Roger Guillaumin a bouclé son 300e marathon sur le Marathon du Beaujolais. Sur la planète marathon, ‘Rodgers’ fait figure d’extraterrestre. Il a bouclé plus de 80% de ses marathons sous les 3h30.

Roger Guillaumin, multi-marathonien.
Roger Guillaumin, à Pise en 2017.

En bref… Roger Guillaumin alias Rodgers, 65 ans, Habite Sonnay, en Isère, court depuis 1987. Ses meilleurs chronos : 2h51’45’’ sur marathon (Romans 1992) , 1h19’53’’ sur semi (1993), 72,2km sur 6h, 9h sur 100km, 177km sur 24h, 5h48’ sur la 6000D (2004), 5h56’ sur la SaintéLyon (2004), 4edu Défi de l’Oisans en 1995 après 200 km et 12 000m D+  en 6 jours. Sa devise : obstinément optimiste. Sa potion magique : 2 litres d’eau par jour. Son site : rogders42195.fr 

Roger Guillaumin a fêté son 300e marathon sur le Marathon du Beaujolais le week-end dernier. Arriver à ce compte rond n’était pas gagné en cette année 2021, si particulière. « Les six premiers mois de l’année, je n’ai pu courir que deux marathons. Cela s’est décanté ensuite. J’ai enchaîné 5 marathons en 5 jours en juin près de Colmar, 4 marathons en 4 jours à Orta en Italie, puis Chablis, le Charolais… J’en suis à 19 marathons cette année avec un record en 3h30’30 », explique ce Master 6. Les années passent mais ce marathonien-là ne se laisse pas dépasser.

Allure de croisière : 3h30’ 

On peut le dire, Roger Guillaumin est un spécimen. Ce n’est pas le roi des cumulards – actuellement Denys Baudry détient la palme avec plus 600 marathons -, mais il affiche le plus beau palmarès en moins de 3h30. En plus de trente ans, 300 marathons dont 200 entre 2011 et 2018. Parmi eux, 223 marathons sous les 3h30’, et 137 sous les 3h20’.

Réglé comme une horloge, Roger ! Mieux : depuis son record en 1992 (2h51’45’’), il n’a perdu qu’une minute par an sur marathon. « 3h30-3h35, cela correspond à  mon allure de croisière maintenant, celle où je ne me mets pas dans le rouge. Mais j’usqu’en 2015, je n’étais pas content si je n’arrivais pas en moins de 3h15’. », commente-t-il. Des performances impressionnantes pour cet athlète qui veille à toujours rester « en dedans » à l’entrainement comme en compétition.

Courir est un art de vivre pour cet Isérois, ancien professeur en lycée technique. « Faire un super chrono un jour sur un marathon et puis ne plus rien faire pendant des mois, voire des années, cela ne m’intéresse pas. ». Sans se « griller » donc, en 2018, il ainsi bouclé 27 marathons dont 18 sous les 3h30 et 9 sous les 3h25’.

Cette année-là, Roger Guillaumin a même réalisé un 3h15’14’’. A 62 ans ! Cela restera un de ses grands souvenirs, comme le Marathon Nice-Cannes 2009, où, à 54 ans, il est repassé sous la barre des 3h (2h59’07’’). 

Depuis son record en 1992, Roger a perdu moins d’une minute par an sur marathon. 

Roger Guillaumin
Roger Guillaumin sur le marathon de la Loire, en 2017.

Courir et découvrir 

Bien rodé, il tourne à 3 000 km par an, compétitions comprises. Chaque année, une bonne quarantaine de dossards épinglés, sauf depuis 2020 et le Covid, évidemment. « Il m’est arrivé d’enchaîner 1000 km de transport dans le week-end pour aller courir un marathon. »

Rien n’est jamais trop pour Roger Guillaumin. On le connaît plus sous le surnom “Rodgers”, qui traduit bien l’état d’esprit jeune qu’il cultive. « J’ai tout le temps envie de bouger. J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouveaux coins de France avec mon épouse Evelyne. »

Compétiteur donc, plutôt boulimique. Par chance, il n’a jamais eu de pépins. « J’ai juste eu une alerte en 2016, avec une aponévrosite plantaire. J’ai fait une quinzaine de séances de kinés, j’ai levé le pied et tout s’est bien passé. Et finalement j’ai couru autant de marathons que prévu, à savoir 24 cette année-là. »

Danser sur les sentiers

Ce fils d’agriculteur, qui travaillait déjà à 10 ans dans les champs est une force de la nature. Le sport l’accompagne depuis toujours. Des années de foot, du snowboard pendant 20 ans avec son fils. Et du vélo, en plus de la course. Depuis 1987, la passion reste intacte. S’il collectionne les marathons, sa distance de prédilection, il affiche également des 100 km, 6h et 24h à son palmarès. Un bon paquet de trails aussi.

Pour Roger Guillaumin, le bonheur est toujours au bout du chemin. L’évasion « pleine nature » étanche sa soif de liberté. Dévaler les pentes et danser sur les sentiers, cela le fait vibrer : « J’ai un magnifique terrain de jeu à domicile, le massif du Pilat avec plus de 1 000 mètres de dénivelé positif. J’adore le trail, c’est ludique. Seulement en 2008, je me suis fait peur avec une belle gamelle. Alors je suis revenu sur la route, c’est plus tranquille pour les chevilles. Ces derniers temps, je reviens au trail. En 2018, j’en ai bouclé 18, dont 17 podiums en master 3. ».

Pousserait-il sur ultra type UTMB ou Diagonale des Fous ? « Ce n’est pas mon truc. Je ne vois pas l’intérêt de courir en pleine nuit sans profiter des paysages, au risque de se perdre en pleine montagne à 4h du matin. J’ai participé une fois à la SaintéLyon, parce qu’elle se déroule près de chez moi, mais c’est l’exception qui confirme la règle… ». 

Passion marathon. Ce livre-témoignage est un recueil des récits de marathons que Roger a courus entre 2012 et 2015. Il y partage sa passion pour la distance, y fait résonner sa soif de découverte et met à l’honneur les belles rencontres nées dans l’effort. Inspirant.

Du feeling avant toute chose

Pas de plan, ni de club ou de coach. Au fil des années, c’est son expérience qui l’a guidée. « Au début, je courais à bloc tout le temps. J’ai couru en 2h51’, record sur le marathon de Romans en 1992 et ce, quinze jours après avec un 50 km en Ardèche en 3h26’. C’était n’importe quoi ! », se rappelle-t-il. Désormais, Roger misesur l’endurance, reste à l’écoute de ses sensations. « Je serai incapable de suivre un programme de deux mois où l’on me dit quoi faire. Je fais ce qui me chante, quand j’en ai envie. Je bricole beaucoup dans ma maison et quand je suis en train de faire tourner la bétonnière, je ne m’arrête pas pour aller courir. » 

Ses médailles, rien que pour l’année 2018.

Donner l’exemple

En moyenne chaque semaine en période de courses, il effectue deux sorties  « running » de 20-30 km et deux  sorties « vélo » de 50 à 80 km environ. La plupart du temps, il s’entraîne seul mais joue volontiers l’émulation. Donner l’exemple, inspirer les plus jeunes–comme les un peu moins jeunes – le motive. Roger partage ainsi ses récits sur son site internet. Mémoire d’une carrière extraordinaire qu’il écrit chaque jour à grandes foulées.