“Des bosses et des bulles”, série de dessins autour du trail est désormais bien connue des coureurs depuis près de neuf ans maintenant. Si son auteur, Matthieu Forichon, arrive à saisir des scènes de trail avec autant d’acuité, c’est, qu’en plus de son réel talent d’illustrateur, il est aussi traileur. Rencontre avec cet artiste sportif éclectique.

Par Frédéric Poirier, publié dans le numéro Running Attitude 217.



Comme la plupart des enfants et adolescents, Matthieu Forichon lit des bandes dessinées, essentiellement des classiques de la BD franco-belge mais aussi Achille Talon ou Sempé. Il se découvre un véritable talent d’illustrateur en dessinant ses camarades de collège et de lycée. Mais il n’est pas un cancre de fond de classe, plutôt un bon élève qui suit une formation scientifique : il aime les mathématiques, alors ce sera son orientation professionnelle.

Sportif amateur dans les sports de combat, il court souvent au parc de la tête d’or à Lyon, et cette activité d’évasion est pour lui une source d’inspiration pour sa vie artistique. Son esprit vagabonde, son corps est en mouvement, le cerveau aussi. Matthieu, une fois son diplôme en poche, décide de se consacrer totalement à sa passion, l’illustration. Il a beau courir, l’artistique l’a tout de même rattrapé.


Inspirez, dessinez



Il commence dans un domaine qu’il maîtrise parfaitement, la communication dans le domaine scientifique, mais, tout comme il s’amusait à ” crobarder ” (faire des croquis) ses camarades de lycée ou ses professeurs, il récidive lors de ses entraînements en pleine nature.

D’un sentier sillonnant la forêt, avec des sommets montagneux en arrière-plan et quelques coureurs qui arpentent le chemin, il réussi, en quelques coups de crayon, à saisir une scène a priori banale en y apportant beaucoup de poésie et de fraîcheur. On y retrouve tour à tour le coureur fringant qui vise la performance chronométrique, celui suréquipé de la tête aux pieds, l’imprévoyant qui a oublié la moitié de son matériel, le flâneur bucolique, la traileuse en jupette qui ne se prend pas la tête et qui va singulièrement agacer René-Charles, personnage récurrent de ses dessins. ‘’ René-Charles c’est un peu nous tous, à un moment de notre pratique ‘’, explique Matthieu Forichon.

A l’instar de son anti héros, on va râler parce qu’il pleut, car la pente est trop forte (et la neige trop molle…) et la nuit trop noire. Mais on va aussi s’extasier devant un lever de soleil sur une crête, admirer quelques instants un lac paisible ou réconforter un coureur en difficulté. On râle mais on y revient quand même.

Création, récréation


‘’ Une grande partie de mon activité d’illustrateur est du travail de commande (publicité, magazine, packaging) avec des impératifs de délai, de format, de thématique (voir son travail ICI). Des bosses et des bulles, c’est ma bouffée d’oxygène, ma récréation pour mieux créer. J’ai commencé à publier quelques dessins sur ma page Facebook, j’ai rapidement constaté que cela avait beaucoup de succès ‘’.

Le milieu du trail est un microcosme, il n’y avait pas ce type d’illustration, Matthieu Forichon est un précurseur. ” C’est rapidement devenu un rendez-vous incontournable, parfois cela peut devenir pesant car la demande sur les réseaux sociaux est forte, pesante, on reçoit les commentaires en direct, on a l’impression que l’on n’existe pas si on n’alimente pas régulièrement son profil. Depuis le début j’ai dû publier un millier de dessins, j’en ai fait quatre tomes que l’on peut ainsi retrouver sous forme de recueils. Le nom ” Des bosses et des bulles “ est venu comme une évidence : j’aime courir en montagne, les bosses ce sont les collines, le relief, et les bulles, ce sont ces cases arrondies (les phylactères) où l’on écrit le texte dans les BD “.