Sylviane Yedo Ahehehinnou a perdu 49 kilos en quatre ans et rajeuni de 20 ans. Au cœur de sa métamorphose, sa nouvelle passion qui l’a conduite à courir son troisième Marathon à Paris. Une warrior, cette mère de huit enfants !

Les kilos en trop ont longtemps collé à la peau de Sylviane Yedo, aide-soignante pétillante installée en Ardèche. Grossesses, enfants à élever, divorce douloureux, accident du travail suivi d’une opération lourde… insidieusement, cette mère de 50 ans et huit enfants – cinq garçons et trois filles de 11 à 30 ans –s’est laissé « déborder ».

Trop c’est trop 

Sylviane avant sa métamorphose.

115 kg pour 1,79 m, c’est le poids de Sylviane en 2015. « Je ne me voyais pas grosse car je suis grande et puis j’avais pris d’un peu partout. Ça passait car je m’habillais avec des vêtements larges, je faisais mamma quoi ! » s’amuse-t-elle. Côté régimes, elle a tout testé ou presque. Résultats : du yoyo à gogo. Jusqu’au déclic. Un ras-le-bol au goût amer amorce sa petite révolution. « Le lendemain de Noël 2015, je suis allée courir avec ma fille aînée. Je l’avais déjà fait, entre 35 ans et 40 ans, une dizaine de kilomètres le dimanche avec une copine. Mais ce jour-là, en rentrant, je me suis déshabillée et ce que j’ai vu dans le miroir m’a dégoûtée et rendue triste. Ce n’était plus possible. Je me suis prise en photo. J’ai ressorti du placard un Levi’s taille 42 que je n’ai quasiment jamais porté, avec la ferme intention de rentrer un jour dedansJe me suis mise à courir tous les jours. D’abord 5, puis 10, jusqu’à 15 km, à mon rythme, en alternant marche et course. J’en ai bavé, j’en ai pleuré car on aurait dit un éléphant, mais rien ne pouvait m’arrêter. En parallèle, j’ai réappris à manger. J’ai acheté des livres pour manger sain, supprimer les aliments aux index glycémiques élevés. J’ai aussi fait du renforcement musculaire (abdos, gainage), en suivant des vidéos YouTube et Gym Direct. J’étais à fond, jamais fatiguée. » La métamorphose en impose : moins 10 kilos en un mois, 20 kilos envolés au bout de quatre mois d’efforts. Ce n’était qu’un début. Running à grandes foulées, gainage à tous les étages, menus équilibrés, ce tiercé gagnant a changé sa vie en à peine quatre ans. Méconnaissable, elle pèse aujourd’hui 70 kilos et semble avoir rajeuni de 20 ans. Son fameux Levi’s ? Trop grand ! Elle enfile désormais un 38 avec le sourire, prend plaisir à s’apprêter chaque matin. « Ça fait du bien de se regarder dans le miroir, et de se dire : tu es canon. On devrait se le dire plus souvent je trouve! » s’amuse-t-elle. 

La course aux dossards 

À force de s’entraîner, Sylviane a eu envie de se frotter au chrono. Premier dossard en 2016, sur un 10 km dans la Drôme, bouclé en 1h05. Premier semi, à l’entraînement, en 2h50 pour se rôder avant un 21 km chronométré en 1h55, en 2017, à Saint-Paul-les-Romans, dans sa région. De saison en saison, la niaque reste intacte, la motivation s’amplifie et devient virale. Sylviane créé une communauté Facebook Challenge nutrition & fitness pour motiver les personnes en quête d’une nouvelle silhouette. Elle s’entraîne en groupe le mercredi avec Courir à Valence 2607 et rêve bientôt d’un gros défi : un marathon. « Comme je ne m’en sentais pas capable, j’ai d’abord voulu me tester à l’entraînement. Un jour, j’ai embarqué mon Camelbak, couru 30 km sans m’arrêter jusqu’à une ville voisine en 3h05 ! C’était énorme, j’en ai crié de joie dans la rue. Le soir même, j’ai pris mon dossard pour le Marathon de Marseille, du 18 mars 2018 que j’ai bouclé en 4h41. La même année, j’ai bouclé le Marathon de Lyon en 4h20, alors que j’ai dû m’arrêter après le 37ekm car j’avais des douleurs à la cheville. J’avais alors déjà mon dossard pour Paris 2019, avec dans le viseur moins de 4h. » raconte-t-elle avec enthousiasme. À Paris, où ses trois petits derniers l’ont accompagnée, tout ne s’est passé comme prévu. « Entre le 30 et le 35km, j’ai pris le fameux mur. J’ai dû me faire masser, marcher pendant 5 km. Je termine en 4h42, contente bien sûr, mais déçue par mon chrono. Sur le coup, j’ai pensé tout arrêter, me disant que les marathons, ce n’était plus pour moi. »

Au départ du dernier Marathon de Paris.

Une warrior tout en douceur 

Passée cette déception, la magie l’a rattrapée. « Une semaine après Paris, j’ai remis mes baskets pour 10 km. J’ai retrouvé l’envie. Courir c’est un besoin, une hygiène de vie. C’est une chance aussi d’être marathonienne à 50 ans. Je ne peux pas laisser tomber maintenant ! » Là revoilà donc repartie à galoper dans sa campagne, le sourire bien accroché, des challenges programmés : trail court, semi, 10 km avant l’été, en attendant Nice-Cannes en novembre. Paris, c’est promis, elle y prendra une revanche, sans doute en 2021, car Florence s’annonce pour 2020. « J’ai l’impression que ma vie commence. Je suis bien dans mon corps, dans ma peau. Mes enfants, les grands, ont bien réussi dans la vie, j’ai une magnifique petite-fille de trois ans, je suis heureuse comme jamais ». Rien ne semble pouvoir arrêter Sylviane, une guerrière qui fait la fierté de sa petite tribu.  

Par A.Milleville, publié dans Running pour Elles 52.