Marie, 48 ans, s’est surpassée sur le Half Marathon des Sables des Canaries. Avec son amie d’enfance Céline, elle est allée au bout de ces 120 km en trois étapes. Une aventure inédite pour cette mère de famille qui n’avait jusqu’à présent jamais vraiment couru…

Je m’appelle Marie, j’ai 48 ans et vis à Londres. Je m’occupe de mes 3 garçons après avoir vécu dans différents pays du monde. Il me reste notamment une attache très forte en France, mon amie Céline. Aujourd’hui, nous sommes le 12 décembre 2018, c’est son anniversaire. Elle va avoir 45 ans dans 1 minute et je viens de me décider : je lui envoie un simple SMS : « Bon anniversaire Céline et c’est oui. »

Ce « oui » signifie que je viens d’accepter de faire avec mon amie d’enfance 120 km dans le désert en courant (au secours !) et en autonomie alimentaire totale. Elle a 45 ans. J’en ai 48. Elle court. Je marche. Elle vit en France, je suis en Angleterre. On se connaît depuis… 45 ans. On a partagé des belles choses mais pas encore de challenge sportif. Cela sera donc le Half MDS aux Canaries, dans le désert de Fuerteventura. 

Je suis à gauche, au milieu, Céline, à droite, Sandrine.

Mais qu’est-ce qui m’a pris ?

Céline n’en revient pas, super heureuse alors que moi je suis déjà en train de me dire : « Mais qu’est-ce qui t’a pris ». C’est dit. Impossible de reculer. Sauf que… Ces derniers temps, un drôle de karma rode autour de moi ces derniers mois : une brulure au sein au second degré avec de l’eau bouillante, une inflammation de l’aponévrose sous un pied, une chute en vélo à 30 km/heure avec déchirure interne et externe, des points de sutures un peu partout et des béquilles pour le début de l’été 2019. 

Les dieux seraient-ils en train de me chuchoter quelque chose? Car plus le temps passe, moins la pointe qui me torture le ventre diminue, bien au contraire. Le stress sans cesse me murmure : faut s’y mettre. Je suis sportive mais là c’est différent. Je marche, je ne cours pas. Mais je sais que sur une épreuve comme ce half MDS, la marche rapide est parfaitement possible pour réussir à passer les barrières horaires.

Je retrouve Céline pour une virée shopping, enfin plutôt « matos ». Je choisis mon sac pour ces 4 jours en autonomie mais il arrive au final assez tard une fois la commande passée. C’est sûr, il ne sera pas assez essayé. Les guêtres sont prêtes à J -2. Les sachets de nourriture lyophilisée seront à découvrir sur place. Je ne lâche pas Céline. Le docteur a donné son accord. Le podologue et l’ostéopathe aussi. Les amis et famille sont derrière moi… 

La date fatidique approche. Nos retrouvailles sont prévues le samedi soir à l’hôtel Playitas. Nous allons enfin pouvoir échanger, nous préparer, sans doute aussi stresser. Seulement voilà, Céline n’arrive pas. Elle est bloquée à Barcelone à cause d’une grève, obligée de passer la nuit là-bas, avec une grosse frayeur sur un parking de l’aéroport mal famé, un chauffeur de taxi douteux. Mais au final elle arrivera bien dans son hôtel de fortune pour une nuit imprévue avant de me rejoindre à Fuerteventura le lendemain midi.

Je suis perdue toute seule…

Pendant ce temps à l’hôtel Playitas, je suis perdue toute seule. Je ne vois que des gens qui ont l’air d’être des professionnels du trail, l’équipement est souvent trompeur, oui je sais bien, mais quand même ! Pire : je les vois heureux de partir lundi pour cette course. Leur langage n’est clairement pas le mien. J’attends Céline en ravalant mes larmes de stress. 

Dimanche. Céline arrive enfin. On fait les vérifications santé et équipements obligatoires. On compare nos sacs. Elle me donne des conseils, puis on dîne – chic une double ration de féculents ce soir – avant de filer au lit. 

C’est le grand jour, le road book, précieux graal de ce half MDS nous a été remis. Je sais désormais à quelle sauce je vais être mangée. J’ai une pointe au ventre. Mon débit de parole est réduit mais le sourire est là. Nous montons dans le bus, direction le départ de la première étape. Je cache ma frousse mais je suis plus silencieuse que d’habitude.

Pas une peur panique et stupide. Une peur de l’inconnu mais surtout de ne pas savoir où j’ai mis les pieds. « Je n’appartiens pas à ce monde ». « Non je n’ai jamais couru de marathon ». « Juste 42 bornes avant mon accident. Au rythme de course et marche ». « Non je ne lis pas les revues spécialisées, j’ai un peu du mal à visualiser ce que un chiffre D+ représente. Mais j’ai une montre GPS, une Garmin même. Ouf pour ça je suis au moins comme tout le monde…

 Voici la ligne de départ, le speaker, la musique… Bon, il va falloir courir ! Céline donne la foulée sur un chemin plutôt plat au départ mais très vite ça monte, et ça monte fort… Mais comment je vais tenir ?  Courir 4 jours comme ça, c’est impossible pour moi. J’ai juste envie d’abandonner dès ces premiers kilomètres. Envie de pleurer, de partir et de tout lâcher pour retrouver un univers connu. 


C’est quoi un CP ? 

Mais nous continuons, entourés d’autres concurrents. La chaleur ne me gêne pas. Le sac à dos et les pieds non plus. J’ai juste peur de ce qui m’attend. Et puis on arrive en haut de cette interminable montée. Là, waouh, une vue ma-gni-fique. De quoi oublier toute la souffrance et laisser s’envoler mes doutes de la montée. Devant nous,  une longue plage sauvage, celle de Coffete. 10 km de sable mou. Ni plus ni moins. Je sors les bâtons. Et là … je marche. Je m’y mets. C’est parti.

Le sable est présent à chaque foulée. La mer et le ressac des vagues aussi. Le soleil tape. On m’a dit : « ressens les éléments. Ils sont là. Pose ton pied sur le sol et prend l’énergie ». Je respire les embruns, je me vide la tête. Ma cuisse coince. Sans doute un début de contracture musculaire. Pas grave, on avance.

Céline est claire: « Il ne faut pas perdre de temps pour les CP. » « C’est quoi un CP? ».  « Un check point ! » « Ah, d’accord je le saurais ». On parle. On se tait. On se regarde. On avance en se calant l’une derrière l’autre ou l’une à côté de l’autre. Premier CP.  « On est dans les temps Céline ? ». Elle de me répondre « oui ça va, on a 3 heures d’avance. » « Non mais sérieux ! ». Je lui crie dessus le tout accompagné de gentils mots, impossibles à écrire ici…

Le ton est donné. Elle ne me laissera rien passer et va me motiver comme ça jusqu’au bout, nous franchissons la ligne de ces premiers 30 km avant la nuit. Contentes. Une autre inconnue démarre alors pour moi. Le bivouac et ses tentes. Ce sont des petites tentes individuelles regroupées en alvéoles de 8 tentes.

Je me sens timide devant cet infini de tentes. Le vent claque. Il fait froid. Et l’aventure va réellement commencer. Seule dans ma tente. Un peu perdue, je ne sais comment m’installer. Des années que je n’ai pas fait de camping !

Puis il faut préparer à manger pour ce soir, ce sera froid, impossible d’allumer un feu avec ce vent d’enfer. Préparer son sac pour demain, puis passer au PC médical pour mes pieds déjà remplis d’ampoules. Des seaux de bétadine sont installés, il faut y tremper ses petons et apprendre à soigner ses ampoules sous les ordres bienveillants du médecin Patrick Basset. Ames sensibles s’abstenir.

Séance d’escalade au 37ekm…

La fameuse plage de Coffete. ©Alexis Berg.

Ah et il faut aussi sortir pour aller faire pipi. C’est loin. Il fait nuit. Il fait froid. Les tentes claquent. La condensation fait tomber les gouttes sur le visage à partir de 3 heures du matin. Pas Je verse encore quelques larmes, j’envoie quelques sms. Il faut que je dorme. Demain réveil à 5h du mat. Départ à 6h. Lampe frontale pour l’étape longue. C’est 56 km qui s’annoncent. C’est la journée tant attendue, redoutée de ce half MDS. Ensuite, il y aura un jour de repos pour se remettre de tout ça.

Cette étape va dérouler doucement, finalement sans stress malgré le passage difficile attendu vers le 37e km où il faudra monter dans un canyon en plein soleil. En fait, s’agira carrément une séance d’escalade. Après avoir marché le long d’une plage puis sur une corniche en surplomb de la mer.  

Nous n’avions pas nos guêtres de protection anti-sable pour ce second jour. Elles nous ont lamentablement lâchées dès la première étape, car nous ne les avions pas cousues sur nos chaussures, mais simplement collées. Nous ferons donc régulièrement des pauses pour vider le sable de nos chaussures. C’est long 56 km. Quand enfin l’arche d’arrivée se dessine, après avoir passé tous les CP dans les barrières horaires autorisées, un immense soulagement m’envahi. On se le dit et se le redit : on finira et on finira à deux. 

Solidaires avec les copains de tente

Si je réussis cette étape-là alors la dernière se fera. Nous arrivons juste avant la nuit et les voisins rencontrés la veille sont là. Il fait nuit mais nous allons tous partager un repas chaud. On se serre les coudes, c’est la solidarité de l’alvéole 38 qui va donner naissance à de belles amitiés. Jean-Marc, Lionel, Isabelle, Nathalie, Sandrine qui nous rejoignent Céline et moi. L’énergie passe vite. Elle passe bien. S’ajouteront à notre petit groupe 38 – the place to be – bientôt Eva, Karine, Laetitia, Nicolas et d’autres encore.

Journée de repos, soins des pieds, des jambes, sieste à l’abri du vent, lavage du linge. On papote. On rit. On déjeune. On refait les journées. On est bien. Le vent claque mais aujourd’hui on y attache moins d’importance. Coca frais servi vers 17h, et très vite la nuit tombe de nouveau sur le bivouac avant l’ultime étape de cette aventure.

Demain, c’est 5h du mat pour le départ. Tente pliée, sac un peu vidé. On remet cela. Dernier jour. Dans quelques heures la ligne d’arrivée tant espérée. Musique à fond en haut d’une montée de 2 km que nous avons du faire à pied sur du bitume pour mieux la redescendre quand le coup d’envoi de cette ultime étape sera donné.

L’arrivée, c’est tout la bas… ©Alexis Berg

Cours, on se retrouve à l’arrivée…

On commence à reconnaître les visages. Céline veut courir. Je ne peux pas. Ma cuisse coince. La liberté dans l’amitié : vas-y et on se retrouve sur la ligne d’arrivée en bas à l’hôtel. Je parle plus qu’avant. On arrive même à se moquer en discutant avec mon acolyte du jour pour cette dernière étape. Concentrée, je monte, je descends, je monte encore et je descends et j’arrive en vue de l’hôtel avec Jean-Marc. On franchit l’arrivée ensemble. C’est fort. C’est irréel comme ambiance. La fierté de se voir remettre la médaille et le t-shirt du finisher. Ce trophée qui sera exhibé pendant plusieurs jours. 

Finisheuse et heureuse !

 Céline arrive bientôt en courant de sa chambre. Elle s’est douchée, s’est dépêchée mais a loupé mon passage de ligne. Ce n’est pas grave l’essentiel est ailleurs,  on a nos médailles, le pari est réussi : on l’a fait. Finishers ! 

Il est temps maintenant de se faire tout beau tout propre pour la soirée de gala. L’alvéole « 38 » ne se reconnaît pas tout de suite. Changement de décor. Dîner à table, entre gens élégants. On rit. On dîne. On rit encore. On est heureux. Les pieds sont abîmés. Les dos coincent. Les chevilles sont gonflées. La course est finie mais on reprend nos discussions laissées quelque part dans ce désert. Vient le moment incontournable des projets. Et toi tu veux faire quoi la prochaine fois ? Laissez-moi réfléchir, un nouveau challenge ? Et pourquoi pas, j’ai bien réussi celui-là !



Premier marathonien français à inscrire son nom au « Seven Continents Club », Philippe Paillaud a écrit son premier roman policier, Marathon rouge sang, paru aux éditions Cédalion. Cet ouvrage captivant associe l’univers du running à une enquête criminelle à rebondissements…

Philippe en bref 66 ans. Membre du Seven Continents Club. Finisher de 24 marathons, dont ceux de New-York (1991), Santiago du Chili (1995), King George Island (2007) et Moscou (2016). Record : 3h36 (Dubaï, 2001). Auteur du Marathour du monde en sept continents (2007, éd. Patrimoines et médias) et Marathon rouge sang (2018, éd. Cédalion, 15€ – disponible en librairies sur commande et sur les sites www.editionscedalion.com et et www.lalibrairie.com

« Quand l’épervier se lamente devant un nid vide, les étourneaux voltigent alentour, insultant à sa douleur », écrivait Prosper Mérimée, dans sa nouvelle ‘‘Colomba’’. La vendetta, guerre privée de vengeance entre familles, était au cœur de l’intrigue. Elle l’est aussi dans Marathon rouge sang, le premier roman policier de Philippe Paillaud, premier marathonien français à inscrire son nom au « Seven Continents Club », en 2007. Le coureur originaire de Melle (Deux-Sèvres) fait même de l’ouvrage de l’auteur de Carmen un testament pour l’assassin, dont l’identité ne sera connue qu’après 300 pages d’une enquête tortueuse et captivante. Comme dans Un risque à courir de Jean-Marie de Dinechin, le monde du running est au cœur de l’intrigue. Les victimes assassinées, Sylvie Joubert (fille d’un sénateur) et Christian Delmont (propriétaire d’une boutique de sport), étaient engagées au marathon de Paris. La psychose d’un serial killer de joggeurs s’empare de la capitale. 

V comme vendetta

Le commissaire Dougret, surnommé Gotlib pour sa ressemblance avec le héros de la BD Rubrique-à-brac, mène l’enquête. Mais le personnage central de l’histoire est son principal soutien, Bertrand Letellier, un journaliste sportif et marathonien émérite. Celui-ci  renaît de ses cendres après une longue déchéance qui le vit perdre un emploi en or, ses amis, sa femme et sa fille. Une rencontre fortuite avec Céline, une ex-collègue de travail devenue patronne de la revue ‘‘Run & Fun’’, l’a relancé. Il est à nouveau journaliste en vogue et coureur d’un club parisien au moment des meurtres qui impliquent ses amis Christian Delmont (la seconde victime) et Carlos Garcia (le premier suspect). Sa quête de vérité le pousse à investiguer avec Dougret et à comprendre que des événements survenus en 1960 en Kabylie et au Chili en 1974 sont les clés des meurtres. Lorsque Gina Guyot, femme d’un riche viticulteur, est à son tour assassinée pendant le marathon du Médoc, l’étau se resserre. Mais les rebondissements seront encore nombreux avant de savoir si l’assassin est un coureur ou un spectateur à l’affût.

Marathon et polar

Sur le dernier Salon de running, devant le stand du marathon du Médoc évidemment..

Cette œuvre de fiction, qui évoque la quête d’intégration et dénonce racisme, nationalisme et loi du talion, associe à merveille vécu de marathonien et enquête criminelle. « En 2007, mon premier livre Le Marathour du monde en 7 continents, qui permit de reverser 9 000 € à la Ligue contre le cancer, retraçait les marathons à travers le monde qui m’avaient guidé jusqu’au Seven Continents Club. Après ce projet, la journaliste et romancière Isabelle Horlans m’a persuadé d’écrire un roman, qui puisse toucher un plus large public. Mon vécu professionnel et des recherches sur l’Algérie et le Chili, deux pays qui m’ont toujours passionné, sont au cœur de cette intrigue complexe», explique Philippe Paillaud. Mais les runners ne sont pas oubliés. « Mon polar inclut des récits de mon marathon de Paris de 2015 et des évocations d’épreuves à l’étranger auxquelles j’ai participé entre 2008 et 2016. Les histoires ou les caractéristiques de vrais marathoniens se cachent derrière des personnages centraux tels que Cécile Bertin (Céline), Patrick Candé (Patrice), Guy-Marie Guéret (Jean-Marie Aubusson) et Lucien Brain (Lucien Train). Bien souvent, la fiction rejoint la réalité. Et, tout au long de l’enquête, l’univers du running est omniprésent. Dans le final, la technologie dans le domaine de la course à pied est même décisive », annonce l’écrivain-marathonien. 

Article rédigé par Julien Bigorne, paru dans le numéro 201 de Running Attitude.



Inconnue il y a neuf mois, Hinke Schokker, Néerlandaise âgée de 35 ans, a, depuis, remporté l’un des plus prestigieux 100 km d’Europe, établi une meilleure performance mondiale de l’année et disputé les Mondiaux de trail. Stupéfiant !

Eastermar, village de 1 500 âmes blotti entre deux lacs de la province de Frise, aux Pays-Bas, fait parler de lui. Connu jusqu’alors pour son top model Doutzen Kroes, qui y est née à l’hiver 1985, et l’incroyable histoire de ses habitants qui se sont partagés 53 millions d’euros à la loterie en janvier 2018, ce bourg fait encore les gros titres des journaux grâce aux exploits de son athlète Hinke Schokker. Un phénomène qui a surpris les locaux eux-mêmes. Les gens du pays la connaissaient surtout pour sa passion des chevaux, sa timidité et sa thèse de doctorat en médecine. Il la percevait comme la fille de Lou (propriétaire d’une ferme) et de Tineke (femme politique, aujourd’hui maire de Vlieland, à 60 km de là, sur une île de la mer des Wadden). Mais tout a changé le 8 septembre 2018. Ce jour-là, Hinke est inscrite aux 100 km de Winschoten. L’épreuve, qui a été support de plusieurs Championnats du monde, est l’une des références européennes de l’ultrafond. La physicienne clinicienne de l’Université de Groningen est presque là par hasard. 

Exploit à Winschoten

« Je n’avais alors jamais couru plus de 21 km en compétition », révèle la Néerlandaise, venue à la course à pied sur le tard, après ses 30 ans. « Dans la vie quotidienne, j’étais de plus en plus essoufflée. J’ai voulu faire quelque chose pour y remédier. J’ai commencé à courir sur les 5 km entre ma maison et mon lieu de travail. Puis, avec des collègues de travail, nous avons commencé à nous entraîner pour un semi, que j’ai bouclé en 1h45. J’ai ensuite rencontré mon mari, Paul Van Snick, marathonien finisher des Six Majors. En 2018, nous avons décidé de disputer le Marathon de Berlin. Mon premier marathon. Pour le préparer, j’ai cherché des épreuves dans le secteur. Il n’y avait que les 100 km de Winschoten. Beaucoup de personnes ont voulu me dissuader de le faire. Mais comme il s’agissait de 10 tours de 10 kilomètres, sur un circuit plat, j’ai pensé que ce serait un bon plan pour mon entraînement. Je pouvais m’arrêter à tout moment », raconte-t-elle. Sauf qu’Hinke ne s’est jamais arrêtée. 

Après 50 km courus à la sensation en 3h41, le public commence à s’intéresser à cette non-licenciée, sans entraîneur, sortie du néant tel le ‘‘Hollandais volant’’. « Dans le final, les gens faisaient du bruit et la holà à mon passage. C’était une nouvelle et très belle expérience », savoure l’inouïe Frisonne, lauréate en 8h00’34, avec 45 minutes d’avance sur sa dauphine. « Personne ne s’attendait à ça. Avec ce chrono, j’aurai pu être championne et recordwoman des Pays-Bas. Mais je n’avais pas de licence de club et je n’ai pas eu droit à ces honneurs ». Hinke a gagné bien plus : l’attention et la confiance en soi. Une semaine plus tard, elle a bouclé le Marathon de Berlin en 2h51. « Après cela, j’ai contracté une petite blessure au genou. Mais je suis vite revenue encore plus forte », indique la désormais sociétaire du Sv Friesland. 

Ascension fulgurante

Son année 2019 tient du chef-d’œuvre. « J’ai signé la meilleure performance mondiale de l’année sur 100 km (7h48’14 le 23 février sur la piste de Steenwijk ; temps amélioré depuis par la Croate Sustic et la Tchèque Churanova), fini le Marathon de Tokyo en moins de 3 heures malgré les trombes d’eau, remporté les 60 kilomètres de Texel et le Trail du roi d’Espagne dans le Limbourg », résume Hinke, qui, après chaque exploit, reçoit un baiser de son époux et l’affection de son chien Bram, un chihuahua d’un an. Le 8 juin au Portugal, elle a participé aux Mondiaux de trail, honorant sa première sélection en équipe des Pays-Bas, aux côtés de la tenante du titre Ragna Debats. « J’ai vomi, connu des maux de tête et chuté. Mais j’ai tout de même fini dans le top 100 de ce trail de 44 km comptant 2 000 m de dénivelé », raconte Hinke. Son prochain défi ? Battre le record des Pays-Bas du 100 km réalisé fin 2018 par Irène Kinnegim (7h35’44). Peut-être le 12 octobre à Amiens…              

Un article de Julien Bigorne, article paru dans Running Attitude 202.



Le célèbre chef cuisinier Thierry Marx est aussi marathonien. Il sera au départ des 20 km de Paris, qu’il parraine cette année. L’occasion d’en savoir un peu plus sur la place du sport dans sa vie.

Etre le parrain des 20 km de Paris, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ? 

Thierry Marx : «  Je savoure le fait d’être le parrain de ces 20 km de Paris avec beaucoup de bonheur. Ça représente le sport, ça représente le lien social, ça représente un lien avec mon métier. La cuisine c’est « plaisir-bien-être et santé ». Le sport, c’est aussi « plaisir-bien-être et santé ». »

Quelle est la place du sport dans votre vie ? 

« Le sport est indissociable de ma vie. Le mouvement est indissociable de ma vie. Le sport, c’est mon premier plaisir du matin, au même titre que mon café. J’ai couru 17 marathons, 3 semis, et des trails aussi. Il m’est arrivé dans la vie de me laisser aller physiquement. Immédiatement, c’est le sport qui a reposé le cadre, qui m’a redonné une dynamique créative et une énergie pour être chef bien sûr, mais aussi chef d’entreprise. Le sport c’est magique. »

Avec Benoit Campargue, de l’association Pass’sport pour l’emploi.

Les 20 km de Paris soutiendront Pass’Sport pour l’emploi, association pour la réinsertion pour le sport que vous avez co-fondée. Expliquez-nous votre implication pour cette association…  

« Quand la vie frappe fort, on peut perdre confiance en soi. Le sport permet assez rapidement de se rééquilibrer, de se re-calibrer, corps et esprit. Et ça, on le démontre avec Pass’Sport pour l’emploi. C’est 100% de retour à l’emploi pour des jeunes qui a un moment donné se croyaient assignés à un quartier, à un échec scolaire, à une difficulté de vie passagère. Le sport est un cadre éducationnel qui leur permet de dire « je lâche la main du passé ». Rigueur, engagement, régularité. C’est le modèle du sportif qui nous permet de les aider. En course à pied, il faut regarder devant soi. Ce n’est pas le chemin parcouru qui compte, c’est le chemin qui reste à faire. Le sport est là pour nous aider, il ne faut jamais l’oublier. D’ailleurs quand je vois le travail et le succès des handisports, je dis chapeau bas. Il n’y a pas de raison de se plaindre. On avance. Même quand c’est dur et quand la douleur est un peu là. Si on a mal, c’est qu’on est vivant. Et si on est vivant, on avance, c’est ça la course ! »

Quel est votre plus beau souvenir de coureur ?  

« Je pense à Béhobie-San Sebastian. C’est une course particulière où l’on part du point de frontière de Béhobie pour arriver à San Sébastian et ce n’est qu’une course de côte. Ce jour-là, j’ai fait un bon temps. Je me suis accroché à un copain, qui lui ne voulait pas faire de temps. Je me suis mis derrière lui, je n’ai pas craqué et il m’a tracté jusqu’ à la fin. C’est un grand souvenir de camaraderie même si, pour l’anecdote, mes copains ne s’attendaient pas ce que je fasse un bon temps ce jour-là. Du coup, je me suis retrouvé à l’arrivée en simple short et maillot, sans sou à attendre qu’ils reviennent me chercher, et c’était long. »

La cuisine, c’est un travail d’équipe, on parle de brigade de cuisine. La course à pied, c’est un sport individuel. Vous auriez pu faire un sport d’équipe ? Qu’est-ce qui vous fait choisir la course à pied ? 

« Je pense qu’il n’y a pas de sport individuel. Certes vous êtes seul pour courir, pour monter sur un ring ou un tatami mais il y a autour de vous un écosystème bienveillant qui a permis que vous soyez là. Il ne faut pas l’oublier. On va plus vite tout seul mais on va moins loin. Si on veut aller loin, il faut un petit groupe autour de soi .»

©Vincent Krieger.

On parle d’une équipe de chefs cuisiniers au départ de la 41eédition. Vous en savez plus ? 

« On a lancé plusieurs pistes. Il y a des gens très discrets dans ce métier et qui font vraiment de la course à pied, puis d’autres qui en parlent beaucoup et qui ont font un peu moins. On verra qui sera là. En tout cas, il y a un exemple pour nous cuisiniers, c’est un monsieur qui a toujours démontré que le sport était bon pour la cuisine. Ce monsieur c’est Gérard Cagna, un grand de la profession, qui a démarré chez Maxim’s en 1962. Il a 74 ans et sera au départ. Il s’est inscrit car j’étais parrain. Initialement, il ne voulait pas refaire la course. Il fait encore de très très bons temps et démontre que le sport dans le monde du travail permet de durer dans de bonnes conditions. Et pour cela, je salue Gérard Cagna, qui a encore un rôle modèle pour moi et qui m’a beaucoup aidé dans la transmission du savoir-faire. »

Quel message aux coureurs des 20 km de Paris ? 

Le message est assez simple, je leur dis : pensez aux libellules. Vous allez partir d’un pont, y’a de l’eau, pensez à ces petites insectes. Les libellules n’abandonnent jamais. Elles ne reculent jamais. Vous avez 20 km à faire, donc allez au bout. Peu importe le temps. Le temps est contre vous, mais vous allez voir, la magie de l’arrivée, le bonheur de l’arrivée peu importe le temps que vous aurez mis. »



Dominique Cado, marathonien breton de 66 ans partage son expérience de coureur sur son site lalignebleue.net dont le succès l’amène à écrire un deuxième livre. Rencontre. 

EN BREF. Dominique Cado, retraité, 66 ans, habite Vannes, a couru 20 marathons, meilleur temps en 3h34’. Son prochain défi : terminer les 177 km de l’Ultra-Marin où il s’est cassé le nez trois fois Son livre de chevet  : Marathon de François Peronnet. Son site : www.lalignebleue.net. Son Facebook : Dom Kdo.

Cette ligne bleue qui guide les marathoniens, Dominique Cado en a fait sa muse. Le fil d’Ariane de son premier livre, édité chez Amphora. De A à Z, toujours avec un zeste d’humour, ce lexique vulgarise le jargon du coureur de fond. Amuseur, empêcheur de tourner en rond, ce Breton en est un bon. D’une page à l’autre, les calembours y jouent des tours. 

Depuis sa publication, Dominique Cado prolonge les bons mots en ligne. Chaque semaine, ce professeur de cuisine retraité partage ses écrits sur son site internet. Fartlek, PPG, seuil, VO2max, VMA, negative split : chaque terme est décrypté. Souci de simplicité, plume soignée, ton décomplexé. En tout, plus de 250 articles partagés, du billet d’humeur au plan marathon, avec un franc succès. Son site compte plus 2,5 millions de visiteur dans 147 pays. Une surprise pour Dominique qui s’est lancé dans cette aventure « on line » par simple envie de partager. 

Trente-cinq ans de tabac

Pas de diplôme d’entraîneur, mais une somme de « bagages » amassés à grandes foulées. La passion l’a gagné sur le tard, à l’aube de la cinquantaine. « Après trente-cinq ans de tabac à raison d’un voire deux paquets de cigarettes par jour, je me dis qu’il va être temps de croquer la vie à pleins dents plutôt que la mort à pleins poumons. Mon médecin m’a laissé le choix entre la natation, la course à pied ou les médicaments, drôle de triathlon… comme je nage comme un menhir, et que les médicaments ne me semblent pas encore la solution, il me reste la course à pied, pas ma tasse de thé… », raconte-t-il en substance à l’entame de son livre.  Son cardiologue, multi-marathonien, lui montre alors le chemin. Après un mois de footing, une folle envie : courir le marathon du Mont-Saint-Michel pour ses 50 ans. A l’époque, confesse-t-il, «  j’avais du mal à courir deux kilomètres ! ». 

Rien d’exceptionnel…

Pari tenu au pied de la Merveille, un dimanche de mai 2002 en 4h15’. « Rien d’exceptionnel mais un bonheur indescriptible ». Depuis, 20 marathons bouclés – sa distance fétiche – mais aussi des semis à la pelle, un 24h et quelques trails, notamment les 56 et 86 km du Raid du Golfe du Morbihan, chez lui, à Vannes. Son meilleur temps sur 42 km ? 3h34’. Rien d’exceptionnel, ajoute-t-il encore, si ce n’est que ce temps’ correspond au potentiel de ses 57 ans. « Lorsque l’on se rapproche de son potentiel, on est exceptionnel. J’ai plus d’admiration pour quelqu’un qui termine en 4h30 à son plein potentiel, que pour quelqu’un qui boucle en 3h, alors qu’il a un potentiel de 2h30. Pour cela, il faut connaître sa VMA, et courir son marathon à 80% de sa VMA », insiste le marathonien. Et lui, cherche-t-il toujours à coller à sa VMA ? Plus maintenant. «  Je n’en vois plus l’intérêt, je n’ai plus rien à me prouver. En revanche, si je peux accompagner une personne proche de son mieux, je le fais avec plaisir ». Dominique s’entraîne trois à quatre fois par semaine toute l’année, en endurance et en incorporant des séances de fartlek principalement. Jamais au-delà du trop, toujours à l’écoute de son corps. « Il faut savoir écouter ses jambes plutôt que sa tête, qui voudrait parfois que l’on aille s’entraîner matin et soir, c’est le danger ! » ajoute le master. Conseiller les autres plutôt que courir pour soi, voilà désormais son mantra. Dominique partage ainsi sans compter. Blago-bloggeur, meneur d’allure parfois, il anime aussi des chroniques sur le running les week-ends sur Larg’, la radio du Golfe. Son actualité, c’est un deuxième livre, La ligne bleue prend son envol 2, condensé de ses conseils bien avisés, qu’il peaufine. Bref, une retraite bien occupée pour ce coureur « lambda » extra.

La ligne bleue se décline… Après avoir mis à l’honneur son ami peintre et marathonien Vincent Dogna en couverture de La ligne bleue de A à Z (Amphora), son deuxième opus, La ligne bleue prend son envol jonglera avec la mouette « rieuse » du jeune dessinateur Sébastien Lamart. 



L’Angevin Ludovic Levêque est venu à bout du terrible Norseman. 3,8 km de natation dans l’eau glacée d’un fjord norvégien puis 180 km et 3 800mD/+ de vélo et un marathon musclé de 1 800mD+ pour finir. En 15h30’, il a décroché son graal : le t-shirt noir du finisher. 

Bergen, le 31 juillet. A peine atterris, nous prenons la route pour notre camp de base, une petite maison située à Kinsarvik, en face du fameux Eidfjord où je nagerai dans quatre jours. Dans cette aventure norvégienne, j’ai embarqué Elise, ma compagne et support-runner, ma mère, mon père, conducteur de la voiture suiveuse, mon cousin, Bertrand, support-runner, sa femme Manira et leurs enfants. Jérôme Vaglio, mon coach physique et Bastien Pla, mon coach diététique me suivent depuis la France. 

Cap sur le Grand Nord

Ludovic Levêque fait partie des rares français finishers du terrible Norseman, Ironman disputé en Norvège.
(Photo by Alexander Koerner/nxtri.com)

Il est temps de goûter l’eau fraîche du Grand Nord. Allez, 20 minutes de baignade dans le fjord. L’eau est à 14°C. Pas si froide finalement… On enfourche ensuite les vélos pour reconnaître les 40 premiers kilomètres et faire tourner les jambes. Les sensations sont bonnes.   

2 août, tic tac, tic, tac plus que 24 heures. L’excitation monte. Je récupère mon dossard et mes bracelets puis j’assiste au briefing d’avant-course. La vidéo des éditions précédentes donne la chair de poule. Dans la salle noire, nous sommes 200 concurrents. Et personne n’en mène large. Car demain, ce sera nous…

Je prépare mes affairesvec Elise, ainsi que chacun de nos sacs pour la partie trail avec le matériel obligatoire. Le reste de la famille équipe les voitures et gère les repas. Nous serons en complète autonomie, tout doit être méthodiquement planifié. 

5h, le coup de corne du Norseman

Ludovic Levêque fait partie des rares français finishers du terrible Norseman, Ironman disputé en Norvège.
(Photo by Alexander Koerner/nxtri.com)

Samedi 3 août, c’est le grand jour. Le réveil sonne à 1h du matin. La nuit fut courte mais j’ai réussi à fermer les yeux. Nous installons le vélo dans le rack et préparons mes affaires de natation. Le ferry est là. Il me fait autant peur que rêver. J’avoue, j’ai la boule au ventre. J’embrasse tout le monde et embarque pour une courte traversée.

Le ferry s’arrête, un jet d’eau s’actionne au fond pour nous éviter le choc thermique. La gueule arrière du navire s’ouvre sous les applaudissements. Fierté, peur, magie, tout cela se mêle jusqu’à ce que je saute…

Un big jump puis je rejoins les kayaks de l’aire de départ. Sept ans que j’attends ce moment ! C’est indescriptible. Et pourtant les 5 minutes d’attente, dans l’eau à 10°C,sans bouger me paraissent une éternité. Je tétanise. 

A 5h pile, la corne retentit. Les pagaies se lèvent ; c’est parti ! « Go. Pose ta nage et sors de l’eau  », voilà ce que je me dis. La natation, c’est mon point faible. Je perds des places d’entrée et termine les 3 950 mètres en 1h17. Satisfait. Sauf que les autres sont des torpilles, du coup je pointe 218esur 290 concurrents à cette première transition. Bon, le t-shirt noir est encore loin… 

Sur le vélo, les jambes à bloc, le ventre en vrac

Elise m’attend au parc à vélo. Je suis tremble comme une feuille. Grâce à son aide, je fais au plus vite pour m’habiller. La route est encore longue. 185 km à rouler, avec 3 816mD+ pour commencer. Je pense pouvoir doubler 50 à 60 concurrents. Je gère les 25 premiers km sans assistance, et remonte bien. J’ai les jambes, tout roule.

Au 25ekm, je pointe dans les 160 premiers. Je retrouve mon équipe, m’alimente, puis sans aucune raison, mon abdomen gonfle comme un ballon. Problèmes intestinaux et pauses « obligatoires »… Du coup forcément, kje perds du temps. 173eplace. Le moral en prend un coup.

Pour la première fois, je doute. Vais-je terminer ? Je me ressaisis, boosté à distance par Jérôme et Elise et Bertrand. A force de volonté, de chocolat et de coca, la niaque revient. Je pose le vélo en 163een 7h14. Transition rapide en 2’30’’ toujours grâce à Elise, qui me fait carrément mes lacets. 

Maintenant, le marathon

Place au marathon : 42 km et 1 816mD+ sur les sentiers à pied à présent. J’ai une idée fixe : gagner au moins cinq places. Je suis confiant. La course, c’est mon point fort. Après 10 km, je pointe 151e. Je gère. Sauf que, galère, mon intestin débloque. La valse recommence.

Le rythme est plus lent que prévu mais j’avance. Devant moi, certains craquent, marchent. On est tous dans le dur. J’arrive au pied de Zombie Hill (25ekm) en 133e position. Nickel. Elise enfile son sac Camelbak, prête à en découdre à mes côtés. On avance en compagnie de Benjamin, un autre Français, et son support-runner. On attaque les 7 km les plus raides ensemble. Ça monte en permanence, minimum 7%, et on double un maximum. Le rythme est soutenu, l’ambiance bonne. Le cut-off se situe au 32,5ekm. 

Irai-je au sommet ?

Ludovic Levêque fait partie des rares français finishers du terrible Norseman, Ironman disputé en Norvège.
©Kai Otto Melay

Seuls les 160 premiers pourront poursuivre vers le sommet… Est-ce que j’en serai ? Gros stress. Puis gros ouf, arrivé à la tente, on m’annonce 121e. Quel bonheur ! Après toutes mes galères, je suis dans les 160 premiers. A moi le t-shirt noir. Photos, larmes embrassades… Puis Elise me recadre : la course n’est pas finie !

Encore 10 km, direction le sommet du Gaustatoppen. Je suis à bout. Et on grimpe encore. Je râle, me plains, tout en marchant. Ckeckpoint : le staff vérifie mon matériel, ma lucidité et m’ouvre la voie vers le final, un chemin tout en pierres et rochers.

Une soupe aux larmes

J’ai tellement donné pour arriver jusqu’au 32,5ekm que à ce moment précis, je suis cuit. Plus de jus. Plus de force pour lever les pieds. Plus de lucidité – est-ce qu’on me double, est-ce je double ? je ne sais plus… Elise devant, Bertrand derrière, ça tourne. Moi, au milieu, je regarde dans le vide. Ce foutu sommet n’arrive jamais !

Sans eux, je ne sais pas si j’aurai eu le courage de finir. Pas après pas, la dernière crête arrive, puis on grimpe encore des marches, puis un tapis. Ah, cette fois, c’est l’arrivée, la vraie. On se met à pleurer tous les trois. Je ressens de la fierté et de l’émotion en chacun d’entre nous. Un moment inoubliable.

On me tend un plaid, du pain et de la soupe que je noie dans mes larmes. Je pleure comme une madeleine sans m’arrêter que déjà, il nous faut redescendre. J’aurai droit au funiculaire. Elise et Bertrand iront à pied, un peu dégoûtés, même s’ils ont finalement adoré ce moment ensemble.

Vaseux mais heureux 

Dans la télécabine, je m’endors. J’ouvre l’œil en bas, vaseux mais heureux comme jamais. Le Norseman, c’est fait ! Après tant de sacrifices, place aux réjouissances. Un plat de pâtes tous ensemble, un gros dodo puis ce sera la cérémonie des t-shirts.

Le lendemain, nous remontons donc Zombie Hill, en voiture cette fois. Je suis à fond, excité comme un gosse. Je peux vous dire que ce t-shirt noir, je vais l’encadrer sitôt rentré à Angers ! Je suis tellement fier. Avec ma famille, nous face au Gaustatoppen prendre des dizaines de photos pour immortaliser l’instant. Un rêve s’est réalisé pour moi ce 3 août. Un rêvé éveillé. Un rêve partagé. L’Xtreme Triathlon est un sport d’équipe. 



Le Provençal Brice Bonneviale, 48 ans, a vaincu l’Enduroman, triathlon de l’extrême reliant Londres à Paris. Il nous raconte cette folle traversée, trois jours d’épopée partagée avec son équipe Race for Pure Ocean. 

Brice Bonneviale, en bref. Ancien sportif de la petite semaine, Brice débute la course à pied à l’aube de la quarantaine, suite à un pari : courir le Marathon de Paris. Cinq autres marathons suivent, avec un record en 3h30 (Paris, 2015), puis cet ingénieur marseillais licencié au club Triathl’Aix bascule vers le triple effort. Après six mois de pratique, il termine un premier Ironman à Nice, en 12h30. Il teste ensuite tous les formats, y compris extrêmes. T-shirt noir du Norseman décroché en 2017 (3,8 km de natation, 180 km de vélo, 42 km de vélo), puis il monte encore d’un cran. L’an dernier, il a enchaîné le Celtman (3,8 km de nation, 202 km de vélo, 42 km de course), l’étape du Tour en vélo, le marathon de New York et la SaintéLyon. Après cet Enduroman terminé le 24 juin dernier, Brice participera fin août à la CCC. Pour 2020, il pense à l’UTMB et la Diagonale des Fous. 

Départ à Arch, près de Londres le 22 juin.

« Je me revois assis sur un banc des Champs-Elysées, à attendre Perrine Fages. C’était le 19 août 2018. Perrine déboulera bientôt en vélo au pied de l’Arc de Triomphe. 32efinisher de l’Enduroman, avec record féminin à la clé en 67h21’. Je l’ai rencontré sur le Norseman en 2017. Les amitiés qu’on noue sur les ultras ne trompent pas. Sans doute parce qu’il faut une bonne dose d’humilité pour vaincre de telles distances. Dans le genre, cet Enduroman est une épreuve de fou. Après trois à quatre jours d’efforts non-stop, chaque finisher partage son bonheur le plus simplement possible, entouré d’une poignée d’amis. Incognito, parmi les hordes de touristes qui défilent en permanence sur les Champs. Ce petit côté décalé me plaît. Ce défi me fait rêver. Je m’inscris pour 2019. « Vivre c’est faire de son rêve un souvenir » dit Sylvain Tesson. Je sais que cet écrivain aventurier, une source d’inspiration, a mille fois raison. 

Quinze heures d’entraînements par semaine…

Pendant les dix mois qui ont suivi, ma vie a tourné autour de ce défi. En moyenne, quinze heures d’entraînement par semaine. Autour de moi, une douzaine de pros s’investissent : entraîneur, kiné, ostéopathe, nutritionniste, préparateur mental. Je monte sérieusement le volume en janvier. La natation devient la dominante. Je nage chez moi, en Méditerranée, sans combinaison. Je coupe le chauffage à la maison, m’initie à l’hypnose, à la méditation. 

Ce que je redoute le plus, c’est la Manche. Je ne suis pas un bon nageur et mon faible indice de masse grasse (6%) sera un handicap dans l’eau glacée. Je prends difficilement 4 kilos en six mois, que je perdrais en trois jours sur l’épreuve… Tout ça pour ça. 

Qu’est-ce que l’Enduroman ? Ce triathlon de l’extrême se déroule en solitaire avec une équipe d’assistance. Il démarre à Marble Arch à Londres et se finit à l’Arc de Triomphe à Paris, d’où le surnom « Arch to Arc ». D’abord, 140 km à pied jusqu’à Douvres, puis une traversée de la Manche à la nage (34 km), ensuite, une étape de cyclisme (290 km) de Calais à Paris. Cette épreuve est née suite au défi du Britannique Edgar Ette, qui l’a réussi en 81h05’ en 2001. Depuis, chaque année, quelques tentatives sont fixées entre juin et octobre. Sur 140 tentatives, 37 finishers. Citons les Français Cyril Blanchard (2016, en 59h56’, record de l’épreuve), Ludovic Chorgnon (2017), Marine Leleu (2018) et Perrine Fages (2018). 

©Aurélien Buttin

Une grande famille 

En mai, je participe à un stage de trois jours au Sud de l’Angleterre pour faire connaissance avec l’organisation et les candidats de l’année. Entre nous, il n’est pas question de compétition, ni de record à battre. Nous formons une grande famille, une secte peut-être, allez savoir. Il s’agit juste de réussir à boucler cette traversée. 

En rentrant de ce stage, je réalise que je me suis inscrit pour de mauvaises raisons, dans une quête effrénée de dépassement personnel. Cet Enduroman sera une épopée collective ou ne sera pas. Nous serons cinq à participer. Avec moi, Pauline Avronsart et Sylvain Prouet, un couple d’amis triathlètes rencontrés sur l’EmbrunMan, Anne Studer, ostéopathe et coordinatrice de mes thérapeutes, et Aurélien Buttin, photographe. Notre « Arch to Arc » aura un sens, un but : collecter des fonds pour Race for Pure Ocean. Cette fondation, créée par l’entrepreneur marseillais David Sussmann, soutient des projets de recherche afin de préserver la biodiversité marine. 

Collecte de déchets pendant les 140 km de course à pied. ©Aurélien Buttin

Départ reporté

Mercredi 19 juin, nous sommes à Londres, fins prêts. Cinq heures avant le timing prévu, Edgar Ette, directeur de la course, nous informe que le départ ne sera pas pour aujourd’hui. Mauvaises prévisions météo. On attend donc sagement, suspendu aux prochains bulletins. Cinq jours passent, à marner. Le doute s’installe. La Hollandaise Jocomina, première finisher 2019 (du 8 au 17 juin) a dû attendre dix jours avant de pouvoir s’élancer dans de bonnes conditions. C’est long. C’est le jeu. 

Samedi 22 juin, 19h, le « go », enfin. Départ de Marble, au nord de Londres pour descendre à pied jusqu’à Douvres. Les 140 km de course se passent bien. 16 heures et 55 minutes à courir la campagne anglaise, dans la bonne humeur. Pauline et Sylvain profitent du trajet pour collecter des déchets sur le bord des routes. Nous arrivons sur la côte le dimanche midi. Quelques heures de repos, puis il faudra se jeter à l’eau. 

Une guerre contre la Manche

21h de nage dans La Manche, à 12°C. ©Aurélien Buttin

J’embarque sur le bateau « suiveur » puis à la sortie du port de Douvres, je plonge en combinaison, une loupiote sur le front. Il est 1h du matin. Nuit noire, 15°C dans l’eau. Pour m’assister, le bateau turbine devant, s’arrête pour m’attendre puis remet les gaz. Ce va-et-vient permanent me déstabilise. Toutes les 30 minutes pendant près de 22 heures, Sylvain va me tendre un bidon au bout d’une corde pour me ravitailler. Courts instants de trêve. La guerre est permanente contre la Manche. Ferrys et cargos brassent les courants froids à la surface. L’eau frôle parfois les 12°C. 

Enfin arrivé à Calais. ©Aurélien Buttin

11h du matin, je nage encore, toujours, sans avoir vu un rayon de soleil. La houle s’en mêle. Jusqu’à 15h, je me prends régulièrement des vagues en pleine tête. C’est violent. Je suis transi, lessivé. L’envie d’abandonner me gagne. J’invoque l’hypothermie. Rachel, l’arbitre – finisher par le passé – m’envoie balader. Trois tentatives invoquées, trois refus catégoriques. L’équipe me connaît, j’ai confiance, je les teste. J’encaisse. De toute façon, ce défi me dépasse déjà. « Allez Brice, il te reste une heure ! » me lance-t-on par-dessus bord. A bout, je rétorque un « bande de menteurs »avant d’entrevoir les côtes derrière la buée de mes lunettes. 21 heures et 51 minutes d’efforts pour ces 34 km de nage. Un record de lenteur sans doute dans l’histoire de l’Enduroman. Je débarque donc à Sangatte le lundi 24 juin. Il doit être 23h, minuit peut-être avec l’heure de décalage. Je ne sais plus où je suis. Je m’écroule. Mon cerveau est sur off. L’équipe est aussi rincée, certains ont été malades pendant toute la traversée. Quelques heures de sommeil, et nous serons d’attaque. 

Paris, Arc de Triomphe. Bonheur collectif. ©Aurélien Buttin

Sidération 

8h30, à Calais, en selle cette fois. L’ambiance est à la fête. Cette dernière étape est une partie de plaisir. On profite d’une belle journée pour rouler jusqu’à Paris, le cœur léger. La Manche est passée. C’est gagné. Enfin presque. Sur le moment, je suis en état de choc. Le mot qui me vient à l’esprit, c’est sidération. Je suis sidéré. J’ai atteint mes limites quelque part dans la Manche, c’est certain, mais je reste sidéré par la puissance du corps humain, qui me fait encore avancer. 

14 heures et 37 minutes à rouler puis c’est le bonheur d’arriver en plein Paris. Au total 75 heures et 45 minutes d’aventure pour cet Enduroman pour Race for Pure Ocean. Une équipe de choc, unie, soudée. Heureux de ces heures intenses vécues ensemble, nous décidons de prolonger le plaisir. Cap sur Marseille à vélo. Nous avons ri, campé, dormi à la belle étoile. Mais au bout de 500 km, entre Paris et Aubenas, face à la canicule, nous avons rangé les vélos. De cette semaine intense, je garde un tas de souvenirs extraordinaires. Ma leçon ? Avec un soupçon de passion, pour peu que l’on soit bien entouré comme je l’ai été, tout est possible. »

Propos recueillis par Alice MILLEVILLE.



Récent vainqueur du Tour des Cirques du Grand Raid des Pyrénées, IL retrace sa course et se projette sur sa fin de la saison. Il espère frapper un grand coup à la Réunion après sa troisième place l’an passé

Interview réalisée par Pierre-Laurent Gou – Photos : DR

Quelles sont vos impressions après votre victoire éclatante sur le 120 km du Grand Raid des Pyrénées ? 

« Heureux, je ressors regonflé moralement. J’ai pris énormément de plaisir même si j’ai couru la plupart du temps tout seul. Je m’étais dit que je voulais rester jusqu’à Gavarnie avec les premiers pour m’habituer à courir en peloton et me gérer, mais le naturel a très vite repris le dessus. J’avais besoin d’être à mon rythme pour être bien. Je ne regrette pas ma décision car plus on avançait plus l’écart grandissait et j’ai pu profiter des paysages grandioses. C’est aussi pour cela que j’avais choisi cette course, pour découvrir de nouveaux sentiers, changer de ma routine d’entraînement. Le Néouvielle est fantastique mais aussi terriblement technique. J’y ai perdu 1h30 sur mon tableau de marche. »

© DR –

Au final, vous battez tout de même le record de l’épreuve…

« C’est secondaire, dans la dernière partie, j’avais le cœur assez haut, dans le Néouvielle, sur chacun des trois sommets traversés. La technicité du terrain rendait aussi cette partie difficile alors j’ai pris mon temps. Mais alors vraiment ! Je ne devrais pas le dire mais un moment, je savais que j’avais de l’avance, alors j’ai profité de la nuit claire. Je me suis couché sur l’herbe pendant cinq minutes et j’ai observé la voie lactée. Cette pause m’a fait le plus grand bien, avant la dernière descente sur Vielle-Aure où j’ai pu dérouler. » 

A vous écouter, on a l’impression que vous n’avez pas souffert… 

« Détrompez-vous ! C’est aussi dur. J’ai eu des baisses de moral par moment mais j’apprends à les gérer. Le GRP se veut magnifique mais aussi très technique. Il y a pas mal de sentiers avec des cailloux instables. On est aussi assez haut en altitude, à plus de 2000 mètres et l’organisme ne réagit pas comme en bas. Mais bon, les Pyrénées sont tellement beaux, qu’il suffit de détourner le regard pour reprendre des forces. » 

Comment avez-vous géré vos ravitos. On nous a parlé d’une pizza ? 

« Mon ami Michaël s’occupait des ravitos. Vu les conditions très chaudes, j’ai pris du liquide, des boissons énergétiques ou de sucré. En arrivant à Barèges, en début de soirée, je le vois manger une pizza alors je lui ai demandé de partager avec moi. Je suis reparti pour les quarante derniers kilomètres avec deux bonnes parts de pizza dans le ventre. L’an dernier sur la Diagonale, en haut du Maïdo, après une quinzaine d’heures d’efforts, j’avais déjà demandé la même chose à mon épouse. C’est peut-être le secret de la réussite (rires) ! »

©DR

Place maintenant à la Diagonale des fous où vous serez attendu suite à votre podium l’an dernier

Oui, c’est ma grosse course de l’année, et je voudrais y faire un bon truc. La saison a été bonne et j’espère que ce sera la cerise sur le gâteau. Je vais surement être plus attendu, mais le plateau y est toujours impressionnant. Je vais essayer de faire la même course que l’an dernier. 

Sauf que cette année, votre ambition est de gagner… 

C’est vrai que depuis ma troisième place de l’an passé, j’ai envie de plus mais quand on prend le départ de ce genre de courses, on ne sait pas ce qui va arriver. J’aimerai parvenir à la gagner, mais je ne sais pas si j’en ai les aptitudes. Ce sera ma cinquième participation, on verra bien ce qui va se passer. Je ne veux pas me mettre la pression. Je me considère toujours comme amateur, et cela me va bien. Depuis le début de l’année, j’ai fini mes courses longues fatigué à Madère comme Suisse en juin dernier. Le GRP m’a remis en confiance. Là, j’ai repris du plaisir sur du très long. Cela m’a regonflé à bloc.



Derrière le large sourire d’Adrien, un combat. Ce marathonien parisien atteint de sclérose en plaque vit sa passion à fond et généreusement. Il a déjà bouclé un petit paquet de marathons autour des 3h, dont les World Marathon Majors, en compagnie  de son frère jumeau. 

En bref. Adrien, 35 ans, consultant informatique, habite Vincennes, du club les Etoiles du 8e, a couru 17 marathons, dont les World Marathon Majors.  Ses perfs : 2h53’54’’ au marathon, 1h19’18’’ au semi, 35’23’’ au 10 km, 23h56’ sur la CCC, 6h09’ au Half Ironman.

Sourire, toujours. De joie comme de douleur. C’est le credo d’Adrien Marlault. « La vie est assez compliquée comme ça, pas la peine d’en rajouter, autant sourire ! ». Volontiers blagueur, ce« serial » marathonien parisien sort en groupe et donne volontiers de son temps comme bénévole. Sociable, ce consultant dans l’informatique, ne l’a pas toujours été. Ces dix dernières années, il s’est métamorphosé. « Découvrir le running a changé ma vie. Avant, j’étais timide, réservé, je manquais de confiance en moi. En courant, je me suis ouvert aux autres. Les coureurs sont des personnes tellement bienveillantes que l’on se sent tout de suite bien dans cette communauté », raconte-t-il. 

« Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond »

Meneur aux Foulées de Malakoff avec les Etoiles du 8e.

Courses aux Etoiles

Premier dossard en 2009, au semi des Chasseurs de Temps, chez lui, à Vincennes. « J’ai adoré l’ambiance, les gens. J’ai tout de suite voulu en faire d’autres. Les prochains 20 km et semi de Paris étaient déjà complets. Je me suis directement inscrit pour leMarathon de Paris suivant même si je n’y connaissais strictement rien. » 

A Berlin, en 2015.

Avril 2010,le voilà donc marathonien à 27 ans, en 4h20’. Ce premier voyage de 42 kilomètres est une révélation. Courses et belles rencontress’entremêlent, en compagnie des Etoiles du 8e, qu’il croise sur son chemin. T-shirt orange – couleur fétiche du club – et perruque assortie – pour ne jamais se prendre au sérieux  – il enchaîne les marathons. « Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond », s’amuse-t-il. A Paris en 2013, il passe une première fois sous la barre des 3h. Son jumeau Baptiste, lui emboîte le pas et courra son premier en 3h38’. 

Un gros défi suit pour ce binôme de choc : « Courir les six marathons majeurs, c’était un rêve pour moi. Je n’envisageais pas de le vivre sans mon frère. Alors que nous partions pour courir tous les deux le marathon dNew York, en 2014, je ne lui ai pas laissé le choix en lui disant, on commencera par Berlin, en 2015.Tu n’as qu’à courir, je m’occupe de tout. », raconte le jeune coureur. De tour-opérators en dossards charity, les frangins ont ainsi couru – entre autres –New York (2014), Berlin (2015), Chicago (2016), Boston (2017), Londres (2018) et Tokyo cette année. Adrien toujours en tête, entre 3h02’08’ et 2h53’54’’, son record signé à Chicago. C’est qu’il cavale ! Pourtant, il revient de loin. 

2015, tout bascule

Le 19 janvier 2015, sa vie a basculé. En un claquement de doigt, il se retrouve paralysé, privé d’une moitié de son corps.24 heures aux Urgences, une batterie d’examens, et le diagnostic tombe : sclérose en plaque. Adrien pense pêle-mêle « Téléthon », « fauteuil roulant… » et se questionne « Pourrais-je remarcher un jour ? » « Recourir un jour ? » Sa neurologue le rassure avec un « bien sûr ». « Cette maladie auto-immune attaque la gaine protectrice des fibres nerveuses du cerveau, et bloque aléatoirement certaines parties du corps. Elle ne soigne pas mais se traite, avec des médicaments plus ou moins bien tolérés par chaque patient. Ce qui est génial, c’est que la médecine a fait d’énormes progrès depuis quinze ans ! », explique le coureur. Aujourd’hui, il encaisse bien son troisième traitement, deux perfusions à six mois d’intervalle.

Pendant cette période, ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». 

La tête haute

Début 2015 en revanche, ce n’était pas la joie. « Ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». Pendant ces mois difficiles, il a pu compter sur un gros soutien. De sa famille, à son chevet. De ses amis runners aussi, « sa deuxième famille ».Son sourire ne l’a pas quitté. Au fond du sac mais la tête haute. « Je me suis accroché, j’ai pensé à Berlin en septembre. Le compte à rebours était lancé. Après mon premier traitement, en mars, j’ai réappris à marcherJ’avais perdu tous mes muscles ! C’est là que j’ai rencontré le groupe de renforcement musculaire French Frogs qui m’a aussi beaucoup aidé. Ensuite, pendant l’été, j’ai repris l’entraînement ». 

Son 2h55’ sous la porte de Brandebourg restera magique. « Toutes les étoiles étaient alignées ce jour là », se rappelle le marathonien. Une revanche après des mois sombres. Une chance aussi, qu’il mesure bien. Courir est un cadeau. Il sait et ne l’oublie jamais. Bien sûr, tout n’est pas parfait. « Les traitements ne fonctionnent pas toujours comme on le souhaite. A Londres l’an dernier, j’ai couru avec 50% de mes capacités et une bonne dose de cortisone dans le sang. J’avais les jambes en coton et je sentais venir une nouvelle inflammation au cerveau. J’ai terminé en 3h29’, loin de mon objectif. Mais j’y suis retourné cette année, en forme, en 3h03 ». 

Big six, done, what else ?

Au total, dix-sept marathons bouclés. Sa plus grande fierté ? La médaille convoitée des « Big six ». Il l’a décrochée en février à Tokyo. Ce trophée, récompense des finishers des World Major Marathons, 200 marathoniens la possèdent en France, 6 000 dans le monde. Les Marlault sont les seuls jumeaux du lot. Depuis, Baptiste a levé le pied. Adrien lui court toujours après sa liste d’envies. D’abord, courir les grands marathons d’Europe. Valence en décembre sera le prochain avec l’espoir d’un nouveau « RP » en 2h50’. Participer ensuite, aux mythiques Comrades, en Afrique du Sud. Et bien sûr, boucler un jour un Ironman, « mais quand je serai grand »précise-t-il avec malice « pour l’instant, je suis trop mauvais nageur ». Côté mental d’acier, en revanche, on le sait déjà armé. 

Son top 6 des marathons majeurs 

1. Chicago (2016, 2h53’54’’). Mon coup de cœur. J’y ai signé mon meilleur chrono mais j’ai surtout été très surpris par le public, bien plus chaleureux qu’à New York à mon sens. En plus, le circuit est très beau, super plat, et on mange très bien dans cette ville ! 

2. Tokyo (2019, 3h00’53’’). Avec le vent et la pluie, ce fut compliqué mais je garde un souvenir extraordinaire des bénévoles et de l’organisation, au-dessus du lot. C’est aussi là qu’on m’a remis la médaille des « Big six ». 

2. Boston (2017, 2h59’27’’). Y aller c’est s’attaquer à une légende, vaincre la fameuse heartbreak Hill, c’est grisant. 

3. Londres (2018, 3h29’). J’adore ce marathon. Pour son ambiance de folie, la plus belle de tous les majors. On a tellement à apprendre du public londonien. Le jour où règnera cette ambiance dans Paris, nous aurons le plus beau marathon du monde ! 

5. Berlin (2015, 2h55’42’’). Ce jour là, faisait un temps superbe, j’avais des jambes de feu, c’est bien simple rien ne pouvait m’arrêter. Je n’ai jamais plus vécu une telle émotion en passant sous la porte de Brandebourg sous les 3h.  

6. New York (2014, 3h02’08’’). Cela peut paraître curieux, mais je le classe en dernier. Cette année là, il y avait beaucoup de vent et suite aux attentats de Boston, un gros déploiement policier et des barrières partout. Je n’ai pas profité du public. J’espère un jour pouvoir y retourner. 

Article rédigé par A.Milleville, publié dans Running Coach numéro 48.



Le 7 avril dernier à Los Angeles, Jordan Ramirez est devenu à 10 ans et 14 jours le plus jeune athlète à finir un marathon sur chacun des sept continents. Sa sœur Blanca, qui a accompli deux fois cette prouesse à seulement 16 ans, détient aussi un record mondial de précocité. Stupéfiant.  

Article de Julien Bigorne, publié dans le numéro 200 de Running Attitude (27.04.2019)

Le drapeau américain flotte au-dessus des frêles épaules d’un gamin qui n’en finit plus de sourire, à chaque crépitement d’applaudissements. Le 7 avril dernier à Los Angeles, le public a assisté à un record du monde, à l’occasion du ‘‘Run to remember’’, une course dans le quartier de Century City dédiée aux policiers, pompiers et premiers intervenants tombés au combat. Jordan Ramirez, jeune écolier californien de La Puente, est devenu à seulement 10 ans et 14 jours le plus jeune athlète à finir un marathon sur chacun des sept continents, améliorant d’un an le record de Nikolas Toocheck. 

Blanca et Jordan à Bangkok, en 2018. ©DR

Records battus à L.A.

« Je voulais finir mon challenge à Los Angeles (L.A.), car j’ai défendu la même cause que la course durant mon périple à travers le monde. Mais cela nécessitait quelques aménagements, car il n’y avait ici qu’un semi-marathon. Sous contrôle des organisateurs, j’ai débuté mon marathon tout seul à 3h du matin, avant de réaliser la seconde partie de course au milieu de 7 000 autres coureurs », raconte le jeune athlète, qui rejoint dans la légende les « baby marathoniens » Wesley Paul (finisher à New-York en 3h en 1977… à 8 ans !), Winter Vinecki (membre du Seven continent dès l’âge de 14 ans en 2013) et Nikolas Toocheck (coureur qui a terminé un marathon dans 50 états américains à 14 ans). Mais son modèle reste sa sœur Blanca, plus jeune féminine à réaliser la même performance que lui (en 2015, à 12 ans). «Elle m’a inspiré par sa persévérance et ses récits. À 8 ans, lorsque j’ai décidé de marcher sur ses traces, j’avais déjà fini 125 courses de 5 km, 14 de 10 km et 8 semis. L’endurance était là. Pour les marathons, je me suis astreint à deux heures d’entraînement par jour, à une nourriture saine et à des préparations mentales. Sinon, je reste un enfant normal, fan de Legos, de comics et de blagues, qui rêve de devenir pompier», indique-t-il. Sa volonté de repousser ses limites a boosté sa famille. Son père Dimas, investisseur immobilier, a trouvé les 50 000 dollars nécessaires pour ce nouveau voyage à travers le monde. Et Blanca, désormais âgée de 16 ans, a rempilé pour une seconde série de 7 marathons. 

Aventure fraternelle

©DR

« Ma première série, en 2014-2015, avait été une expérience extraordinaire. Disputer des marathons à Los Angeles, à Kigali au Rwanda, en Mongolie intérieure (le long de la Grande muraille de Chine), dans les collines de Nouvelle-Zélande et à Asunción au Paraguay, c’est un rêve pour une fille de 12 ans. Pour le final, j’avais bénéficié du concours de l’agence Marathon Adventures, qui m’avait permis de courir une étape du Triple Seven Quest (7 marathons en 7 jours) à Torcy en France puis sur King George Island, en Antarctique. J’avais mis entre 5h30 et 8h pour terminer chaque épreuve. Le plus important dans ce défi était de récolter des fonds pour Operation Smile, association qui fournit des chirurgies de réparation des fentes labiales et palatines aux enfants du monde entier », rappelle Blanca. 

Blanca, à la fin des Seven Continents, en 2015. ©DR

« Pour cette nouvelle série avec Jordan, nous avons cherché des marathons qui, chose rare, acceptent de jeunes coureurs âgés de moins de 18 ans. Cela nous a conduits en Australie, en Égypte, en Angleterre, en Thaïlande, en Antarctique et au Chili. Nous avons effectué la plupart à des vitesses différentes ; notre père accompagnant Jordan en courant ou en marchant. La seule exception a été celui de Bangkok, qui fut l’un de nos plus difficiles en raison de la forte humidité et du départ à minuit. Nous sommes restés ensemble jusqu’à la fin », retrace l’adolescente, qui acheva en solo son second « Seven continents » le 24 mars à Los Angeles. Le jour de l’anniversaire de Jordan, devenu recordman deux semaines plus tard.    



Vice-championne de France 2018 des 100 km et 3Française du Marathon de Paris 2019, Anaïs Quemener a surmonté un cancer du sein agressif et métastasé. Sa plus belle victoire. 

Un article de Julien Bigorne, publié dans Running Attitude 201 (25.05. 2019)

©Vaujours

Ce 14 avril, Django, jeune chien de 3 ans, pose fièrement médaille autour du cou. La breloque au ruban vert lui va presque aussi bien qu’à sa maîtresse, qui l’a décrochée le matin même avenue Foch, au terme de la 43eédition du Marathon de Paris. Au milieu des athlètes masculins, la sociétaire de Tremblay Athletic Club a battu son record personnel (2h47’57) et fini 3eFrançaise. Une satisfaction. « Ici, l’ambiance a tendance à donner des ailes. Du coup, je suis partie un peu vite, ce qui m’a empêché d’atteindre mon objectif (2h45). Mais je me suis bien battue et je suis contente de mon chrono», sourit la jeune femme de 28 ans, reconnaissable à sa foulée rasante, sa petite taille (1,52 m), ses grandes boucles d’oreille rondes et ses tatouages. 

Amoureuse du marathon

Sur son bras gauche, Laksmi, déesse bouddhiste de la fortune, semble lui avoir transmis quelques-unes de ses 16 prospérités : renommée, courage et force, victoire, vaillance…Autant de bonheurs intimement liés à sa pratique de la course à pied. Depuis ses débuts à neuf ans au CSM Villepinte, la discipline a été son « ikigai » (mot japonais inscrit au-dessus de sa clavicule, qui signifie « joie de vivre » et « raison d’être »). « Mon grand-père, Emmanuel (coureur de bon niveau dans les années 1970, NDLR) et mon père et entraîneur Jean-Yves (champion de France de cross-country chez les sapeurs-pompiers en 1990 et en 1991, NDLR)m’ont transmis l’amour du demi-fond. Dès le début, j’ai remporté des cross scolaires. Puis, en octobre 2007, juste après avoir rejoint le Tremblay Ac, j’ai battu, à domicile, le record de France cadette du 10 km (38’33) », se souvient Anaïs, qui a découvert son épreuve fétiche (le marathon) en 2013. 

©MTLV. Sacrée championne de France de Marathon, à Tours sur le Marathon Touraine-Loire-Valley en 2016.

« Mon premier, c’était à Rotterdam, avec des amis de club. On s’était fait surprendre, car il n’y avait pas de ravitaillements en solide. J’avais été celle qui avait le mieux gérée, en terminant en 3h11’ », évoque la championne de France espoir 2013, devenue candidate au podium senior, lorsque sa vie a basculé, à l’âge de 24 ans, le 7 août 2015. « La veille de l’anniversaire de mon père, suite à une échographie, on m’a diagnostiqué un cancer du sein agressif et métastasé. Je suis tombée de haut, car si un an plus tôt, j’avais remarqué une petite boule sur mon sein gauche, différents médecins m’avaient dit que ce n’était qu’un kyste, bénin et pas inquiétant », confie-t-elle. 

Mental d’acier

©Julien Bigorne

Même durant ses huit mois de chimiothérapie et deux mois de radiothérapie, Anaïs n’a  jamais abandonné la course à pied. « C’était mon moteur, la raison de sortir de chez moi. Entre mes séances de chimio espacées de trois semaines, je continuais les compétitions de 10 km. Même si je finissais en 46’ au lieu de 36’, l’important était de me dire que je pouvais encore les faire », raconte l’aide-soignante aux urgences de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy (93). Son courage, admirable, lui a permis de surmonter l’ablation de ses deux seins, quatre opérations causées par des rejets de ses prothèses mammaires ainsi qu’une période d’hormonothérapie à base de tamoxifène (stoppée au bout de trois mois suite à une phlébite). En septembre 2016, seulement six mois après une première mastectomie, Anaïs était championne de France du marathon, en 2h55’26, après avoir rejoint Nathalie Tavernier au 40ekm. Exemplaire. Puis, en avril 2018, son mental hors-norme s’exprima encore, lors de sontitre de vice-championne de France des 100 km à Belvès, en 9h35. « La chaleur (35° C) et le fort dénivelé avaient rajouté à la difficulté pour ma première expérience sur cette distance », raconte l’athlète, qui vise un nouveau podium national, le 12 octobre à Amiens. En attendant, elle continue de s’engager en faveur de la lutte contre le cancer du sein en animant sa page Facebook ‘‘Anaïs Quemener – le sport comme thérapie’’ et comme ambassadrice de l’association Casiopeea le 30 juin sur l’Ultra Marin, dans le Golfe du Morbihan.     

©Christophe Jullien. Engagée avec l’association Casiopeea.


A Boston, lors du Patriot Day, il n’y a que trois choses à faire : « Aller encourager les Red Sox, voir le marathon ou participer au marathon. » Le 15 avril dernier, Solène a réalisé SON rêve américain. Compliqué, magnifique… magique. Elle nous raconte.

En bref. Solène Masson court depuis 2015. Marathonienne addict, elle ai découvert les joies du triathlon il y a deux ans et réalisé son premier Ironman. Depuis, rien n’arrête cette Niçoise.

Après une courte nuit et un réveil mouvementé, la pluie tape à la fenêtre. Le porridge avalé, l’heure du départ a sonné. En attendant la navette, j’enfile un poncho, celui de Paris, comme pour rappeler aux Américains que parmi les 30 000 coureurs, il y a des petits Frenchies. Comme un pèlerinage, nous nous dirigeons vers les school buspour rallier Hopkinson. Les visages sont un peu tendus. On craint tous la météo de l’an dernier. Puis l’ambiance change, un air de fête gagne dans le bus. 

Boston, Big Boss

La pluie a totalement ravagé le sol des tentes au départ. L’accès est si compliqué que tout le monde y va de son astuce : sac poubelle autour des baskets, pieds nus… et puis voilà l’heure pour moi de rejoindre mon sas. J’ai à peine attendu, quelle aubaine. Tout est organisé au cordeau. Par chance je me retrouve devant. Je rencontre un Français qui fête son 50eanniversaire et puis 3, 2, 1, top départ. Je suis un peu déstabilisée, car je n’entends pas l’hymne national. Les premiers sas étant partis depuis très, très longtemps. Dès le début le ton est donné. Le parcours est exigeant. Ça part fort, la descente me paraît interminable et je sens que mes quadris vont être mis à rude épreuve. Je me freine un peu, mais pas trop et surtout, je savoure, j’ai les larmes aux yeux. Je suis à Boston, au marathon de Boston. Ce marathon, je l’ai rêvé. J’ai couru mon premier en 2015 et je m’étais dit : « Un jour, je l’aurai ma licorne. » J’ai mis toutes les chances de mon côté. Alimentation, plan d’entraînement, rien n’a été laissé au hasard. Je déroule mon plan de match comme je l’avais programmé, je tiens l’allure, m’hydrate, me ravitaille. Tout se passe bien même si je sais que le plus dur est devant moi. 

©Boston Athletic Association/FayFoto

Toute la ville sur les trottoirs

L’ambiance est totalement folle. Les Américains sont tous là pour nous encourager. Malgré la pluie des premières heures, les rues sont pleines, certains prennent le temps d’embrasser les supporters, de faire des selfies. Tout Boston est à la fête et c’est merveilleux. Les cris s’entendent à des kilomètres, nous ne sommes jamais seuls et… le parcours n’est jamais plat. Le semi arrive vite, je m’en étonne. Un œil sur ma montre, tout est réglé au millimètre. La chaleur commence à se faire sentir. Je commence à chercher mon mari. Il doit être vers le km26. 

44 côtes !

©Boston Athletic Association/FayFoto

Plus nous avançons et plus tout est compliqué. Quarante-quatre, il y a 44 côtes dont une tellement redoutée, la Heart Break Hill, une succession de quatre montées et faux plats… qui clairement a raison de beaucoup d’entre nous. Je vois mon mari, je suis tellement heureuse, je crois qu’il l’est aussi et ça me rend fière. Je ne pense qu’à le retourner à l’arrivée. J’ai juste quelques kilomètres compliqués à passer. Les visages s’étirent et nous rentrons enfin dans Heart Break Hill. Je me promets de ne pas marcher. Je me jure de ne pas avoir de regrets de, « si j’avais su ».Je donne tout, tout ce que j’ai dans les jambes, dans les tripes. Mon rythme chute. Je n’aurais pas le chrono espéré, mais qu’importe, Boston ne se vit pas à moitié. Je me refuse à être déçue et j’avance. Compte toujours mes pas, comme un métronome, de 1 à 8 à chaque chiffre, un pas au sol. Bientôt, nous arrivons dans la ville. Je suis en admiration devant ceux qui nous encouragent. Tous ces« you can do it »raisonnent. Je suis tellement fière à ce moment-là. J’ai la chance de croiser une amie venue m’encourager, je l’embrasse et je repars. Je n’ai qu’une idée en tête : ma licorne. Je sais que je vais la décrocher. Je repense à tout ce que j’ai mis en œuvre  pour ça. Je n’ai fait aucun sacrifice, j’ai juste essayé d’optimiser cette course. Je repense en revanche aux sacrifices que mon mari fait pour ma passion, pour ces voyages que nous faisons pour le sport. J’encourage toutes les personnes croisées. C’est la première fois que je vois des participants en béquille… 

©Boston Athletic Association/FayFoto

Un rêve éveillé

Un dernier pont, une dernière côte et je laisse exploser ma rage. Mais pourquoi ?  Je n’en peux plus de ces bosses mais je sais qu’en face de moi, c’est le dernier virage. La dernière ligne droite. Boylston Street. L’émotion est énorme, la foule massive, moi je vole, baisse les yeux. Elle est là, sous mes pieds, cette ligne au sol. Je relève la tête. Je l’ai fait. 3h30’15” de bonheur et de souffrance. Je suis passée d’un rêve à la réalité. Je souhaite vraiment à chaque personne amoureuse du marathon de vivre un jour celui-là. Ici pas de chichi, pas de blabla, juste des coureurs en baskets venus vivre une expérience unique. Oubliez tout ce que vous avez connu, Boston ne ressemble à rien et croyez-moi, il changera totalement votre vie. 

Article rédigé par Solène Masson, publié dans Running pour Elles 52.



Lac Baïkal, cet endroit fascinait Véronique depuis la lecture du livre de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie. Elle s’est jetée à l’eau en traversant ce lac gelé en courant, le 2 mars dernier. Récit.

Véronique, 41 ans, iséroise d’origine, vit au Cambdoge. Elle a couru plusieurs ultras, notamment l’Ultra Gobi (400 km en autonomie dans le désert) qu’elle a gagné en 2016, et début 2019, l’Ultra Trail d’Angkor (128 km) qu’elle a aussi remporté.

Ma préparation physique étant impossible à Phnom Penh, où je vis, je lis blogs et témoignages d’anciens coureurs. Et je m’équipe pour cette immersion hivernale : masque de ski, cagoule de braqueuse de banque, chaussettes et T-shirt en laine, crampons pour les baskets, ce qui est pour moi une découverte.

Six pieds sous “mer”

J’arrive trois jours avant à l’aéroport d’Irkutsk, histoire de m’acclimater. Premier footing, au bord de la rivière partiellement gelée, par -10°C et un grand ciel bleu : je suis bien. Transfert à Listvianka, petit village au bord du lac Baïkal. Je teste cette fois mes « chaînes », plutôt confortables. Mais courir sur le lac est très éprouvant, pour moi qui ai peur de l’eau. Sous mes pieds, je vois les abysses noirs, jusqu’à 1600 mètres de profondeur. J’entends des craquements sourds, la glace qui travaille… Je sprinte en hurlant vers la rive : je n’aime pas ça du tout !

Le lac Baïkal est la plus grande réserve d’eau douce de la planète, 260 fois le lac Léman en volume. Les Russes l’appellent la Mer, et l’endroit est sacré. 636 km de long sur 80 km de large, et ses eaux transparentes permettent une visibilité à plus de 40 mètres. Au briefing du vendredi, j’ouvre grand mes oreilles. On nous parle de fissures. L’une ressoudée, l’autre, fraîche de la veille, reste sous surveillance. Nous serons assistés en cas de besoin… Gloups.

« Refermez-moi ces fissures… »

Le marathon est programmé pour demain. Nous partons en aérocraft pour rejoindre la rive en face. Une heure de glissade sur cette patinoire géante, un joli baptême. En sortant de l’engin, 10 à 20 cm de neige molle. J’ai les pieds trempés avant même de commencer… Un rituel chamanique s’impose : on trempe son petit doigt dans un verre de lait – en temps normal, c’est de la vodka –, on jette une goutte à chaque point cardinal, boit une gorgée et verse le reste sur la glace, en pensant très fort : « Refermez-moi ces fissures ! » Nous sommes 100 coureurs, dont 15 filles sur le marathon et 25 sur le semi. Il fait -8°C, nuageux. 10h, c’est le top départ. Je découvre la course sur neige : l’impression d’être saoule, mes pieds ne vont pas droit, je n’avance pas et souffle comme un âne. Je m’applique, lève mes pieds, abaisse ma cagoule et peu à peu, la foulée se stabilise. Sur neige damée, ça devient plus facile. Enfin, je ne dépasse pas les 10 km/h. Un petit pont de bois est posé sur la première fissure aux bords boursouflés. Brrr… Je l’enjambe vite fait sans penser au vide liquide sous mes pieds.

Cosmonaute en scaphandre

Côté équipement tout va bien. J’ai juste l’impression d’être un cosmonaute en scaphandre qui pose le pied sur une planète gelée. Mes pieds se sont réchauffés (2 paires de chaussettes en laine), j’abaisse et remonte ma cagoule dès que mon nez gèle, et mon masque ne s’embue pas. Tous les 7 km, thé chaud, noix, fromage et fruits secs. Je ne rate aucun ravito car il fait soif. 2h12 au semi. Après 21 km enneigés, place à la patinoire. Une surface lisse et noire s’étend à l’infini. On voit paR transparence les failles blanchâtres et les bulles de neiges emprisonnées. C’est féérique. Le lac est vivant. Il respire, toussote, vibre. Je me retrouve seule. À droite : un désert blanc. À gauche : le même désert blanc. Pas d’ours en vue, ouf. Je cours sur une surface de verre au-dessus d’un gouffre. C’est incroyable, effrayant et grisant. Sur cette patinoire, la foulée est plus courte, le corps tendu, crispé. 

Km24 : je vois l’hôtel à l’arrivée de l’autre côté du lac. Le parcours est balisé de petits drapeaux rouges dans la neige. Je pense à Scrat l’écureuil de L’Âge de glace… j’espère que la glace est plus résistante que la banquise du dessin animé.

Vite, vite, la terre ferme

Km 30 : la fameuse fissure à franchir sur un nouveau petit pont. Je n’ai presque plus peur, mais rentre le ventre, vide mes poumons, accélère. Vite, vite, la terre ferme. Km 39 : dernier ravito thé chaud. Les volontaires, immobiles et sans aucune protection contre le froid, patientent pour nous servir au fur et à mesure, sinon l’eau gèlerait dans les gobelets. Merci à eux. La ligne d’arrivée est franchie, en 4h30. Sixième fille, je n’ai pas affolé les chronos, mais j’ai gardé mon nez, mes oreilles, mes orteils et tous mes doigts. Surtout, j’ai traversé le Baïkal en courant. Enjambé ses fissures, observé ses failles sous-cutanées avec la peur d’y voir apparaître des fantômes, foulé sa neige immaculée, piétiné ses sculptures de givre. Le Baïkal ne m’a pas engloutie. Cette nouvelle aventure me fait dire que nos seules limites sont celles que nous nous imposons. Que le monde est si grand et si varié, qu’on ne vit pas devant un écran.

Récit de Véronique Messina publié dans Running pour Elles 52

photos by Maria Shalneva/ Absolute Siberia


Le 28 avril dernier, Londres a vibré pour les 43 221 coureurs de son marathon, 39e du nom. Standing-ovation inimitable et ambiance débridée… Sandrine s’est laissé gagner par la folie de ce « majeur » au grand cœur. Elle nous raconte.

Le fameux « appel de Londres », ce sera une deuxième fois pour moi. Je garde un souvenir ému de ce « major ». En 2014, j’y avais battu mon record personnel, en 3h53. Initialement, j’avais dans l’idée d’approcher ce RP, mais j’ai revu in fine mes priorités. La performance est une chose, le plaisir doit primer, pas vrai ? Je décide de cacher l’écran de ma montre avec une bande de K-Tape, histoire de ne pas me mettre la pression. Deux heures d’Eurostar plus tard, me voici de l’autre côté de la Manche avec le groupe de l’agence Sportifs à Bord. Voyage tout confort, avec hôtel – que dis-je… le Strand Palace, s’il vous plaît – dans l’hyper-centre, à 600 mètres de l’arrivée… Je crois rêver.

Marathon londres

La révolution en carton

Le jour J, la journée démarre par une petite balade en bus pour rejoindre le départ à Greenwich. Notre groupe patiente sagement dans des tentes, bien à l’abri. La météo est fraîche, 8°C avec un peu de vent. Les boissons chaudes à disposition sont appréciées. Pas de bousculade, tout est millimétré, parfaitement huilé, de la dépose des sacs, jusqu’aux toilettes, accessibles sans file d’attente. Côté dames, l’urinoir d’un nouveau genre fait de l’effet. Les fesses à l’air, chacune soulage sa vessie debout, en tenant un petit récipient en carton jetable, même forme que ces messieurs, éclats de rire garantis. L’entrée dans les sas, de couleurs différentes – 4h15 pour moi – se passe sans encombre, et le départ sera rapide. Coup de canon à 10h pour les champions, 10h22 pour ma vague. C’est parti pour 5 kilomètres en pente douce, bien agréables pour dérouler la foulée. Le circuit est performant, sans difficultés, plus simple qu’à Paris, je dirais. Cette année toutefois, quelques rétrécissements de chaussées inopinés – sans doute pour permettre aux piétons de traverser – nous ont obligés à ralentir la cadence ici et là. Je dois dire que ce sera mon unique petit « bémol ». Car en dehors de cela, tout était extra.  

Une planche et des cornes

À commencer par l’ambiance. Énorme : une standing ovation ininterrompue, du 2e km jusqu’à l’arrivée. Nuées de spectateurs et refrains rythmés. Ce qui se vit sur les bas-côtés est hallucinant, plus intense qu’à New York. On frise l’hystérie. D’ailleurs, je me suis vu remettre mes écouteurs pour « m’entendre »… Sur Tower Bridge, pour le passage du semi, c’était la folie. Quatre ou cinq rangées de supporters installés sur des gradins, hurlant sans discontinuer. Sur leur passage, les coureurs « charity », l’âme de ce marathon, embrasent le public. Imaginez, grâce à eux, un milliard de livres sterling a été levé en une journée, c’est un record planétaire. Ces coureurs au grand cœur sont souvent déguisés. Moi je suis servie, coincée entre un (beau) surfeur et un rhinocéros géant… Improbable, non ? La possibilité d’inscrire son nom au fameux Guinness Book suscite les défis les plus farfelus. Pour la petite histoire, 38 participants sont entrés dans ce livre des records au terme de cette 39e édition. Le plus rapide a bouclé en 2h43 habillé en zombie. Les plus lents, une équipe de six, ont mis 5h59 à courir au diapason, dans un unique costume XXXXXXL… Délirant !

J’ai juste vu Big Ben…

Pas d’extravagance pour moi, mais je reçois tellement d’encouragements, sans parler des messages des amis qui me suivent via les réseaux sociaux. Ça me dope, j’avance bien, remets un moment mes écouteurs pour étouffer les hurlements et me reconcentrer. Au 27e km, je retrouve Caroline, une amie. Blessée, elle avance en alternant 30’ course et 15’ marche. Je laisse définitivement tomber l’idée de faire un chrono, préférant l’épauler et partager l’instant. Tout cela est tellement grisant ! Ensemble, on profite, on tape dans les mains des gamins. La foule est si compacte, si agitée que je zappe complètement le décor. J’ai croisé Big Ben c’est sûr, mais pour le reste… mystère. Il paraît qu’en début de course, on a tourné autour d’un gros galion. Ah bon ? 40e km, je décide de filer devant Caroline. Plus que deux derniers kilomètres vers le finish. Un virage et c’est le Palais de Buckingham, puis la place Victoria Memorial – noire de monde – enfin le Mall. Cette large avenue ornée drapeaux britanniques est magique. Je passe l’arche en 4h22. Pas de RP à la clé donc. Qu’importe. Mon essentiel était ailleurs ce dimanche matin. Je suis heureuse d’avoir vibré au rythme de l’inimitable spirit of London.

Récit Sandrine Nail-Billaud publié dans Running pour Elles 52

avec A.M – Photos : Virgin Money London Marathon


Sylviane Yedo Ahehehinnou a perdu 49 kilos en quatre ans et rajeuni de 20 ans. Au cœur de sa métamorphose, sa nouvelle passion qui l’a conduite à courir son troisième Marathon à Paris. Une warrior, cette mère de huit enfants !

Les kilos en trop ont longtemps collé à la peau de Sylviane Yedo, aide-soignante pétillante installée en Ardèche. Grossesses, enfants à élever, divorce douloureux, accident du travail suivi d’une opération lourde… insidieusement, cette mère de 50 ans et huit enfants – cinq garçons et trois filles de 11 à 30 ans –s’est laissé « déborder ».

Trop c’est trop 

Sylviane avant sa métamorphose.

115 kg pour 1,79 m, c’est le poids de Sylviane en 2015. « Je ne me voyais pas grosse car je suis grande et puis j’avais pris d’un peu partout. Ça passait car je m’habillais avec des vêtements larges, je faisais mamma quoi ! » s’amuse-t-elle. Côté régimes, elle a tout testé ou presque. Résultats : du yoyo à gogo. Jusqu’au déclic. Un ras-le-bol au goût amer amorce sa petite révolution. « Le lendemain de Noël 2015, je suis allée courir avec ma fille aînée. Je l’avais déjà fait, entre 35 ans et 40 ans, une dizaine de kilomètres le dimanche avec une copine. Mais ce jour-là, en rentrant, je me suis déshabillée et ce que j’ai vu dans le miroir m’a dégoûtée et rendue triste. Ce n’était plus possible. Je me suis prise en photo. J’ai ressorti du placard un Levi’s taille 42 que je n’ai quasiment jamais porté, avec la ferme intention de rentrer un jour dedansJe me suis mise à courir tous les jours. D’abord 5, puis 10, jusqu’à 15 km, à mon rythme, en alternant marche et course. J’en ai bavé, j’en ai pleuré car on aurait dit un éléphant, mais rien ne pouvait m’arrêter. En parallèle, j’ai réappris à manger. J’ai acheté des livres pour manger sain, supprimer les aliments aux index glycémiques élevés. J’ai aussi fait du renforcement musculaire (abdos, gainage), en suivant des vidéos YouTube et Gym Direct. J’étais à fond, jamais fatiguée. » La métamorphose en impose : moins 10 kilos en un mois, 20 kilos envolés au bout de quatre mois d’efforts. Ce n’était qu’un début. Running à grandes foulées, gainage à tous les étages, menus équilibrés, ce tiercé gagnant a changé sa vie en à peine quatre ans. Méconnaissable, elle pèse aujourd’hui 70 kilos et semble avoir rajeuni de 20 ans. Son fameux Levi’s ? Trop grand ! Elle enfile désormais un 38 avec le sourire, prend plaisir à s’apprêter chaque matin. « Ça fait du bien de se regarder dans le miroir, et de se dire : tu es canon. On devrait se le dire plus souvent je trouve! » s’amuse-t-elle. 

La course aux dossards 

À force de s’entraîner, Sylviane a eu envie de se frotter au chrono. Premier dossard en 2016, sur un 10 km dans la Drôme, bouclé en 1h05. Premier semi, à l’entraînement, en 2h50 pour se rôder avant un 21 km chronométré en 1h55, en 2017, à Saint-Paul-les-Romans, dans sa région. De saison en saison, la niaque reste intacte, la motivation s’amplifie et devient virale. Sylviane créé une communauté Facebook Challenge nutrition & fitness pour motiver les personnes en quête d’une nouvelle silhouette. Elle s’entraîne en groupe le mercredi avec Courir à Valence 2607 et rêve bientôt d’un gros défi : un marathon. « Comme je ne m’en sentais pas capable, j’ai d’abord voulu me tester à l’entraînement. Un jour, j’ai embarqué mon Camelbak, couru 30 km sans m’arrêter jusqu’à une ville voisine en 3h05 ! C’était énorme, j’en ai crié de joie dans la rue. Le soir même, j’ai pris mon dossard pour le Marathon de Marseille, du 18 mars 2018 que j’ai bouclé en 4h41. La même année, j’ai bouclé le Marathon de Lyon en 4h20, alors que j’ai dû m’arrêter après le 37ekm car j’avais des douleurs à la cheville. J’avais alors déjà mon dossard pour Paris 2019, avec dans le viseur moins de 4h. » raconte-t-elle avec enthousiasme. À Paris, où ses trois petits derniers l’ont accompagnée, tout ne s’est passé comme prévu. « Entre le 30 et le 35km, j’ai pris le fameux mur. J’ai dû me faire masser, marcher pendant 5 km. Je termine en 4h42, contente bien sûr, mais déçue par mon chrono. Sur le coup, j’ai pensé tout arrêter, me disant que les marathons, ce n’était plus pour moi. »

Au départ du dernier Marathon de Paris.

Une warrior tout en douceur 

Passée cette déception, la magie l’a rattrapée. « Une semaine après Paris, j’ai remis mes baskets pour 10 km. J’ai retrouvé l’envie. Courir c’est un besoin, une hygiène de vie. C’est une chance aussi d’être marathonienne à 50 ans. Je ne peux pas laisser tomber maintenant ! » Là revoilà donc repartie à galoper dans sa campagne, le sourire bien accroché, des challenges programmés : trail court, semi, 10 km avant l’été, en attendant Nice-Cannes en novembre. Paris, c’est promis, elle y prendra une revanche, sans doute en 2021, car Florence s’annonce pour 2020. « J’ai l’impression que ma vie commence. Je suis bien dans mon corps, dans ma peau. Mes enfants, les grands, ont bien réussi dans la vie, j’ai une magnifique petite-fille de trois ans, je suis heureuse comme jamais ». Rien ne semble pouvoir arrêter Sylviane, une guerrière qui fait la fierté de sa petite tribu.  

Par A.Milleville, publié dans Running pour Elles 52.



Paul Bernard, 85 ans, court tous les jours ou presque, depuis 40 ans. Il a notamment couru les 40 éditions des 20 km de Paris. Cet ancien réserviste de l’armée de l’air cumule les grands souvenirs de course mais vit bien à 100% dans le présent. « En 40 ans de course, j’ai cumulé 120 000 kilomètres. Ca fait trois fois le tour de la Terre ! Pas mal non ? » lâche d’entrée Paul Bernard. Gouailleur, hâlé et connecté – dernière montre Samsung au poignet – Paulo, comme on le surnomme, fait dix ans moins que sur le papier. 85 ans, l’arrière grand-père ! « On me donne souvent 70 ans. Les années passent et je reste plus jeune, ce n’est pas beau ça ?

4000 km par an

Son secret de jouvence ? Des bornes 365 jours par an, autour de Choisy-le-Roi ou de Villers-sur-Mer, où il réside en alternance. « Entre les entraînements et les compétitions, je tourne à 4 000 km par an. C’est moins qu’avant. A une époque où je courais tellement, parfois trois courses en un week-end, que j’en avais mal aux bras ! Je fais entre 10 et 20 km, soit entre 10 000 et 25 000 pas par jour. Je sors presque toujours avec des amis, tous plus jeunes que moi, de 60 ans en moyenne. Souvent je les pousse, c’est moi la locomotive. » raconte le retraité, volontaire de caractère.
Sa passion pour la course née à l’aube de ses 40 ans, presque par hasard. « J’ai fait carrière dans l’armée de l’air. Tous les ans on passait un test d’effort. Une fois, j’ai couru le kilomètre en à peine 4 minutes, ce qui a suscité l’intérêt de l’entraîneur. Il m’a proposé de faire de l’athlétisme un peu plus sérieusement. C’est comme ça que tout a commencé. » Un, deux, trois kilomètres et plus… Paulo s’entraîne tous les midis avec le club de l’Armée de l’air, au bois de Boulogne. « Je peux vous dire que j’en connais tous les cailloux ! Au bout d’un an j’ai pu faire une boucle de 8km, puis de 10 km puis de 15 km. En même temps, j’ai arrêté la cigarette. Je fumais deux paquets par jour. Ca me brulait la gorge, me comprimait les poumons. A l’époque, on ne se rendait pas compte du danger du tabac. J’ai perdu pas mal d’amis à cause de ça. Sans doute que si je m’étais pas mis à courir, j’en serai mort aussi… » lâche-t-il, songeur.

Premier Marathon de Paris, en 1976

Flashback à ses débuts, dans les années 70. Les « joggeurs » ne courent alors pas les rues. Bob sur la tête, short court, polo en coton et tennis aux pieds, ces « hommes pressés » sont même parfois moqués. Une autre époque. Celle des prémices du hors-stade. En 1976, Paul court son premier 42 km pour le premier Marathon de Paris. « Nous étions 300 au départ, et le parcours consistait en quatre tours du bois de Boulogne. J’avais terminé 72e en 3h40 » se souvient-t-il. 63 autres marathons ont suivi dont l’inimitable New York bien sûr, en 3h25’ en 1988. Meilleur chrono en 2h58’, à 50 ans. A son actif aussi, une quinzaine de 100 km, et près de 200 semis ! Il a couru le premier semi de Paris, qui totalisait alors 25 km du côté de Charléty et des dizaines de Paris-Versailles « Je pense que j’ai dû monter au moins 500 fois la côte des Gardes ! ».

« Un trophée plus grand que moi »

Sa course fétiche, c’est une autre classique d’octobre. Les 20 km de Paris. Le retraité a couru les 40 éditions et participe toujours à l’organisation avec l’ASCAIR. « Je suis bénévole à la remise des dossards et à la préparation des ravitaillements. Organiser c’est bien, mais participer c’est encore mieux. J’ai couru les 40 éditions, toujours avec le même plaisir, même si le chrono n’est plus ce qu’il était. Mon record est en 1h15, maintenant je mets 2h30 ». Le 40e anniversaire d’octobre dernier gardera une saveur particulière. « L’organisation m’a fait une belle surprise. Une fois la ligne franchie, alors que j’étais prêt à rentrer chez moi, le général en chef de l’armée de l’air m’a appelé au micro pour monter sur le podium. Il m’a remis un énorme trophée, presque plus grand que moi et d’au moins 40 kilos ! C’est la plus belle coupe de toutes », raconte-t-il ému. Elle trône en bonne place chez lui, à Choisy, dans sa salle de gym. Une pièce « musée » où s’affiche récompenses et souvenirs. 80 coupes décrochées sur des cross, plus de 300 médailles… Une sacrée carrière, qu’il écrit toujours au présent, à 85 printemps.

Portrait publié dans Running Attitude 198, par A.Milleville



Marathon man, ce pourrait être lui, David Redor, alias Crazy Dave. Ce Français de 44 ans a enchaîné 100 marathons à travers les Etats-Unis l’an dernier. Et ce n’est qu’un début…

Au départ, rien d’extraordinaire. Après quelques 10 km et semis, David Redor s’inscrit à son premier marathon accompagné d’un ami. C’était en 1997, à Paris. « J’ai trouvé ça extra, le virus m’a pris. Pendant quelques années, j’ai couru deux- trois marathons par an. » Puis le curseur est monté… 12 marathons en 2012, de même en 2014. Courir et voyager, voilà qui plaît à ce juriste de formation, qui partage sa vie entre les Caraïbes et les Landes.

52 aux USA

En 2016, suivi par des sponsors, il embarque pour l’Amérique. Avec une envie : 52 marathons en un an. « Un marathon dans chacun des états, plus un à Washington et un aux Bahamas », raconte David.Les marathons officiels se succèdent, en moins de 5h. « Je n’avais pas d’objectif chrono, je souhaitais inscrire ce défi dans la durée, et préserver la machine. Mon record en 2016, c’est Washington, couru en 4h23. » Le 1er octobre, il atteint la barre des cinquante 26,2 miles sans heurts ni douleurs. Et pousse encore le curseur. « Je me sentais bien, alors j’ai décidé de doubler la mise », confesse tout bonnement David. Trois mois donc pour enchaîner 50 marathons. Pari insensé, est-on tenté de penser… Mission accomplie, pourtant, le 31 décembre dernier au Texas, avec un 100e marathon bouclé dans l’année. « J’ai dû enchaîner sévère en décembre, en courant 16 marathons en 15 jours, parfois deux la même journée, le tout sans kiné ni pépins », se rappelle-t-il. De ce défi, il garde un tas d’anecdotes. Comme la fois où dans le Delaware, la compagnie aérienne ayant égaré sa valise, il a couru en sous-vêtements et chaussures de ville. « C’était folklorique! » Reste que ses performances cumulées laissent bouche bée. Il ne carbure qu’à la papaye déshydratée fournie par son sponsor Immun’Age, et à son mental en acier trempé. « Je préfèrerais mourir sur le béton que d’abandonner ! » lâche-t-il sans détour.

De l’Everest à Millau

En 20 ans de course, Crazy Dave assure ne jamais s’être mis dans le rouge. Quelques mois de coupure, il s’y est remis. Cette fois, pour le Marathon de l’Everest. Il s’est entraîné sur les îles Saint-Barthélemy et Saint-Martin, en enchaînant les côtes en plein soleil pour travailler sa résistance. « Pour courir en haute altitude, j’ai grimpé l’Island Peak, située à côté de l’Everest, 6 200 m sans oxygène, six jours avant le marathon. C’était inclus dans le package. Je termine en 9h23, 121e sur 250 concurrents. » David a ensuite couru le Marathon du Médoc en dilettante. Une occasion de travailler son foncier avant les 100 km de Millau, disputés en septembre dernier. « La météo annonçait une pluie légère, alors je n’ai pas pris de deuxième paire de chaussures. Une vraie erreur de débutant car on s’est pris 50 km de flotte. Après le 70e km, j’ai dû faire soigner de grosses ampoules. Les podologues m’ont conseillé d’abandonner. Je leur dit : “Occupez-vous de mes pieds, je m’occupe du reste”. J’ai fini en 20h mais je n’en suis pas fier. » Ce 100 km restera un aparté, car c’est bien la distance mythique des 42,195 km, qui fait vibrer ce « cumulard » – 170 marathons à ce jour. « En 2018 ou 2019, je m’attaquerai au record du monde des marathons effectués en un an. » Une performance détenue par l’Américain Larry Macon, avec 239 marathons cumulés en mode « marche ». David, lui, vise les 300 marathons en douze mois en courant. Il compte s’y attaquer aux Etats-Unis, le seul pays qui en propose quasiment 365 jours par an. «J’ai vu que 50 marathons en trois mois c’était faisable. Alors, si j’accélère dès le début, le record sera battu.» Reste à trouver les sponsors et les 100 000 dollars nécessaires. A suivre…

 

Article d’A.Milleville publié dans Running Attitude 184, novembre 2017

 

 

 



Julien Samson, 25 ans, revient de loin. Cette étoile montante du demi-fond français, a vaincu un cancer. Pendant sa chimiothérapie, courir a été sa thérapie. A la clé, des médailles et un mental de gagnant.

 

« Ce cancer, je l’ai vécu comme une course. Il ne fallait rien lâcher. Au bout d’un moment j’allais voir le jour. » Étoile montante du demi-fond français, Julien Samson a 23 ans lorsque le coup de massue tombe.

Lumière et désespoir

Quelques mois plus tôt, il est aux portes de l’équipe de France. « Porter le maillot bleu, c’est un rêve. En novembre 2014, ma dernière année en catégorie espoir, j’ai participé aux sélections pour intégrer l’équipe de France de cross pour les championnats d’Europe. J’ai terminé 6e et donc potentiellement qualifiable, mais la Fédération m’a écarté au profit d’un autre qui avait abandonné le jour des qualifs, sans doute parce qu’il avait un meilleur CV. J’ai vécu cela comme une profonde injustice. J’étais effondré », raconte Julien. C’est la descente aux enfers. Saison terne, grosse fatigue, puis douleurs thoraciques, sueurs nocturnes. En août 2015, il consulte à l’hôpital de Boulogne-Billancourt où il travaille comme brancardier en radiologie. Sans se douter de ce que le médecin va lui annoncer. Lymphome de Hodking, un cancer qui touche surtout les jeunes. Chimiothérapie, radiothérapie, le protocole débute toutes affaires cessantes. Un traitement lourd qui échoue dans 20% des cas. Son corps, lui, a bien réagi. « Je pense que le sport m’a aidé à mieux accepter le traitement », témoigne Julien.

Courir pour tenir

Pendant ces mois douloureux, d’août 2015 à février 2016, il s’est entraîné, tous les jours. « Courir a été une thérapie. J’avais l’impression d’éliminer le surplus de médicaments injectés de mon corps, de me nettoyer. » Même derrière le groupe, il serre les dents pendant les séances de côtes et de fractionnés. Casquette sur la tête pour masquer son crâne lisse. « J’avais l’impression de remplir un verre percé. Après chaque chimiothérapie, tous les quinze jours, je recommençais à zéro. Et deux à trois fois par semaine, je faisais aussi de la musculation à cause de la fonte musculaire causé par les traitements. Courir me permettait de m’évader et d’être comme tout le monde. » A-t-il pris des risques ? C’est certain. « Je n’en ai fait qu’à ma tête. Mes globules blancs étaient à plat, sortir dans les lieux publics, en forêt, ce n’est pas le top. Mais j’en avais besoin. » Un chemin vers la guérison. « Je me disais que tous les efforts paieraient tôt ou tard. » Gagné.

 

Médailles & qualif

En rémission totale en mai 2016, il reprend son travail de brancardier – 10 km par jour dans les couloirs de l’hôpital – et son rythme habituel d’entraînement – 12 séances par semaine. A la clé, une moisson de médailles. Ce début 2017 lui réussit. Le bronze sur le championnat de France 1 500 m en salle à Lyon (4 février), le bronze également le lendemain, aux championnats inter-régionaux sur cross-court à Coulommiers. Troisième place encore quinze jours plus tard, sur le championnat de France élite de 3 000 m en salle à Bordeaux, avec chrono en 8’18”49”’, son nouveau record.

Galvanisé par ses podiums, il s’est qualifié pour le championnat de France élite sur 5 000 m, disputé le 14 juillet dernier. « J’avais envie de prendre une revanche sur la vie, de montrer à mon entourage qui m’a soutenu, que je n’avais rien lâché. » Il décroche cette fois son passeport pour les « France Elite », avec un nouveau record personnel à la clé en 14’13”60”’ réalisé à Oordegem, en Belgique et terminera en 14e position de ce championnat au cœur de l’été.

Sa fin de saison fut compliquée à cause d’une fissure sous la plante du pied, qu’à cela ne tienne. Julien garde en ligne de mire son prochain objectif, le championnat de France de 10 000 m 2018 et tentera d’abaisser son record (30’55”). L’athlète le confesse : « Ce cancer, c’est devenu ma force. Je dirais même que ça a été un mal pour un bien. Et surtout, depuis j’ai encore plus de plaisir à être vivant. Plus de plaisir à courir. » Se sentir vivant, voilà bien le plus important.

Article d’A.Milleville publié dans Running Attitude numéro 183 – octobre 2017.