Sandrine devait courir le 50 km de l’Oman by UTMB du 28 au 30 novembre. Sur place, rien ne s’est passé comme prévu. Elle nous raconte son périple, la technicité des parcours et les belles rencontres qu’elle a pu faire dans ce désert lunaire…

Récit de Sandrine-Nail-Billaud – Photos : DR

Je suis partie pour cet Oman by UTMB, toute heureuse de découvrir cette région et ce pays que j’acceptais d’aller courir un trail de 50 km. En effet, vu mon niveau en trail, le 130 et le 170 km n’étaient même pas envisageable, même pas en pensée, même pas dans les rêves les plus fous…

Après la première édition ou le 137 km avait été qualifié d’une course digne des plus dures et des plus exigeantes même pour des traileurs avertis – une sorte de GR20 du bout du monde – il me tentait bien de voir à quoi pouvait ressembler un 50 km qui, sur le papier, (mis à part d’être beaucoup moins long que ses 2 courses grandes sœurs) s’annonçait beaucoup plus roulant : ben oui 2300 mètres de dénivelé en une fois sur 28 km, puis 25 km de descente (ou presque..). C’est sûr c’était pour moi, j’allais découvrir l’univers du trail… Mais il va en être tout autrement au final …

Des champions français dans la place !

©Lloyd Images / Antony Jones

Arrivée à Oman, je retrouve avec plaisir quelques grands noms du trail français dont Julien Chorier, Sébastien Chaigneau mais aussi Romain Fournier et surtout Jean-Marc Delorme pour qui j’avais fait son assistance lors de la CCC (Esprit trail N° 110). Nous avions d’ailleurs convenu que sur sa course de 170 km le timing me permettrait de lui faire un point d’assistance et ensuite de m’envoler vers le départ de ma propre course.

Nous sommes donc jeudi midi, Jean-Marc et ses c- traileurs prennent le départ du 170km à 13h, ils seront suivis à 19h30 par les coureurs du 130 km qui emprunteront le même parcours au moins jusqu’au km 110.

Sitôt le départ donné, je monte dans une ambulance militaire avec le staff médical comme convenu avec l’organisation entourée par des militaires omanais pour rejoindre le point d’assistance prévu qui se trouve être juste après un passage très délicat pour les coureurs : une via ferrata. En effet, un équipement casque et baudrier sera obligatoirement mis aux coureurs pour ce passage délicat qui fait suite à bien d’autres chemins ou le vertige n’a clairement pas sa place. 

Une via ferrata extra

L’avantage de cette via ferrata c’est qu’elle dépend d’un hôtel de grand Luxe : Alila hôtel et qui propose aux coureurs un vrai ravitaillement digne de ce nom. Arrivée en début d’après-midi sur place j’en profite pour aller voir la fameuse via ferrata et je repars soulagée que mon 50 km ne passe pas par là le lendemain !

Je trace Jean-Marc pas à pas sur l’application Live trail mais il me semble progresser beaucoup moins vite que ce que nous avions envisagé. A l’arrivée du premier coureur, un omanais à 00h16 très précisément dans la nuit du jeudi au vendredi à ce km 71 je comprends qu’il va arriver beaucoup plus tard que ce que nous avions prévu et que la difficulté du parcours semble être terrible.

©Lloyd Images / Antony Jones

L’organisation française UTMB® est avec moi sur ce point de ravitaillement et une voiture est prévue pour m’emmener au départ de mon 50 km qui lui a lieu le vendredi matin à 7h. Oui mais voilà,  il est déjà 3h du matin et jean marc n’est toujours pas là. Live trail avec une très grande précision par ailleurs m’annonce son arrivée pour 4h40 : ok 20 minutes pour faire l’assistance que nous avions prévue, 2h de route pour rejoindre le départ, le tout après une nuit blanche, ça va être tendu mais j’y crois. Jean-Marc arrive à 4h50, soulagé d’avoir passé le vide mais avec le même leitmotiv que tous les autres coureurs : la difficulté du parcours : changement de chaussures, soin des pieds, massage, nourriture chaude (un magnifique buffet est présenté), remonte moral, décision de bifurquer sur le finish du 130 km à partir du km 110 (option proposée par l’organisation après un check médical obligatoire au km 110) et le voilà reparti ! 5h30 oups c’est complètement loupé pour aller au départ du 50 km, même en conduisant très (très) vite, je veux quand même y arriver vivante !

© Lloyd Images / Vincent Curutchet

Raté pour le 50 km, à temps pour le 10 km

C’est alors que Catherine Polleti et sa fille me proposent de basculer sur le 10 km pour lequel le départ est lui le samedi matin à 8h. Ok bingo, me dis-je avec un petit soupir de soulagement (mais aussi une grande déception), je vais quand même courir dans ce paysage de fou mais pas sur 50km ! 

Ce nouvel objectif avec le départ fixé au samedi matin va me permettre au final d’assister les autres coureurs comme Julien Chorier et Sébastien Chaigneau qui finiront respectivement 2 et 3e sur le 130 km mais aussi d’aider des coureurs anonymes de toutes nationalités dans cette base de vie ou les coureurs pouvaient aussi aller dormir, se doucher et se faire soigner si besoin. Cela me permettra aussi d’assister Jean Marc jusqu’au bout et d’être là la nuit suivante pour son arrivée (dans la nuit de vendredi à samedi).  Il aura couru le 130 km en 34h58 (71ème au scratch) et ne cessera de répéter à quel point le parcours était difficile avec notamment un km vertical vertigineux (3,4 km et 1 080 m D+) des remontées de canyons en escalade, des descentes à scier les jambes, des km de cailloux dans des déserts d’altitude. 

Après un réconfort et un check des douleurs et blessures, je le laisse dormir à l’hôtel et je me dirige vers le départ du 10km ce samedi matin ou il règne dans la ville d’Al Hamra une ambiance de fête avec toutes les courses petites distances annoncées. Avec plus de 500 enfants inscrits sur le 2 km, c’était juste extraordinaire de les voir courir parfois pieds nus pour certains ! Les omanaises ne sont pas en reste et ont aussi beaucoup couru à l’image d’une femme qui finira avec moi complétement couverte des pieds à la tête pour courir les 10 km par plus de 30°.

Que vous dire de ce 10km ? Que c’est le plus beau qu’il m’a jamais été donné de courir, c’est vrai ! Je m’attendais à tout sauf à cela, je pensais sincèrement que pour 10 km, nous allions faire le tour et les extérieurs de la ville et bien pas du tout ! Le départ est donné sur la route de Al Hamra avec une organisation incroyable, tout est prévu, l’ambiance, le speaker est là, des vestiaires, des toilettes, des points d’eau potable, le public et la musique !

Des cailloux, toujours des cailloux

Après quelques centaines de mètres sur le bitume  de Al Hamra nous attaquons directement un petit sentier de montagne bien montant (non je n’ai pas déjà commencé à râler ici, quoi que…) qui va nous entrainer ensuite à travers un petit village abandonné inaccessible par la route puis un circuit fait de terre souple nous conduit le long des oueds profonds,  suivies de gorges étroites et de passage sur des petites crêtes de montagne en hauteur. Bien sur les maitres du jeu ici ce sont les cailloux, des petits, des gros, des roulants, des traitres,  des grandes plaques coupantes mais aussi des chemins dégagés bordés de pierres empilées et un ravitaillement au 7ème km comme je n’en avais encore jamais vu. Puis une piste large de 4X4 me permettra de dérouler mes jambes de coureuse sur route et par la même occasion de doubler au moins 20 personnes (mais oui c’était en descente) et d’arriver enfin avec un sourire énorme sur la ligne d’arrivée avec un accueil hallucinant du public pendant que mon coéquipier omanais de course passait la ligne d’arrivée en faisant, lui, des triples saltos !

Alors non je ne venais pas au bout du monde pour faire un 10 km, j’en ai pleuré d’avoir loupé le 50 km mais en contrepartie j’ai rencontré des gens formidables et des champions au grand cœur reconnaissant de l’aide apportée, mais aussi  des coureurs anonymes dans la souffrance de cette course très exigeante au milieu de la nuit, du froid et des montages omanaises. Alors pour les accompagnants ou si il vous reste des jambes après 130 ou 170km, laissez-vous tenter par ce 10km au bout du monde et je vous assure que vous ne le regretterez pas. !