Guillaume Ruel a couru son premier 100 km en 6h42’, à 15 km/h de moyenne. Ce Manchois de 23 ans, étudiant en pharmacie, devient le plus jeune champion de France de 100 km. Il a signé la meilleure performance française depuis quinze ans et ne compte pas s’arrêter là…

Guillaume Ruel, champion de France de 100 km 2021.
©Aurélien Dassonneville . A Amiens, Guillaume Ruel décroché le titre de champion de France de 100 km pour sa première sur la distance. ©Aurélien Dassonneville

Ce championnat de France de 100 km d’Amiens que tu as gagné n’était pas prévu à ton programme initialement…  

« Oui, j’étais invité à courir le marathon du Loch Ness au nord de l’Ecosse mais avec les contraintes sanitaires, il m’était impossible d’y aller. J’avais donc 3 solutions : re-préparer un marathon fin octobre, je pensais à Rennes, me reposer ou tenter l’aventure sur 100 km. J’avais en tête de me lancer sur cette distance dans les deux  prochaines années. J’ai pris ces aléas comme une opportunité à saisir. »

Courir 100 km, c’était donc une première pour toi ? 


« Effectivement, c’était ma première expérience sur la distance. J’avais réalisé en 2016 (à 18 ans, ndlr), les championnats du monde skyrunning format marathon, où j’avais couru pendant 6h donc une durée similaire à un 100 km. »

Sur le 100 km d’Amiens, tu es parti très vite, sur les bases du record de France jusqu’à 80e km… 

 « L’idée était de partir aux alentours de 16km/h et tenir le plus longtemps possible l’allure. Je suis passé au 50e km en 3h06’30’’, c’est-à-dire quasiment sur les bases du record du monde (6h09). J’étais facile à ce moment-là même si les sensations dès le début de course n’étaient pas superbes. Je n’étais pas dans un super jour. »

Guillaume Ruel, comment s’est passée ta fin de course ? 

« A partir du 75e km, cela a été assez délicat. Le manque de préparation spécifique (seulement 3 semaines) s’est fait ressentir. Mon allure a dégringolé à 13km/h sur les 25 derniers kilomètres. Pris de crampes aux quadris et ischios, j’ai été contraint à m’arrêter à trois reprises. Le chrono ne m’importait plus à ce moment-là. Je savais que terminer en 6h20 ne serait pas possible alors je me suis mis comme objectif de rallier l’arrivée pour assurer la victoire et la sélection pour les prochains championnats du monde. »

T’attendais-tu à décrocher le titre de champion de France ?

« Il y avait tous les meilleurs français au départ, mais je savais que personne n’avait le niveau pour courir en moins de 6h30’. Avec l’accompagnement de mon préparateur mental, il n’y avait qu’une issue à cette course… la victoire et rien d’autre. Beaucoup de personnes me disent : ‘c’est exceptionnel, je sais pas si tu te rends bien compte’. Je leur réponds simplement que j’étais préparé à gagner. »

Qu’est-ce que cela fait d’être le plus jeune champion de France de 100 km ? 

« Forcément, cela fait quelque chose, c’est très flatteur. Après cette vision de l’âge est très française. La moyenne d’âge de l’équipe de France de 100 km est assez élevée, les entraineurs ont souvent comme doctrine de freiner les jeunes à se lancer sur du long, sur marathon et au-delà. Heureusement le renouveau arrive. Je pense qu’entre 23 et 35 ans, les athlètes sont dans la meilleure forme de leur carrière. En comparaison, les meilleurs coureurs mondiaux ont la trentaine et se lancent sur des marathons à tout juste 20 ans. »

Et de réaliser la 7e performance mondiale de l’année à 23 ans ?! 

 « Oui, c’est la 7e meilleure performance mondiale de l’année et la meilleure performance française des 15 dernières années. Cette performance permet de me comparer au top niveau mondial et à l’histoire du 100 km français et c’est très intimidant. »

Tu cours depuis tout petit, n’est-ce pas ? 

« J’ai commencé à courir dès l’école primaire. A 10 ans, mon grand frère Pierre-Antoine m’avait suivi à vélo quand j’avais couru 10 km. De fil en aiguille, j’ai allongé les sorties et multiplié les entrainements. Jusqu’à courir mon premier marathon à 19 ans et le 100 km à 23 ans. »

Courir, c’est une affaire de famille chez les Ruel… 

« Oui. Mon papa a couru 5 sélections internationales sur 24h de 2015 à 2019 avec à la clé une seconde place et 3e place aux championnats d’Europe ainsi qu’une 5e  place aux championnats du monde avec un record à 263.54 km. Maman marche beaucoup, environ 1 à 2 heures par jour et a déjà cumulé 134.8 km en 24h. Mon frère Pierre-Antoine a couru le marathon en 2h27 et le 50 km en 2h59. Il a pour projet de courir le 100 km prochainement pour décrocher également sa sélection en équipe nationale. »

Tu es en 6e année de pharmacie et t’entraînes dur pour arriver à ce niveau. A quoi ressemble ton quotidien ? 

 « Je suis sur les listes ministérielles de haut niveau depuis 2018. L’université de Caen met tout en œuvre pour m’aménager au mieux mon emploi du temps. C’est une véritable chance ! Une journée type c’est : 5h30 réveil et 45’ de course à jeun. Je mange et pars à la fac de 9h à 12h. Le midi, si j’ai le temps, je rentre faire du vélo ou du renforcement. Je retourne travailler à la fac de 13h30 à 16h30. Vers 17h30, je fais une séance de qualité à pied (VMA, allures spécifiques, endurance, …). A 20h je dine et me repose un peu avant de m’étirer, faire de l’électrostimulation, de la pressothérapie et de la sophrologie. Je suis très admiratif de ma copine qui me comprend et me soutient à 200% dans ce projet. »

Guillaume Ruel, quel sera ton objectif sur les mondiaux de 100 km à Berlin en 2022 ? 

« Je ne me fixe pas de limites. J’ai couru 80 km à Amiens sur les bases des meilleurs mondiaux. Avec de l’entrainement bien spécifique en amont de la compétition, cette allure passera jusqu’à la ligne d’arrivée. Alors forcément, j’irai pour la victoire. J’ai tendance à dire que sur une course il n’y a qu’un vainqueur et que le second est le premier perdant. »

Combien de marathons as-tu déjà couru ? 

« J’ai couru seulement 2 marathons en compétition, Milan en mai 2021 en 2h20 et les championnats de France à Albi en 2018 en 2h25 avec le titre espoir.

Te reverra-t-on sur marathon prochainement ? 

« Mon niveau sur marathon est loin d’être à son potentiel maximal. Je pars du principe que courir plus vite le marathon me permettra de courir le 100 km encore plus vite. Je n’oublie pas non plus que j’ai encore une grande marge de progression sur le « court ». On me reverra probablement sur 50 km avec comme objectif de m’approcher du record d’Europe et sûrement en Normandie sur le marathon du Mont-Saint-Michel et le marathon de la Liberté à Caen. »

 Quelle est ta distance favorite ? 

« J’ai pris beaucoup de plaisir à courir le 100 km. Sur marathon, j’ai un niveau national pour l’instant alors que le 100 km j’ai un niveau international. Ma distance favorite est donc pour le moment le 100 km. »

Une course te fait rêver ? 

« Oui, je rêve de participer aux Comrades en Afrique du Sud (90 km) et de gagner ! » 

Un personnage qui t’inspire ?

«  Marie Lemière, qui a comme moi 23 ans. C’est une amie depuis l’enfance qui me battait toujours sur les cross quand nous étions plus petits. Elle est atteinte du syndrome Ehler Danlos mais fait preuve d’une force mentale et d’un courage incroyable pour toujours aller de l’avant. Elle ne se plaint jamais malgré les douleurs et les difficultés de son quotidien. Son courage, son humilité et sa détermination au quotidien sont à mes yeux la plus belle source d’inspiration. »