Conditions dantesques pour la 66e édition de la doyenne des courses d’ultra, disputée dans la nuit du 1er décembre. 13 673 « amateurs éclairés » ont terminé lessivés et crépis de boue l’un des 7 formats proposés. Parmi les 4462 finishers de la mythique SaintéLyon, Céline, qui s’est battue jusqu’au boue !

Céline et son mari Fabien, heureux finishers.

Après un Half Marathon des Sables dans le désert de Fuerteventura, je voulais finir cette année 2019 riche en aventures diverses et variées en beauté. Une dernière course me faisait de l’œil : la SaintéLyon, version solo en 76 km. Je l’avais déjà faite en relais à 4 et j’avais envie de la tenter seule d’autant plus que cette année a vraiment été typée courses « longues distances ».

J’apprends, ravie, que quelques copains du Half Marathon des Sables se décidaient en même temps que moi à y participer aussi. 

Aussi, après un petit trail nocturne au Grand Raid Cathare en octobre, j’ai poursuivi ma préparation en mode trail. Cela tombait bien car depuis quelque temps la météo était parfaitement en accord avec ce qui allait sans doute m’attendre ce 1er décembre : de la pluie et donc de la boue. Les jours passent et j’ai hâte d’en découdre avec cette fameuse SaintéLyon.

©Peignée Verticale_D.Rosso

Combien de couches ?

Jour j : Nous partons de Rouen avec mon mari Fabien et je retrouve avec grand bonheur ma fille qui vit à Lyon et qui nous a préparé des pâtes. Direction la halle Tony Garnier pour le retrait des dossards : je croise Eva et Lionel, les amis de Fuerteventura. Le stress monte. Retour à l’appartement, repos, musique, et préparation des affaires : toute la panoplie « pluie ». Dilemme : combien de couches ? Deux  ou trois ? Ca sera deux et demi, avec un gilet sans manche. Prudente et frileuse, je glisse un sac zippé congélateur (oui, ça sert à tout), un legging, un t-shirt manches longues, des chaussettes et des gants. Question nourriture, les habituelles pâtes de fruits, les barres céréales, et les traditionnels bonbons au chocolat avec une cacahuète dedans qui fondent dans la bouche pas dans la main sont remplacés par des bonbons Haribo pour parer aux coups de mou. 

20h, dernière assiette de pâtes. On est prêts pour se rendre sur la ligne de départ à Saint-Étienne.

Rideau de pluie toute la nuit

Nous y sommes à 23h. Pas de pluie pour l’instant, petit espoir… 23h30. La première vague, celles des élites, allume les frontales, puis toutes les dix minutes, des centaines de traileurs s’élancent au son du micro du speaker et de la musique. Départ pour nous à 00h10, toujours au sec, mais cela ne va pas durer longtemps.  En effet, c’est bien sous les gouttes, de plus en plus drues et soutenus que nous allons ainsi cheminer sur les monts du lyonnais. Deux constantes dans cette nuit glaciale illuminée par une guirlande de frontales, la pluie et la boue. Une quantité de boue, partout ! J’arrive à Saint-Christo-en-Jarez (km18), en 2h10, contente et en forme. Un petit ravito rapide puis je repars vers Sainte-Catherine. J’ai décidé de plus regarder ma montre, j’avance aux sensations dans la nuit noire, froide et humide. 

©PVerticale_C.Hudry
©Peignée Verticale_Marc Daviet

A Sainte-Catherine, point culminant de la course, beaucoup d’abandons. Je n’y pense pas et je continue alors que le ravito est tient en plein air, dur dur de se réchauffer du coup !  Je reprends la course en direction de Saint-Genou-le-camp (il porte bien son nom ce village !), 3ravitaillement  où je sais que je pourrais peut être me poser un peu mais c’est un ravitaillement en boisson liquide uniquement. La fatigue commence à se faire sentir,  je claque des dents, j’ai du mal à me réchauffer mais j’avance. Ce qui me fait tenir c’est de savoir que  le jour devrait bientôt se lever. Je demande l’heure, 6h30.

Terrain glissant permanent !

Là, à l’aube naissante alors que la pluie n’a pas cessé, je pense abandonner. Je suis transie, trempée malgré une veste Gore-tex tout neuve, et j’ai mal au genou. La faute aux  appuis instables dans la boue. Un bénévole adorable m’emmène me réchauffer dans une petite salle. Je remets le mode warrior et opte pour un change complet de toute ma tenue. Je peux repartir, et dans ma tête, c’est désormais certain : yes, je vais finir !

Je fais la rencontre de Frédérique, traileuse émérite de longues distances, et nous déciderons de terminer ensemble. Il reste encore 23 km. Même si cette dernière partie est paraît-il plus facile car descendante, elle reste marquée des passages glissants, très boueux et avec des côtes, notamment celles des aqueducs. Nous alternons marche rapide et course afin de ne pas tomber sur ce sol tellement glissant. Il reste un escalier à descendre et enfin de là, on voit poindre le fameux pont Raymond Barré qui va nous emmener quartier confluences, vers la salle Tony Garnier. Le denier km est interminable, j’apprendrai qu’il fait en fait 1,5 km. L’émotion monte déjà au travers ma gorge sur le pont. Je peux enfin recourir … petits dédales dans le parc avant enfin de franchir cette arche mythique: larmes mêlées de fatigue, de joie et d’émotions … mes 3 filles sont là, fières de leur maman. Mon mari est là aussi, comme d’habitude déjà douché ! J’en termine en 14h36, lui aura fini en 10h37… Je crois que je vais m’en rappeler toute ma vie de cette SaintéLyon. Cela sans aucun doute été une des épreuves les plus difficiles pour moi, avec un moral au top au finish!  À faire, à voir, à vivre au moins une fois dans sa vie.