Sur la planète marathon, Roger Guillaumin fait figure d’extraterrestre. A son palmarès, 269* marathons bouclés à 81% sous les 3h30. A 62 ans, il vient même de signer un 3h15’. Les années passent mais cet athlète hors-norme ne se laisse pas dépasser. 

* Quand vous lirez ces lignes, ce chiffre sera obsolète. Roger enchaîne les marathons chaque week-end ou presque !

En bref… Roger alias Rodgers, 63 ans, Habite Sonnay, en Isère, court depuis 1987, vient de boucler 200 marathons en 8 ans. Ses meilleurs chronos : 2h51’45’’ sur marathon (Romans 1992) , 1h19’53’’ sur semi (1993), 72,2km sur 6h, 9h sur 100km, 177km sur 24h, 5h48’ sur la 6000D (2004), 5h56’ sur la SaintéLyon (2004), 4edu Défi de l’Oisans en 1995 après 200 km et 12 000m D+  en 6 jours. Sa devise : obstinément optimiste. Sa potion magique : 2 litres d’eau par jour. Son site : rogders42195.fr 

« Parmi les centenaires, Roger est un gars à part. Il a plus de 60 ans mais reste un vrai compétiteur. Et il est impressionnant. Il était capable, il n’y a pas si longtemps, de s’envoyer un 3h07’ comme si de rien n’était.En 2012, à 56ans, il avait enchaîné 30 marathons dont 10 sous les 3h10’.» commente Xavier Colin, marathonien. Des centenaires – ceux qui ont bouclé plus de  100 marathons – Xavier, fondateur du site Planète Marathon, en connait une tripotée. 

Allure de croisière 3h25’ 

Roger Guillaumin est un spécimen. Ce n’est pas le roi des cumulards – actuellement Denys Baudry avec 541 marathons -, mais il affiche le plus beau palmarès en moins de 3h30. En trente ans de pratique, 264 marathons, 216 sous les 3h30’, 136 sous les 3h20’. Réglé comme une horloge, Roger. Mieux : depuis son record en 1992 (2h51’45’’), il n’a perdu qu’une minute par an sur marathon. « 3h20-3h25,cela correspond à  mon allure de croisière maintenant, celle où je ne me mets pas dans le rouge. Jusqu’en 2015, je n’étais pas content si je n’arrivais pas en moins de 3h15’. », commente-t-il. Performances impressionnantes pour cet athlète qui veille à toujours rester « en dedans » à l’entrainement comme en compétition. Courir est un art de vivre pour cet Isérois, ancien professeur en lycée technique. « Faire un super chrono un jour sur un marathon et puis ne plus rien faire pendant des mois, voire des années, cela ne m’intéresse pas. ». Sans se « griller », ce master 3 a donc bouclé 27 marathons l’an dernier. Dix-neuf sous les 3h30, neuf sous les 3h25’. En septembre à Plazaola, en Espagne, il a même réalisé un 3h15’14’’. A 62 ans ! Cela restera un de ses grands souvenirs, comme le Marathon Nice-Cannes 2009, où, à 54 ans, il est repassé sous la barre des 3h (2h59’07’’). 

Depuis son record en 1992, Roger a perdu moins d’une minute par an sur marathon. 

Courir et découvrir 

Bien rodé, il tourne à 3 000 km par an, compétitions comprises. Chaque année, une bonne quarantaine de dossards épinglés. « Il m’est arrivé d’enchaîner 1000 km de transport dans le week-end pour aller courir un marathon. L’an dernier, j’ai enchaîné un marathon le samedi soir à Grenoble, et un autre le lendemain matin dans la Drôme, à 60 km de route. »

Rien n’est jamais trop pour « Rodgers », surnom qui traduit l’état d’esprit jeune qu’il cultive. « J’ai tout le temps envie de bouger. J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouveaux coins de France. Et j’ai de la chance, ma femme, Evelyne adore aussi voyager. Elle organise nos voyages-marathons, récemment à Séville, dans quelques mois à Saint-Pétersbourg, puis à Berlin en septembre prochain, ce sera une première pour moi. »

Compétiteur donc, plutôt boulimique. Par chance, il n’a jamais eu de pépins. « J’ai juste eu une alerte en 2016, avec une aponévrosite plantaire. J’ai fait une quinzaine de séances de kinés, j’ai levé le pied et tout s’est bien passé. Et finalement j’ai couru autant de marathons que prévu, à savoir 24 cette année-là. »

Sur le Marathon de la Loire, en 2017.

Danser sur les sentiers

Ce fils d’agriculteur, qui travaillait déjà à 10ans dans les champs est une force de la nature. Le sport l’accompagne depuis toujours. Des années de foot, du snowboard pendant 20 ans avec son fils et du vélo, en plus de la course. Depuis 1987, la passion reste intacte. S’il collectionne les marathons, sa distance de prédilection, il affiche également des 100 km, 6h et 24h à son palmarès. Un bon paquet de trails aussi. Pour lui, le bonheur est toujours au bout du chemin. L’évasion « pleine nature » étanche sa soif de liberté. Dévaler les pentes et danser sur les sentiers, cela le fait vibrer : « J’ai un magnifique terrain de jeu à domicile, le massif du Pilat avec plus de 1 000 mètres de dénivelé positif. J’adore le trail, c’est ludique. Seulement en 2008, je me suis fait peur avec une belle gamelle. Alors je suis revenu sur la route, c’est plus tranquille pour les chevilles. Ces derniers temps, je reviens au trail. En 2018, j’en ai bouclé 18, dont 17 podiums en master 3. ». Pousserait-il sur ultra type UTMB ou Diagonale des Fous ? « Ce n’est pas mon truc. Je ne vois pas l’intérêt de courir en pleine nuit sans profiter des paysages, au risque de se perdre en pleine montagne à 4h du matin. J’ai participé une fois à la SaintéLyon, parce qu’elle se déroule près de chez moi, mais c’est l’exception qui confirme la règle… ». 

Passion marathon. Ce livre-témoignage est un recueil des récits de marathons que Roger a courus entre 2012 et 2015. Il y partage sa passion pour la distance, y fait résonner sa soif de découverte et met à l’honneur les belles rencontres nées dans l’effort. Inspirant. Commande en ligne sur rodgers42195.fr

Du feeling avant toute chose

Pas de plan, ni de club ou de coach, au fil des années son expérience l’a guidée. « Au début, je courais à bloc tout le temps. J’ai couru en 2h51’, record sur le marathon de Romans en 1992et ce, quinze jours après avec un 50 km en Ardèche en 3h26’. C’était n’importe quoi ! », se rappelle-t-il.Désormais, Roger misesur l’endurance, reste à l’écoute de ses sensations. « Je serai incapable de suivre un programme de deux mois où l’on me dit quoi faire. Je fais ce qui me chante, quand j’en ai envie. Je bricole beaucoup dans ma maison et quand je suis en train de faire tourner la bétonnière, je ne m’arrête pas pour aller courir. » 

Ses médailles, rien que pour l’année 2018

Donner l’exemple

En moyenne chaque semaine en période de courses, il effectue deux sorties  « running » de 20-30 km et deux  sorties « vélo » de 50 à 80 km environ. La plupart du temps, il s’entraîne seul mais joue volontiers l’émulation. Donner l’exemple, inspirer les plus jeunes–comme les un peu moins jeunes – le motive. Ainsi, prend-t-il plaisir à se mesurer régulièrement avec Elodie, 36 ans. « Nous avons le même niveau en course à pied, mais elle est meilleure que moi en vélo. On se challenge gentiment ». C’est l’une des belles rencontres qu’il a pu faire. Certaines sont furtives – quelques kilomètres partagés sur un marathon – mais Roger tient à ne pas les oublier en publiant ses récits sur son site internet. Mémoire d’une carrière extraordinaire qu’il écrit chaque jour à grandes foulées.