Emmanuel Meyssat, tout juste 40 ans cumule déjà plus de 20 ans de trail. Deux décennies que le champion lyonnais dévale les sentiers avec succès, en jonglant entre boulot et vie de famille. Un juste équilibre qui tient de l’harmonie. Rencontre. 


En bref.
40 ans, moniteur d’auto-école, père de deux enfants, habite Larajasse (69) a remporté cinq titres nationaux en trail, course en montagne et kilomètre vertical. Team Hoka et ambassadeur Gorilla TribeSes dernières performances : 1e de l’EcoTrail Paris 2018 en 6h, 6e au dernier championnat du monde de trail 2019 (44 km) en 3h43, 2e sur la SaintéLyon 2019 en 6h02’. 

Comment as-tu débuté ? 

©DR

« J’ai commencé par le cross, en catégorie minimes, en faisant des courses de quartiers sur 4 ou 5 km. Rapidement, je me suis rendu compte que j’avais davantage de qualités sur les parcours accidentés que sur le plat. Cela m’a attiré. En 1998, un championnat de France de course de montagne s’est déroulé à 20 km de chez moi. Deux athlètes de mon club sélectionnés m’ont mis le pied à l’étrier. L’année suivante, en junior 2, mieux préparé, j’ai gagné ma sélection. J’ai fini 4e Français et ils en prenaient 4 ! Cette première victoire fut un point de non retour. Je me suis mis à m’entrainer plus pour être performant dans cette discipline. En parallèle, j’ai découvert le trail qui naissait alors. Depuis, cette discipline cousine de la course en montagne n’a cessé de se développer. »

Quel regard portes-tu sur ta « carrière » et le chemin parcouru… 

 « Cela n’est pas vraiment une carrière car j’ai toujours bossé à côté à temps complet comme moniteur d’auto-école. J’ai toujours mis le sport en avant, mais jamais de manière professionnelle. C’est disons pour moi un « loisir ++ ». Bien sûr, je suis fier d’en d’être arrivé là. En minimisant l’entraînement par rapport à certains membres de l’équipe de France, j’arrive quand même à faire des résultats intéressants, tout en gardant un juste équilibre entre vie professionnelle, familiale et entraînement. »

La passion est intacte depuis tout ce temps ? 

« Oui, je me fais toujours plaisir et j’arrive à progresser. Adapter mon alimentation pour privilégier la filière lipidique à la filière glucidique m’a par exemple permis d’être plus économe et d’aller sur des efforts plus longs depuis 4 ans. J’ai réussi à passer des caps. On apprend encore après vingt ans de pratique ! Et développer ses qualités, cela donne envie de continuer ! »

©Peignée Verticale

Quels grands souvenirs dans le rétroviseur ? 

« Mon souvenir le plus marquant, c’est ma première sélection en équipe de France de course de montagne en 1999 en junior. Y’en a eu 20 autres derrière mais cette première à 19 ans, le maillot bleu-blanc-rouge sur le dos, c’était comme un rêve. Ma victoire sur le SaintéLyon en 2016 fut un cap aussi. Et bien sûr, il y a eu les championnats du monde de trail l’an dernier au Portugal. C’était ma première sélection sur un format type marathon qui me correspondait. J’ai fait une belle performance individuelle et nous avons gagné le titre par équipe. »

Ton terrain de jeu, ce sont les Monts du Lyonnais. La SaintéLyon, c’est ta course phare ? 

« C’est en tout cas la course où je me suis le plus acharné. J’y ai participé une bonne dizaine de fois dont 5 ou 6 en solo. L’épreuve me tient à cœur car j’habite dans la région depuis toujours. Je l’ai tenté en 2010 sans la terminer. J’ai longtemps buté dessus car je n’étais pas prêt. Ma première victoire en 2016 a été un aboutissement. »

En temps normal, une semaine type d’entraînement cela donne quoi ?  

« D’habitude, entre 8 et 12 h par semaine en six entraînements. Pendant le confinement, j’ai tourné à 5 ou 6 h, en alternant footing et home trainer. Ma femme travaillait, je gardais mes deux filles, m’entraîner davantage, c’était compliqué. »

Comment vis-tu le fait de ne pas avoir d’objectif en vue ? 

« Je ne vais pas le cacher, j’aime les dossards. Je fais d’habitude une vingtaine de compétitions par an, c’est une source de motivation pour moi. J’aime bien mesurer le bénéfice de l’entraînement sur des compétitions. J’avais prévu les 80km de l’EcoTrail, reporté début octobre, puis la 6000D annulée ainsi que deux courses du TTN court. J’envisageais une sélection en équipe de France mais je ne sais pas si les championnats du monde auront lieu en novembre. Pour l’instant tout est en pointillé… »

©DR

Entre le trail « court » et le « long », une préférence ? 

« J’aime tout, du cross de 15 minutes au trail de 80 km.  Les longues distances, je préfère les courir que les préparer. Les sorties de plus 3h, cela ne me botte pas trop, en revanche, j’adore la stratégie du jour J. La gestion de l’allure, la gestion des ravitaillements, le fait de bien connaître son corps. A la base, je suis plutôt un coureur de court. Je suis longtemps resté sur des courses de 2 ou 3h. Au-delà, cela ne passait pas car mon organisme était habitué aux efforts courts, utilisant la filière glucidique. J’ai adapté mon alimentation pour développer la filière lipidique, cela m’a aidé pour allonger la durée des efforts à 5 ou 6 heures. »

Et l’ultra au-delà de 80 km ? 

« C’est moins ma tasse de thé. J’aime bien quand ça court, assez vite encore. Je suis issu de la culture athlé. Je me cantonne à 70-80 km, c’est un peu ma limite. Je ne dis pas que je ne serai pas capable de faire plus, mais je n’ai pas forcément envie de le préparer. A l’entraînement, un gros ultra type UTMB, c’est chronophage, énergivore, potentiellement source de blessures sur le plan articulaire et tendineux. Quitte à passer 25h ou plus en montagne, je préfèrerai le faire mode rando-bivouac. »

Côté « matos », quels sont tes derniers coups de cœur ?


« D’une manière générale, je privilégie les marques françaises. Hoka, qui m’équipe depuis 4 ans, appartient désormais à un groupe international mais garde un bureau d’innovation à Annecy. Plus récemment, j’ai découvert les lacets en silicone Gorilla, une nouvelle marque implantée à 15 km de chez moi. J’ai le pied fin et je serrais trop fort mes lacets. Du coup, je ressentais des fourmillements, une perte de sensibilité aux orteils. Je n’ai plus ce souci avec ces nouveaux lacets qui s’adaptent aux pieds sans points de pression. C’est ce qu’il me fallait ! » 



Désormais 80 000 utilisateurs pour l’application de coaching RunMotion Coach. La start-up s’appuie sur l’expertise de ses fondateurs, Romain et Guillaume Adam, frères jumeaux de 30 ans et athlètes de haut niveau. Rencontre. 

Vous courez depuis combien de temps ?

Nous courons depuis plus de 20 ans, en ayant commencé par les cross scolaires et des courses locales en Haute-Savoie. Nous avons fait beaucoup de piste, en progressant régulièrement. Nous adorions les sensations de vitesse sur 800m, 1000m ou 1500m. Petit à petit, nous avons franchi les étapes grâce à un entrainement progressif. Guillaume a accumulé 25 médailles en Championnats de France, notamment le titre Elite sur 3000m en salle, et porté le maillot de l’Equipe de France aux Jeux de la Francophonie en 2013.


Quels sont vos records en course à pied ? 

Guillaume a couru le 800m en 1’49, le 1500m en 3’38, le 10km en 29’31 et le marathon en 2h26. Romain a couru le 800m en 1’51, le 10km en 31’32 et le marathon en 2h38. Après avoir fait beaucoup de piste, nous sommes de plus en plus sur le long : marathon et trail.

©AntoineDecottigniesPourStadionActu

Nous pouvons donc par exemple grâce au résultat d’un coureur sur 10km et semi-marathon, estimer son chrono sur marathon de manière précise. C’est utile pour voir quel chrono il peut viser mais aussi pour déterminer des allures très précises d’entrainement.

Quel est votre plus beau souvenir de coureur ? 

Pour tous les deux, notre premier marathon, celui de Lausanne en 2018. On passe par tellement de moments et d’émotions sur marathon ! Guillaume a couru 30km dans le groupe de tête de 5 coureurs et accéléré un peu tôt. Les 10 derniers kilomètres ont été très durs, il a ressenti les effets du mur du marathon ! Guillaume termine 4e en 2h28. Romain le rejoint en franchissant la ligne en 2h38. On fait toujours le maximum pour être prêt à l’entrainement, mais il y a toujours un part d’incertitude sur marathon qui rend cette distance mythique. Nous avons aussi beaucoup aimé le marathon de New York en 2019, où Guillaume a terminé 1er français et 45ème au général.

Quels objectifs visez-vous à moyen terme ?

Guillaume aimerait courir un jour en moins de 2h20 au marathon. Cela passera par un volume hebdomadaire plus élevé et le choix d’un parcours plat. Nos premiers marathons ont plus été plus une découverte de la distance qu’une recherche absolue de performance. Romain aimerait approcher les 2h30 et courir des distances longues en trail, notamment l’UTMB, sur un parcours que nous avons déjà goûté en mode randonnée.

Guillaume a co-écrit un projet de recherche analysant la performance en course à pied soutenu par le MIT (Boston) et le CNRS. Quels en sont les enseignements principaux ?

Dans l’étude scientifique, nous avons analysé différents paramètres de la performance grâce à l’analyse de milliers de résultats de coureurs dans le monde. L’enseignement est qu’à partir des résultats de courses, on peut déterminer la VMA et l’endurance d’un coureur. Si la VMA peut être calculée par un test VMA, l’endurance ne peut être calculée que par les résultats de courses.
Nous pouvons donc par exemple grâce au résultat d’un coureur sur 10km et semi-marathon, estimer son chrono sur marathon de manière précise. C’est utile pour voir quel chrono il peut viser mais aussi pour déterminer des allures très précises d’entrainement.

Comment en êtes-vous venus à développer l’application RunMotion Coach ? 

Nous avions de plus en plus d’amis et de collègues qui nous demandaient des conseils pour progresser et prendre du plaisir, sur route et trail. Ils avaient besoin de quelques séances clés et de motivation. Nous avons pensé que nous pourrions créer un service utile au plus grand nombre de coureurs possibles. RunMotion Coach c’est donc un plan d’entrainement sur-mesure et un coach virtuel avec qui on interagit pour des conseils et de la motivation.

Via Run Motion Coach, le débutant comme le sportif confirmé peut trouver de conseils et plans d’entraînement adaptés à son niveau. Comment ce coaching « sur-mesure » est-il possible ?

Guillaume, grâce à son expertise informatique et de coaching a développé des algorithmes permettant d’adapter les plans d’entrainements au regard de l’expérience du coureur, de ses objectifs et de son emploi du temps qui peut varier chaque semaine.Le plan d’entrainement est constitué de séances pour améliorer sa vitesse, son endurance, ses allures spécifiques, avec un rétroplanning lui permettant d’être prêt le jour J tant sur la distance que sur l’allure.

Quels sont les avantages de cette application en terme de coaching par rapport aux autres ? 

Beaucoup d’applications font du tracking d’activité, pour mesurer un parcours réalisé. Par contre, elles ne nous indiquent pas quels entrainements faire pour être prêt pour mon premier marathon ou améliorer mon chrono sur 10km. Notre expérience est justement ce coaching. Lors du dernier marathon de Paris, les coureurs préparaient des chronos entre 5h15 et 2h29. On peut très bien utiliser RunMotion Coach pour progresser et un jour rejoindre un club si l’on a envie d’aller chercher le dernier pour cent de progression.

On peut sur l’application choisir la personnalité de son coach, positif, autoritaire ou philosophe. Dans les faits, la majorité des utilisateurs utilisent lequel ? 

Pour nous, la psychologie du coureur c’est très important. C’est pourquoi le coureur peut choisir le tempérament de son coach virtuel. Certains changent en cours d’année. Environ la moitié utilise le coach positif (Joy), un tiers le coach autoritaire (Philippe) et 20% le coach philosophe (Socrate).


80 000 coureurs utilisent votre application. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Un peu comme en running, nous prenons les étapes une à une, en construisant des bases solides. En démarrant, nous n’avions aucune idée du nombre de personnes qui utiliseraient l’application. Désormais, nous sommes orientés vers l’objectif d’être le premier coach digital en running à l’horizon de 2024 et des JO de Paris. Cela passe par un développement imminent en Grande Bretagne (appli déjà traduite en anglais) et Espagne.

Envisagez-vous de prochaines évolutions sur l’application ?

L’application est désormais synchronisée avec Strava et les montres GPS Garmin, Suunto et Polar pour analyser les sorties du coureur. Nous allons permettre aux coureurs de charger leur séance sur leur montre pour leur faire gagner du temps. Nous allons aussi proposer aux coureurs d’inscrire leurs entrainements de la semaine automatiquement dans leur emploi du temps.


Quels conseils donner aux coureurs qui manquent d’objectifs ces temps-ci, sans dossard en vue avant la rentrée ?

Nous leur conseillons de se fixer des objectifs qui leur donne envie et ont du sens pour eux. Si je veux travailler ma vitesse, je peux planifier un 5km ou un 10km OFF dans 8 semaines. Je peux tenter de courir 1h15 si je n’ai jamais couru plus de 1h. Ou courir mon propre trail près de chez moi et me préparer pour. En tout cas, on reprend progressivement et on construit les bases d’une réussite future à l’automne ou en 2021. En arrivant hyper motivé, et avec un entrainement varié d’ici là, nombreux seront ceux qui battront leur record personnel !



« Ne pas passer pour un fou devant ses voisins ».  Pas évident lorsqu’on tourne en rond dans son jardin… Ou plutôt quand on court en R, en E ou en W ! Ce n’est pas ce qui a empêché ces 59 coureurs de Clisson (44) de relever le défi « Alphabétathlon » lancé par leur club d’athlétisme : courir au même moment mais chacun chez soi en formant une lettre et reconstituer une phrase grâce au tracé GPS de chaque lettre. Une belle initiative qui permet de courir à nouveau « ensemble ».

Article rédigé par Elodie Kergresse

Ecrire une lettre en courant dans son jardin

Lettre G pour Bernard David, président de la section Etoile de Clisson du RCN.

A 10 heures précises, le 3 mai dernier, et ce pour le troisième dimanche consécutif, des coureurs loisirs ont répondu à l’initiative proposée par le Président de la section Etoile de Clisson du Racing Club Nantais. Le principe est simple : chaque participant se voit attribuer une lettre et doit courir sur un parcours représentant cette lettre. En courant équipé de sa montre connectée ou d’une application de running sur son smartphone, chaque joggeur obtient très facilement le tracé de sa lettre. Une phrase concoctée par les organisateurs du défi est alors formée grâce à la contribution de chaque coureur.

Ne pas dévier du parcours !

Passage par la fenêtre chez Bernard

A quelques instants du top départ, tout le monde est prêt. Chaque participant poste un selfie pouce en l’air sur le groupe Whatsapp créé pour l’occasion. Confinement oblige, les règles pour réaliser le défi sont simples : courir dans sa maison, son jardin ou sa rue pendant 30 minutes. Le départ est enfin donné !  Chaque coureur s’élance sur sa lettre, seul ou en famille.

A chacun sa technique pour assurer un beau tracé. Certains comprendront en découvrant leur tracé GPS sur la carte qu’il ne faut pas tout miser sur l’intuition… ! Les coureurs ayant anticipé ont placé des marqueurs pour se repérer sur le parcours : chaises de jardin et jouets des enfants ont été réquisitionnés. D’autres encore ont été inventifs et n’ont pas hésité à passer à travers leur fenêtre pour respecter le parcours de leur lettre.

Tous finishers 

Le résultat est là : une phrase colorée à la construction plus qu’originale grâce à l’enthousiasme et la contribution de chaque participant. Ces runners, et pas seulement du Dimanche, ont l’habitude de se retrouver plusieurs fois par semaine pour s’entrainer ensemble. Cette belle initiative leur permet de partager à nouveau le plaisir de courir collectivement et dans la convivialité… en attendant de retrouver les sentiers de leur région ! 



Depuis huit ans, Pascal Regnerie revit. Il a perdu 26 kilos, court tous les jours, enchaîne les compétitions et cumule les victoires. Cet ancien sédentaire s’est découvert compétiteur, mais reste surtout et avant tout, un bel amateur. Nous repartageons ici sa rencontre, pour un ancien numéro de Running Attitude.

Pascal Regnerie, 46 ans, jeune retraité de l’armée, ancien ambassadeur Kalenji. Court depuis 8 ans, membre du Team Provence Endurance. Ses chronos 2018 : 34’32’ sur le 10 km de Nice, 1h16’ sur le semi de Cannes, 2h45 au marathon de Montpellier. Sa page Facebook : www.facebook.com/bambipascal

Révélation en 2011. Pascal Regnerie, 38 ans alors, est informaticien dans l’armée et sédentaire (82 kilos sur la balance). Un jour, par hasard, un dossard ouvre sa nouvelle histoire : « Avec l’armée, on m’a offert un dossard pour Marseille-Cassis. Courir 20 km, monter la Gineste… C’était une montagne pour moi. Je n’avais jamais couru de ma vie  une telle distance!  Je me suis pris au jeu, mis à courir deux à trois fois par semaine. Et ce premier dossard a été une grande découverte. Je n’avais pas dépassé 10 km en 1h à l’entraînement, et j’ai terminé cette course en 1h45’, sans même marcher. Je ne sais pas comment l’expliquer. Le public, l’ambiance, cela m’a boosté », souvient-il. Un beau chrono pour cette première médaille. C’est qu’il a du potentiel : 17km/h au test VMA. Coaché au club 3A d’Allauch, près de Marseille, il poursuit sur sa lancée. Quatre entraînements hebdomadaires, des sorties à jeun, une révision de son alimentation… Bientôt, sa première victoire : vingt six kilos envolés en six mois.L’année 2012 verra ses premiers records : 43’ au 10 km, 1h29’ au semi, et 3h09’ à Nice-Cannes, premier marathon

48 podiums !

Depuis, il a fait du chemin. En atteste son bilan 2018 : 52 courses, 48 podiums, 25 victoires dans sa catégorie, six victoires au scratch. Et des records actualisés : 34’32’’ au 10 km, 1h16’ au semi, 2h45’ au marathon. « J’ai 46 ans mais j’ai l’impression d’avoir un corps de 25 ans. Plus je vieillis et plus je progresse !»,s’enthousiasme-t-il. S’il ne renie pas son côté compétiteur, Pascal cultive d’abord son profil amateur. Au sens propre comme figuré. « Je cours d’abord et toujours pour le plaisir, même en compétition ». Boulimique, il confesse, car ce Provençal court tous les jours. Plutôt deux fois qu’une. « Je ne peux pas commencer ma journée sans sortir courir. Eté comme hiver, je suis dehors chaque matin à 5h30-6h. Je ne m’impose rien. C’est un besoin, une routine. ». 

Le plaisir c’est la clé


Semi et marathon sont ses distances de prédilection mais il pratique aussi le trail. Chez lui, aux portes des collines, il a de quoi faire ! Il a goûté l’ultra (6000 D, 80 km du Mont-Blanc, 100 km Raid de Camargue.), mais préfère les trails de 20 à 50 km. Depuis janvier, il enchaîne d’ailleurs les « courts », avec l’envie d’aller décrocher une victoire sur le challenge du Sud-Est des trails cette année qu’il a remporte en 2017. Ses week-end jusqu’au mois d’août sont déjà calés, avec sa team Provence Endurance, et trois courses qu’il parraine. Ses semaines aussi sont bien rodées. « Je cours huit fois par semaine entre 80 et 100 km. Je fais aussi du vélo, de la marche et de la natation. »… Soit 15 à 20 heures d’entraînement par semaine, et une patate d’enfer pour ce master. Sa potion magique ? Peut-être son petit verre de vin quotidien et ses 2 bières par semaine. Car Pascal ne s’interdit rien. « Il ne faut pas se priver. On est amateur, le plaisir doit primer. C’est la clé. »  Conseiller, motiver, c’est aussi ce qui le fait vibrer. Il partage sa vie de coureur et ses petits bonheurs via Facebook. « Je poste chaque jour une photo, un clin d’œil. Si je peux encourager, c’est super. Je m’y suis mis à 38 ans et j’ai perdu 26 kilos. Il n’est jamais trop tard ! L’important, c’est d’oser ». 

Pascal, avant qu’il ne se mette à courir…


À 63 ans, Jean-Louis Vidal a trouvé sa seconde jeunesse dans les courses d’ultra. Dans cette spécialité, rien ou presque ne lui résiste. Pas même l’effrayante ‘‘Jogle’’.  Nous profitons de la sortie de son livre dédié à cet univers pour repartager ici un portrait paru dans un précédent numéro de Running Attitude.

Portrait réalisé par Julien Bigorne, paru dans Running Attitude 192, en octobre 2018.

A lire. Jean-Louis Vidal vient de publier un livre, « Les courses d’ultra faciles » aux éditions Jacques Flament. Ce livre donne des conseils aux coureurs qui veulent tenter l’aventure de l’ultrafond pour revisiter leur foulée ; comprendre les six principes fondamentaux de la préparation ; établir une stratégie de course. 

« Plus c’est long, plus c’est bon ! » Sur les courses d’ultra, lorsque la plupart des concurrents jettent l’éponge ou commencent à marcher en canard, Jean-Louis Vidal, 62 ans, apparaît frais comme un gardon, dans la position du chasseur d’hommes de tête. En l’espace de huit ans, le résidant de Juziers, dans les Yvelines, a appris à trouver son «régime permanent» (comprenez la bonne allure sans puiser dans ses réserves) pour être capable de réaliser des «negatives splits» sur des épreuves à étapes de trois semaines et plus de 1 000 km. Cette capacité, défiant la logique, lui permet de devancer des rivaux bien plus jeunes. «En 2016, la célèbre TransGaule (1 190 km en 19 jours, de la Manche à la Méditerranée) a été un révélateur. Durant la première semaine, j’ai évolué à 9 km/h. Puis, je suis monté en régime jusqu’aux 11,5 km/h de moyenne. J’ai gagné 5 étapes et terminé 3e au scratch», raconte le sociétaire de l’As Issou. Rebelote en 2017 sur la DeutschlandLauf, la traversée de l’Allemagne sur 1 325 km de la frontière danoise au sommet bavarois du Zugspitze. Au bout de 4 jours de course, le Francilien accuse 6h de retard sur le leader. Mais il ne panique pas. Le ‘‘rouleau compresseur’’ se met alors en marche, ses rivaux plafonnent et il finit 3e

2h28 au marathon

Sa recette ? «Je m’entraîne à allure très modérée tous les jours entre 6 et 30 km, ce qui m’habitue à courir à l’économie», débute-t-il. «À côté de ça, j’ai un profil de coureur rapide. En 1987, j’ai bouclé le marathon de l’Essonne en 2h28, des 5 000 m en 14’30 et participé à l’Hexadrome (le Tour de France en course à pied) dans la même équipe qu’Alex Gonzalez (3 fois sélectionné aux Jo). L’an dernier, j’étais encore capable d’aligner des 500 m à 20 km/h et de finir sur le podium des Championnats de France vétérans en salle (2e en 60-64 ans sur 3 000 m et 3e sur 1 500 m). Ma pointe de vitesse reste l’un de mes atouts», souligne le natif de Paris 14e. Ses performances en ultra fond sont aussi le résultat d’une certaine fraîcheur. 

«Mon physique n’a pas été abîmé par des décennies de compétition. J’ai connu des périodes ‘‘off’’ de 10-15 ans. Au collège, j’ai remporté des cross scolaires qui m’ont donné goût à l’athlé. Puis, j’ai privilégié des études d’ingénieur à Centrale-Supélec. J’ai repris à 25 ans pour me tourner vers le marathon. J’en ai disputé dix entre 1981 et 1995, avant d’arrêter de courir jusqu’en 2009 pour diriger mon entreprise de consultant informatique», rappelle l’athlète, qui découvrit l’ultra en 2010 grâce à Lucien Leroux, un ami spécialiste des 24h. 

Mental d’acier

Son mental d’acier et la connaissance de son corps en ont fait une référence française. Sur Six-Jours d’abord. «En 2016, j’ai terminé 2e de celui de Privas…en m’arrêtant 44 heures mais en finissant très fort (154 km le dernier jour)», précise l’ultraman, qui devint, en avril dernier, le 10e coureur en dix éditions à finir l’effrayante ‘‘Jogle’’. «C’est la traversée de la Grande-Bretagne du nord au sud, de John O’Groats (Jog) au Lands End (le). 1 380 km en deux semaines, à raison de 90 km quotidiens, sous des vents violents, un froid constant et des pluies diluviennes», dévoile Jean-Louis, qui vivra une nouvelle expérience mémorable le 28 septembre. Il sera l’un des 14 Français sur 400 athlètes à participer le Spartathlon, la course de 246 km entre Athènes et Sparte qui suit le chemin de l’illustre Philippidès. Mythique.



En cette période troublée, nous apportons notre soutien aux organisateurs de courses et donnons la parole à trois d’entre eux pour expliquer ce que report et annulation impliquent en coulisses. 

Nos interlocuteurs 

Romain Piau, directeur de course de l’EcoTrail Paris. // Jean-Charles Perrin, fondateur de Run For You, assure l’organisation de l’EcoTrail Paris, du Semi-marathon de Boulogne, de la Corrida de Noël d’Issy-les-Moulineaux, de la Foulée Meudonnaise, du Trail des Hobbits, la Vanvéenne, la Course-Eiffage du Viaduc de Millau //  Sylvain Aupetit, responsable des évènements Grand Paris Sud, organisateur du Marathon de Sénart.

L’annulation, vous l’aviez déjà vécue sur le semi de Boulogne-Billancourt en 2015, un tout autre contexte… 

Jean-Charles Perrin : « Oui et je peux dire qu’annuler une course, c’est le pire scénario. Pour le coureur qui s’est préparé, comme pour l’organisateur qui a bossé pendant une année sans aucune satisfaction à l’arrivée. Son bonheur, c’est d’organiser, de voir les gens se dépasser. A Boulogne en novembre 2015, le contexte était très particulier. Les attentats de Paris s’étaient produits alors que nous avions ouvert le village de retrait des dossards pour la course qui devait avoir lieu le dimanche. Nous avons gelé toutes les dépenses possibles en dernière minute, comme le chronométrage par exemple. Au final, plutôt que de rembourser à peine 5 € à chaque inscrit, nous avons préféré proposer l’équivalent de 10 € de remise, soit 30% sur le dossard de l’année suivante avec une priorité d’inscription pour l’édition de 2016. Cette mesure avait été bien perçue mais dans le cas particulier de Boulogne, nous n’avions pas eu d’autre choix que d’annuler. Aujourd’hui, face au coronavirus, le contexte est différent. Le report est une alternative, la meilleure option pour le coureur. »

Suite aux annulations et reports récents, certains coureurs réclament le remboursement de leur dossard. Mission impossible pour les « grosses courses » ?  

Jean-Charles Perrin : « A une semaine de la tenue d’une course, quelle que soit son ampleur et la structure qui la gère, associative ou professionnelle, entre 80 et 90 % du budget est dépensé. Cela concerne tous les coûts de production, l’achat de matériel, des denrées alimentaires, la rémunération de différents prestataires et fournisseurs. A cela s’ajoute, pour les évènements de plus grande ampleur gérés par des structures professionnalisées comme Run For You ou ASO par exemple, un coût humain. Notre modèle repose sur des hommes, des salariés qui travaillent pour les événements. L’EcoTrail par exemple, c’est une quinzaine de personnes qui travaillent toute l’année, ainsi que des prestataires extérieurs (société de production d’images, une agence de communication, etc.). Ces coûts nous les supportons sur une année complète si bien que lorsque le coureur prend son dossard, des sommes sont déjà engagées. »

Le report d’une course, en l’occurence l’EcoTrail, qu’est-ce-que cela implique côté organisation ? 

©Rémi Photo. L’organisation de l’EcoTrail, reporté au 3 octobre, a annoncé la mise en place d’une plateforme de revente de dossards.


Romain Piau : « Nous repartons de zéro. L’équipe de l’EcoTrail va devoir refaire le job, recréer l’événement en sept mois seulement, tout en gérant les évènements déjà planifiés en automne chez Run For You. Il va par exemple falloir vérifier tous les certificats médicaux pour s’assurer de leur validité le 3 octobre et dans le cas contraire, recontacter un à un les coureurs. Nous allons aussi remonter tous les dossiers techniques, afin de les présenter à nouveau à nos interlocuteurs pour obtenir les autorisations nécessaires. Sur l’EcoTrail Paris, qui concerne plusieurs départements, territoires et communes, nous avons une cinquantaine d’interlocuteurs clés et plus de 300 concernés. La Tour Eiffel, les ports de Paris, l’ONF, la préfecture, les communes traversées, le château de Versailles, le Domaine de Saint-Cloud, l’Observatoire de Meudon… sans oublier tout le travail avec faire avec nos partenaires avec qui il va falloir aussi reconstruire le schéma de leur partenariat. C’est du boulot. Cela revient presque à organiser un deuxième événement pour le prix d’un. Heureusement, la bienveillance de nos coureurs, de nos partenaires nous donne de l’énergie pour tout recommencer. »

Quels sont les impacts financiers ? 

Romain Piau : « Pour l’EcoTrail Paris, on estime un surcoût de l’ordre de 20 000 à 40 000 euros, c’est-à-dire entre 5 et 10% de notre budget. Ce surcoût, le coureur ne le verra pas et ne le payera pas. Nous allons bien sûr pouvoir réutiliser médailles, dossards, t-shirts, mais nous allons aussi avoir de nouvelles dépenses, ne serait-ce que pour stocker tout ce matériel jusqu’au 3 octobre. Nous avions par exemple déjà payé les hôtels pour les coureurs élites invités, mais aussi l’équipe vidéo et le PC course, qui commençaient à s’installer pour la Verticale de la Tour Eiffel qui devait avoir lieu 4 jours plus tard. Nous payerons à nouveau ces prestataires en octobre. »

© Grand Paris Sud. Le Marathon de Sénart, prévu le 1er mai, a été annulé dès le 10 mars. Un choix de l’organisation, la communauté d’agglomération Grand Paris Sud, qui explique qu’elle sera en mesure de rembourser totalement les inscrits.

Le marathon de Sénart, prévu le 1er mai et annulé sera en capacité de rembourser intégralement ses inscrits. Comment est-ce possible ? 

 Sylvain Aupetit « Le 10 mars, dans le contexte sanitaire que tout le monde connait, la communauté d’agglomération Grand Paris Sud, a pris la décision, en responsabilités, d’aller au-delà des directives gouvernementales et d’annuler l’édition 2020 du marathon de Sénart. Suite à cette décision, un remboursement total des droits d’inscriptions perçus de la part des inscrits  va être réalisé. Cette option financière est possible, d’une part du fait de l’anticipation de l’annulation qui a permis de ne pas engager de nombreuses dépenses liées à des achats et des prestations d’une part, et d’autre part, par le soutien financier de l’agglomération qui supporte la manifestation  sans toutefois dépasser le budget initial prévu de la manifestation. Annuler la manifestation plus tard aurait nécessairement eu des conséquences financières toutes autres pour l’organisation. Nous ne saurions, en revanche, présumer des organisations et modes de fonctionnement d’autres structures et de leurs capacités ou non à proposer des remboursements suites à des reports ou annulations de courses. »



En une décennie, Yoann Stuck s’est offert une nouvelle vie. Ce champion au look branché, membre incontournable de communauté running cultive le partage partout où il court.

Yoann Stuck, depuis 2010 et tes premiers footings, ta vie a changé. Raconte-nous « l’avant » et le « maintenant »…  

Yoann Stuck: Avant, je cumulais deux voire trois boulots, je sortais beaucoup et j’abusais de tout. Je fumais plus d’un paquet par jour, je picolais beaucoup, je mangeais très mal et l’un de mes boulots étant pizzaiolo… mes repas n’étaient du coup pas très variés. L’arrêt du tabac a été l’élément déclencheur du début en course à pied, pour ne pas dépasser le quintal. Puis le reste est venu progressivement, car évidemment, lorsqu’on a une hygiène de vie meilleure, cela se ressent sur tout (le travail, le sommeil, la récupération…) ; et ensuite, c’est un cercle vertueux car quand on voit les retombées positives sur son physique mais aussi sur sa vie en général, on a envie de voir plus loin. Du footing de 20 minutes cramé, je suis passé à plus long, plus varié, plus vite et progressivement, j’ai vu que j’avais une marge de progression importante, alors j’ai continué.

Ton premier dossard, c’était où ?

Yoann Stuck: Sur le Run in Lyon, 10 km. Sur cette première course, mon idée était de faire moins de 45’ : j’ai fait exactement 44’59, c’était en 2010.

Ta première victoire ?  

Yoann Stuck: Celle que je retiens est celle des Cabornis car le plateau était relevé. Personne ne me connaissait vraiment et j’étais sur mon terrain de jeu habituel, les Monts d’or. C’est là que j’ai commencé à être contacté par des marques et à entrevoir mon « potentiel » en course à pied. Arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce milieu, j’ai commencé à prendre plus au sérieux ma pratique à ce moment-là je crois.

A son palmarès… 4e de l’EcoTrail Paris 80 km (2019), 3e de Wings for Life Rio (2019), 1er trail de Saint-Emilion (2019), 1er du KV de La Plagne (2018), 3e du KV du Madtrail (2018), 3e du 10 km du Mont-Blanc (2018); 1er de l’Ultra Trail des Vagues de Belle-ile (2018)…

Quelle est ta distance favorite aujourd’hui ? 

Yoann Stuck: Entre 50 et 80 kilomètres mais j’essaye d’être polyvalent et d’aller voir un peu tous les formats et les terrains. Avec l’envie de faire plus long maintenant, en espérant avoir la maturité qui va avec.

Quelle est la course fétiche de Yoann Stuck

Yoann Stuck: Je dirai le Wings for Life que je fais maintenant depuis 5 ans ; cette fondation récolte des fonds pour trouver un remède à la paraplégie et aux lésions de la moelle épinière ; c’est une course aussi originale puisqu’elle se déroule dans plus de trente pays en même temps et dont le but est d’être le dernier à se faire rattraper par la « catch car »  ; j’aime donc beaucoup cette course que j’ai eu la chance de ne jamais faire au même endroit. Les EcoTrails sont aussi des formats que j’apprécie de plus en plus.

Quel est ton plus beau souvenir de course ? 

Yoann Stuck: La première fois que j’ai fait le marathon du Mont Blanc ; j’étais avec ma compagne et des amis, et c’était mon premier trail en montagne, avec l’ambiance qui va avec. La vue et le terrain ont pas mal aidés à m’orienter vers le trail.

Ton pire souvenir ? 

Yoann Stuck: L’EcoTrail 2019 ; je venais de perdre ma maman et je n’aurais sans doute pas du prendre le départ ; mais même si j’ai eu les pires sensations et ai détesté cette journée, cela m’a beaucoup aidé pour la suite. Quand on pense avoir touché le fond, on peut enfin donner un coup de pied pour remonter… je crois que depuis, je remonte petit à petit.

Ta plus belle rencontre ? 

Yoann Stuck: DES belles rencontres, pas seulement une. C’est aussi ça que j’aime dans le sport. Peut être plus particulièrement celle avec Eric Lacroix, mon entraineur et ami aussi. Et après, ce sont plus des gars rencontrés par le biais de la course qui sont devenus de vrais amis.

Yoann Stuck, quel est ton prochain objectif ? 

Yoann Stuck: Le marathon des sables ; pas prévu au départ, c’est pourtant une course que je rêve de faire depuis quelques années (250km en 6 étapes) ; pour le challenge d’être en autonomie, dans le désert, plusieurs jours avec des étapes plus ou moins longues. J’ai déjà fait des courses à étapes et se sont toujours des aventures humaines très enrichissantes. Le Lavaredo et la CCC seront les prochains objectifs.

La course qui te fait rêver ?

Yoann Stuck: Western States aux Etats Unis ; elle fait 100 miles ; c’est une course historique et atypique  car elle l’une des premières à avoir été créée en ultramarathon. C’est un format qui me plait malgré la chaleur qu’il y fait.

Ton athlète « mentor » ?  

Yoann Stuck: Anton Krupicka pour l‘athlète qu’il est encore aujourd’hui ; avant, il était bien présent sur la scène mondiale du trail mais je prends toujours autant de plaisir à suivre ce qu’il fait aujourd’hui car il sait partager ses passions.

Yoann Stuck est en autre ambassadeur de la marque Gore.
Yoann Stuck est en autre ambassadeur de la marque Gore.

Ta leçon en presque 10 ans de pratique ? 

Yoann Stuck: L’humilité je crois ; et arriver à prendre du recul, se satisfaire de ce que j’ai la chance d’avoir.

A quoi ressemble une semaine type d’entraînement pour toi ?

Yoann Stuck: J’aime « borner » donc j’aime les semaines à plus de 100 à 150km/semaine. Je m’entraîne généralement tous les jours avec un entrainement en fin de matinée et parfois une autre séance en fin d’après midi ; je préfère les séances type « au train » ; par contre, je déteste les séances de vitesse pure.

Yoann Stuck, quels conseils donnerais-tu aux trailers amateurs ?

Yoann Stuck: Savoir y aller progressivement, ne pas brûler les étapes (distances et fréquence d’entrainement), c’est important.

Iamwoodstuck, un style & des valeurs. Pour développer sa gamme de vêtements – lifestyle et running – Yoann s’est entouré de fournisseurs impliqués, spécialistes du made in France, du coton bio, de fibres végétales. Une démarche qui sonne vraie.

Peux-tu nous présenter ta marque iamwoodstuck ?

Yoann Stuck: iamwoodstuck pour moi, c’est l’illustration de mon changement de vie : esprit sain dans un corps sain. Savoir profiter de ce qui nous entoure avec positivisme. La référence au festival Woodstock explique un peu l’esprit de la marque.



Une bonne dose d’évasion – pas de refus ! – avec Véronique Messina, qui nous raconte son dernier périple dans un endroit secret : l’île de Sao Tome au Gabon. Elle a participé du 16 au 21 février à la course The Hemisphere Crossing de 200 km en six jours. Carnet de voyage.

Par Véronique Messina – Photos : Global-Limits

Qui est Véronique ? Cette iséroise de 41 ans vit au Cambdoge et son dada, c’est les ultras. Depuis quelques années, elle les enchaîne. Elle a notamment gagné l’Ultra Gobi (400 km en autonomie dans le désert) en 2016 et l’Ultra Trail d’Angkor (128 km) a plusieurs reprise. Elle a déjà partagé avec nous son récit de l’Ultra Run Rajasthan

Quel bonheur d’avoir découvert cet endroit secret : l’île de Sao Tome, 240 km au large du Gabon, 200 000 habitants, ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1975. L’exploit de l’organisateur Stefan Betzelt (Global-Limits) a été de trouver un parcours de 200 km sur cette île de 48 km de long et 32 km de large. Pari réussi, les 6 jours de course cumulent 200 km et 6000 m D+ dans des décors de carte postale et de paradis perdu.

Pile sur l’Equateur

Petit retour sur l’aventure, qui s’est finie au point zéro, endroit exact où se croisent l’équateur et le méridien de Greenwich. Les courses Global-Limits, ce sont des courses par étapes en autonomie au format identique, 200 km en 6 jours, organisées dans des pays aux attraits touristique et culturel incontestés. Global-Limits Cambodge fut ma première (douloureuse) expérience en 2013 : malgré une finish-line mémorable devant le temple d’Angkor Wat, je n’avais qu’une envie, c’était de jeter mes baskets dans le Mekong.  « Ces courses de malades ne sont pas pour moi »… Et puis… on oublie. Je retente l’expérience au Sri Lanka (2015), pour finir sur le rocher sacré de Sigiriya. Et cette fois, j’attrape le virus. J’adore ! Et je commence à chercher d’autres expériences similaires, alliant course à pied et voyages. Je m’inscris à la troisième course Global-Limits au Bhutan (2016), qui en plus des 200 km affiche 10 000 m de dénivelé positif cumulé. La finish line se situe devant le temple bouddhiste sacré du Tiger Nest, perché à 3120 m d’altitude. Ces monuments clôturant chaque course sont autant de trophées inoubliables qui effacent toutes les douleurs de la semaine passée.

Avec ces 3 sésames Cambodge – Sri Lanka – Bhutan, je gagne le droit de participer à la course bonus de 2020 (une seule édition) sur l’ile de Sao Tome. Dont je n’avais jamais entendu parler. C’est une raison suffisante pour me décider. L’autre raison n’est pas des moindres non plus : c’est une île exportatrice de fèves de cacao.

Je rejoins les 57 autres coureurs venus de 28 pays différents. Le plus jeune a 18 ans, Julio, un local. Le plus âgé Hanz fêtera la semaine prochaine ses … 80 ans. J’adore ! Quelle belle image pour se projeter dans l’avenir que de s’imaginer courir encore comme lui dans 40 ans.

Cacao, carambole et café

Samedi nous quittons l’hôtel pour démarrer l’aventure : en route pour le premier campement, la maison du jardin botanique de Agostinho. Agostinho Neto est une ancienne plantation de cacao, qui était l’une des plus grosses exploitations au monde. Elle s’appelait alors Rio de Oura « Rivière d’Or ». A l’indépendance (1975), l’exploitation a été nationalisée et ce fut la fin de la production à grande échelle. Le lieu est comme figé dans le temps, avec son vieil hôpital abandonné depuis les années 60, ses rails de train sur les chemins pavés, ses imposants bâtiments coloniaux, et ses paillotes toujours habitées réparties tout autour. Nous dormons dans la maison du jardin botanique, chacun dans sa moustiquaire, conscients d’être des témoins privilégiés de vestiges du passé, emprisonnés dans une végétation humide.

Première étape : 36 km, 1100 m D+ / 670 m D-

7 h du matin, c’est le top départ, je suis impatiente de découvrir cette île mystérieuse, de m’enfoncer dans la forêt et de quitter le groupe pour me retrouver seule en pleine nature. Avant le départ, des écoliers entonnent l’hymne national, et le premier ministre en personne prend la parole pour nous encourager. Apparemment notre venue sur l’île est un événement ! Le parcours commence par une boucle sur la plage toute proche, nous repasserons par la plantation dans 11 km. Je pars avec le groupe de tête, et nous nous familiarisons avec le balisage tantôt orange, tantôt rose. Normalement le balisage Global-Limits est orange, mais Stefan n’a trouvé que 7 bombes de cette couleur sur toute l’île. Il a fallu improviser.

Après la plage, c’est une montée de 14 km qui nous emmène à 800 m d’altitude à travers la forêt : du cacao, des jacquiers, des bananiers, du café, des caramboles, des lianes… La roche noire volcanique est recouverte d’un tapis de mousse fluo. Tout est vert, chaud et humide. De la boue jusqu’aux chevilles. Bruit de ventouse. Je fais corps avec le sol. Mon corps trempé de sueur se dissout dans l’humidité ambiante. Je perds mes frontières corporelles. Je suis la forêt, la jungle, la mousse, le brouillard, les oiseaux qui chantent et le jasmin qui se répand.

Arrivés au sommet (km 24) nous descendons sur une piste de gazon au milieu des grands arbres.

Non, ce n’est pas une forêt, c’est un océan de verdure où les lianes, branches, fougères et herbes me dépassent. Je n’ai pas pied, je nage dans la végétation en écartant les feuilles devant moi.

Au km 30, une rivière à traverser. Nous sommes déjà trempés de transpiration, et cela fait du bien de sentir un peu d’eau fraiche. Les derniers 5 kilomètres montent jusqu’au camp, et j’alterne course et marche. Je rattrape quelques coureurs terrassés par la chaleur et l’humidité. A 2 km de l’arrivée, j’aperçois Julio, le jeune local qui marche péniblement. Il se retourne et me voit. Je lui fais peur, il se met à courir jusqu’à l’arrivée et je ne le reverrai plus jamais de la course ! Comme quoi il ne devait pas être si fatigué…Je finis en 3 h 56. Je me place 1ère fille et 4ème au scratch. Loz, le hong-kongais sera accompagné pendant 25 km par un jeune garçon de 12 ans, chaussé de tongs ! Ils finiront l’étape ensemble, et un 4×4 ramènera le jeune athlète dans sa famille après un repas au campement bien mérité.

Le campement se situe dans l’école du village de Monte Café. J’installe ma moustiquaire dans la classe des 4 ans, entre les chaises empilées, les petites tables et le tableau noir.Fondée en 1858, Monte Café est une des plus anciennes exploitations de café de l’île, aujourd’hui toujours en activité mais en difficulté. 600 personnes y vivent, à 670 m d’altitude.

Shoot de chlorophylle

Deuxième étape : 31 km, 800 m D+ / 1000 m D-. Nous partons à 7 h (c’est qu’il faut libérer les salles de classe, les élèves arrivent avec leur cartable et leur uniforme), pour 3 km de descente puis 5 km d’ascension jusqu’au plus haut point de la course 890 m d’altitude. Un magnifique single track dans la forêt. Non, ce n’est pas une forêt, c’est un océan de verdure où les lianes, branches, fougères et herbes me dépassent. Je n’ai pas pied, je nage dans la végétation en écartant les feuilles devant moi. Shoot de chlorophylle dans une symphonie de chants d’oiseaux. Le vent se lève, le brouillard envahit les lieux mais laisse passer quelques rayons du soleil. Le ciel m’appelle ? Petit moment mystique où je communie avec la nature, en regardant tomber une pluie de feuilles jaunes. Je m’arrête. Je souris. Je suis bien là.

Et puis il faut continuer à grimper jusqu’au CP 1, remplir les gourdes, et commencer la longue descente en chemin pavé à travers une plantation de palmiers. L’île entière est un jardin. Pas un centimètre carré sans végétation. La pente est douce, cela permet d’allonger la foulée. Puis le chemin devient boueux, les baskets s’enfoncent jusqu’aux chevilles. Le temps est menaçant, il fait si sombre sous les feuillages de bambous qu’on allumerait presque la frontale.

J’arrive en 3 h 15, 30 mn avant la pluie qui ne cessera pas de l’après-midi. On comprend vite pourquoi c’est si vert par ici. Ce n’est pas encore aujourd’hui que le linge va sécher. Difficile de s’habituer à remettre ses vêtements humides le matin, et de chausser des baskets transformées en éponges. Splash, splash… Je redoute les ampoules, mais toujours rien. Contrairement au Rajasthan où les pieds n’ont eu aucun répit pendant 3 jours / 2 nuits, ici je peux chausser mes tongs dès la fin de l’étape et cela change tout. La crème miracle allemande de Maik y est également certainement pour quelque chose.

Le campement est unique : une guest house abandonnée au milieu de la forêt, à Bombain. Le bâtiment tout en bois est rongé par l’humidité, la végétation le digère lentement et il semble comme un radeau en perdition en plein océan. Il sera notre refuge pour les prochaines heures, et nous nous installons sur les balcons pour regarder tomber la pluie et féliciter chaque finisher.

L’affaire est à vendre. Mais l’acquéreur doit s’engager à reprendre en plus de l’hôtel la population qui vit autour et travaillait sur le domaine, quelques familles d’une vingtaine de personnes en tout. Nous les visiterons en fin d’après-midi. Cela fait un an que l’hôtel a fermé, et depuis ce temps, les gens attendent ici, perdus au milieu de la forêt, en plein centre de l’île, à 500 m d’altitude, avec leurs cochons, cabris, et poules. Les enfants ne vont pas à l’école. Ces gens sont-ils heureux ?…

Troisième étape : 29 km, 400 m D+ / 800 m D-

Départ 7 h dans la boue jusqu’aux chevilles. J’ai gardé mes chaussettes trempées et mes baskets éponges, j’ai comme l’impression que ça va rester bien humide. 6 km de single track version mud-day. J’ai trop peur de tomber, j’assure chacun de mes pas et je me fais doubler par une dizaine de coureurs.

La piste est vraiment laborieuse, tellement la végétation est dense. On ne sait jamais où on met les pieds. Les herbes sont urticantes et mes jambes sont en feu. En fait ce chemin est censé être impraticable, pour empêcher toute fuite des esclaves. Avec patience et quelques égratignures, nous gagnerons tous notre chemin vers la liberté. Une fois arrivés au sommet, c’est 23 km de descente jusqu’à la mer ! Sur de larges pistes pavées ou en terre. Impossible de marcher, la pente est parfaite, youhou ! Je rattrape ceux qui m’ont doublée dans la forêt. A chaque traversée des villages, la population qui n’a apparemment pas grand-chose d’autre à faire, est regroupée sur la place ou devant les maisons, et nous encourage en criant des « Forza !!! » et nos prénoms. Il semble que nous les amusions beaucoup.

Je n’ai encore vu personne travailler sur cette île (si, j’en ai vu un : le barman de l’hôtel le dernier soir). Beaucoup ont des outils en main. Mais ils sont assis. Certainement l’heure de la pause… Les femmes passent leur temps à laver le linge à la rivière ou au lavoir. Puis elles l’étendent sur la route, sur les cailloux, ou sur l’herbe. Mais comme il ne sèche pas et qu’il est posé par terre, il faut à nouveau le laver le lendemain. C’est tous les jours le jour de la lessive. Mais l’activité semble un bon moment de rires et de bavardages pour les femmes du village.

J’arrive au campement en 3 h 04, au village d’Aqua Ize situé en bord de mer sur la côte est de l’île. A l’arrivée, une vingtaine de villageois attend chaque coureur en chantant et criant les prénoms lus sur les dossards. Quel accueil !

Des petits airs de vacances…

Nous plantons les tentes entre les maisons en bois, à quelques mètres du rivage. La côte autour est sauvage et volcanique, cela me rappelle le Cap Méchant de la Réunion. Nous traversons le village avant d’arriver à la finish line, le temps d’apercevoir un bar à coco… Elles sont minuscules ici, mais quel plaisir de boire cette eau !

Franck sera le grand vainqueur du jour : il enquille 10 noix de coco d’affilée. Je reste modeste, avec seulement 3. Accompagnées de tranches frites de fruit à pain au petit resto du coin… On se croirait presque en vacances.

Bain de mer toute habillée, et rinçage à l’eau douce au robinet sur la place du village. On se sent presque propre. Et puis 5 mn après, on est à nouveau tout en sueur. Mais cette fois, le linge peut enfin sécher.

Quatrième étape : 59 km, 1400 m D+ / 1400 m D-

Départs étalonnés pour cette longue étape, un premier groupe part à 5 h 30, le second groupe à 6 h 30. Même si les départs sont matinaux, les nuits sont longues puisque je me couche (et m’endors) vers 20 h. Et une grande partie du temps libre aux campements se passe à glandouiller assise ou couchée. J’ai donc bien le temps de récupérer entre chaque étape (ce qui fait une grande différence avec les courses non-stop).

Première portion de 10 km en forêt, pour s’échauffer, tranquille. Seconde portion beaucoup plus ardue : 12 km sur bitume, en plein soleil, je souffre, je n’ai pas assez d’eau, et je dois marcher pour m’économiser un peu. J’arrive au check-point 3 avec une envie de coca, ce qui n’est pas bon signe chez moi ! Et miracle, un petit vendeur est là avec sa glacière, et me tend le breuvage poison que j’avale cul-sec. Un petit moment de bonheur avant de repartir. Mais cette fois on est dans la jungle, et cela est tout de suite plus supportable. Le chemin est un vrai labyrinthe au milieu des troncs, branches, feuillages, racines, lianes et rivières. Ça ne relève pas la vitesse moyenne, mais ça m’amuse, et petit à petit je double les coureurs du groupe 1, l’occasion d’échanger quelques mots et de s’encourager mutuellement. Pendant les traversées de village, des enfants m’accompagnent pendant 1 ou 2 kilomètres. En tongs. Ça permet de garder le rythme, malgré la fatigue qui s’installe. La dernière partie traverse une plantation de palmier, et finit sous les arbres sur la plage de Praia Grande.

J’ai mis 7 h pour courir l’étape, il me faut un peu de temps et beaucoup d’eau pour récupérer. Je pense à tous ceux encore sur le parcours. Certains arriveront à la nuit, ce qui laisse encore plus de traces et beaucoup moins de temps pour récupérer.

Une rivière avec vue sur le Pic de Cao Grande (rapidement et affectueusement surnommé la montagne pénis) se jette dans la mer : cela fait une salle de bain parfaite au décor idyllique. Un peu de lessive, quelques noix de coco avalées sur les rochers de la plage, un ou deux sachets lyophilisés pour reprendre des forces… La routine s’installe au campement.

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Bêtes sauvages et scènes rurales

Cinquième étape : 27 km, 550 m D+ / 580 m D-

Je n’aime pas le jour après les longues étapes, j’ai toujours du mal à me remotiver. Alors je me fais un petit plaisir : je sors une paire de chaussettes sèches ! ça fait trop du bien, on s’offre les plaisirs qu’on peut ! J’y vais tranquille, je marche beaucoup. Encore une belle ascension en forêt, un passage revigorant à travers les orties tropicales. Et du coup je me mets à courir pour faire circuler le sang parce que ça pique grave !!! Quelques portions sur route également, mais le temps est couvert, c’est beaucoup plus supportable que la veille. Des bêtes sauvages dans les buissons et au bord des routes : des cochons. Plein ! De toutes les couleurs. Selon les combinaisons on peut deviner qui est le père, la mère et la fratrie. Ils mangent des crabes, je vois des pinces qui sortent de leur gueule !

Des femmes qui lavent le linge en chantant, leur petit attaché dans le dos. Des hommes assis avec des pioches. Des hommes assis avec des brouettes. Des hommes assis avec des haches. Des hommes qui boivent du jus de coco fermenté (bref, des hommes qui glandent). Des enfants qui jouent avec des pneus de vélos ou avec des skate-boards en bois (aucun écran !). Ces scènes rurales m’interpellent et me ravissent… tout semble tellement éloigné de mon monde à moi. Qui vit la vraie vie : eux ou moi ?

Je finis en 3 h 18. Dernier campement de tentes sur la plage de Praia Grande, anse verte où la forêt déborde sur le sable blanc, entourée de rochers volcaniques. Parfait étendoir pour faire sécher le linge. C’est l’époque où les tortues viennent pondre leurs œufs la nuit sur la plage, à 2 km de là. Certains chanceux les apercevront. Pas moi, je dors.

Sixième et dernière étape : 16 km (10 + 6)

Ça sent la fin, la douche, le lit, le tee-shirt propre, le buffet à l’hôtel, le café expresso… Tout le monde trépigne d’impatience dans ses vêtements qui puent. L’étape du jour est coupée en deux : 10 km pour rejoindre la plage où le chrono s’arrête. Des barquasses de pêcheurs nous attendent, et nous emmènent sur l’ilôt de Rolas (3 km²) en 20 mn. C’est le moment le plus éprouvant de la course pour moi qui ai peur de l’eau. Je ferme les yeux et je sers les dents, en attendant que ça passe. Ça secoue un peu quand même ! Une fois arrivés sur la plage, le chrono repart et nous devons faire le tour de l’île sous les arbres et sur les milliers de noix de coco qui jonchent le sol avant de monter sur la petite colline sur laquelle passe la ligne de l’Equateur. Nous sommes au point zéro, là où le méridien de Greenwich croise la ligne de l’Equateur. Ne me demandez pas dans quel sens tourne l’eau du lavabo. Y avait pas de lavabo. Par contre on a eu droit une belle douche tropicale sur la ligne d’arrivée.

58 coureurs au départ (28 nationalités), 49 finishers. L’humidité et la chaleur auront eu raison de certains. Mais tous franchiront la ligne de l’Equateur des étoiles plein les yeux.

Je retiens la vitalité et le sourire des anciens, Hanz (80 ans une semaine après la course), et Jamon  (70 ans) l’argentin qui danse plutôt qu’il ne court ; la pugnacité des derniers, qui mettront 3 fois plus de temps que les premiers et ne perdront jamais le sourire ; l’aisance des deux jeunes coureurs locaux (18 et 25 ans), habitués des courtes distances et qui maintiendront leur rythme fou au fil des jours ; les insatiables qui rateront la dernière bifurcation et feront deux fois le tour de la dernière île avant d’enfin trouver l’équateur… et tous les volontaires qui nous auront assistés, hydratés, soignés, encouragés pendant cette belle semaine.

Merci à Stefan d’avoir trouvé une si belle destination. Et à tous les gens rencontrés qui m’ont donné encore tant d’autres idées de prochains voyages… La route n’est pas finie. Continuons, osons, rêvons…



Sans forcément le connaître, vous avez sans doute déjà entendu Steve Kondo au micro. Il met l’ambiance, (r)échauffe les corps, encourage sans relâche du départ à l’arrivée. Rencontre avec cet « ambianceur » des pelotons de Paris et d’ailleurs. 

CV « Flash ».  20 ans d’animation et d’évènementiel sportif, bénévole actif depuis plus de 10 ans pour « Lisafor ever », musculation quotidienne pour arriver à suivre ces gens qui courent partout

Steve Kondo est tombé dans le micro quand il était tout gamin. Animer la fin de sa colonie de vacances à 8 ans avec un micro devant ses camarades a été pour lui une véritable révélation. Quand il a vu le pouvoir que donnait à sa voix ce micro, le pouvoir de faire rire et applaudir ses copains.

Au grand dam de sa maman… Qui lui a toujours dit que le micro ne l’emmènerait nulle part. Mais Steve y croit, baba devant Michel Drucker, Jean pierre Foucault soulevant des tonnes d’applaudissements. C’est alors l’époque des radios libres. Steve crée la sienne et sur sa propre radio, il passe de la musique et fait le show… 

Steve Kondo, meilleur DJ du 95 

Son matériel de fortune tombant souvent en panne, chez le dépanneur, il entend des extraits de musique mais aussi des voix donnant des consignes :  « lever les bras », « taper dans vos mains »… De quoi éveiller une vocation plus marquée dans l’animation. Ce réparateur lui propose bientôt voir à quoi correspondent ces bandes sonores. Lui est DJ dans une boite de nuit de la région. Nouvelle révélation !

Steve enchaine alors les animations. Soirées, mariages, départs en retraite… jusqu’à gagner le concours de meilleur DJ du Val d’Oise. Il a alors 17 ans. C’est décidé, Steve laisse les études de côté pour devenir DJ. Un DJ très demandé dans le boites parisiennes ! Puis, bientôt, une rencontre… Un homme lui parle d’un concept prêt à débarquer en France : la Color Run.

Sur les 20 km de Paris. ©Didier Lefebvre

Baptême du feu au Troca’

Steve Kondo va ainsi monter pour la première fois sur la scène au Trocadéro, sur la première Color Run. 13 00 personnes « à ses pieds », un véritable baptême du feu. A partir de ce moment-là, Steve devient ambianceur sur de très nombreuses courses. Un comble pour lui qui ne court pas du tout ! Mais reste très admiratif des performances réalisées par chacun !

L’organisation du Marathon de Paris le contacte, il y a 5 ans, pour se positionner au 30ème kilomètre. Objectif : rebooster les coureurs. Steve se poste là, au niveau de ce mur, avec un mot gentil pour chacun, quelques pas de course échangés avec un autre, de quoi faire oublier quelques instants que les jambes coincent.

Depuis, Steve met le feu dans les sas d’attente des 20 k de Paris, du semi-marathon de Boulogne, de l’Ecotrail Paris, de la Parisienne ou encore du triathlon des roses à Paris et Toulouse. 

Et c’est aussi le grand frère des participants au Raid des Alizées. Au réveil (souvent très matinal) son énergie débordante met d’emblée de bonne humeur.

Un check sur l’EcoTrail Paris.

Fournisseur officiel d’énergie

« Un ambianceur doit pouvoir donner de l’énergie à tous. Faire naitre un sourire dans le sas d’attente, encourager quand vous êtes dans le dur, féliciter, écouter aussi. Alors vous comprenez qu’au final après mes sessions d’animations, j’ai fait moi aussi mon propre marathon !  Je ne fais pas de course à pied mais j’ai trottiné comme Bambi dans la prairie à une époque… Je sais donc qu’un coureur peut ressentir. Et c’est important pour pouvoir l’aider et l’accompagner », explique Steve Kondo. Un vrai fournisseur officiel d’énergie !



Expatrié en Angleterre, Denys Baudry détenait, sans le savoir, depuis quatre ans le record de France du nombre de marathons bouclés en carrière. Fin décembre 2019, cet athlète vegan de 68 ans a bouclé son 600e marathon. Un exploit lié à son amitié avec une icône du « 100 marathons Club ». Nous repartageons un article paru dans Running Attitude (numéro 197, mars 2019).

Portrait réalisé par Julien Bigorne.

Cv flash. Denys Baudry. 68 ans, chauffeur poids-lourds retraité, habite à Borehamwood (Angleterre). A fini 600 marathons depuis 1991, dont 15 fois Londres. Premier français à atteindre le seuil des 300 marathons (le 6 septembre 2015), des 400 marathons (le 28 mai 2017) et des 500 marathons (le 25 octobre 2018), des 600 marathons (21 décembre 2019). Record : 3h01 (à Luton, en 1995). 

©DR

Parfois, les records ne sont pas ceux que l’on croit. Par un hasard prodigieux, Jean Berland n’était pas le premier Français à atteindre le seuil des 300 marathons le 2 avril 2017 à Cheverny, ni Pascal Comte à parvenir au cap des 400 le 9 décembre 2017 à Caldecotte. Denys Baudry les avait, sans le savoir, devancé d’une foulée. Cet athlète âgé de 67 ans, qui a bouclé à ce jour 514 marathons, est en effet expatrié et vit en Angleterre depuis 1972. Et comme 90% de ses courses de 42,195 km ont été bouclées dans la patrie de Shakespeare, même Xavier Colin, expert de la statistique marathonienne du site www.planete-marathon.fr, était passé à côté de son exploit. « Je suis originaire de Tourcoing et fan du Losc », sourit cet ancien footballeur, gardien de but durant ses années collège. 

« Après l’armée, à 21 ans, je suis parti en Grande-Bretagne pour apprendre l’anglais et m’ouvrir des perspectives professionnelles. Je ne devais y rester qu’un an. Mais j’ai rencontré une Anglaise, je me suis marié et finalement, ça fait 46 ans que je vis dans l’Hertfordshire, un comté de la banlieue de Londres », raconte ce père de trois filles. 

Débuts à Londres

Le Frenchie réside à Borehamwood – ville de cinéma où furent en partie tournés les films Star WarsShining et Indiana Jones – où il n’a cessé de peaufiner sa condition physique pour conserver une silhouette athlétique (68 kg pour 1,77 kg). « Après mon divorce, j’ai découvert la course à pied. Un remède anti-déprime contre l’envie de boire ou de fumer. Très vite, je me suis pris au jeu. Et, le 21 avril 1991, j’ai disputé mon premier marathon. C’était à Londres. Il y avait deux fois moins de participants qu’aujourd’hui. Mais le parcours était déjà réputé rapide et dix Français avaient réalisé un temps inférieur à 2h20. Moi, j’avais mis 3h19 », précise le coureur, qui resta néanmoins de longues années spécialiste des 10 km et semis, en dépit d’un record sur 42,195 km très honorable (3h01’ à Luton, en 1995). 

Rencontre décisive

« En 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures. »

© DR. Denys, au centre.

« De 1991 à début 2006, je n’ai disputé que 13 marathons. En prenant de l’âge, j’ai compris qu’il devenait illusoire de tenter de battre mon record. C’est une rencontre qui m’a redonné goût à cette distance mythique. Au sein de mon club – Garden City Runners –, une athlète, Leila Taylor, était vraiment une mordue. Elle a achevé plus de 200 marathons. Avec elle, même la course la plus ennuyeuse devenait une joie. Nous avons effectué ensemble une centaine d’épreuves, ce qui m’a permis d’intégrer le 100 Marathons Club et de conserver d’inoubliables souvenirs de nos courses dans de fabuleux décors ou des conditions météos difficiles. À ce titre, notre Marathon du Médoc déguisé, notre Jungfrau (une épreuve dans les montagnes suisses) ou notre Nice-Cannes tiennent une place à part », relate-t-il. 

Malheureusement, Leila dispute sa dernière course à Pathfinder en 2012 et décède des suites d’un cancer en février 2013. Pour lui rendre hommage, Denys se mue alors en organisateur de course et en marathonien boulimique. « En août 2013, j’ai créé avec Dave Lewis, un très bon copain, la Leilas Run, un marathon caritatif disputé à Saint-Albans, qui permet de récolter chaque année 1 500 livres sterling (1 600 €) pour le Michael Sobell Hospice, l’unité de soins palliatifs où Leila s’est éteinte », explique le Français. Pour lui, la phrase de l’auteur Raphaëlle Giordano – « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » – prend alors son sens et il décide de donner la pleine mesure de sa passion pour le marathon. 

Retraite active

Malgré un travail prenant de chauffeur poids-lourds pour les postes anglaises, Denys Baudry trouve le moyen de s’entraîner cinq fois par semaine, ce qui lui permet de rester affûté et de cumuler entre 37 et 44 marathons par saison, entre 2013 et 2015. « La plupart du temps, pour m’entraîner, je me rendais au ‘‘Gyms’’, une salle de sport à 800 m de chez moi. J’effectuais des séances de spécifique et de fractionné sur tapis roulant, en retranscrivant différents profils de parcours (montées, descentes, portions planes). Contrairement à des sorties classiques, la machine ne ralentissait pas, ce qui m’aidait à garder une allure constante et à ne pas baisser le pied », souligne le coureur, bien aidé par des facultés de récupération hors normes et par les encouragements de Doddy, sa compagne française et supportrice n°1. 

Défis et sens du partage

Photo de groupe. Avec Romain Fleurette – Henry Cohen – Pascal et Chantal Comte.

« En 2016, ma retraite m’a donné la possibilité d’augmenter la cadence et de terminer plus de 60 marathons par an. Mais je ne cours pas après une quantité, plutôt des envies. Par exemple, j’apprécie de me donner à fond sur un marathon et de pouvoir réaliser des chronos encore très corrects. En dépit de mon âge, j’ai ainsi décroché 13 podiums au scratch sur des épreuves à taille humaine de 50 à 200 concurrents. Dans la même optique, en 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures et remporté chez les 60-69 ans le marathon de Calgary au Canada, sous les yeux de ma fille et mes 6 petits-enfants », savoure le seul Français à avoir bouclé plus de 500 marathons. 

« Vivre en Angleterre m’a aidé à atteindre ce chiffre car ici, contrairement en France, des associations (Énigma, Saturn et Phoenix) organisent des séries de marathon. Une fois à la retraite, j’ai ainsi pu participer à la Week at the Knees (7 épreuves en 7 jours) et au Great Barrow Challenge (10 en 10 jours). Un autre genre de défis », précise le coureur devenu une icône du Vegan Runners Club, en prouvant qu’on pouvait achever 70 marathons par an, sans manger de viande. En 2019, ce « Flying Papy » devrait revenir disputer des courses en France. « En 2018, j’ai épaulé ma nièce (Julie Tosaki) sur son premier marathon à Nantes et aidé ma sœur (Valérie Guennoc) à finir celui de Tours en 4h32. J’aime partager ces moments complices avec elles. Il n’y a pas de raisons que cela s’arrête », conclut Denys. 



Le Half Marathon des Sables c’est bien plus qu’une course dans le sable. C’est un avant, façon Tetris pour faire rentrer beaucoup trop de choses dans un petit sac. Un pendant qui accélère les relations humaines et charge sérieusement le compteur en kilomètres. Et un après avec récupération au Pisco Sour… Oui, c’est tout ça le Pérou !

Elle raconte...Anne-Sophie Rochette alias @Josyrunning, 37 ans et 2 enfants, habite le Gers, Coach Sportif spécialisée dans le Pilates, opéré du cœur dans son enfance, cours depuis toujours sans faire attention au chrono.

Pau, 6h du matin le 30 novembre. J’embarque pour un long voyage de quasiment 36h, 12h d’avion – où j’étudie à fond  la vie des Avengers – 7h de bus sur des routes sablonneuses avec une sérieuse concentration en nids de poule et puis 30 minutes de camions de l’armée pour rejoindre le bivouac. Désert d’Ica, au sud du Pérou : tout le monde est scotché face au décor. Nous allons passer la semaine à suer dans ce lieu coupé du monde, là, au milieu de nulle part… 

©DiegoCostantini

Pour le moment, c’est la préparation définitive du sac de course. Je quitte ma valise avec un peu d’inquiétude, inquiétude qui se dissipe en arrivant à mon « alvéole » de tentes et en découvrant mes voisins, futurs meilleurs copains de désert. A venir, 96 heures d’une vie simple, transpirante, faite de plats lyophilisés, d’ampoules aux pieds et de sable dans la tente. Ce sera intense, ou ne sera pas.

Mise en bouche

©DiegoCostantini

Etape 1 : 31 km/830mD+. Levée 5h30, excitée par mon premier porridge lyophilisé et prête à en découdre avec tous ces kilomètres de sable. A 7h30 le soleil lance déjà des flammes, plus chaudes que celle de Phenix dans X-men (oui j’ai buché). Les premières foulées dans le sable meuble de la plage annoncent la couleur, ça va être rude. On court les 10 kilomètres en bord d’océan pacifique, c’est magnifique. Tout roule, le mental, les jambes… Heureusement puisqu’on part pour 110 km. Après le premier ravito, place à « la duna ». Là, tout de suite, c’est moins la balade. Pour grimper, j’adopte la technique du zig-zag, peut-être pas la plus rapide mais la moins énergivore. La suite se déroule sans encombre, j’écoute de la musique, des podcasts – Les Pieds sur Terre, de France Culture – ou je tchatche avec des copains de course. Arrivée en 5h55, je suis contente, pas trop fatiguée. L’après-midi, ce sera cryothérapie dans l’océan à 14°C et petits plats dénichés sur Lyophilise.fr (je recommande !). Je me goinfre et je me débarrasse du superflu afin d’alléger mon sac. J’avais embarqué deux pommes, mauvaise idée, elles ont fini cuites et molles.

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©BenjaminSoto

Un petit goût de poudreuse… 

Etape 2, 55 km / 1200mD+, la longue. Réveil à 3h30 courbaturée, mais toujours aussi excitée. A 5h15 pour le départ, on éteint nos frontales. J’espère ne pas avoir à la rallumer. Mon objectif : arriver avant la nuit. Ça commence fort avec une grande montée dans le sable mou, avec les cuissots courbaturés de la veille, je suis à la peine. Le PC 1 arrive rapidement, 2h de course déjà écoulées. Il est 8h, le soleil chauffe, je me tartine de crème solaire. Jusqu’au PC2, je suis dans le dur. J’ai encore 7h de course devant moi, le moral est un peu à plat. Je mange une demie barre des céréales toutes les heures. Au PC3, je me pose 20 minutes pour soigner une ampoule. Suite à ça je reprends le dessus et je cours quasiment jusqu’au prochain PC. Je sais que la descente de la dune approche et ça me donne des ailes. La duna, en sens inverse, c’était extra.  J’avais l’impression de descendre dans la poudreuse. La fin est longue, heureusement le bœuf séché occupe mon esprit et mon ventre. Je termine en 11h10 bien avant le couché du soleil. Demain, ce sera le jour de repos bien mérité, où j’ai vécu de petites aventures (le détail sur Josyrunning.com). 

©BenjaminSoto

Et un Pisco Sour, un…

Etape 3, 22 km, 510mD+. Debout à 5h30, il faut plier le campement. Départ 7h30 dans le brouillard. Tant mieux car le soleil va chauffer dur ce jour là. Cette étape sera bien plus roulante que les autres. Elle passe tellement vite qu’on en oublierait les paysages les plus beaux et variés du séjour. La médaille me fait couler quelques larmes de bonheur intense. Je termine en 3h42, heureuse ! Place à la piscine, la fête et les Pisco Sour. Hyper indiqué pour toute récupération, ce cocktail péruvien citronné ! Je rentre avec un tas de souvenirs de cette traversée du désert nourrie de belles rencontres. Je tire mon chapeau à toutes les petites mains qui nous ont soignés et guidés. Je regrette en revanche le côté très « marketing » de l’organisation. La mise en avant des « influenceurs » et « VIP » tout au long de la course était un peu fatigante et a fait ressortir un faux-air de ClubMed qu’on ne cherche pas sur un ultra-trail. De plus ,la gestion des invités par les marques partenaires est très inégale au sein des participants, c’est en tout cas le ressenti de pas mal de coureurs…



Sandrine devait courir le 50 km de l’Oman by UTMB du 28 au 30 novembre. Sur place, rien ne s’est passé comme prévu. Elle nous raconte son périple, la technicité des parcours et les belles rencontres qu’elle a pu faire dans ce désert lunaire…

Récit de Sandrine-Nail-Billaud – Photos : DR

Je suis partie pour cet Oman by UTMB, toute heureuse de découvrir cette région et ce pays que j’acceptais d’aller courir un trail de 50 km. En effet, vu mon niveau en trail, le 130 et le 170 km n’étaient même pas envisageable, même pas en pensée, même pas dans les rêves les plus fous…

Après la première édition ou le 137 km avait été qualifié d’une course digne des plus dures et des plus exigeantes même pour des traileurs avertis – une sorte de GR20 du bout du monde – il me tentait bien de voir à quoi pouvait ressembler un 50 km qui, sur le papier, (mis à part d’être beaucoup moins long que ses 2 courses grandes sœurs) s’annonçait beaucoup plus roulant : ben oui 2300 mètres de dénivelé en une fois sur 28 km, puis 25 km de descente (ou presque..). C’est sûr c’était pour moi, j’allais découvrir l’univers du trail… Mais il va en être tout autrement au final …

Des champions français dans la place !

©Lloyd Images / Antony Jones

Arrivée à Oman, je retrouve avec plaisir quelques grands noms du trail français dont Julien Chorier, Sébastien Chaigneau mais aussi Romain Fournier et surtout Jean-Marc Delorme pour qui j’avais fait son assistance lors de la CCC (Esprit trail N° 110). Nous avions d’ailleurs convenu que sur sa course de 170 km le timing me permettrait de lui faire un point d’assistance et ensuite de m’envoler vers le départ de ma propre course.

Nous sommes donc jeudi midi, Jean-Marc et ses c- traileurs prennent le départ du 170km à 13h, ils seront suivis à 19h30 par les coureurs du 130 km qui emprunteront le même parcours au moins jusqu’au km 110.

Sitôt le départ donné, je monte dans une ambulance militaire avec le staff médical comme convenu avec l’organisation entourée par des militaires omanais pour rejoindre le point d’assistance prévu qui se trouve être juste après un passage très délicat pour les coureurs : une via ferrata. En effet, un équipement casque et baudrier sera obligatoirement mis aux coureurs pour ce passage délicat qui fait suite à bien d’autres chemins ou le vertige n’a clairement pas sa place. 

Une via ferrata extra

L’avantage de cette via ferrata c’est qu’elle dépend d’un hôtel de grand Luxe : Alila hôtel et qui propose aux coureurs un vrai ravitaillement digne de ce nom. Arrivée en début d’après-midi sur place j’en profite pour aller voir la fameuse via ferrata et je repars soulagée que mon 50 km ne passe pas par là le lendemain !

Je trace Jean-Marc pas à pas sur l’application Live trail mais il me semble progresser beaucoup moins vite que ce que nous avions envisagé. A l’arrivée du premier coureur, un omanais à 00h16 très précisément dans la nuit du jeudi au vendredi à ce km 71 je comprends qu’il va arriver beaucoup plus tard que ce que nous avions prévu et que la difficulté du parcours semble être terrible.

©Lloyd Images / Antony Jones

L’organisation française UTMB® est avec moi sur ce point de ravitaillement et une voiture est prévue pour m’emmener au départ de mon 50 km qui lui a lieu le vendredi matin à 7h. Oui mais voilà,  il est déjà 3h du matin et jean marc n’est toujours pas là. Live trail avec une très grande précision par ailleurs m’annonce son arrivée pour 4h40 : ok 20 minutes pour faire l’assistance que nous avions prévue, 2h de route pour rejoindre le départ, le tout après une nuit blanche, ça va être tendu mais j’y crois. Jean-Marc arrive à 4h50, soulagé d’avoir passé le vide mais avec le même leitmotiv que tous les autres coureurs : la difficulté du parcours : changement de chaussures, soin des pieds, massage, nourriture chaude (un magnifique buffet est présenté), remonte moral, décision de bifurquer sur le finish du 130 km à partir du km 110 (option proposée par l’organisation après un check médical obligatoire au km 110) et le voilà reparti ! 5h30 oups c’est complètement loupé pour aller au départ du 50 km, même en conduisant très (très) vite, je veux quand même y arriver vivante !

© Lloyd Images / Vincent Curutchet

Raté pour le 50 km, à temps pour le 10 km

C’est alors que Catherine Polleti et sa fille me proposent de basculer sur le 10 km pour lequel le départ est lui le samedi matin à 8h. Ok bingo, me dis-je avec un petit soupir de soulagement (mais aussi une grande déception), je vais quand même courir dans ce paysage de fou mais pas sur 50km ! 

Ce nouvel objectif avec le départ fixé au samedi matin va me permettre au final d’assister les autres coureurs comme Julien Chorier et Sébastien Chaigneau qui finiront respectivement 2 et 3e sur le 130 km mais aussi d’aider des coureurs anonymes de toutes nationalités dans cette base de vie ou les coureurs pouvaient aussi aller dormir, se doucher et se faire soigner si besoin. Cela me permettra aussi d’assister Jean Marc jusqu’au bout et d’être là la nuit suivante pour son arrivée (dans la nuit de vendredi à samedi).  Il aura couru le 130 km en 34h58 (71ème au scratch) et ne cessera de répéter à quel point le parcours était difficile avec notamment un km vertical vertigineux (3,4 km et 1 080 m D+) des remontées de canyons en escalade, des descentes à scier les jambes, des km de cailloux dans des déserts d’altitude. 

Après un réconfort et un check des douleurs et blessures, je le laisse dormir à l’hôtel et je me dirige vers le départ du 10km ce samedi matin ou il règne dans la ville d’Al Hamra une ambiance de fête avec toutes les courses petites distances annoncées. Avec plus de 500 enfants inscrits sur le 2 km, c’était juste extraordinaire de les voir courir parfois pieds nus pour certains ! Les omanaises ne sont pas en reste et ont aussi beaucoup couru à l’image d’une femme qui finira avec moi complétement couverte des pieds à la tête pour courir les 10 km par plus de 30°.

Que vous dire de ce 10km ? Que c’est le plus beau qu’il m’a jamais été donné de courir, c’est vrai ! Je m’attendais à tout sauf à cela, je pensais sincèrement que pour 10 km, nous allions faire le tour et les extérieurs de la ville et bien pas du tout ! Le départ est donné sur la route de Al Hamra avec une organisation incroyable, tout est prévu, l’ambiance, le speaker est là, des vestiaires, des toilettes, des points d’eau potable, le public et la musique !

Des cailloux, toujours des cailloux

Après quelques centaines de mètres sur le bitume  de Al Hamra nous attaquons directement un petit sentier de montagne bien montant (non je n’ai pas déjà commencé à râler ici, quoi que…) qui va nous entrainer ensuite à travers un petit village abandonné inaccessible par la route puis un circuit fait de terre souple nous conduit le long des oueds profonds,  suivies de gorges étroites et de passage sur des petites crêtes de montagne en hauteur. Bien sur les maitres du jeu ici ce sont les cailloux, des petits, des gros, des roulants, des traitres,  des grandes plaques coupantes mais aussi des chemins dégagés bordés de pierres empilées et un ravitaillement au 7ème km comme je n’en avais encore jamais vu. Puis une piste large de 4X4 me permettra de dérouler mes jambes de coureuse sur route et par la même occasion de doubler au moins 20 personnes (mais oui c’était en descente) et d’arriver enfin avec un sourire énorme sur la ligne d’arrivée avec un accueil hallucinant du public pendant que mon coéquipier omanais de course passait la ligne d’arrivée en faisant, lui, des triples saltos !

Alors non je ne venais pas au bout du monde pour faire un 10 km, j’en ai pleuré d’avoir loupé le 50 km mais en contrepartie j’ai rencontré des gens formidables et des champions au grand cœur reconnaissant de l’aide apportée, mais aussi  des coureurs anonymes dans la souffrance de cette course très exigeante au milieu de la nuit, du froid et des montages omanaises. Alors pour les accompagnants ou si il vous reste des jambes après 130 ou 170km, laissez-vous tenter par ce 10km au bout du monde et je vous assure que vous ne le regretterez pas. !



Conditions dantesques pour la 66e édition de la doyenne des courses d’ultra, disputée dans la nuit du 1er décembre. 13 673 « amateurs éclairés » ont terminé lessivés et crépis de boue l’un des 7 formats proposés. Parmi les 4462 finishers de la mythique SaintéLyon, Céline, qui s’est battue jusqu’au boue !

Céline et son mari Fabien, heureux finishers.

Après un Half Marathon des Sables dans le désert de Fuerteventura, je voulais finir cette année 2019 riche en aventures diverses et variées en beauté. Une dernière course me faisait de l’œil : la SaintéLyon, version solo en 76 km. Je l’avais déjà faite en relais à 4 et j’avais envie de la tenter seule d’autant plus que cette année a vraiment été typée courses « longues distances ».

J’apprends, ravie, que quelques copains du Half Marathon des Sables se décidaient en même temps que moi à y participer aussi. 

Aussi, après un petit trail nocturne au Grand Raid Cathare en octobre, j’ai poursuivi ma préparation en mode trail. Cela tombait bien car depuis quelque temps la météo était parfaitement en accord avec ce qui allait sans doute m’attendre ce 1er décembre : de la pluie et donc de la boue. Les jours passent et j’ai hâte d’en découdre avec cette fameuse SaintéLyon.

©Peignée Verticale_D.Rosso

Combien de couches ?

Jour j : Nous partons de Rouen avec mon mari Fabien et je retrouve avec grand bonheur ma fille qui vit à Lyon et qui nous a préparé des pâtes. Direction la halle Tony Garnier pour le retrait des dossards : je croise Eva et Lionel, les amis de Fuerteventura. Le stress monte. Retour à l’appartement, repos, musique, et préparation des affaires : toute la panoplie « pluie ». Dilemme : combien de couches ? Deux  ou trois ? Ca sera deux et demi, avec un gilet sans manche. Prudente et frileuse, je glisse un sac zippé congélateur (oui, ça sert à tout), un legging, un t-shirt manches longues, des chaussettes et des gants. Question nourriture, les habituelles pâtes de fruits, les barres céréales, et les traditionnels bonbons au chocolat avec une cacahuète dedans qui fondent dans la bouche pas dans la main sont remplacés par des bonbons Haribo pour parer aux coups de mou. 

20h, dernière assiette de pâtes. On est prêts pour se rendre sur la ligne de départ à Saint-Étienne.

Rideau de pluie toute la nuit

Nous y sommes à 23h. Pas de pluie pour l’instant, petit espoir… 23h30. La première vague, celles des élites, allume les frontales, puis toutes les dix minutes, des centaines de traileurs s’élancent au son du micro du speaker et de la musique. Départ pour nous à 00h10, toujours au sec, mais cela ne va pas durer longtemps.  En effet, c’est bien sous les gouttes, de plus en plus drues et soutenus que nous allons ainsi cheminer sur les monts du lyonnais. Deux constantes dans cette nuit glaciale illuminée par une guirlande de frontales, la pluie et la boue. Une quantité de boue, partout ! J’arrive à Saint-Christo-en-Jarez (km18), en 2h10, contente et en forme. Un petit ravito rapide puis je repars vers Sainte-Catherine. J’ai décidé de plus regarder ma montre, j’avance aux sensations dans la nuit noire, froide et humide. 

©PVerticale_C.Hudry
©Peignée Verticale_Marc Daviet

A Sainte-Catherine, point culminant de la course, beaucoup d’abandons. Je n’y pense pas et je continue alors que le ravito est tient en plein air, dur dur de se réchauffer du coup !  Je reprends la course en direction de Saint-Genou-le-camp (il porte bien son nom ce village !), 3ravitaillement  où je sais que je pourrais peut être me poser un peu mais c’est un ravitaillement en boisson liquide uniquement. La fatigue commence à se faire sentir,  je claque des dents, j’ai du mal à me réchauffer mais j’avance. Ce qui me fait tenir c’est de savoir que  le jour devrait bientôt se lever. Je demande l’heure, 6h30.

Terrain glissant permanent !

Là, à l’aube naissante alors que la pluie n’a pas cessé, je pense abandonner. Je suis transie, trempée malgré une veste Gore-tex tout neuve, et j’ai mal au genou. La faute aux  appuis instables dans la boue. Un bénévole adorable m’emmène me réchauffer dans une petite salle. Je remets le mode warrior et opte pour un change complet de toute ma tenue. Je peux repartir, et dans ma tête, c’est désormais certain : yes, je vais finir !

Je fais la rencontre de Frédérique, traileuse émérite de longues distances, et nous déciderons de terminer ensemble. Il reste encore 23 km. Même si cette dernière partie est paraît-il plus facile car descendante, elle reste marquée des passages glissants, très boueux et avec des côtes, notamment celles des aqueducs. Nous alternons marche rapide et course afin de ne pas tomber sur ce sol tellement glissant. Il reste un escalier à descendre et enfin de là, on voit poindre le fameux pont Raymond Barré qui va nous emmener quartier confluences, vers la salle Tony Garnier. Le denier km est interminable, j’apprendrai qu’il fait en fait 1,5 km. L’émotion monte déjà au travers ma gorge sur le pont. Je peux enfin recourir … petits dédales dans le parc avant enfin de franchir cette arche mythique: larmes mêlées de fatigue, de joie et d’émotions … mes 3 filles sont là, fières de leur maman. Mon mari est là aussi, comme d’habitude déjà douché ! J’en termine en 14h36, lui aura fini en 10h37… Je crois que je vais m’en rappeler toute ma vie de cette SaintéLyon. Cela sans aucun doute été une des épreuves les plus difficiles pour moi, avec un moral au top au finish!  À faire, à voir, à vivre au moins une fois dans sa vie. 



Du 31 octobre au 4 novembre, Véronique Messina a participé à l’Ultra Run Rajasthan en Inde. Elle nous raconte ce 250 km exotique qu’elle termine épuisée en 57h24. Trois jours et deux nuits sans dormir pour vivre une fantastique épopée.

Qui est Véronique Messina ? Une sacrée nana ! Cette iséroise de 41 ans vit au Cambdoge. Son dada, c’est les ultras. Depuis quelques années, elle les enchaîne. Elle a notamment couru l’Ultra Gobi (400 km en autonomie dans le désert) qu’elle a gagné en 2016, et début 2019, l’Ultra Trail d’Angkor (128 km) qu’elle a aussi remporté.

Le Rajasthan c’est le plus grand état indien, au nord ouest du pays, peuplé de 68 millions d’habitants. La région agricole est célèbre pour ses somptueux palais de Maharadjas, dont l’un d’eux a justement été privatisé pour tenir lieu de camp de base et d’arrivée, à Ghanerao. Décor digne d’un conte des mille et une nuits, le château a été construit en 1606 tout en marbre et pierres rouges. Waouh, ça en jette !

Le tour de la 3e plus grand muraille du monde !

Le parcours de 250 km est coupé en 10 portions de 14 à 30 km, où des CP sommaires (eau chaude / eau froide, matelas pour dormir) nous accueillent. L’essentiel du dénivelé (5500 m D+) se trouve au début de la course, sur les 3 premières sections, avec notamment le tour de la muraille du fort de Kumbalghar, classé 3ème plus grande muraille du monde.

Impossible de recoller les morceaux de cette épopée à travers la campagne indienne. Les horaires et les compagnons de route se mélangent, les CP se fondent en un seul et même lieu de réconfort dans ma mémoire, les ampoules et le manque de sommeil ont eu raison de moi, je suis à bout et ma course se finit dans un flou vaporeux qui m’enveloppe comme un cocon.

Départ jeudi 31 octobre 7 h du matin. Mon sac (WAA) est trop lourd : de repas lyophilisés, de barres, de piles (gps, et 2 frontales) et d’eau (2.5 L). Mais le portage est confortable. Nous sommes 28 coureurs, expérimentés ou non, à prendre le départ. Pour certains l’objectif est d’atteindre 100 km en mode randonnée… et finalement tout le monde (moins 2 blessés) finira la totalité du parcours sous la barrière horaire des 108 heures imposées ! Comme à mon habitude je pars à mon rythme, nous sommes 7 coureurs en tête du peloton, impatients et curieux de la suite. Les premiers kilomètres servent à trouver mon souffle, à finir les réglages des sangles du sac, à ajuster un déplacement le plus économique possible, à entraîner le regard à scruter le balisage.

Hors-piste avec les singes

Après 1 à 2 heures de course, je me laisse distancer par le peloton de tête, et aborde seule la première portion hors piste. Il faut suivre les marquages roses dans la végétation d’arbustes. Enfin, ce qu’il en reste, car une grande partie du balisage a été enlevée par les habitants et l’utilisation de la trace gps est indispensable pour éviter les erreurs de navigation. Prudente, je n’ai toujours pas sorti mes bâtons et j’avance gps à la main. Le chemin nous amène à un temple situé sur une colline qu’il faut gravir par un sentier d’escaliers où les singes me regardent passer. Je cache ma nourriture bien au fond de mes poches de peur de me la faire voler. 

CP1 – km 32, au pied de la muraille du fort de Kumbalghar. Ambiance particulière, puisque c’est la fête de Divali, la fête des lumières, et le site est envahi par des milliers d’indiens qui viennent visiter les lieux. L’accès au CP se fait difficilement au milieu d’un embouteillage monstrueux et d’un concert de klaxons. Je suis contente d’être à pied, et non au volant car les véhicules sont complètement immobilisés sur cette petite route de montagne.

J’atteins le CP à 11 h 10, je pose quelques affaires pour alléger mon sac (nous repasserons ici pour le CP2), recharge mes gourdes et part à l’assaut de la muraille pour un tour de 14 km à 1100 m d’altitude et 1200 m D+. La muraille a été construite il y a plus de 500 ans, et s’étend sur les collines en une multitudes de marches non calibrées et envahies par la végétation sauvage plus haute que moi. 

Epines, rochers brûlants et serpents

Les épines s’incrustent dans les vêtements, ça gratte, ça pique, ça lacère, aïe aïe aïe !!! Je croise Olivia, première fille qui rebrousse chemin : elle repart en sens inverse car elle a raté le CP et doit retourner pointer. Dur pour le moral.

C’est un terrain idéal pour les serpents, mais j’ouvre grands les yeux avant de poser mes pieds ou mes mains sur les rochers brûlants.

Après 2 heures de grimpette, je me rends compte que je n’ai pas pris assez d’eau, on est en plein cagnard et je m’épuise un peu. Je ralentis le rythme. Et je retrouve Anthony, une des têtes de course, assis sur une marche la mine défaite : il vient de se fouler la cheville, la compétition s’arrête là pour lui. Après avoir mis une attèle et pris un antidouleur il repart avec moi en grimaçant, frustré par cet arrêt brutal. Tous les deux nous retrouvons Emmanuel, les pieds dans un ruisseau, en train de récupérer à l’ombre. Je laisse les deux garçons au frais, et continue d’avancer. Je suis contente de chausser petit car ça dépasse un peu sur les marches ! J’essaie de chasser l’idée que c’est un terrain idéal pour les serpents, mais j’ouvre grands les yeux avant de poser mes pieds ou mes mains sur les rochers brûlants. Je fais le tour de la muraille en 3 h, et retourne au CP1 devenu CP2. Je me jette sur la bonbonne d’eau et sur un verre de coca. Je récupère mes affaires, mange un lyophilisé et repart après 20 mn de pause. Je suis seconde, seul Maik est devant moi.

On reprend la route en descendant (l’embouteillage est toujours là !), et le chemin part rapidement en hors piste à travers champ. Il faut grimper une colline, et je m’arrête souvent pour chercher les petits rubans roses. Ça casse bien les pattes, encore 650 m de dénivelé positif pour cette portion. Le CP3 est en contrebas, au bord d’un ruisseau, j’y arrive alors que Maik est déjà reparti. Je prends le temps de manger un lyophylisé avant de repartir. 

Le sentier suit la rivière, puis il faut la traverser plusieurs fois. La nuit tombe, il est 18 h 30, je peux enfin essayer ma lampe Halepro de 1000 lumens. Quelqu’un me salue derrière moi : Maik ! D’où viens-tu ? tu es censé être devant !! Il s’est perdu 45 mn dans la rivière, et parait un poil énervé ! il me double avec ses grandes jambes et j’essaie de suivre son rythme. Nous alternons course et marche selon le dénivelé, mais je le sème et arrive 5 mn avant lui au CP4. Kilomètre 96, c’était mon premier objectif de la journée, ça c’est fait !

Vincent et Emmanuel me rejoignent au CP, je suis en train de manger mon lyophilisé. Emmanuel enchaîne sans s’arrêter, Vincent se pose.  Je vérifie mes pieds : ça commence à chauffer, la peau est toute fripée à cause des traversées de rivière. Je passe de la crème et remet mes chaussettes mouillées et pleines d’épines. Certainement une erreur.

Première nuit blanche…

J’ai décidé de continuer, je voudrais passer cette première nuit sans dormir. Je repars en tête, mais je ne me fais pas trop d’illusion, je veux juste suivre mon plan de route : avancer autant que possible et de manière régulière avant ma première sieste.

La portion suivante est longue, 29 km, mais sur sentier. Pas de balisage à vue, ce qui est plutôt reposant après cette première journée éprouvante. La trace est tantôt sur chemin, tantôt sur asphalte, et les pieds commencent à chauffer, je sens s’allumer les premières ampoules… Emmanuel me double tranquille à l’entrée d’un village, où est garé un dromadaire. Si, si, j’ai bien vu un dromadaire, je suis encore lucide. La traversée des villages de nuit donne lui à un concert d’aboiements, mais les chiens sont plus effrayés qu’autre chose et je n’ai pas besoin de me défendre, ils font seulement du bruit.

J’ai hâte d’arriver au CP5 pour vérifier l’état de mes pieds, que je devine bien abimés… Et j’ai sommeil, mon plan de nuit blanche me paraît compromis. J’y arrive vers 2 h 20 du matin, et j’y retrouve Emmanuel. Inspection des pieds, je sors les compeed pour limiter les dégâts sous la plante des pieds. Hummm… Kilomètre 120, à peine la moitié…

Escortée en zone tribale

Pause lyophilisé, et sieste 20 mn. Emmanuel m’attend, car la portion suivante traverse une zone tribale qu’il n’est pas recommandé de traverser seule la nuit. Je repars donc à 3 h du matin, avec mon escort boy, en marchant car la course est devenue trop douloureuse sur le goudron. Je suis gênée de ralentir ainsi Emmanuel, qui lui ne semble pas du tout souffrir. Il jouera son rôle à la perfection et m’accompagnera jusqu’à 7 h du matin, lorsque le soleil se lève sur une vallée de jungle et de palmiers. Devant ce paysage surprenant, je me demande quel décor nous avons raté cette nuit. Il part en trottinant et je continue ma progression de marche jusqu’au CP6 que j’atteins vers 9 h. 

Il fait déjà chaud, j’ai mal aux pieds, j’ai mal aux jambes. Je veux dormir 1 h, mais je me réveille après 15 mn. Je rajoute des Compeed aux talons cette fois, je change de chaussettes. Maik et Vincent me rejoignent, alors qu’Emmanuel est déjà reparti. Je repars sous un soleil de plomb, sur le goudron qui m’entame bien le moral et les pieds.

En mode zombie

Sur la route je traverse des villages, les gens sont bien étonnés de me voir passer. Beaucoup s’arrêtent pour demander des selfies, mais je fais ma malpolie et n’interromps pas ma progression ni ma concentration. Je perds mon sourire et commence à grimacer. Je titube, heureusement que j’ai les bâtons et que le chemin est sans danger car mes paupières se ferment et je perds contact avec ce qui m’entoure. Je décide de brancher ma musique, et ce sont les paroles de Brassens qui accompagnent et adoucissent mon calvaire.

Dans un village une vieille femme m’agrippe violemment par le bras en m’interpellant. Je n’arrive pas à me libérer et je comprends qu’elle veut me prendre en photo et me montrer à ses enfants. Non, non, merci, j’ai encore du chemin à parcourir, lâchez-moi ! Je suis en mode zombie. Je sers les dents. J’ai mal, mais ce n’est pas une raison pour arrêter. Ni même ralentir. C’est juste une contrainte supplémentaire qu’il faut accepter. Et oublier que je patauge dans la boue et l’eau sale gorgée de milliards de bactéries…. Est-ce qu’il y a des crocodiles au Rajasthan ?

J’arrive au CP7 (km 175), épuisée, mais le même scenario se reproduit. Je règle mon réveil pour 1 heure, et me réveille après 15 mn. Je demande à voir un docteur, il n’est pas à ce CP. Je continue d’observer l’étendue des dégâts sous mes pieds… 

Je divague…

Emmanuel est couché sur un matelas, il a souffert de la chaleur et a mal au ventre. Il décide de repartir quand même, après s’être reposé 2 heures. Maik arrive épuisé. Vincent arrive plus serein, mais les pieds dans le même état que les miens. On décide de faire équipe d’éclopés et de repartir ensemble en marchant. Maik prend le temps de manger et de dormir un peu, et il nous doublera un peu plus tard, il peut encore courir lui. Nous repartons Vincent et moi, en mode marche rapide. Je suis parfois tellement fatiguée que je n’arrive pas à comprendre ce que voient mes yeux. Est-ce une flaque ? un rocher ? une maison ? un village ? un carrosse ? un kayak ? (oui, après confirmation, ça c’était bien un kayak). Pas très pratique pour suivre une trace gps toutes ces divagations, heureusement que nous sommes deux. 

Certains verront des léopards pendant cette nuit, et seront escortés par la police indienne. Je suis contente de n’avoir ce « détail » qu’après la course !

Forêt de cactus

Nous traversons une forêt, Vincent me pointe quelque chose au pied d’un arbre avec sa lampe : c’est Maik, qui s’est endormi. On vérifie que tout va bien, c’est juste l’heure de la sieste apparemment, on le laisse récupérer. Il nous rejoindra plus tard à la forêt de cactus, un vrai labyrinthe dans lequel nous avons bien besoin de tous nos yeux pour chercher les indices qui montrent le chemin (rubans roses, peinture rose, ou confetti au sol). Je voulais atteindre le CP8 avant minuit, c’est raté, on est déjà samedi. On arrive tous les 3 au CP à minuit 30. Kilomètre 200, ça sent le début de la fin.

Certains verront des léopards pendant cette nuit, et seront escortés par la police indienne. Je suis contente de n’avoir ce « détail » qu’après la course ! Voilà donc à quoi servait le couteau dans le matériel obligatoire !!

Je veux dormir… mais c’est sans compter sur le staff indien qui qui fait vibrer le campement de ses puissants ronflements. Je m’endors dehors, mais avec la fatigue et la rosée, je me retrouve vite grelottante malgré ma polaire. On m’enveloppe dans une couverture se survie, ce qui prolonge mon repos de quelques minutes bien nécessaires. A mon réveil, on me présente le médecin indien. Qui me confirme mon diagnostic : « ce sont des ampoules » 😊 Il me tend un onguent pâteux marronnasse, à tartiner sur les plaies et laisser agir une heure : euh, non, je suis en course. Il me tend des anti-douleurs : euh non, je veux juste désinfecter. Il me donne un bandage : ben non plus, il faut que je puisse rentrer le pied dans la basket. Il me tend une aiguille pour percer : ah oui ça je veux bien, mais tu en aurais pas une stérile, plutôt ? Bref, je me débrouille. Je perce, je compeede avec mon dernier pansement, et je repars en me jurant de ne plus regarder mes pieds avant l’arrivée.

Passage « aquatique »

Nous repartons vers 2 h 45. C’est un passage aquatique qui nous attend : de nombreux bras de rivière envahis par les algues vertes à traverser. Avec la fatigue, j’ai l’impression qu’on tourne en rond. C’est comme ce vieux monsieur indien, à qui je dis bonjour depuis jeudi, c’est toujours le même avec ses vêtements blancs, son turban rouge et ses moustaches. Une fois il accompagne ses chèvres, une fois il porte un tas de branches sur sa tête, une fois il boit son chai massala à l’ombre d’un arbre, une fois il me double à vélo… Peut être mon ange gardien…

Nous arrivons au dernier CP vers 9 h 45. Je m’endors 10 mn le temps que ma soupe de nouilles soit prête. Nous repartons vers 10 h 20, et je mets le compte à rebours en marche : le calvaire finit dans 6 h. J’ai quand même besoin de m’octroyer des siestes flash de 5 mn pour garder les yeux ouverts. J’ai acquis le don de m’endormir à la seconde où je me pose. Et de me remettre en marche dès que le réveil sonne. La charge tient 2 heures. La dernière section est monotone, avec de longues lignes droites de goudron. Un berger et son troupeau nous accompagnent en discutant sur quelques kilomètres. Pas besoin de compter ses bêtes pour m’endormir ! 

8 km avant l’arrivée, William un copain de Vincent arrive à notre rencontre, et il sort de son sac à dos un coca et une bouteille d’eau frais. Je l’aime ! Cette rencontre signe le réveil, mes yeux s’ouvrent à nouveau, je sais qu’il vient de l’autre monde, le monde des vivants, et que nous serons bientôt au bout de nos efforts. Allez, droite, gauche, clac clac font les bâtons sur le goudron. Les pieds brûlent, les jambes sont lourdes, mais la douche m’appelle. Un dernier tour du village, au milieu des cochons et des chèvres taguées en rose, et le palais en vue, roulement de tambour, finish line, je m’écroule à l’ombre épuisée, soulagée, vidée. 

Fantastique épopée

Je n’avais jamais eu de blessures pendant une course, j’ai appris à oublier, à faire diversion. Savoir que la blessure n’est pas grave aide à relativiser. Être accompagnée aussi, pendant les 75 km, permettait de régler le pas. Les paysages bien sûr, l’étonnement, l’émerveillement, l’amusement devant un petit détail, une image insolite, un rayon de soleil dans la poussière… Tant que le corps est en mouvement, le but approche. Et puis une fois visualisée la ligne d’arrivée, toutes les peines s’évaporent, la magie des fins de course et des drogues cérébrales.

Avec Maik, Vincent et Emmanuel

L’autre point noir était le manque de sommeil, j’ai dû dormir moins de 2 heures en 57 h de course, dur dur de rester lucide et de marcher droit avec tant de fatigue accumulée. Mais le terrain n’était pas dangereux, et autorisait les zig-zags et les pas trainants. Impossible de faire un break, mon cerveau ne me laissait pas dormir plus de 15 mn d’affilé. Comme c’est lui qui commande, je n’avais pas le choix ! 

Je me suis bien rattrapée depuis et tout est rentré dans l’ordre. J’ai adoré l’expérience, pour toutes ces sensations ressenties, bonnes ou mauvaises, qui m’aident à mieux me connaître, et cette fantastique épopée en mode zombie sur la terre des Maharadjas. Incredible India.

  



Jésus, alias Gilbert Dantzer, vous l’avez forcément déjà croisé. Il a couru 266 marathons, torse nu, couronne d’épines sur la tête et croix sur le dos. Dominique Cado partage sa rencontre avec cette figure de nos pelotons.

Nous sommes quelques-uns à avoir entendu parler de Jésus né à Bethléem, ville où les Ali et les Mohamed font fureurs et qui a trouvé le moyen de trouver douze hommes qui se prénommaient Pierre, Paul, Jacques, Luc et les autres et qui en plus buvaient du vin. Je pense que ce fut son plus grand miracle. Mais nous, marathoniens nous avons notre Jésus à nous.  On le connait tous. Obligatoirement. Avec 266 marathons à son compteur, nous l’avons tous rencontrés un jour. Obligatoirement. Et lui, son miracle c’est de courir un marathon très souvent, avec un record à 2h53′ à Reims en 1996.

Jamais incognito…

Son déguisement est facile à deviner, après que Dominique Chauvelier, un jour que les cheveux de Gilbert aient pris de la longueur, l’appelle Jésus. La suite ? Le torse nu avec quelques stigmates dessinés, un vague short blanc de l’époque romaine, sans oublier la couronne d’épines et bien évidemment une croix portée sur le dos.

Célèbre sur la terre entière, logique, des Amériques à l’Afrique en passant par l’Asie et l’Europe, il a parcouru plus de 10 000 km par petits bouts de 42,195 km sans jamais s’entraîner. Il est vrai qu’à la moyenne d’un marathon tous les 15 jours est-ce bien nécessaire ? Et puis il faut bien un peu de temps pour guérir des stigmates musculaires.

Au rythme de ses foulées, il a bien essayé de passer inaperçu, mais rien n’y fait. Quelle que soit sa métamorphose , il est reconnu et adulé comme un symbole.

Accessible au possible notre Jésus prêche la bonne parole dans l’attente des départs pour tenter d’effacer nos péchés de jeunesse ; comme croire qu’en partant vite on arrivera plus vite parce que le glycogène se sera transformé en ravitaillement du Marathon du Médoc ; comme croire que le 3h30′ prévu sans avoir connaissance de sa VMA fera l’affaire et que le mur des lamentations généralement au trentième kilomètre se transformera en une vue du Saint-Esprit.

Lève-toi et cours !

Dessin de Sébastien Lamart  :http://sebastien-lamart.blogspot.fr/
 

Nous on l’aime notre Jésus. Son âge a le double de l’autre, et il reçoit à chaque office marathonien une ovation de ses fidèles dans la fraicheur d’une ligne des bips. Dans les derniers kilomètres il suffit qu’il dise : « Lève-toi et cours » pour que l’on retrouve de l’énergie.  

Sa naissance au marathon a lieu en 1987 et depuis il quête le plaisir avec ses apôtres pour faire la fête sur une Scène longue de 42,195km. 

Personne n’imagine le trahir même à travers le chas d’une porte. Sa gentillesse, sa disponibilité sont devenues légendaires et que peut-on lui souhaiter ? Sûrement pas de souffrir du tétanos à cause de quelques clous rouillés, il a passé l’âge. Sa croix il la porte sur son dos pour le plaisir de tous les coureurs et des spectateurs ; alors souhaitons-lui encore de nombreux marathons pour porter la bonne parole du créateur de cette distance qui nous fait tellement rêver, même si il nous arrive d’y rencontrer le diable.

Retrouvez d’autres belles rencontres, une foule de conseils variés et des sujets bien emmenés du marathonien breton Dominique Cado sur lalignebleue.net



Le Trail de Bourbon, deuxième des courses du Grand Raid de La Réunion, c’est déjà un gros morceau. 111 km et 6500 mètres de dénivelé positif pour rallier Cilaos à Saint-Denis. Chantal Boussac, de Rocamadour, nous raconte cette traversée bien relevée. 38h inoubliables !

Je me présente… Chantal, j’ai 51 ans. Je vis dans le Lot, près de Rocamadour. J’ai débuté la course en octobre 2007 avec pour objectif de« courir un marathon sans marcher »  pour mes 40 ans l’année suivante. Je n’avais jamais couru de ma vie, mis à part pour l’épreuve du Bac, une vingtaine d’années auparavant. Après mon premier marathon, à Toulouse, en octobre 2008, j’ai attrapé le virus. Nouvel objectif : améliorer mon chrono. J’ai recouru le marathon de Toulouse en 2009 et 2010. Cette année là, j’ai rencontré un groupe de trailers dans mon voisinage et j’ai donc commencé à courir sur les chemins. En 2011, j’ai couru le Marathon des Causses à Millau, puis en 2012 le Grand Trail des Templiers (72 km, environ 3500 D+) et 2013 l’Endurance trail (100 km, 5100 D+) toujours à l’occasion de ce festival. 

Depuis une petite dizaine d’années, mon mari, Christophe, et moi partageons des sorties dominicales et des « week-ends trails » avec un groupe d’amis trailers. Au fil des années les copains se sont lancés sur des courses aux formats de plus en plus longs, tels que le  Mercantour, la Restonica en Corse, l’Euskal trail au Pays Basque, la 6666 mais aussi l’Ultra-trail du Mont-Blanc, 100 miles Sud France, Euforia d’Andorre, et même le Tor des Géants et le Tor des Glaciers cette année. En 2015, trois d’entre nous se sont alignés sur la Diagonale des Fous et en ont fait un tel récit que l’envie de vivre cette aventure ensemble a grandi. C’est ainsi qu’en décembre 2018, nous nous sommes inscrits au Grand Raid. Mon expérience des ultras étant bien moins importante – je n’avais jusqu’alors que 2 trails de 100 km à mon actif – j’ai pris un dossard pour le Trail de Bourbon, la petite sœur de la Diagonale. Patrick, un des copains, qui allait participer au Tor des Glaciers en septembre 2019 a accepté de s’inscrire pour m’accompagner. 

Direction Cilaos

Selfie au départ. ©DR

Dimanche 13 octobre. Nous sommes donc 8 coureurs et 2 accompagnatrices à mettre le cap sur Saint-Denis de la Réunion. Départ le dimanche 13 octobre, quelques jours d’acclimatation puis, c’est la course. 

Vendredi 18 octobre, 16h30. Nous voilà Patrick, Céline et moi à bord du minibus en route pour Cilaos sur la nationale 5 surnommée « la route aux 400 virages ». … a posteriori cela donne le ton de la course. Au volant, je sens le stress monter : la peur d’arriver en retard à cause des centaines de véhicules engagés sur cette route de montagne sinueuse et étroite avec des virages en épingles où se croiser est impossible – heureusement, Patrick était là pour m’aider à manœuvrer – ; l’inquiétude pour Christophe qui avait commencé sa Diag la veille au soir après une prépa bien compliquée et bien sûr, l’angoisse de ce Bourbon qui m’attend. 

Plus de 2 heures plus tard, nous voilà garés à quelques centaines de mètres du stade de Cilaos. La nuit est tombée et la température a chuté depuis notre départ de Saint-pierre. Nous enfilons des vêtements chauds: seconde peau à manches longues, t-shirt obligatoire et veste de pluie pour moi, mais je reste en short-jupette. Nous avalons un bol de riz avec du thon et nous descendons vers le stade avec nos sacs de délestage… ils pèsent une tonne ! Après avoir laissé Céline avec Cathy et Michel, qui a dû abandonner à Cilaos à cause de son problème au ménisque – ils vont faire l’assistance de nos copains sur la Diag – nous voilà dans la file des coureurs pour entrer dans le stade. Après de longues minutes, nous pénétrons enfin dans l’arène où des bénévoles vérifient le matériel obligatoire dans nos sacs. Puis nous déposons nos deux sacs de base de vie. Je me mets à l’abri sous une tente de ravito et là une jeune femme, micro et camera en main, m’interroge sur mes impressions à quelques minutes du départ de ces 112 km. Patrick me rejoint et nous nous rendons près de la grille du stade. J’enlève ma veste de pluie car je sais que je vais vite me réchauffer, vu le dénivelé qui nous attend… 

Hell Bourg, la bien nommée 

Le portail s’ouvre, un angoissant mouvement de foule nous emporte littéralement vers la ligne de départ. 21h, sous quelques feux d’artifice nous voilà partis sur une route montant au « Bloc » où nous empruntons un sentier au cœur de la forêt. Une ascension de 1100 m. de D+. Dès le départ, nous avons un bel aperçu de ce qui nous attend : des racines, des roches et des marches, beaucoup de marches, encore des marches. La montée se fait au milieu du flot des 1300 concurrents. Je me sens plutôt bien. Nous mettons 3h01 pour atteindre le 1er ravito au gite du Piton des neiges. Là j’enfile ma veste, mes gants, j’avale une banane et nous voilà repartis pour un peu plus de 11 km de descente. Des pierres, des racines, des échelles et surtout de la boue, beaucoup de boue… un véritable enfer pour les trailers au milieu de la forêt primaire de Belouve, plantée de fougères arborescentes et autres végétaux gigantesques. 4h05 pour atteindre la bien nommée Hell Bourg ! Nous poursuivons la descente après le ravito avant d’entamer une nouvelle ascension. Le jour se lève. Nous franchissons plusieurs fois une ravine. Les paysages sont splendides, nous apercevons des cascades au milieu d’une végétation luxuriante sur des parois abruptes. Je veux faire des photos mais mon portable est déchargé. Une coureuse de la région parisienne chemine un moment avec nous le long de la rivière, nous parlons un peu, c’est agréable. 

Micro-sieste dans la forêt…

©DR

Après la Plaine des Merles et 11h13 de course, je ressens un gros coup de mou. Nous sommes sur une partie du parcours plutôt facile au milieu de la forêt des Tamarins, pourtant je ne parviens pas à avancer. Le soleil commence à chauffer, j’ai sommeil, je suggère à Patrick une micro-sieste, la première de ma vie ! Nous nous installons un peu à l’écart du chemin, sur un coin herbeux. Patrick programme son alarme et à peine allongée je m’endors. Les 5 minutes écoulées je quitte le maillot de l’organisation trempé de sueur, j’enfile un t-shirt propre et nous voilà repartis jusqu’à Marla où nous mangeons une assiette de riz avec du poulet. Patrick a plus d’appétit que moi. Je change mes chaussettes, mes pieds commencent à être douloureux à cause en particulier de la descente dans la boue jusqu’à Hell Bourg. Nous repartons vers 11h du matin ; je n’ai plus du tout la notion du temps, j’ai l’impression d’être en milieu d’après-midi ! D’ailleurs je ne suis en mesure de donner ces horaires que grâce au suivi live que je consulte en rédigeant ce récit. 

Nous entamons une nouvelle descente. La chaleur commence à se faire sentir. Lorsque nous arrivons à la Rivière de Galets, je pense que le ravito de Roche Plate est là… mais non, il faut remonter ! La chaleur est étouffante. Patrick m’explique le circuit, m’indique Mafate, me montre le parcours de la Diag. Nous atteignons enfin l’école de Roche Plate, plus de 3h pour environ 9 km…Nous sommes au km 53,7, à 1 100 d’altitude et nous allons entamer l’ascension de la 2ème grosse montée, celle du Maïdo à 2030 m d’altitude (j’aime la sonorité de ce nom ; je vais moins aimer le parcours pour l’atteindre !). 

Trop chaud sur Maïdo

Afin de regagner un peu d’énergie avant cette longue ascension, une micro-sieste s’impose dans les filaos au bord du chemin. Je me recroqueville, la tête sur mon Camelbak, Patrick met l’alarme, je ferme les yeux, j’entends une coureuse me souhaiter « Bonne nuit », il est aux alentours de 15h ! Je souris les yeux fermés et je sombre pour 5 minutes. Nous nous attaquons à l’ascension du Maïdo… Il fait chaud, la montée est éprouvante à flanc de paroi…Patrick m’annonce le dénivelé positif qu’il nous reste à parcourir. Pour m’aider, me motiver mon partenaire fait des comparaisons avec des parcours que je fais à l’entrainement. J’ai l’impression de ne pas avancer, que cette ascension est sans fin. J’entends des clameurs, j’aperçois des coureurs au sommet qui parait si loin… Nous y sommes enfin, un faux-plat descendant et nous voilà au poste de Tête Dure, il est 17h11, le soleil va se coucher. Après avoir avalé quelques coquillettes, il faut se couvrir de nouveau et sortir la frontale. Ma montre m’annonce un kilométrage supérieur à celui annoncé sur le profil… 

Il neige ou je rêve ? 

©DR

Nous sommes sur une partie alternant plats et petites bosses ; je relance souvent ce qui m’use avant la longue descente sur un sentier plutôt roulant. Je suis fatiguée. Le sol est couvert d’une épaisse poussière étrange qui, à la lueur de le frontale, ressemble à de la neige. Nous sommes un peu perdu au niveau du kilométrage… Après avoir traversé des taudis d’Ilet Savannah, nous atteignons enfin notre base de vie à 21h40, après 24h40 de course. Il fait trop froid pour se doucher. Nous mangeons un rougaille saucisse avec du riz, je nettoie mes pieds, je les « nok », je change mes chaussettes et nous décidons de faire un petit somme de 20 minutes, sous une tente et sur un lit de camp pour une fois ! L’alarme sonne et nous voilà repartis. Il faut traverser la Rivière de Galets, mon pied droit glisse, je jure, je renonce aux galets et finis la traversée dans l’eau ! C’était bien la peine de changer mes chaussettes… 

Dimanche 1h31 du matin, après une petite ascension au cours de laquelle une nouvelle petite pause dans un champ de canne à sucre s’impose, nous voilà sur le chemin Ratineau puis le fameux chemin Kalaa, une nouvelle grosse difficulté de par sa technicité (racines, gros rochers…) et la fatigue. Puis nous descendons vers La Possession.

La Possession, ce nom sonne bien dans ma tête… plus que 3 étapes et nous serons à La Redoute ! Nous arrivons à La Possession à 3h54. Là après avoir fait le plein d’eau, j’aperçois des morceaux de chocolatine et des petites tartines de confiture d’abricot sur la table du ravito. Enfin de la nourriture qui me fait envie ! Je prends un thé délicieusement sucré, je « petit-déjeune » ! Un régal ! 

Compagnon à 4 pattes

©DR

Je quitte le ravito revigorée. Après quelques centaines de mètres une petite chienne, type Jack Russell, commence à nous emboiter le pas. Je lui donne un morceau de barre de céréales afin qu’elle cesse de nous suivre mais rien n’y fait. Cela m’inquiète car je crains qu’elle ne se perde. Nous entamons la montée du fameux chemin des Anglais, pavé de « dalles » de lave. Le sommeil me tombe de nouveau dessus, le jour se lève ; nous atteignons un faux-plat montant et nous nous installons sur des feuillages secs. La petite toutoune se couche à nos côtés. Je ferme les yeux, j’entends les pas d’un coureur et je m’endors. Les 5 minutes « réglementaires » écoulées nous nous remettons en route, la petite chienne a disparu! Nous descendons vers grande Chaloupe. Il est 6h57, je retrouve la petite toutoune couchée auprès d’une coureuse allongée sur le sol, qui se fait masser par un proche. Tellement de chiens errants à la Réunion… cette petite Jack cherche à se faire adopter. Ça fait mal au cœur ! 

Sur le chemin des Anglais. ©DR

Nouveau changement de t-shirt avant d’entamer la dernière montée. Plus que 700 m. de D+ environ et nous atteindrons Colorado, le dernier ravito avant la délivrance ! Cette ultime ascension débute par la 2ème partie du Chemin des Anglais. Nous atteignons une route. Les muscles de mes cuisses et mollets commencent à se tétaniser, les crampes sont proches. J’avale un gel antioxydant, je croise les doigts et serre les dents. Après une petite partie sur la route nous entamons l’ascension d’un monotrace de terre rouge très raviné. Patrick est devant moi, je place mes pas dans ses pas, je ne veux pas décrocher, j’avance, j’avance, j’avance…

Colorado, dernier ravito

Nous pointons au poste de Colorado à 9h40 ; Patrick m’annonce 2h de descente jusqu’à La Redoute. Nous revêtons le maillot réglementaire. J’ai un regain de force. On mettra moins de 2 heures, c’est décidé! Je descends bien, nous dépassons des coureurs, j’avance, j’avance, j’avance… On entend la clameur, on aperçoit les premiers spectateurs, les proches, les ravitailleurs des coureurs venus à leur rencontre. J’ai envie de pleurer mais il faut rester concentrée, la descente reste technique. Nous sortons du sentier, le stade apparaît, mon partenaire m’indique qu’il faut faire 200 m de piste avant de franchir la ligne d’arrivée. Christophe est là, avec son maillot jaune et la fameuse inscription « J’ai survécu ». Un baiser et il court à nos côtés. Il est 11h05 du matin Patrick et moi terminons dans la main après 38h05 de course, 115,3km et 6 560m de D+.  Christophe, Laurence, la compagne de Patrick, et tous les copains sont là ! C’est juste énorme, inoubliable !

©DR

À aucun moment, je n’ai pensé abandonner mais j’ai eu de nombreux moments de doute pendant lesquels je me disais que je n’étais pas à la hauteur de ce défi. Ces montées éprouvantes et interminables, ces descentes techniques et sans fin, cette boue, ces rochers, ces racines, ces marches, cette chaleur, cette végétation, ces ravines ont mis mon mental à rude épreuve !  J’ai trouvé la ressource nécessaire pour avancer grâce à toutes les personnes qui m’ont encouragée avant le départ et qui me suivaient de loin. Un big-up spécial à Elise qui dans son joli message FB a partagé avec moi un texte très inspirant de Werber. Un énorme merci aux Courts-circuitées et à leur géniale vidéo de motivation. WarriorVictoria, ma famille, ma fille, Mathilde et ma grand-mère de 98 ans ont souvent été dans mes pensées, sources de réconfort et de motivation. Dans les moments difficiles, je me suis répétée des « mantras » stimulants : « Entre possible et impossible deux lettres et un état d’esprit », « La douleur est provisoire, l’abandon définitif », « Avancer, avancer, ne penser qu’à avancer » et j’ai compté, compté « un, deux ; un, deux ; un, deux… » pour rythmer mes pas en montée. Et Patrick, bien sûr. Un énorme merci à toi, tu m’as tellement aidé dans la gestion de la course : les ravitaillements, les micro-siestes, la connaissance du parcours, le réconfort, les encouragements… J’ai beaucoup appris à tes côtés. Je n’ai pas été très causante au cours de ces 38h, j’en suis désolée ! Ce qui n’empêche que courir en binôme et partager une course de la ligne de départ à la ligne d’arrivée est définitivement une aventure formidable ! 



Depuis la rentrée, Julien Devanne enchaîne les victoires. Mieux. A un mois d’intervalle, ce consultant informatique licencié du FreeRun/A3Tours cumule les titres de champion de France sur semi-marathon et sur marathon. Une consécration !

Un doublé inédit. Julien Devanne vit une saison au sommet. Le 13 septembre à Auray-Vannes, il était sacré champion de France sur semi-marathon en 1h06’40’’. Le 25 septembre, il a remporté à l’arrachée Paris-Versailles en 52’. Le 6 octobre, il a gagné le semi de Run in Lyon en 1h08’21’’ avant de devenir, le 13 octobre, champion de France sur marathon à Metz en 2h25’27’’. Ce doublé semi et marathon, à un mois d’intervalle est assez inédit. On se souvient qu’Aline Camboulives l’avait réussi en 2015. Côté masculin, la référence est un certain Dominique Chauvelier. En 1990, l’athlète avait cumulé deux titres sur marathon et 25 km. Pour la petite histoire, les « France » de semi-marathon (21.1 km) n’existeront qu’en 1992. Julien Devanne avait alors trois ans. Il démarrera l’athlétisme quelques années plus tard en catégorie « poussin ». 

©PhotoRunning-FFA.

Après plusieurs places sur les « France » de semi-marathon ces dernières années, vous avez décroché votre premier titre national sur cette distance à Auray-Vannes, le 13 septembre. Racontez-nous… 

«  J’ai commencé l’athlétisme à Angers, où j’ai grandi, à l’âge de 8 ans. Je rêve depuis longtemps d’un titre de champion de France sur n’importe quelle distance. Il se trouve que c’est sur semi-marathon que je m’exprime le mieux. En coupant le fil de la ligne d’arrivée à Vannes, c’était un peu le feu d’artifice, la consécration. On passe une heure à courir à fond, il y a le stress de battre les adversaires, l’adrénaline de la ligne d’arrivée, le fait de repenser à tous les entraînements difficiles, tout cela se bouscule en quelques secondes… »

En bref. 30 ans, consultant informatique, habite à Lyon, licencié au club FreeRun/A3 Tours. Son palmarès avant 2019 : 10e des championnats de France de semi-marathon 2018 à Saint-Omer en 1h06’07’’, 3edes championnats de France de semi-marathon 2017 en 1h04’07’’ (2017), 2e des championnats de France de semi-marathon 2016 à Marcq-en-Baroeul en 1h05’47’’. Ses meilleurs chronos : 1h04’07’’ sur semi, 2h17’21’’ pour son premier marathon à Paris (2019). 

©E-Lemaistre. Victoire en 52 minutes sur le dernier Paris-Versailles.

Après ce titre à Vannes, vous avez gagné les week-ends suivants Paris-Versailles et le semi de Run in Lyon… 

« Oui, j’ai bien enchaîné. A vrai dire, Paris-Versailles n’était pas prévu. Suite à mon titre à Vannes, l’organisation m’a invitée à cinq jours de l’épreuve. J’étais en forme, je me suis dis que c’était peut-être le moment de gagner cette grande classique. Je n’avais pas repéré le parcours, ce que je ne fais jamais d’ailleurs. Je savais juste qu’il y avait deux bonnes bosses que j’ai bien gérées. Ensuite, le semi de Lyon était prévu. J’habite à Lyon depuis deux ans, et ce ‘Run in’ est un peu un championnat du monde local. Je portais les couleurs de mon entreprise, comme beaucoup de coureurs sur l’événement d’ailleurs. »

Sur votre lancée, vous avez décroché le titre de champion de France sur marathon à Metz le week-end suivant… 

« Oui, ce titre sur marathon c’était mon objectif de l’année. Le championnat de France de semi n’était qu’une étape. Mon chrono à Metz n’est pas fou (2h25’37’’, NDLR) mais je visais le titre avant tout. Sur les championnats, on court moins vite que sur les gros marathons car ce n’est pas la même stratégie. On court sans lièvre, en se jaugeant mutuellement, le but étant d’être le premier à l’arrivée. J’étais annoncé comme favori, ce qui m’a mis une pression supplémentaire au départ mais j’ai bien réussi à tirer mon épingle du jeu. Pourtant, cela n’a pas été simple. Courir un marathon, que l’on soit élite ou amateur, est toujours difficile. Décrocher le titre sur cette distance, après celui sur semi, c’était un très grand moment que j’ai vécu avec ma famille, et mon club FreeRun/A3Tours. Je pourrais dire que c’est l’apothéose de ma carrière sportive, mais j’espère vivre d’autres moments aussi intenses ! »


Quelle est la prochaine étape pour vous ?

« Porter le maillot de l’équipe de France ! Je représenterai la France sur Marseille-Cassis le 27 octobre, dans le cadre d’un challenge méditerranéen de courses sur route. En 2020, il y aura deux échéances avec les championnats du monde de semi-marathon en mars en Pologne, puis les championnats d’Europe de semi-marathon, en août à Paris. J’espère y participer. »

Avez-vous d’autres objectifs pour 2020 ? 

« J’aimerai bien recourir un marathon rapide, en 2h15’. A moyen terme, je vise 2h13’ sur la distance. Je retournerai peut-être à Paris, où j’ai couru mon premier marathon en avril dernier (en 2h17’21’’, NDRL) mais rien n’est décidé. » 

©Photorunning-FFA

Une semaine d’entraînement type pour vous, cela ressemble à quoi ? 

« En préparation marathon ou semi, je cours en moyenne 150 km par semaine. Cela peut varier de 100 à 180 km par semaine, de 6 à 14 entraînements. Je cours seul, coaché à distance par mon entraîneur Jean Theurel. Chaque semaine, je garde toujours la même structure, en trois séances « phares ». Le mardi, je fais du fractionné court, par exemple des 15 x 200 ou 300 mètres. Le mercredi, je fais du fractionné long,  avec des séries de 15 répétitions de 500 mètres à 800 mètres. Le dimanche, je fais des sorties longues de deux heures. Soit à allure constante, à 16km/h. Soit en variant l’allure avec 1h à 14 km/h, puis 1h avec des variations d’allures entre 16 et 20 km/h. En dehors de cela, je fais des footings à 13 km/heure. »

Entre votre travail de consultant informatique et vos entraînements, comment vous organisez-vous ? 

« C’est le plus gros souci car il faut trouver un bon équilibre entre vie professionnelle et entraînement. Je jongle entre trois créneaux, le matin de 6h30 à 7h30, sur la pause déjeuner du midi ou bien le soir après 19h. Je m’adapte en fonction de mon emploi du temps professionnel. C’est un équilibre précaire car tout peu vite se dérégler en fonction d’impératifs ou de baisse de forme… »


Soignez-vous particulièrement votre récupération ?

« Je ne fais rien de particulier côté récupération. Je n’ai même pas le temps d’aller voir un kiné ! On me dit souvent de moins m’entraîner. En même temps, ma dernière blessure date d’une quinzaine d’années. Plus jeune, je m’hydratais mal, je courais même lorsque j’étais malade, ou je m’entraînais trop dur en étant parfois proche de la blessure. Maintenant, je me connais bien, je sais ne pas me mettre dans le rouge. » 

©Marathon de Metz-Mirabelle. Fier d’être champion de France de marathon !

Quel conseil donner à ceux qui débutent en course à pied ?   


« Je pense qu’il faut courir à la sensation, sans trop se poser de questions sur son cardio ou ses allures. Je vois parfois des débutants qui prennent des nutritionnistes ou qui se focalisent sur l’équipement. Tout cela représente des gains marginaux, et ne remplace pas le plus important : courir, s’entraîner, toujours en gardant la notion de plaisir. » 

Quelle clé pour progresser ? 


« En premier lieu, je dirai qu’il faut s’entraîner à courir vite. La compétition, c’est toujours le reflet de ce que l’on fait à l’entraînement. Et la course, c’est des mathématiques. Si l’on est capable de courir 10 x 1000 mètres à telle allure à l’entraînement, alors on sait qu’on peut faire un 10 km à la même allure en compétition. »



Patrick Malandain, normand de 59 ans, a enchaîné deux transcontinentales en un temps record. New York-Los Angeles, puis Vancouver-Halifax soit 10 732 kilomètres en 102 jours. 

Patrick Malandain sur sa traversée des USA

CV Flash. Court depuis ses 30 ans, a rallié Le Havre à Istanbul (2009), participé à la TransAmerica (2011), traversé l’Australie (2013), parcouru l’Europe en 10 000 km et 100 jours (2016), détient le record des 1000 km de France. Son site : patrickmalandain-ultrarun.com 

Parti le 19 mai de New York, Patrick Malandain est arrivé à Los Angeles le 4 juillet. 4 801 kilomètres plus à l’Ouest, 46 jours plus tard. 104 kilomètres quotidiens en moyenne sur cette traversée des Etats-Unis, la 3e performance mondiale. Mais ce n’est qu’une première moitié pour ce Normand. Après quatre jours de transit, il est en effet reparti côté Canada, pour le retour. Cette fois, de Vancouver jusqu’à Halifax. Et 5931 km avalés en 56 jours, soit 105 km en moyenne par jour.  

J’ai perdu 11 kilos et tous mes ongles de pieds.

Rien n’est impossible !

Un défi hors-norme, une première mondiale inédite à ce jour. A vrai dire, cet exploit, lui non plus ne le réalise pas. C’est fou ! Une chose est sûre, une intime conviction : rien n’est impossible. « Les seules limites que nous ayons, c’est celles que nous nous fixons. Le mental fait 99,9 % du travail sur ce type de défi », affirme ce père de famille.

Patrick Malandain a basculé dans l’ultra à 45 ans, en rencontrant Serge Girard, globe-runner hors pair, normand aussi. Les défis de ce voisin lui donnent des fourmis. Patrick Malandain se met à dépasser les bornes. Havre-Istanbul, traversée l’Australie en 38 jours, l’Europe en 10 000 km s’enchaînent jusqu’à cette double traversée  « US we can ». 

Une aventure familiale

Qu’est-ce qui l’a poussé à refaire ses lacets, chaque matin à 4h15, qu’il pleuve ou qu’il vente ? Goût du défi, bien sûr, pour ce compétiteur. « Chaque projet est égoïste au départ. Mais cela devient une aventure familiale. Depuis dix ans, ma femme Fabienne assure toute la logistique sur place. Mon fils Mathurin, resté en France a assuré la communication. ». 

Ses enfants, c’est justement un moteur. « Je n’ai pas grand-chose à leur donner mais j’espère leur montrer que dans la vie, on peut faire des choses. Il y a aussi mes sponsors, les gens qui me suivent… Je me dois d’être à la hauteur. » 

Une belle portion sur la mythique route 66.

Le mental encore. Et le corps ? Il trinque, forcément. « J’ai perdu 11 kilos et tous mes ongles de pieds. A mi-chemin au Canada, un genou a doublé de volume et j’ai eu des contractures aux cuisses pendant des jours. On s’habitue à la douleur, ça rentre dans l’ordre, les endorphines reprennent le dessus » assure l’ultra-fondeur.

Au jour le jour, rien n’a été simple en effet. «  J’étais parti pour battre le record du monde New York-Los Angeles. Je me suis très vite rendu compte que c’était injouable car le vent soufflait fort, de face tous les jours. ». 

Cette traversée des USA, il l’a déjà faite, en 2011 en sens inverse, sur la TransAmerica. Il l’avait bouclée en 2e positionen 73 km par jour en moyenne, avec une fracture du bassin sur la fin… Cette fois donc, malgré la météo contraire, il a monté le volume d’un cran, enchaînant parfois jusqu’à 16 heures de course par jour ! 

Patrick Malandain heureux de sa double traversée USA-Canada
Un camping-car a suivi Patrick Malandain durant toute sa traversée des USA et du Canada.

Une course infernale contre le temps 

« Nous sommes arrivés épuisés à Los Angeles. Même le camping-car est tombé en panne. Pendant ce transit, j’étais stressé. Nous avions déjà réservé nos billets d’avion. Le bateau était affrété pour notre camping-car. Pas le choix, il fallait que nous soyons le 3 septembre à Hallifax ! C’était une course infernale contre le temps. J’étais programmé pour y arriver mais je n’aurai pas fait 10 bornes de plus ! »

Pas le temps de faire de tourisme. « J’ai vu de beaux paysages, comme un bout du désert de Mojave aux USA, mais nous avions tracé les itinéraires au plus court, parfois via des deux fois deux voies. ».

Il a bien sûr fait des rencontres furtives avec des routiers intrigués. Et des anecdotes, en pagaille., comme le fait « camper » un soir sur un bout de la Route 66 abandonnée. Ces souvenirs forment un film que Patrick se repasse en boucle. Depuis son retour, il court toujours. La nuit, dans sa tête. En attendant le prochain défi…