Expatrié en Angleterre, Denys Baudry détenait, sans le savoir, depuis quatre ans le record de France du nombre de marathons bouclés en carrière. Fin décembre 2019, cet athlète vegan de 68 ans a bouclé son 600e marathon. Un exploit lié à son amitié avec une icône du « 100 marathons Club ». Nous repartageons un article paru dans Running Attitude (numéro 197, mars 2019).

Portrait réalisé par Julien Bigorne.

Cv flash. Denys Baudry. 68 ans, chauffeur poids-lourds retraité, habite à Borehamwood (Angleterre). A fini 600 marathons depuis 1991, dont 15 fois Londres. Premier français à atteindre le seuil des 300 marathons (le 6 septembre 2015), des 400 marathons (le 28 mai 2017) et des 500 marathons (le 25 octobre 2018), des 600 marathons (21 décembre 2019). Record : 3h01 (à Luton, en 1995). Voir son profil sur Planète Marathon

©DR

Parfois, les records ne sont pas ceux que l’on croit. Par un hasard prodigieux, Jean Berland n’était pas le premier Français à atteindre le seuil des 300 marathons le 2 avril 2017 à Cheverny, ni Pascal Comte à parvenir au cap des 400 le 9 décembre 2017 à Caldecotte. Denys Baudry les avait, sans le savoir, devancé d’une foulée. Cet athlète âgé de 67 ans, qui a bouclé à ce jour 514 marathons, est en effet expatrié et vit en Angleterre depuis 1972. Et comme 90% de ses courses de 42,195 km ont été bouclées dans la patrie de Shakespeare, même Xavier Colin, expert de la statistique marathonienne du site www.planete-marathon.fr, était passé à côté de son exploit. « Je suis originaire de Tourcoing et fan du Losc », sourit cet ancien footballeur, gardien de but durant ses années collège. 

« Après l’armée, à 21 ans, je suis parti en Grande-Bretagne pour apprendre l’anglais et m’ouvrir des perspectives professionnelles. Je ne devais y rester qu’un an. Mais j’ai rencontré une Anglaise, je me suis marié et finalement, ça fait 46 ans que je vis dans l’Hertfordshire, un comté de la banlieue de Londres », raconte ce père de trois filles. 

Débuts à Londres

Le Frenchie réside à Borehamwood – ville de cinéma où furent en partie tournés les films Star WarsShining et Indiana Jones – où il n’a cessé de peaufiner sa condition physique pour conserver une silhouette athlétique (68 kg pour 1,77 kg). « Après mon divorce, j’ai découvert la course à pied. Un remède anti-déprime contre l’envie de boire ou de fumer. Très vite, je me suis pris au jeu. Et, le 21 avril 1991, j’ai disputé mon premier marathon. C’était à Londres. Il y avait deux fois moins de participants qu’aujourd’hui. Mais le parcours était déjà réputé rapide et dix Français avaient réalisé un temps inférieur à 2h20. Moi, j’avais mis 3h19 », précise le coureur, qui resta néanmoins de longues années spécialiste des 10 km et semis, en dépit d’un record sur 42,195 km très honorable (3h01’ à Luton, en 1995). 

Rencontre décisive

« En 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures. »

© DR. Denys, au centre.

« De 1991 à début 2006, je n’ai disputé que 13 marathons. En prenant de l’âge, j’ai compris qu’il devenait illusoire de tenter de battre mon record. C’est une rencontre qui m’a redonné goût à cette distance mythique. Au sein de mon club – Garden City Runners –, une athlète, Leila Taylor, était vraiment une mordue. Elle a achevé plus de 200 marathons. Avec elle, même la course la plus ennuyeuse devenait une joie. Nous avons effectué ensemble une centaine d’épreuves, ce qui m’a permis d’intégrer le 100 Marathons Club et de conserver d’inoubliables souvenirs de nos courses dans de fabuleux décors ou des conditions météos difficiles. À ce titre, notre Marathon du Médoc déguisé, notre Jungfrau (une épreuve dans les montagnes suisses) ou notre Nice-Cannes tiennent une place à part », relate-t-il. 

Malheureusement, Leila dispute sa dernière course à Pathfinder en 2012 et décède des suites d’un cancer en février 2013. Pour lui rendre hommage, Denys se mue alors en organisateur de course et en marathonien boulimique. « En août 2013, j’ai créé avec Dave Lewis, un très bon copain, la Leilas Run, un marathon caritatif disputé à Saint-Albans, qui permet de récolter chaque année 1 500 livres sterling (1 600 €) pour le Michael Sobell Hospice, l’unité de soins palliatifs où Leila s’est éteinte », explique le Français. Pour lui, la phrase de l’auteur Raphaëlle Giordano – « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » – prend alors son sens et il décide de donner la pleine mesure de sa passion pour le marathon. 

Retraite active

Malgré un travail prenant de chauffeur poids-lourds pour les postes anglaises, Denys Baudry trouve le moyen de s’entraîner cinq fois par semaine, ce qui lui permet de rester affûté et de cumuler entre 37 et 44 marathons par saison, entre 2013 et 2015. « La plupart du temps, pour m’entraîner, je me rendais au ‘‘Gyms’’, une salle de sport à 800 m de chez moi. J’effectuais des séances de spécifique et de fractionné sur tapis roulant, en retranscrivant différents profils de parcours (montées, descentes, portions planes). Contrairement à des sorties classiques, la machine ne ralentissait pas, ce qui m’aidait à garder une allure constante et à ne pas baisser le pied », souligne le coureur, bien aidé par des facultés de récupération hors normes et par les encouragements de Doddy, sa compagne française et supportrice n°1. 

Défis et sens du partage

Photo de groupe. Avec Romain Fleurette – Henry Cohen – Pascal et Chantal Comte.

« En 2016, ma retraite m’a donné la possibilité d’augmenter la cadence et de terminer plus de 60 marathons par an. Mais je ne cours pas après une quantité, plutôt des envies. Par exemple, j’apprécie de me donner à fond sur un marathon et de pouvoir réaliser des chronos encore très corrects. En dépit de mon âge, j’ai ainsi décroché 13 podiums au scratch sur des épreuves à taille humaine de 50 à 200 concurrents. Dans la même optique, en 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures et remporté chez les 60-69 ans le marathon de Calgary au Canada, sous les yeux de ma fille et mes 6 petits-enfants », savoure le seul Français à avoir bouclé plus de 500 marathons. 

« Vivre en Angleterre m’a aidé à atteindre ce chiffre car ici, contrairement en France, des associations (Énigma, Saturn et Phoenix) organisent des séries de marathon. Une fois à la retraite, j’ai ainsi pu participer à la Week at the Knees (7 épreuves en 7 jours) et au Great Barrow Challenge (10 en 10 jours). Un autre genre de défis », précise le coureur devenu une icône du Vegan Runners Club, en prouvant qu’on pouvait achever 70 marathons par an, sans manger de viande. En 2019, ce « Flying Papy » devrait revenir disputer des courses en France. « En 2018, j’ai épaulé ma nièce (Julie Tosaki) sur son premier marathon à Nantes et aidé ma sœur (Valérie Guennoc) à finir celui de Tours en 4h32. J’aime partager ces moments complices avec elles. Il n’y a pas de raisons que cela s’arrête », conclut Denys.