’invite désormais volontiers pour mettre l’ambiance. Sur le Trail de l’Aber Wrach, en Bretagne, les finishers ont ainsi chanté en chœur Brest de Miossec. Même succès l’été dernier sur l’Echappée Belle. Un beau « morceau » de 144 km, 11 000 mD+ et des cailloux, des cailloux, toujours des cailloux. « J’ai fait la course avec une tendinite, en compagnie d’un jeune coureur qui avait mal au genou. On a galéré, mais on s’est soutenus en chantant. Ma copine était bénévole sur le dernier ravito. Cela m’a aussi fait tenir. Nous en sommes partis à 4 minutes de la barrière horaire. C’était chaud ! » se souvient Philippe.

Philippe Genevaux, alias le menestrail, avec son ukulélé sur le Festatrail du Pic Saint-Loup.
Concert en plein désert, sur le Marathon des Sables en 2017.

Une belle tournée en 2022

Sa tournée 2022 est déjà bien remplie. Après le Trail des Calanques, l’ultra du Ceven’Trail en mars, il participera tout bientôt à 3 des 14 étapes de « Je cours pour la culture », une course de 660 km entre Montgeron, près de Paris et Aix-en-Provence, avec des concerts quasiment tous les soirs. Puis il baladera son ukulélé sur le Nivolet-Revard et dans les Gorges de l’Ardèche en mai. Cet été, il sera sur le premier Zinzin Ultra-Trail de Denis Clerc, à Florac et retournera ensuite sur la monumentale Swisspeaks. Jamais deux sans trois, comme dit la chanson…

Sa tournée 2022 est déjà bien remplie. Après le Trail des Calanques, l’ultra du Ceven’Trail en mars, il participera tout bientôt à 3 des 14 étapes de « Je cours pour la culture », une course de 660 km entre Montgeron, près de Paris et Aix-en-Provence, avec des concerts quasiment tous les soirs. Puis il baladera son ukulélé sur le Nivolet-Revard et dans les Gorges de l’Ardèche en mai. Cet été, il sera sur le premier Zinzin Ultra-Trail à Florac et retournera ensuite sur la monumentale Swisspeaks. Jamais deux sans trois, comme dit la chanson…



Claire Bannwarth, surnommée ‘‘Lapin DuDuracell’’, est la nouvelle reine de l’ultra-trail. À son compteur : 20 victoires cumulées en 4 ans.  Rencontre avec cette ancienne fleurettiste de haut niveau détonnante.

« Lapin DuDuracell », ce surnom, né d’une blague avec son mari, résume au mieux le profil de Claire Bannwarth. Cet athlète de 32 ans, qui vit à Huningue dans le Haut-Rhin court vite et très longtemps. Et comme la fameuse pile, personne ne lui ressemble. Dans la confrérie des « adorateurs de la borne », la plupart des membres ont connu une progression lente née d’une passion précoce. Cette sociétaire du Team Brubeck / Raidlight fait office d’OVNI. Un passé d’escrimeuse de haut niveau et une arrivée au top de l’ultra en quatre ans à peine.

« Jeune, j’ai pratiqué le fleuret en compétition sous les couleurs du Masque de Fer de Lyon. J’ai été sélectionnée en équipe de France à l’occasion des Mondiaux juniors d’Alcireale en 2008. J’ai poursuivi jusqu’à l’âge de 23 ans, participant à des Coupes du monde et atteignant le top 16 français chez les seniors. Mais avec mes études (classes prépas à Lyon, école des mines à Saint-Etienne) puis mon entrée dans la vie active en tant qu’actuaire (haute technicienne en compagnie d’assurance), tout ceci n’était plus possible. Comment s’entraîner à 18h alors qu’on finit le boulot à 20h…», explique la sportive originaire de Châlons-en-Champagne.

Une victoire pour son premier marathon

Dès lors, Claire Bannwarth se tourne vers la course. « Je courais déjà depuis l’âge de 9 ans. Au départ, c’était pour mes préparations physiques en escrime. Puis, lorsque je me suis installé en Ile-de-France, j’ai eu le choix : effectuer le trajet de mon domicile (Montreuil) à mon travail (Paris intra-muros) en métro ou en courant. J’ai pris la deuxième option». Dès lors, Claire parcourt chaque jour 35 à 40 kilomètres à allure modérée. Et y prend goût. « Courir tranquillement et longtemps, c’était fait pour moi ! J’ai évolué plusieurs années comme ça, en loisirs. Certains week-ends, j’effectuais même des sorties de 7 heures. Jusqu’au marathon de Reims en 2016. Placée dans le sas des 4 heures, sans aucune idée de mon niveau, j’ai terminé première féminine en 3h16 ».

Caire Bannwarth
Toujours le sourire, Claire Bannwarth. ©Jordi Saragossa

L’UT4M, une révélation

Un révélateur. Dans la foulée, elle réussit ainsi ses débuts en ultra en remportant le Sparnatrail (56 km) et les 100 kilomètres Self-Transcendance de Paris. « Des coureurs considèrent qu’on est dans l’ultra dès que la distance est supérieure à celle d’un marathon. D’autres dès que c’est plus de 100 kilomètres. Je dirais que c’est dès qu’on passe une nuit dehors, une course qui dépasse les 12 heures  », précise-t-elle.

Du coup, son baptême du feu en ultra se situe plutôt sur l’UT4M, en août 2017. « Une amie grenobloise m’avait incitée à m’inscrire. C’était une épreuve de 160 km (4 x 40 km, dans des massifs alpins différents). Jusqu’ici, je n’avais jamais couru de nuit ni en haute montagne ni en compétitions de plus de 10 heures. Une plongée dans l’inconnu. Le premier jour, j’étais arrivée en touriste avec des chaussures de running. Dans le matériel obligatoire, il était marqué qu’il fallait un pantalon et je pensais qu’il fallait que je le mette sur moi. Résultat, j’étais en pantalon long par 30° C et en running pour dévaler des descentes techniques ! J’ai eu l’impression que j’allais mourir… Mais j’ai bien aimé ». Elle termine alors cinquième féminine malgré ses erreurs de débutante. Et se découvre une passion ainsi dévorante pour le trail. Un coup de pouce du destin l’encouragera dans cette voie.

Finisher de la Diag’ puis de l’UTMB

« En 2018, j’ai gagné un dossard pour la Diagonale des Fous, grâce à Running Heroes. En courant 40 km chaque jour avec cette application, j’ai cumulé assez de points pour bénéficier de cette chance », relate-t-elle. En vue de ce rendez-vous, son programme a été chargé. Pas moins de 8 ultras.

« J’ai longtemps mené sur l’Eco-Trail de Paris (3e, en dépit d’une erreur d’aiguillage), remporté les 24h de la Sarra, fini 2e du 45 miles de Bristol. J’ai aussi commis des erreurs sur l’UT4M, où je n’avais pas assez mangé et pas pris soin de m’arrêter plus longuement aux bases de vie pour soigner mes ampoules », se souvient l’ultra-runneuse, qui bouclera les 165 km de la Diagonale des Fous en 49 heures. « J’avais connu un gros coup de mou au 50e km et mis 24h pour sortir du cirque de Mafate. Mais à l’arrivée, alors que moult concurrentes disaient ‘plus jamais ça !’, je me projetais déjà sur d’autres grandes courses ».

En 2019, un dossard élite lui est attribué pour participer à l’UTMB. Là encore, ce gros morceau de 171 km ne sera pas une fin en soi. Plutôt le guide ou l’étape. Elle finit en effet le MIUT à Madère, la Transgrancanaria puis le Lavaredo. Du coup, elle s’aguerrit ainsi dans les montées et s’affirme comme une descendeuse redoutable. « Sur l’UTMB, j’ai souffert d’un mal de hanche à partir de la mi-course. J’ai donc fini en marchant, comme j’ai pu. Mais j’ai vite récupéré et retrouvé la forme. Dans les six semaines suivantes, j’ai en effet remporté l’Infernal Trail des Vosges et les Templiers ».

Claire Bannwarth, invaincue sur la Backyard

Ouverte aux nouvelles expériences, Claire Bannwarth lorgne alors vers les Backyards. Ce format lui correspond parfaitement puisqu’il s’agit de courir le plus longtemps possible (un tour de 6,7 km chaque heure). Sa résistance au sommeil (jusqu’à 72h sans fermer l’œil), son estomac en béton, sa capacité à vite se ravitailler et sa parfaite gestion des allures ont été ses précieux atouts.

Résultat : en six courses, six victoires chez les féminines et cinq podiums au scratch ! Elle résiste durant 31 heures à la tempête à Strangford (Irlande du Nord), brave la canicule pendant 36 heures à Jegensdorf (Suisse), est près de battre tous les hommes à Kiev en 2019 et à Pavilly en 2020. Sur la Big Dog, support des Mondiaux 2020, l’Huninguoise surprend encore. « Pendant 26 heures, je finissais tous mes tours en dernière position. Je conservais à peine cinq minutes de marge par boucle. Alors qu’on pouvait croire que j’allais flancher, j’ai tenu bon pendant 41 heures, parcourant 275 km. Là, j’ai vraiment repoussé mes limites », confesse-t-elle.

Une année 2021 d’exception

Cet exploit, ajouté à sa seconde place sur la Swisspeaks (314 km dantesque en Suisse), l’extirpe de l’anonymat. « J’aimais bien arriver sur une course en étant inconnue. Les gens me regardaient, ne savaient pas qui j’étais et je grillais tout le monde. Ça faisait plaisir », dit la sociétaire du Team Brubeck / Raidlight. Désormais, les organisateurs l’invitent… et ne sont pas déçus. « Entre les invitations, les reports de course et les inscriptions de dernière minute, j’ai disputé un ultra par semaine, durant l’été dernier», explique Claire.

Et pourtant, son année 2021 n’a pas seulement exceptionnelle pour cette particularité. « J’ai battu le record de France du 24 heures sur piste (228,4 km), ce qui pourrait me conduire à une sélection pour les Championnats d’Europe de la spécialité, le 17 septembre prochain à Vérone. J’ai remporté, avec dix heures d’avance sur ma première poursuivante, la Transgrancanaria (NDLR : 126 km aux îles Canaries) et bouclé à trois semaines d’intervalle l’UTMB et le Tor des géants (330 km à travers la vallée d’Aoste) », énumère-t-elle. Enfin et surtout, elle s’est imposée au scratch (avec trois heures d’avance sur le premier homme !) sur la PT281, une Badwater à la portugaise. Irrésistible ! Le 13 mars, la traileuse a décroché sa vingtième victoire en ultra, à l’occasion de la Tarragona 360, un bloc de 330 km dynamité en 65 heures. Le 10 avril, elle a bouclé les 100 miles d’Istria by UTMB en 25h43″, 22e scratch et 6e femme. »Pas encore la grosse grosse forme mais y a du progrès après 3 mois galères à enchaîner pubalgie et périostite. Le week-end prochain, ce sera les 120km de l’Ultra du Pas du diable en récup. », commente-t-elle sur sa page Facebook. L’année 2022 commence plutôt bien.



Laurie Phaï s’est mise à courir pour rebondir à la suite d’un drame personnel. Cette franco-cambodgienne battante, désormais marathonienne et championne de trail porte fièrement les couleurs du Cambodge et s’engage fort pour le sport. 

Le sport à haut niveau fait partie de votre vie depuis toujours, avec le ping-pong d’abord. 


« Oui, j’ai commencé le tennis de table à 7 ans. J’ai rapidement été dans les meilleures françaises de ma catégorie. J’ai intégré le CREPS de Montpellier puis l’INSEP pendant 7 ans. A 21 ans, j’ai décidé d’arrêter ma carrière internationale pour décrocher mon master en droit RH à Paris II. »


Vous avez commencé à courir en 2013, après la perte de votre fille à la naissance. Comment la course vous a aidé ?

«  Quand je faisais du ping-pong, je détestais courir pendant la préparation physique. Mais après cet événement, j’ai ressenti le besoin de transpirer, de faire sortir cette rage, ce sentiment d’injustice. Il fallait surtout que je tienne pour mon fils Antoine qui avait un an. Alors après 3 jours de néant, j’ai dit stop. J’ai repris le boulot et j’ai essayé de faire face, de me relever. Une fois que mon corps a été prêt, j’ai enfilé une paire de baskets. Courir m’a redonné l’appétit, m’a aidé à retrouver le sommeil et un peu de musculature. Un équilibre physique et mental bien sûr, avec les fameuses endorphines… »



Laurie Phaï, votre premier dossard, c’était où ? 


« En août 2013, au Tripou Trail de 12 km en Aveyron. Je suis partie comme une cinglée, du coup, j’étais cuite au bout de 2 km. J’ai souffert mais cela m’a plu ! Il faisait beau, y’avait de la musique, un super ravito… Après des années passées dans des gymnases, j’avais trouvé ma reconversion ! »


Vous avez remporté 4 fois le Trail d’Angkor, une course chère à votre cœur…

« En effet, mon père est Cambodgien. Pendant trois ans, il a été prisonnier dans un camp khmer rouge. Parents et sœurs assassinés, un vrai traumatisme. J’ai appris tout cela tardivement. En 1978, il s’est réfugié en France, a rencontré ma mère qui donnait des cours d’alphabétisation aux réfugiés et ils ont eu 3 ans, dont moi, la dernière. 
En mai 2016, lors d’un trail au Pic Saint Loup je rencontre Ludovic Collet, speaker phare du trail et coach. Il me parle de l’Ultra-trail d’Angkor et me propose d’y aller en 2017. Je n’y avais jamais mis les pieds. Ce séjour a été très fort, tout un symbole, je découvrais enfin mes origines. J’ai couru le 32 km sans objectif, je me suis sentie bien. Quand j’ai passé la ligne en vainqueur, j’ai pensé à mon père qui avait couru sur ce sol pour fuir les khmers rouges. »

Cette première course à Angkor a été un déclic

« Suite à la course, un journaliste qui vit au Cambodge m’a mis en contact avec le Comité Olympique Cambodgien qui m’a proposé de me préparer sur des objectifs sur la route et de créer une équipe de trail pour les championnats du monde de 2019. Cela a changé ma vie et m’a surtout rapproché de mon père en permettant de mieux le comprendre. »

Le documentaire Au-dela du temps retrace le parcours de vie de Laurie Phaï.

Le documentaire Au-delà du temps d’Andy Collet retrace votre histoire. Comment est né ce projet de film ?


« Andy est réalisateur professionnel, c’est le frère de Ludovic Collet, qui m’a coaché et a eu l’idée de ce documentaire. Il m’a suivi au semi de Montpellier en 2018 et a interviewé mon père, qui s’est livré face caméra pour la première fois sur sa capture, sa fuite et ses blessures. Une séquence très forte. Puis Andy m’a suivi pendant près de 4 ans pour réaliser ce documentaire. Il a reçu deux prix du meilleur documentaire. J’espère qu’il sera bientôt disponible en VOD. »

Quel est votre plus beau souvenir de course Laurie Phaï ?

« Les championnats du monde de trail en 2019, sans hésitation. Nous étions 5 franco-cambodgiens, tous amateurs avec des ancêtres victimes de la guerre. On représentait pour la première fois le Cambodge aux championnats du monde de trail et on a vécu un truc fou. A chaque fois que je regarde la séquence qui résume ce moment dans le documentaire (que j’ai déjà vu au moins 25 fois), les larmes coulent… »


Quels sont vos objectifs en 2022 ? 


« Je découvrirai la piste sur 10 000m aux championnats nationaux du Cambodge le 25 mars pour me qualifier pour les prochains Jeux d’Asie en septembre 2022 en Chine et aux Jeux d’Asie du Sud-est d’août 2023 au Cambodge. Je retournerai aussi sur marathon de Valence pour passer sous les 3h, si j’y arrive. Et je ferai aussi bien sûr des trails avec l’équipe nationale du Cambodge, sur du court principalement. »

Vous êtes championne, maman et juriste. Comment faites-vous pour tout concilier au quotidien ?


« Championne, non. Maman d’abord oui. Et actuellement je suis assistante juridique en indépendante. Je travaille à mi-temps, une demi-journée chaque jour, donc je peux me libérer du temps. Je m’entraîne 6 jours sur 7. J’ai la chance d’avoir un compagnon merveilleux Olivier, qui m’aide beaucoup au quotidien. Cet équilibre me rend heureuse. »

Vous avez très vite atteint le haut niveau en trail, jusqu’à participer aux championnats du monde en 2019. Aviez-vous conscience de votre potentiel ? 

« Au départ je ne voulais plus qu’on me parle de haut niveau, d’entraînement, de club… etc! J’en avais eu assez avec le tennis de table. Et en 2016 Ludovic l’a bien géré, il m’a proposé de me coacher mais il avait compris qu’il fallait y aller tranquille, on se fixait une course qui me faisait envie et il me conseillait pour m’y préparer au mieux, sans pression. Et ça fonctionnait très bien. Il voyait le potentiel je crois mais j’étais encore fragile psychologiquement donc on ne se prenait pas la tête. On a avançé comme ça pendant 4 ans, en s’entourant d’un entraîneur spécifique route également Sébastien et ils ont réussi à me faire progresser. Je les en remercie encore aujourd’hui.»

Laurie Phaï s’est mise à courir pour rebondir à la suite d’un drame personnel. Cette franco-cambodgienne battante, désormais marathonienne et championne de trail porte fièrement les couleurs du Cambodge et s’engage fort pour le sport. 
Laurie Phaï compte parmi les 10 athlètes de la Women Evadict Team, première équipe de trail féminine.

Quel regard portez-vous sur votre carrière de coureuse ?


« Ça me fait bizarre d’en parler car je suis loin du niveau des meilleures. Aujourd’hui, les objectifs avec le Cambodge me motivent énormément. J’ai envie de belles performances. J’aspire aussi à aider au développement du sport là-bas. Je suis d’ailleurs conseillère à la fédération cambodgienne d’athlétisme cette année. »


Vous êtes une femme très engagée, notamment avec votre association, Trail Sans frontières… 


« Il s’agit d’aider au développement du trail dans le monde. Lors de mes déplacements, je distribue des vêtements de sport et des baskets que je collecte en France, car ils en ont besoin… On a tendance à cumuler du matériel dont on ne se sert plus, autant en faire profiter ! »


Récemment, vous avez intégré Women Evadict Team. Le début d’une grande histoire…


«  Quand Thierry Breuil, chef de produit Evadict m’a présenté le projet, j’étais en discussion avec un autre team. Mais je n’ai pas hésité, j’ai foncé ! Decathlon est un groupe français avec des valeurs auxquelles j’adhère totalement. Cette équipe féminine est incroyable. De sacrées nanas, un super coach, Philippe Propage, des managers très humains et un accompagnement sur trois ans pour avancer sereinement. Evadict va d’ailleurs soutenir l’équipe cambodgienne de trail aux prochains championnats du monde. Je suis très heureuse de pouvoir participer à tout cela. Je n’aurai jamais cru en arriver là la première fois que j’ai mis des baskets en 2013… »



Rien n’arrête Christian Genries. Co-organisateur de course, marathonien centenaire, Ironman et coureur généreux.

« Follow me (suis-moi) ». Ces deux mots résumeraient presque Christian Genries, coureur de 56 ans originaire d’Orsay (Essonne), qui a fini 111 marathons et quelques ultras prestigieux en l’espace de 37 ans. Ce jour-là, ce 4 octobre 2021, l’ostéopathe vit sa course la plus dure, la plus folle, la plus envoûtante. Trente kilomètres ont déjà été parcourus dans des conditions extrêmes lorsqu’il croise la Suédoise Kristina Kallur, ‘‘au bout de sa vie’’.

Plutôt que de passer son chemin, il reste donc avec elle. « Je l’ai encouragée à me suivre. Nous avons fini l’étape ensemble, partagé de l’eau et un bout de gâteau. Des moments simples mais forts. Cela reste l’un de ses meilleurs souvenirs. Elle n’est pas repartie le lendemain mais a fini ce qui restera comme l’étape la plus dure de l’histoire du Marathon des Sables (MDS)», explique le Francilien. L’étape n° 2 de cette 35e édition, organisée en octobre et non en mars en raison de la Covid-19, a fait des ravages : 82 abandons, 9 malaises et un décès. On ne compte plus les vomissements et les balises de détresse déclenchées. 

Forçat du Sahara

« On voyait l’hélicoptère tournoyer sans cesse. On savait que des coureurs n’étaient pas bien. Il faut dire que les conditions étaient exceptionnelles : 58° C ressentis sur la dune de Merzouga, un taux d’hydrométrie très bas (5%) et un vent défavorable ». Ce jour-là, ils ne seront que trois sur sept à rejoindre la tente 91 au bivouac. « Avec Cédric, on a jamais songé à abandonner. Sur cette épreuve de 250 kilomètres en six étapes, en autosuffisance alimentaire, avec 6 kilos de nourriture et matériel à porter au quotidien, la dimension mentale joue beaucoup », confirme l’intéressé. Il abordait l’épreuve avec à peine 400 kilomètres d’entraînement dans les jambes et un Marathon de Berlin fini une semaine plus tôt en 3h50. « « La différence se passe dans la tête. Même s’il faut avoir l’art de se nourrir à bon escient, de s’économiser, de protéger son corps pendant la course, de bien récupérer, de boire très régulièrement et, pour certains tels que le Jurassien Christian Ginter (33 fois finisher), de se tanner les pieds ». 

Christian Genres : 111 marathons en 37 ans

Finisher en 58h07, Christian Genries a été au bout de son rêve. Malgré la fournaise, il a réussi à traverser ces montagnes de sable et fait le plein de souvenirs racontés à son ami Thierry Albrand quelques semaines plus tard sur le Marathon de Valence qu’il trouva la force de boucler en 3h29. Après plus de trois décennies de course à pied, Christian n’est pas rassasié.

« J’espère refaire un marathon en moins de trois heures pour mes 60 ans, boucler la Diagonale des Fous en 2023 et revenir sur le MDS peut-être pour une association », confie-t-il. Le secret de sa longévité ? Avoir su se préserver, diversifier les plaisirs et trouver son bonheur dans l’accompagnement d’amis coureurs. Ce fils d’un footballeur, qui joua en première division, a effectué ses premières foulées à l’âge de 2 ans…au camp des Loges ! À 18 ans, il boucla son premier marathon (2h38 à Paris, en 1984). « J’étais assez rapide, mais pas excellent. Je n’ai surtout jamais été concentré à fond dans la discipline. J’étais capable de faire une partie de tennis avec des potes le samedi et disputer un marathon le lendemain », confesse-t-il. 

Christian Genries sur le Marathon de Chicago en 2018.
Christian Genries sur le Marathon de Chicago en 2018. ©Elizabeth Fraissenon, de Sportifs à Bord.

Bon accompagnateur

La course à pied est son échappatoire, son bol d’air, sa décompression. Autonome dès l’âge de 17 ans, Christian cherche à se reconvertir après des études d’ébénisterie. Il travaille à la fois dans une grande entreprise et sur les marchés pour se payer ses études de droit puis s’orienter vers le métier d’ostéopathe.

Diplômé et devenu père à 35 ans, il s’accorde alors deux à quatre marathons par an. «Plus tard, je suis passé à 12, sans viser de chronos. J’ai, par exemple, accompagné des amis à  New-York que j’ai fini deux fois aux alentours de 5 heures. J’ai aussi déstressé et conseillé des clients sur celui de La Rochelle, dicté l’allure à Jean-Marc Gautier sur celui de Sydney, épaulé Christophe Citerne (victime d’un AVC cinq mois plus tôt) sur celui de Rotterdam. J’ai aussi manipulé la cheville d’un coureur qui venait de se blesser à Helsinki. Enfin, j’ai participé à celui de Berlin pour une collecte de fonds destinée au ‘‘Rêve de Talia’’ (association créé par les parents d’une enfant décédée d’une leucémie). J’ai son tour de cou avec moi sur toutes mes courses ».

La richesse des rencontres l’a fait rempiler sur la distance mythique de 42,195 km. À foison. Il fait partie des 150 Français à en totaliser plus de 100 et être l’un des fameux ‘‘centenaires’’ que référençait Xavier Colin sur le site Planète Marathon. Mais l’Orcéen préfère les tranches de vie aux chiffres. L’édition 2017 du marathon d’Amsterdam lui laisse ainsi un grand souvenir. 

Aventure épicurienne

« La veille, avec des amis, j’avais connu une soirée arrosée au champagne jusqu’à 3h30 du matin. Quatre heures plus tard, on était au Stade olympique pour le départ…  On a pris notre petit déjeuner sur les ravitos ! Ça avait été dur dès le 18e km. Mais je l’avais bouclé en 4h09 grâce à l’aide de Jean-Bernard Michaud. À 14h, on mangeait une poule au pot ! Et le lendemain à 8h, j’étais au boulot ». L’Épicurien reviendra dans la Venise du Nord, dès l’année suivante. Autre ambiance. « J’y étais allé sans réservation. J’avais dormi dans ma voiture. J’avais été plus rapide sur le marathon (en 3h56) mais ce n’était pas pareil…Je préfère ma première participation ». 

Lumière des flambeaux

Les expériences dépaysantes ne manquent pas non plus dans sa boîte à souvenirs. « 2019, à elle seule, avait été très riche. Le parcours hors du commun du Marathon du Luxembourg nous entraînait de nuit, Emmanuel Aubert et moi, à la lumière des flambeaux. De la modernité du quartier d’affaires jusqu’à la beauté du centre historique. Le Marathon du Mont-Blanc nous faisait parcourir des sentiers fabuleux. Et puis, le trail de la Muraille de Chine, un 75 km en six étapes, nous a fait fouler plus de 20 000 marches de la Grande Muraille. Inouï ! ».

Enfin, il y a les autres vies. Christian n’est pas que marathonien. Il préside le Castel Trail (association organisatrice du trail du Viaduc des Fauvettes à Gometz-le-Châtel), participe à des courses de joëlette avec la section handisport de Verrières-le-Buisson et a cofondé le club de triathlon d’Orsay. 

Un défi Ironman pour Christian Genries

« J’ai trouvé dans le triathlon un défi plaisant : devenir Ironman (boucler 3,8 km en natation, 180 km à vélo et 42,195 km en course à pied). Je me suis fixé comme objectif de finir l’IM de Nice. J’y étais parvenu en 12 heures en 2013 mais j’ai été disqualifié pour avoir bénéficié d’une assistance extérieure à la suite d’une crevaison. En 2014, j’y suis retourné sans avoir fait de vélo ni nagé pendant un an. Je voulais démontrer à ma fille Chloé, qui disputait son Championnat de France de natathlon le même week-end, que la force mentale permet de repousser bien des limites. Au 28e km de la partie vélo, j’ai voulu faire demi-tour lorsqu’il y a eu un orage foudroyant. Mais j’ai continué, roulé durant 90 kilomètres en hypothermie. Après 15h45 d’efforts, j’ai fini la partie marathon sous un feu d’artifics, sur la Promenade des Anglais ». Assurément, l’un de ses meilleurs souvenirs.    

   



Recordman d’Europe du semi-marathon et du 10 km, le champion Julien Wanders courra son premier marathon à Paris le 3 avril. Très attendu, le jeune franco-suisse du Team Asics promet de faire sensation.

Après votre blessure aux ischios-jambiers la saison dernière, votre année commence fort avec un chrono en 1h00’28’’ sur le semi-marathon de Naples fin février.

« Oui, je suis très content de ce semi-marathon. Je sors de deux années compliquées. Revenir aux alentours des 1h, sur un parcours qui n’est pas le plus roulant, sans préparation spécifique, avec de très bonnes sensations, c’est vraiment encourageant. Cela me remet en confiance et me montre que j’ai fait les bons choix, que l’entrainement et le programme de mon coach fonctionnent. »

Le marathon, vous y pensez depuis longtemps ?

« Cela fait longtemps que j’en avais envie oui. Le marathon c’est mythique. C’est une distance olympique contrairement au semi par exemple. Étant encore jeune, je me suis forcé à attendre et j’ai choisi de continuer sur des distances plus courtes et sur la piste. Mais avec pas mal de blessures et de maladies ces derniers mois, j’ai décidé de me lancer car j’avais besoin d’un nouvel objectif. Nous avions envisagé de courir le marathon de Valence en décembre dernier mais c’était trop tôt. »

Julien Wanders, vous serez donc au départ du Marathon de Paris le 3 avril. Quel objectif pour ce premier marathon ?

« Le Marathon de Paris est une course que je regarde depuis longtemps à la télé. J’avais même imaginé par le passé le disputer comme lièvre sur les 30 premiers kilomètres pour me faire une petite expérience. C’est un super marathon avec en plus ASICS comme partenaire. Cela va me permettre d’avoir mes lièvres et mes camarades d’entraînement. Je n’ai pas d’objectif fixe, mais plutôt une fourchette. En-dessous des 2h08 ce sera déjà un bon début pour un premier marathon. Je partirai sur ces bases-là, environ 1h03, 1h04 au semi et ensuite on verra… »


Le record de France sur marathon de Benoit Z (2h06’36’’ à Paris en 2003) vous paraît atteignable ? 

« Le record de France est possible, oui, mais je n’ai jamais fait de marathon encore. Ce sera d’abord une expérience à prendre. Je préfère ne pas trop parler et agir. Je pense aussi au record de Suisse (Tadesse Abraham, en 2h06’40’’ NDLR) qui est dans les mêmes temps que le record de France. »

Quel chrono visez-vous à moyen terme sur marathon ? 

« Je pourrais en dire plus après le Marathon de Paris. Dans ma tête j’aimerai pouvoir me rapprocher du record d’Europe de Bashir Abdi (2h03’36’’, NDLR) forcément, mais on verra… »


Avez-vous prévu de courir un autre marathon en 2022 ?

« Normalement je devrais courir un autre marathon, mais je n’ai pas encore planifié ce que je ferai après le Marathon de Paris. Il y a plusieurs options. Soit courir le marathon aux Championnats d’Europe, soit faire une autre distance aux Championnats d’Europe et courir un marathon rapide comme Valence, ou autre, en fin d’année. Il faut que je planifie la suite. »

Julien Wanders, le marathon des J.O 2024 est dans un coin de votre tête ? 

« Oui bien sûr. J’aurai déjà eu deux ans sur marathon, j’aurai de l’expérience. Si tout se passe bien, il y aura quelque chose à faire. Mais pour le moment, je prends les choses les unes après les autres. Je vais d’abord faire mes débuts sur marathon et ensuite je penserai à d’autres objectifs… »

Le champion Julien Wanders à l'arrivée du dernier 10 km de Valence, terminé en 28'11'' en janvier 2022.
Julien Wanders, sur le 10 km de Valence 2022 terminé en 28’11 », à une minute de son record d’Europe de 2020. ©Albin Durand

Aurez-vous d’autres temps forts cette année ? 

« La suite de la saison est encore vague, mais j’aurai d’autres temps forts. Cette année, je vais me concentrer sur les championnats d’Europe. Je ne sais pas encore sur quelle distance. Et peut être plus tard dans l’année, les championnats du monde de semi-marathon. »

Julien Wanders, quels conseils donner à ceux qui visent un objectif sur marathon ? 

« Mon conseil principal c’est d’être régulier. Ca ne sert à rien de faire des énormes séances puis de faire trois jours de pause. Ou d’aller trop vite sur une séance et d’être fatigué pendant une semaine. Il faut vraiment essayer de gérer ses efforts pour combiner le volume et la qualité. Il faut penser d’abord aux fondations avant d’entamer le travail spécifique. Quatre ou cinq mois pour s’y préparer c’est top pour ne pas se précipiter et éviter la blessure. C’est primordial d’avoir du temps pour préparer un marathon. »

Le fameux mur vous fait peur ?

« Non. Je me suis bien préparé. Peut-être que je dirais le contraire après le Marathon de Paris… Mais si l’on est bien préparé et qu’on part sur les bonnes allures, on doit éviter le mur. »

Hors préparation-marathon, quelle est votre séance favorite pour gagner en vitesse ? 

« Il y en a beaucoup. Pour rester simple, il y a des fartlek courts avec des 1-1 ou 30-30, ça aide bien à gagner ou regagner en vitesse. Après si l’on veut parler de vitesse pure ou travail lactique, ce sera sur la piste avec des répétitions courtes allant jusqu’à 1 000m, avec des pauses plus longues de 3 à 5mn. Là on travaille dans un autre registre. »

Que vous inspire le champion Eliud Kipchoge ? 

« Je l’ai côtoyé notamment quand j’ai fait lièvre sur le 1:59 Challenge. C’est un grand champion. Il a quelque chose en plus, on comprend pourquoi il est performant. Ce qui m’inspire le plus c’est sa concentration et son calme. Comme il le dit, il n’a aucune limite. C’est ce qui le rend très fort. »



Vincent Machet fait partie de la catégorie « poids lourd » depuis toujours. Pour vivre ses rêves, il doit lutter contre son ennemi héréditaire. Rencontre avec ce passionné aussi courageux que généreux.  

« Je ne veux pas courir pour maigrir mais plutôt maigrir pour courir », résume Vincent Machet.« Dégraisser le mammouth » comme il dit, c’est le combat de sa vie. Son obésité, ennemi hérité de sa mère, ne l’a jamais empêché d’aimer le sport. Son père lui a transmis le goût de l’effort, de randos en sorties à vélo. Ado, il tombe dans la marmite de la course à pied.

A l’arrière des pelotons 

L’envie presque viscérale de courir le tient depuis son premier dossard. C’était sur Marseille-Cassis en 1998, sa première « grande course ». Son premier marathon a suivi en 2004, sur le Marseille Music Marathon. « Les orchestres pliaient bagages à mon passage, en plus de 5h », relève-t-il pour l’anecdote. Vincent n’a jamais boudé son plaisir à l’arrière des pelotons, comme sur le mythique New York Marathon«  J’ai couru New York pour mes 40 ans, dans le cadre d’une émission de M6, avec une équipe de coaching m’aidant à perdre du poids. C’était une expérience énorme. J’étais descendu à 140 kilos. » 

Abonné à l’effet « yoyo », il oscille entre 130 et plus de 150 kilos. Les dossards qui égrènent son année l’aident à garder le cap. Il se bat. Et s’entraîne dur. 4 à 5 entraînements par semaine en croisant course, vélo, proprioception, musculation, squats, gainage. « Malgré ça, je n’ai pas les tablettes de chocolat mais plutôt le Nutella, c’est comme ça… ». Et la chirurgie bariatrique ? « Je m’y suis toujours refusé. Tant que j’ai une chance de pouvoir réaliser de beaux défis, je préfère continuer à me battre. » 

Qu’à-t-il prévu cette année ? « J’ai repris du poids depuis le début de la crise sanitaire. Cela me « ralenti » évidemment beaucoup dans ma préparation pour de nouvelles courses. Mais je m’accroche. Je vais refaire quelques épreuves courtes en mixant marche et course, ainsi que des randos ce printemps pour arriver en forme l’été prochain. Et revenir plus fort en septembre sur le Serre Che Trail et enchaîner avec le Trail de Serre Ponçon.

Vincent Machet et son ami Michel Lanne sur le Marathon des Alpes Maritimes en 2019
Vincent Machet et son ami Michel Lanne sur le Marathon des Alpes Maritimes en 2019.

L’esprit Team Salami 

Sur ces deux rendez-vous dans les Hautes-Alpes, Vincent défendra les couleurs de son team Salami. Ouverte à tous les amis, cette « version saucisson » du team Salomon carbure à l’autodérision. C’est que ce communiquant nourrit un goût certain pour les bons mots. De quoi faire sourire les « Facepotes » autant que les équipes Salomon. Jusqu’à un certain Kilian Jornet : « Grâce à ma petite notoriété, j’ai eu la chance de partager 24h en montagne avec lui. Un garçon d’une humilité déconcertante. Nous avons parlé très simplement de montagne, de faune et de flore. ».

Cet échange restera un beau souvenir. Depuis le décès de son père, emporté par un cancer, puis de sa mère dans la foulée, Vincent n’aspire qu’à vivre ses rêves en grand, pour ne rien avoir à regretter. Il s’est ainsi hissé au courage sur le glacier du pic de l’Etendard (3 464 m) avec Matthieu Brignon, puis tout près du Mont-Blanc du Tacul (4 248 m) en compagnie du champion Vincent Delebarre. 

Des étoiles pour Héloïse

Battant, assurément, ce père de trois enfants est aussi un « vrai gentil ». Dur envers lui-même, tendre avec les autres. Les champions comme les anonymes héros de leurs combats quotidiens l’inspirent. Tout spécialement une petite Héloïse, atteinte d’une maladie génétique orpheline neuro-dégénérative. « Cette petite fille est bien plus grande que beaucoup d’entre nous. Elle a toujours le sourire, une force incroyable. Courir pour elle est une énorme source de motivation », explique-t-il. Pour soutenir l’association créée par ses parents, L’épuisette à étoiles, il s’est donné pour mission « d’envoyer du lourd » à chaque occasion. Plus récemment, Vincent a créé une nouvelle association, Les enfants du Run, ayant vocation à soutenir Héloïse mais aussi d’autres enfants, quels que soient la nature de leurs besoins. 

Côté personnel, Vincent Machet vient d’achever son autobiographie, Autopsy d’un marathon, et cherche un éditeur? « Cela fait longtemps que je l’avais dans les tubes, et je l’ai écrit (et réécrit) à la fois comme un témoignage à transmettre et comme une thérapie personnelle ». Une leçon de vie. 



Figure de la communauté running, l’artiste Vincent Dogna peint depuis douze ans sa passion pour la course à pied. A son actif, 35 marathons et plus d’une centaine de toiles toutes en émotions. Rencontre. 

« La course à pied est ma source d’inspiration, la peinture mon mode d’expiration », voilà le mantra de Vincent Dogna. Courir et peindre, et vice et versa. Ses deux passions sont intimement mêlées. Ce que l’artiste fixe sur la toile, c’est ce que le coureur ressent. Le sentiment de « déjà vu » est troublant. Regarder sa peinture, c’est replonger dans ses propres souvenirs, revivre une émotion enfouie. Sa quête artistique est dans ce partage : « Le plus beau compliment, c’est me dire : vous êtes coureur, cela se ressent », confie l’artiste, que la course à pied a révélé. 

Vincent Dogna sur l'une de ses nombreuses expositions
Vincent Dogna sur l’une de ses nombreuses expositions.

Objectif 42 marathons

Après ses études d’art – trois ans à l’Ecole supérieure des arts appliqués Duperré à Paris, puis deux ans aux Métiers d’arts du Hainaut en Belgique – Vincent Dogna, tente de percer dans la veine surréaliste. Faute de succès, il passe à autre chose, il faut bien payer les factures… A la trentaine, il devient graphiste puis directeur artistique.

A l’époque, son quotidien n’a rien de sain. « Dans les années 80, je tournais à deux paquets de cigarettes par jour. J’étais tout sauf sportif. Et puis un jour, j’ai voulu arrêter de fumer. C’est comme cela que je me suis mis à la course à pied, entraîné par un copain. Mon premier dossard, c’était le Cross du Figaro, en 1992. 6 km et j’ai cru ne jamais y arriver. Au final, j’ai été applaudi comme si j’étais le premier. J’ai adoré l’ambiance. » 

Le voilà donc piqué. S’enchaînent 10 km, semis, puis marathons. Paris en 1995 fut son premier. Il ira courir et découvrir le monde au pas de course : New York, Athènes ou encore Prague, son marathon record (3h16’ en 2004). A ce jour, 35 marathons bouclés mais un objectif affiché à 42 « pour la symbolique du nombre », précise le sportif de 57 ans. 

42,195 km, série Splash.

Peindre pour courir par procuration 

Et la peinture alors ? On y revient. En 2006, le marathonien vit une série noire : sur-entraînement, pubalgie, entorse à répétition…. Blessé, frustré de ne plus pouvoir cavaler, il ressort son chevalet. « Je n’avais pas touché les pinceaux depuis 20 ans ! J’ai décidé de peindre des coureurs pour vivre ma passion par procuration parce que courir me manquait », explique-t-il. Son geste fondateur : une ligne bleue jetée sur une toile vierge. Cette ligne, fil d’Ariane guidant le coureur pendant 42 kilomètres sera sa « muse ». L’artiste en (re)devenir file la métaphore : « C’est la trajectoire idéale, celle que l’on aimerait tous suivre au plus près pendant 42.195 km comme dans la vie ». Elle lui portera chance et inspirera une première série de toiles. Touche par touche, soir après soir, en rentrant du boulot, Vincent peint ses émotions au milieu du salon familial. Des natures mortes représentant des moments clés de la vie d’un coureur, ou des scènes de course, inspirées de photos prises sur le vif. 

Au bout de deux ans, encouragé par son entourage, le père de famille dévoile son travail hors ses murs. Et cela démarre fort. Au culot, en 2009, il décroche une première exposition au Ministère de la Jeunesse et des sports. L’année suivante, son tableau « Blue line », sa « Joconde », sera sélectionnée au salon des artistes français du Grand Palais. Belle mise en lumière ! 

Vincent Dogna, en train de peindre son tableau à l'effigie du prochain Marathon de Nantes.
Vincent Dogna, en train de peindre son tableau à l’effigie du prochain Marathon de Nantes.

Vincent Dogna expose sur les courses

Dans la foulée, il tient son premier « stand » sur les Foulées de la Butte Montmartre. A deux pas de la place du Tertre et de ses peintres. Un signe ! Enthousiasmé par ses premières ventes, il quitte son job pour se consacrer à sa peinture. Depuis douze ans, il enchaîne sans relâche les expositions : 170 à ce jour, du Stade de France à Commission Européenne. Avoir fait rentrer le running dans cette institution est source de fierté.

En parallèle, il multiplie les stands sur les courses afin de vendre ses œuvres, toiles originales, tirages d’art signés, broches ou encore t-shirts à l’effigie de son « 42.195 km ». Vannes, Nice-Cannes, Laval, Deauville, Le Beaujolais, Metz, Paris mais aussi Genève, Prague, Trévise, Madrid ou encore Barcelone…. Ave ses tableaux bien empaquetés dans sa voiture, ce passionné a cumulé près de 200 000 kilomètres pour exposer une centaine d’œuvres regroupées sur son site www.ARTandRUN.com. Des « Dogna » sont ainsi accrochés chez des sportifs amateurs d’art en Grèce, à New York, au Canada ou encore au Kazakhstan ! Après deux années blanches, Covid oblige, on retrouvera avec plaisir Vincent Dogna sur les « villages » des courses ce printemps. L’artiste sera du 31 mars au 2 avril, sur le salon du marathon de Paris, Run Expérience, puis sur le Marathon de Nantes, sur le Marathon de la Loire ainsi qu’au Marathon du Luxembourg.



Denis Clerc, alias Zinzin Reporter, journaliste à France 3 Occitanie, filme ses ultra-trails depuis quinze ans. En 2022, ce passionné bien inspiré se lance dans une nouvelle grande aventure en organisant le premier Zinzin Ultra-trail au cœur du parc national des Cévennes. 

« Raconter des histoires à dormir debout », c’est la devise de Zinzin Reporter. Marathon des Sables, Diagonale des Fous, TransMartinique, 6000D, ultras à Madagascar ou en Nouvelle Calédonie ; ce trailer filme ses ultras-trails pour les partager. Derrière la caméra, Denis Clerc, journaliste sportif à France 3 Occitanie. Avec 3 millions de vues sur Youtube, 25 000 abonnés sur Facebook et 10 000 abonnés sur Instagram ; Zinzin Reporter est une figure du trail/running. C’est aussi un pionnier. Car Denis Clerc, 57 ans, partage ainsi ses reportages depuis 2007. Une autre ère… celle d’avant les GoPro et les réseaux sociaux. 

Reportages télévisés

« Au début des années 2000, pour faire un reportage sur une course, il fallait être accompagné d’un caméraman trimballant une caméra de 12 kilos. Les images se résumaient aux premiers filmés aux ravitaillements facilement accessibles. Nous n’avions aucune image des coureurs en action sur les sentiers. Cela ne rendait pas la course vivante ! » raconte le journaliste.

« Un jour, mon ami Ludovic Trabuchet, journaliste au Midi-Libre, m’a filmé lors d’une sortie avec un petit appareil photo en mode vidéo. C’est ce qui m’a donné envie de le faire en course. A l’époque, cela ne s’était jamais fait. C’était parfois flou mais au moins, c’était un témoignage vivant. Mon reportage de 6 minutes pour France 3 sur les Templiers, qui était alors mon premier trail, a d’ailleurs reçu le Micro d’or ».

En 2009, Denis se filme sur l’UTMB, son premier ultra-trail. Et son reportage de 26 minutes sera également diffusé à la télévision. En 2014, à 50 ans, il crée sa chaîne sur la nouvelle plateforme Youtube, son site internet Zinzin Reporter et sa page Facebook dans la foulée. Puis il enchaîne les courses, bientôt équipé d’une GoPro tenue à bout de bras. Ses reportages bien ficelés – c’est son métier – plongent au cœur des courses et fourmillent d’informations. Denis, le trailer s’y efface derrière Denis, le reporter. « Depuis le début, je fais cela pour m’amuser à côté de mon boulot, sur mon temps libre. On me reconnaît souvent sur les courses, et l’on me remercie, cela fait plaisir ! »

Du marathon aux ultras-trails 

Coureur pourtant, ce père de famille ne l’a pas toujours été. Ancien footballeur, il nourrissait même une aversion pour la course sans ballon rond. Puis à l’aube de la quarantaine, son ami Ludovic Trabuchet le met au défi de courir le Marathon de Paris. Denis termine ainsi son premier 42 km à 42 ans, en 3h01. La même année, il enchaîne avec Berlin en 2h59’.

Très vite, ce Haut-Savoyard d’origine est rattrapé par son amour pour la montagne. Il découvre l’ultra-trail. Au total, Denis en a couru une trentaine à travers le monde. Dans le lot, quelques courses à part. Comme la Diagonale des Fous, bouclée quatre fois. Ou encore le Tor des Géants (330 km à travers la vallée d’Aoste) terminé 100e sur 800 finishers. 

Car ce reporter est aussi bon compétiteur. « Il m’arrive parfois de ralentir pour faire un focus sur un personnage que j’imagine au cœur de mon film. Tout cela se fait au feeling, sur l’instant. Mais même si jai ma caméra, l’idée c’est d’aller le plus vite possible », explique-t-il.

Souvent classé dans sa catégorie, Denis a même gagné un ultra. Une victoire improbable ! « J’ai été le premier et le dernier vainqueur de la Pyréanica, près de Font Romeu. Il y avait 17 partants, tous affûtés comme Kilian Jornet. La météo était très mauvaise, avec beaucoup de neige. Au bout de 10h, nous n’étions plus que cinq en course, et trois devant. Nous sommes arrivés ensemble. Comme au niveau alphabétique j’étais le premier, j’ai gagné cette course tellement mal organisée qu’il n’y a pas eu de deuxième édition !» s’amuse ainsi Zinzin reporter. Une anecdote qui fait bien rire les copains.

Zinzin Reporter
ZinZin Reporter lance un ultra-trail dans les Cévennes.

Un grand tour du Causse Méjéan 

Les copains justement, on y vient. Avec deux amis ultra-traileurs, Ludovic Trabuchet, déjà cité, et Pierre Toussaint, organisateur du Trail des Avens, Denis organise un ultra-trail cette année. Le nom est tout trouvé : Zinzin Ultra-Trail ou « ZUT ». Un acronyme accrocheur et un sacré décor, les Cévennes. Plus précisément, le Causse Méjéan. Ce vaste plateau calcaire de Lozère, département le moins peuplé de France, évoque les steppes mongoles. Les gorges de la Jonte et du Tarn seront deux temps forts de ce tour en 160 km depuis Florac, siège du Parc National des Cévennes, partenaire de l’évènement. « Malheureusement, la première édition est prévue en même temps qu’une course de la région que j’adore, le Trail du Mont Aigoual. Nous n’avons pas eu le choix. En fonction de la nidification des vautours-moines et des espèces de fleurs protégées du parc, il n’y avait que deux possibilités, ce premier week-end de juillet, ou le même week-end que les Templiers en octobre, ce qui n’aurait pas eu de sens. », explique Denis Clerc.

Zinzin reporter mais pas fou

Hasard de calendrier, Les Templiers lancent aussi un nouvel ultra dans les Cévennes ce printemps, le Tarn Valley Trail. Zinzin Reporter, blessé au ménisque depuis novembre, compte bien y aller s’il est sur pied. « Ce n’est pas parce que je vais être organisateur d’un ultra-trail que je me vais me priver d’aller courir et faire des reportages sur les courses qui me plaisent ! », insiste le trailer-reporter. 

Mais au fait, pourquoi « zinzin » ? « Cela vient de mon métier. En 2000, je couvrais les championnats d’Europe de handball, en Croatie. Je suivais l’équipe de France qui enchaînait les victoires. Ma rédaction m’avait demandé plusieurs sujets pour les JT télévisés. Je travaillais beaucoup, de 8h jusqu’à plus de 4h du matin. Un jour, mon caméraman m’a dit ‘mais c’est fou, tu n’es jamais fatigué, tu es zinzin toi… Un zinzin reporter !’ Ce surnom m’a amusé car j’ai toujours été un fan de Tintin. Ce sont ses voyages extraordinaires qui m’ont donné envie de devenir journaliste ».

La boucle est bouclée avec ce Zinzin Reporter qui nous inspire à son tour, d’aventure en aventure.



Mérile Robert, troisième homme du dernier Marathon des Sables, sera de retour dans le grand bac à sable marocain, le 25 mars prochain. Rencontre avec cet ingénieur en informatique de 50 ans, qui cavale depuis plus de vingt ans, avant tout pour s’aérer. 

Entre vous et le marathon des Sables, c’est une grande histoire. Vous avez couru en octobre dernier pour la cinquième fois dans le désert marocain. Racontez-nous… 

Effectivement, c’était ma 5ème participation en 2021. Le Marathon des Sables, c’est une course que j’affectionne particulièrement. Je l’ai couru pour la première fois en 2012. C’était une très belle expérience partagée avec des collègues de travail. Je m’en étais plutôt bien sorti en terminant dans les 50 premiers. J’étais loin derrière les marocains et du jordanien qui avait gagné cette année-là mais j’ai découvert une aventure hors-normes. Les paysages, l’ambiance sur le bivouac, la déconnexion totale, … je suis fan !

Vous terminez à la troisième place du dernier Marathon des Sables derrière les frères El Morabity. Une sacrée performance ! Détrôner ces rois du désert, cela paraît possible ? 

Très difficile ! En tous cas pour moi. Les Marocains s’entrainent toute l’année dans cet environnement et ce sont de très bons athlètes. Certains ont fait des performances de niveau international sur des grands marathons et ils sont surtout bien plus jeunes que moi… mais d’autres coureurs français ou européens peuvent tout à fait rivaliser.

Serez-vous au départ du prochain Marathon des Sables ? 

Oui, si tout va bien, je serai bien au départ de la 36ème édition avec l’équipe Groupama. Nous étions inscrits pour l’édition 2020 mais nous avons reportés notre participation à 2022.

Comment vous entraînez-vous pour préparer le Marathon des Sables ? 

J’ai un volume d’entrainement assez important toute l’année. Ma préparation s’intensifie surtout sur les 3 ou 4 derniers mois. C’est, bien sûr, beaucoup de sorties longues mais je conserve quand même des séances dynamiques avec du fractionné court ou long durant toute la préparation.

Sur mes sorties longues, j’essaie de me rapprocher le plus possible des conditions de courses. Pour la chaleur, ce n’est pas simple sous nos latitudes. Surtout quand la préparation s’effectue de janvier à avril. Mais je m’entraine à la pause méridienne, été comme hiver, et mon organisme est habitué à faire des efforts lorsqu’il fait chaud. 

Ensuite, j’habite au bord de la Méditerranée donc je fais au moins une sortie hebdomadaire sur la plage. Les plages héraultaises n’ont rien à voir avec les dunes de Merzouga, certes. Mais l’essentiel est de s’habituer à courir ou marcher sur ce type de terrain. Vous ajoutez à cela un sac à dos avec une charge progressive et vous arrivez à faire une étape type du MDS dans un bloc d’entrainement.

Merile Robert, s'entraîne pour le marathon des Sables sur les plages de l'Hérault.
Mérile Robert, s’entraîne pour le marathon des Sables sur les plages de l’Hérault.

Au fait, vous courez depuis quand ? 

J’ai commencé la course à pied il y a une vingtaine d’année quand j’ai voulu perdre un peu de poids. Après quelques mois de pratique, je me suis décidé à prendre un premier dossard. C’était sur une course près de chez moi. Et je me suis tout de suite senti bien dans cette ambiance. Je me suis surtout entrainé seul au début en m’inspirant de plans d’entrainement trouvés dans la presse spécialisée. Après quelques « résultats » sur des courses locales, j’ai voulu structurer un peu mieux mes entrainements. J’ai donc pris une licence dans un club d’athlétisme proche de chez moi, l’Union Sportive Sète Athlétisme où j’ai pu partager mes sorties avec d’autres passionnés. Je faisais essentiellement des courses sur route au début. Mes meilleures marques sur 10 km : 34’30’’, sur marathon : 2h36’, sur 100km : 7h50. Puis, je me suis orienté vers les courses nature, comme le font beaucoup de coureurs qui voient leur VMA « fondre » avec l’âge…

Désormais vous participez donc plutôt à des trails ? 

Oui, j’ai surtout fait des courses entre 15 et 50 km dans ma région avec quelques places d’honneur. En ultra, excepté le MDS, j’ai relativement peu d’expérience. J’ai participé à l’UT4M Challenge en 2018 avec un top 10. En 2019 j’ai terminé l’UTMB en 31h, pas terrible !! mais je pense revenir sur cette distance dans les prochaines années. A Chamonix, à la Réunion ou ailleurs…

Avez-vous prévu des ultras-trails cette année ? 

Oui, j’ai surtout fait des courses entre 15 et 50 km dans ma région avec quelques places d’honneur. En ultra, excepté le MDS, j’ai relativement peu d’expérience. J’ai participé à l’UT4M Challenge en 2018 avec un top 10. En 2019 j’ai terminé l’UTMB en 31h, pas terrible ! Mais je pense revenir sur cette distance dans les prochaines années. A Chamonix, à La Réunion ou ailleurs…  

Généralement, je fais 2 ou 3 courses importantes dans l’année. Je vais participer au premier Zinzin Ultra Trail dans le Parc National des Cévennes les 2 et 3 juillet. Ce nouvel ultra est organisé par Zinzin Reporter. Et pour le second semestre, je n’ai rien programmé pour l’instant mais j’y pense… 



Antoine de Wilde, c’est un athlète de haut niveau complet, consultant sportif, organisateur de courses, entraîneur, fondateur d’une marque de vêtements… Ce passionné vibre pour l’immense sentiment de liberté que procure la course à pied. Un champion enthousiasmant ! 

Déjà 27 ans de course à pied pour Antoine de Wilde, bientôt 37 ans. Sacrée destinée pour ce grand gaillard (1,92 m) au look soigné. Car au départ, l’histoire tient du hasard. « Tout gamin, j’ai fait un peu de foot, du tennis de table et du karaté. J’étais fan de Jean-Claude Vandamme. Quand j’ai vu que je ne pouvais pas faire le grand écart, j’ai arrêté… » plaisante-t-il, avant de dérouler : « Et puis un dimanche pour digérer le déjeuner, nous sommes allés marcher avec mes parents. Nous sommes tombés sur une course organisée à Nevers ce jour-là. J’avais 10 ou 12 ans. Je portais des chaussures bateaux, un bermuda et un polo mais j’ai voulu participer. Et j’ai gagné dans ma catégorie ! Mes parents ont exposé ce trophée dans leur brasserie. Je me suis dit que j’allais continuer… » 

Son rêve de gosse va se réaliser. Il intègre le club A.O Nivernaise – qu’il n’a jamais quitté –, apprend à courir en s’amusant – le fameux fartlek –  et rapportera bientôt une collection de trophées pour la déco de la brasserie familiale. 

Philippe Rémond, entraîneur complice 

En 2004, une victoire le met en lumière. A Saint-Quentin-en-Yvelines, il devient champion de France junior de cross-country, au sprint, devant un certain Mahedine Mekissi, futur médaillé olympique. 

Suivent des sélections en équipe de France, des titres en inter-régionaux, et deux rencontres décisives. Tout d’abord Régis Dumange, PDG de la marque Textilot « Plus » implantée à Nevers, deviendra le fidèle partenaire de sa carrière mais aussi son « catalyseur ». Ce partenaire privilégié, lui aussi coureur, lui fera rencontrer son « mentor », Philippe Rémond.

Le champion de France de marathon (1994 et 2001) prend en effet Antoine sous son aile, lui transmet le goût du hors-stade, la passion de la communauté running. Premier Paris-Versailles à 21 ans. Bientôt, un premier marathon. Ce sera le plus festif du calendrier, le Médoc, où Philippe Rémond fait figure de « patron ». L’esprit de Pauillac enthousiasme le jeune bourguignon, ouvertement épicurien.

En 2012, Antoine termine ainsi ce premier 42 km  – le plus long du monde – en 4e position. L’année suivante, il en prend la 2e place, une minute seulement derrière Thierry Guibault. En 2016, il termine 7e des Championnats de France à Tours en 2h28’, son record. 

En parallèle, il continue de s’exprimer en cross-country l’hiver – sa discipline fétiche – et sur 3 000 m steeple l’été. Mais une faiblesse aux tendons d’Achille l’empêche de développer davantage son potentiel sur ces distances après 2010.  

Antoine de Wilde a gagné 4 fois les Foulées du Mois.
Antoine de Wilde a gagné 4 fois les Foulées du Gois.


Antoine de Wilde, roi du Gois 

Compétiteur et joueur, il s’essaie alors à tout. Quelques trails victorieux comme l’EcoTrail Paris ou la SaintéSprint puis une passion avec les Foulées du Gois. Sur la chaussée submersible qui sépare l’île de Noirmoutier du continent, 30 athlètes internationaux courent chaque été contre la marée montante. Le Nivernais fait des merveilles avec sa foulée ample, toute en puissance et sa science de la course. Il a déjà gagné le Gois quatre fois, en route vers le record du Belge Frédéric Desmet. 

Puissance, vitesse, mais aussi endurance. Les efforts très longs, il y a aussi goûté en participant deux fois à La France en Courant, relais de 2 800 kilomètres à travers l’Hexagone. « J’ai souffert comme jamais, mais c’était magique. J’ai découvert mon pays autrement, des paysages magnifiques, dormi à la belle étoile et campé en tente, une première pour moi », raconte le coureur, capitaine de son équipe, des sportifs de la Nièvre, son fief.  

Les conditions spartiates de ce défi collectif lui rappellent un autre voyage initiatique. En 2008, à 23 ans, il avait passé six mois en Ethiopie. Un de ces voyages qui change un homme : « J’avais rencontré la famille de Bekele, découvert la culture, un mode de vie très simple. Durant ce voyage, j’ai pris une claque. Cela a été un tournant dans ma carrière d’athlète mais aussi d’homme. Je suis rentré changé. Dans la foulée, j’ai d’ailleurs battu mes records sur 800 m et 10 km. », se souvient-t-il.

Départ sur le circuit de Magny Cours, pour le Nevers Marathon.
Départ sur le circuit de Magny Cours, pour le Nevers Marathon.

Coach et organisateur passionné

Lorsqu’il ne s’entraîne pas, il motive les autres. « Le sentiment de liberté que procure le running est énorme. Juste une paire de baskets et on fait des merveilles ! », s’enthousiasme le champion, qui a vu autour de lui quantité de gens métamorphosés grâce à la course à pied. 

En 2012, marqué par le cancer du sein de sa maman, il crée La Bottine de Nevers, course féminine solidaire de cette cause. Le succès l’invite à décliner l’épreuve dans d’autres villes de la Nièvre, et à organiser en parallèle un trail urbain, La Moustache, solidaire de la lutte contre le cancer de la prostate. 

Avec son association I Feel Run, il fait courir 5 000 Nivernais autour d’entraînements gratuits proposés chaque semaine à Nevers, Decize, Cosne-sur-Loire et Beaune. Des rendez-vous sur les bords de Loire qu’il manque rarement. Via sa société La French Run, Antoine De Wilde coache également des entreprises comme des particuliers et multiplie ainsi les rencontres enrichissantes. 

Côté organisation, son dernier « bébé », c’est le Nevers Marathon by Plus. La prochaine édition est prévue le 26 novembre 2022 avec départ sur le circuit de Formule 1 de Magny Cours, passage en long du Canal latéral de la Loire et final dans Nevers. 

« Organiser un marathon pour mettre en valeur mon territoire, c’est un honneur », commente l’organisateur. « 42.195 km, c’est mythique. C’est dur, c’est ingrat. Je suis autant interpellé par la performance ahurissante de Kipchoge en moins de 2h, que par le coureur de 100 kilos qui termine en 6h30.  On peut sortir de prison, être médecin, chômeur, champion du monde, qu’importe. On prend tous le même départ, pour courir la même distance, avec la même envie : finir comme on peut ! Tous égaux. Il n’y a que le running qui permet ça et c’est énorme ! », rappelle ce champion. 

La French Run, des vêtements made in France 

Et ce touche-à-tout passionné ne s’arrête pas là. L’an dernier, en pleine pandémie, Antoine a crée La French Run, nouvelle marque française de textile running et lifestyle fabriquée en France. On peut commander ces vêtements éthiques sur la boutique en ligne, ou bien profiter des conseils de son équipe, dans le concept store de Nevers. Depuis l’été dernier, une deuxième magasin La French Run s’est installé à Paris, dans le 16e arrondissement. Le début d’une nouvelle aventure…

Avec toutes ses casquettes, Antoine De Wilde court donc littéralement partout. Mais il trouve toujours le temps de s’entraîner ! Cette année, il espère défendre son titre sur les Foulées du Gois et compte s’attaquer au Marathon du Mont-Blanc. 



Chantal Haton, athlète de 72 ans originaire de Cumières, dans la Marne, a bouclé son 60ème et dernier marathon. Après un parcours fantastique en ultra, entre 1992 et 2010.  

Chantal Haton, 60 marathons au compteur
Chantal Haton, 72 ans, 60 marathons au compteur et plus de 180 000 km parcourus. ©Elizabeth Fraissenon

Le 28 novembre dernier, Chantal Haton a bouclé son 60ème et dernier marathon. Cette Marnaise de 72 ans a tiré sa révérence. Piazza del Duomo sur le marathon de Florence (Italie), site classé au patrimoine mondial de l’humanité. « Les sept derniers kilomètres dans les ruelles du centre-ville de ce berceau de la Renaisssance resteront inoubliables. Il y avait beaucoup de monde, d’encouragements et de joyaux architecturaux ». La Cumariote a ainsi bouclé ce marathon toscan en 5h08. « Je m’étais dit que j’arrêterais les épreuves de 42,195 km si je ne parvenais plus à les courir en moins de 5 heures. Je suis arrivée à ma limite. C’était déjà le cas sur le précédent, à Paris (5h03). Mais j’avais eu le bonheur de le disputer avec ma petite-fille, Laura Beaulieu, qui effectuait ses débuts sur la distance ». 

750 courses depuis 1984

Chantal Haton continuera de s’engager sur 10 km et semis. Mais sa vie de marathonienne est derrière elle. « Cela représente 60 marathons, 22 100 km, 7 compétitions de six heures, 5 épreuves de 24 heures et 110 trails longs bouclés en 37 ans ». Ses statistiques sont tenues par son mari Francis, alias Doudou, ancien footeux qui pratiqua le running dix ans avant d’être l’accompagnateur fidèle. Depuis ses premières foulées en 1984, elle a parcouru 180 000 kilomètres, participé à 750 courses et décroché 550 podiums. Impressionnant ! 

« Pourtant, je n’ai commencé à courir qu’à 37 ans. A la suite d’une rencontre chez mon coiffeur. Auparavant, ma vie de couple, mes deux enfants (Carole et Franck) et mon travail dans une usine de fabrication de bouchons laissaient peu de place au loisir. C’était une autre course… », raconte-t-elle. « Après des débuts pour arrêter de fumer, j’ai obtenu de bons résultats sur les courses locales. Puis j’ai rejoint le Jogging Club d’Épernay. Christian Lhotte m’a initiée au marathon et aux ultras ». Chantal boucle ainsi son premier marathon à Paris en 1990 (en 3h27). Bientôt son premier 50 km en Auxerre en 1991. Puis son premier 100 km à Amiens en 1992 (en 9h34). 

Victoires et aventures

Son plaisir de s’entraîner à l’ombre des chênes de la montagne de Reims, le long du canal de la Marne, en lisière des vignes de Cumières lui insufflent un sentiment de liberté. Et l’aident à progresser. Ses records : 3h14 sur marathon, 8h24 sur 100 km et 194 km sur 24 heures. Un cocktail parfait de recherches de chronos et d’aventures a favorisé sa belle longévité. « Le plaisir de partir avec des copains marathoniens sur de grandes épreuves a entretenu la flamme ». En effet, Chantal Haton a été lauréate des 100 km de Rimaucourt (1996), Migennes (1997) et Cléder (1999). Mais aussi des 24 heures d’Éppeville (de 1998 à 2000) et de Monaco (2002), du Grand Raid 56 (2005) et des éditions 2004 et 2006 de l’Olympian Race (le 186 km Neméa-Olympie, en Grèce). 

10 pays en 10 ans pour Chantal Haton

Ses plus grandes fiertés ? Le Grand Raid de La Réunion, avec une 24e en 1997. Et bien sûr le Spartathlon (2000) terminé en 7e position. Première féminine de plus de 50 ans à boucler ce 245 km entre Athènes et Sparte. Ses titres de championne de France (en vétéran 3, en 2010) et de vice-championne du monde (en V2, en 2008) sur 100 kilomètres sont aussi chers à son coeur. « À partir de 2011, j’ai privilégié le marathon à la suite de deux talonnades et pour voyager avec mon mari. J’ai effectué des marathons dans dix pays avec Elizabeth Fraissenon, la directrice de l’agence Sportifs à bord. Cette amie de longue date nous a menés entre autres sur les marathons d’Istanbul, La Havane, Washington, Riga, Athènes, Porto, Cap Town, Prague, Valence et Florence où j’ai presque toujours décroché un podium dans ma catégorie ». Un sacré baroud d’honneur. 



Fuerteventura, l’une des îles des Canaries a tout pour plaire aux sportifs. On peut courir, randonner, nager, surfer, rouler à 3h30 de vol de la France. Carnet de voyages.

Fuerteventura, un spot trail/running
On peut partir courir directement depuis l’hôtel Play Itas Resort.


Cap sur Fuerteventura, la grisaille hivernale attendra. 3h30 d’avion et nous voilà sur cette île des Canaries. Une petite semaine façon parenthèse enchantée pour se la couler douce en plein hiver. Nous sommes à Las Playitas. Niché entre mer et montagne, ce village de marins est ultra-typique. Au coeur de cette petite pépite, un complexe hôtelier à taille humaine, le Play Itas Resort. Une aubaine pour des vacances sportives ! C’est d’ailleurs ici que se conclut le Half Marathon des sables, la Bestial race et de nombreux triathlons internationaux.

Un complexe pensé pour le sportif

L’hôtel est divisé en deux parties. Des « apparts-hôtel » et un hôtel qui se rejoignent autour d’une piscine olympique. Par ailleurs, plusieurs autres piscines de loisirs sont accessibles. Des villas indépendantes possèdent même des piscines privées. Tennis, golf, paddle, salle de crossFit, de fitness-muscu, de yoga… voilà pour les équipements sportifs.

Mais le plus intéressant ici, c’est bien de profiter du décor alentour. D’un côté, la mer et une belle plage de sable fin noir à portée de pas. De l’autre, la montagne, invitant à la grimpette.

Pour explorer ce petit paradis, plusieurs options. Côté mer, des stages de surf et de voile sont proposés par l’hôtel. Côté terre, on peut s’échapper à vélos ou VTT sur des circuits guidés de 40 ou 60 km. Mais le plus fun, c’est d’y aller directement en courant depuis sa chambre.

D’ailleurs les chemins tracés visibles depuis cet hôtel de Fuerteventura sont une invitation permanente à chausser sa paire de trail. Vous êtes plutôt course sur route ? Pas de souci. Un remblai tout plat de 2 km rejoignant le village de Las Playitas permet de faire son fractionné. Une piste cyclable de 8 km est également accessible pour dérouler les jambes sur « du dur » bien lisse en montées et en descentes. Oui, le coin ne manque pas de relief..

Fuerteventura, un paradis pour courir !
Entre mer et montagne…

Fuerteventura, le plein d’aventures !

Toujours sur la route, au départ de l’hôtel, un circuit de 7 km tout en montée rejoint un phare. Au sommet, une vue qui coupe le souffle mais pas le vent, toujours bien présent sur cette île de Fuerteventura…

Ce phare, l’hôtel Play itas Resort en a d’ailleurs fait son rituel de course. Chaque vendredi, une Light House Race est organisée. 13,6 km en aller-retour avec ravitaillement en haut au phare : juste magique et gratuit. Mieux : une triathlète professionnelle allemande (Antoinette) est là chaque semaine pour faire découvrir les alentours au pas de course. Social run de 6 km, cours dédié à la technique de course, travail de proprioception, lainage, fractionné… Un vrai petit stage de course à pied !

D’ailleurs, cet hôtel de Fuerteventura propose un système de « guest instructor », comprenez des « spécialistes invités ». Sonjya, coureuse aux multiples performances (sur marathon notamment) a ainsi passé  une semaine entière dédiée à la course à pied aux services des vacanciers. Elle a organisé des sorties longues, du fractionné, du travail spécifique mais aussi des ateliers pour faire chauffer les cuisses et monter le cardio.

Alors, si vous préparez une course, un trail, un ultra, un triathlon, dans la chaleur ou la fraicheur (dans certaines zones dans l’ile, notamment au Pico de la Zarza, il fait frais et l’on court souvent dans les nuages), alors Fuerteventura vous tend les bras !



Après des années noires et quelques déboires, Ben Violot, ancien obèse alcoolique s’est relevé grâce à la course à pied. Désormais, il poursuit ses rêves d’ultra-trailer. Signe particulier : il va nu-pieds, et court en sandales sur les sentiers.

Ben Violot court les ultra-trails en sandales.
Ben Violot court les ultra-trails en sandales.

Surpoids, alcool, tabac, dépression… A 25 ans la vie de Ben Violot va à vau-l’eau. « Je débordais de partout. Je pesais plus de 110 kilos pour 1,85m. Je fumais comme un pompier et je picolais tous les soirs. Bref, je n’étais pas certain pouvoir atteindre les 50 ans, sachant que c’est l’âge auquel mon père, que j’ai perdu à l’adolescence, a fait son deuxième infarctus. »

Un jour, un sursaut : « J’ai commencé à courir en 2010, pour me remettre en forme. J’étais capable de marcher des heures un sac sur le dos, je me suis dit que j’arriverai bien à courir quelques kilomètres. En réalité, ce n’était pas la joie, je faisais 3 kilomètres, au plus, dans les allées du Bois de Boulogne. J’avais d’emblée mal aux genoux. Malgré tout, j’ai persisté, car ses deux ou trois sorties par semaine me faisaient du bien », raconte ce Canadien résidant en France. 

La course comme thérapie

« Petit à petit, j’ai arrêté l’alcool. Pour la clope cela a été plus compliqué, mais j’ai fini par lâcher. Côté alimentation, je me suis sevré du sucre. J’en consomme très peu aujourd’hui, même en course, je carbure plutôt aux œufs durs », explique ce chef d’entreprise.  

En 2017, à Paris, il termine son premier marathon en 4h30. Sans transition, il enchaîne avec la Jungfrau, un marathon suisse bien plus costaud (2700mD+ par les sentiers). Nouveau déclic : c’est la montagne qui le fait vibrer. Le trail sera sa nouvelle marotte. SaintéLyon en 2017, Ultra Sud Tyrol Ultra Sky Race (127 km et 7500mD+) en 2018… Le voilà alors lancé sur les sentiers. 

Des lectures accompagnent sa petite révolution. En fil rouge, une envie de « reconnexion à la nature ». Il s’intéresse à l’approche de l’Américain Daniel Libermann, qui prône le retour à la course pieds nus, tout comme Christopher Mac Dougall, dans le best-seller Born to Run.

Ben Violot court les ultras-trails en sandales.
En sandales, même sur les sentiers les plus techniques.

Courir en sandales, une quête minimaliste 

« En magasin, on me proposait des chaussures toujours plus amorties. A chaque fois, je me faisais plus mal. J’ai eu des périostites à répétition. Je me suis dit que le problème, c’était mes chaussures. Je suis passé aux paires minimalistes Merrell, Altra, ou encore Topo Athletic, mais je les craquais sur l’avant, façon sandwich, car j’ai le pied très large. C’est un peu comme cela que j’en suis venu essayer les sandales, dont parle l’auteur dans Born to Run »

L’intérêt d’aller ainsi, quasiment nu-pieds ? Les arguments ne manquent pas. « Une sandale est bien plus solide qu’une paire en mousse EVA qui se déforme rapidement. Il m’est arrivé de faire plus de 1 000 bornes avec une paire. Il n’y a pas d’amorti, donc pas confort, c’est sûr, mais la lecture du terrain est nettement meilleure. On développe son équilibre, ses réflexes. » N’est-ce pas périlleux, sur les sentiers empierrés ? « Au contraire, on peut difficilement se tordre la cheville, comme on est très proche du sol », témoigne le coureur. Autre avantage : la personnalisation, bien plus facile.

S’il ne se « borne » pas à courir en sandales, Ben reconnait que c’est ce qui lui convient le mieux, hiver comme été. Une question de sensations. Il a ainsi terminé l’Endurance Trail des Templiers avec une paire de Panta Sandals, sa marque fétiche, aux pieds. 

Partager autour d’un podcast 

En avril, il retournera sur le 100 miles Istria. Après deux abandons et quelques déconvenues, le franco-canadien fin prêt et bien équipé, tentera de battre le record réalisé en sandales (30h47’) sur cet ultra croate. Cet objectif lui a permis de rester motivé pendant les confinements. Ben a  profité de cette période difficile pour lancer un podcast, le Serment d’hypocrite. Ses invités y parlent santé, bien-être et nutrition. De fil en aiguille, il est ainsi devenu ambassadeur pour La Clinique du Coureur, ainsi que pour une marque lilloise de nutrition sportive sans glucides, Holyfat.

Il s’est aussi lancé comme coach santé, faisant profiter de sa petite expérience à des sportifs en quête de nouveaux défis. Bref, le Ben runner d’aujourd’hui, pleinement épanoui, ne demande qu’à partager sa philosophie de vie.