Vice-championne de France 2018 des 100 km et 3Française du Marathon de Paris 2019, Anaïs Quemener a surmonté un cancer du sein agressif et métastasé. Sa plus belle victoire. 

Un article de Julien Bigorne, publié dans Running Attitude 201 (25.05. 2019)

©Vaujours

Ce 14 avril, Django, jeune chien de 3 ans, pose fièrement médaille autour du cou. La breloque au ruban vert lui va presque aussi bien qu’à sa maîtresse, qui l’a décrochée le matin même avenue Foch, au terme de la 43eédition du Marathon de Paris. Au milieu des athlètes masculins, la sociétaire de Tremblay Athletic Club a battu son record personnel (2h47’57) et fini 3eFrançaise. Une satisfaction. « Ici, l’ambiance a tendance à donner des ailes. Du coup, je suis partie un peu vite, ce qui m’a empêché d’atteindre mon objectif (2h45). Mais je me suis bien battue et je suis contente de mon chrono», sourit la jeune femme de 28 ans, reconnaissable à sa foulée rasante, sa petite taille (1,52 m), ses grandes boucles d’oreille rondes et ses tatouages. 

Amoureuse du marathon

Sur son bras gauche, Laksmi, déesse bouddhiste de la fortune, semble lui avoir transmis quelques-unes de ses 16 prospérités : renommée, courage et force, victoire, vaillance…Autant de bonheurs intimement liés à sa pratique de la course à pied. Depuis ses débuts à neuf ans au CSM Villepinte, la discipline a été son « ikigai » (mot japonais inscrit au-dessus de sa clavicule, qui signifie « joie de vivre » et « raison d’être »). « Mon grand-père, Emmanuel (coureur de bon niveau dans les années 1970, NDLR) et mon père et entraîneur Jean-Yves (champion de France de cross-country chez les sapeurs-pompiers en 1990 et en 1991, NDLR)m’ont transmis l’amour du demi-fond. Dès le début, j’ai remporté des cross scolaires. Puis, en octobre 2007, juste après avoir rejoint le Tremblay Ac, j’ai battu, à domicile, le record de France cadette du 10 km (38’33) », se souvient Anaïs, qui a découvert son épreuve fétiche (le marathon) en 2013. 

©MTLV. Sacrée championne de France de Marathon, à Tours sur le Marathon Touraine-Loire-Valley en 2016.

« Mon premier, c’était à Rotterdam, avec des amis de club. On s’était fait surprendre, car il n’y avait pas de ravitaillements en solide. J’avais été celle qui avait le mieux gérée, en terminant en 3h11’ », évoque la championne de France espoir 2013, devenue candidate au podium senior, lorsque sa vie a basculé, à l’âge de 24 ans, le 7 août 2015. « La veille de l’anniversaire de mon père, suite à une échographie, on m’a diagnostiqué un cancer du sein agressif et métastasé. Je suis tombée de haut, car si un an plus tôt, j’avais remarqué une petite boule sur mon sein gauche, différents médecins m’avaient dit que ce n’était qu’un kyste, bénin et pas inquiétant », confie-t-elle. 

Mental d’acier

©Julien Bigorne

Même durant ses huit mois de chimiothérapie et deux mois de radiothérapie, Anaïs n’a  jamais abandonné la course à pied. « C’était mon moteur, la raison de sortir de chez moi. Entre mes séances de chimio espacées de trois semaines, je continuais les compétitions de 10 km. Même si je finissais en 46’ au lieu de 36’, l’important était de me dire que je pouvais encore les faire », raconte l’aide-soignante aux urgences de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy (93). Son courage, admirable, lui a permis de surmonter l’ablation de ses deux seins, quatre opérations causées par des rejets de ses prothèses mammaires ainsi qu’une période d’hormonothérapie à base de tamoxifène (stoppée au bout de trois mois suite à une phlébite). En septembre 2016, seulement six mois après une première mastectomie, Anaïs était championne de France du marathon, en 2h55’26, après avoir rejoint Nathalie Tavernier au 40ekm. Exemplaire. Puis, en avril 2018, son mental hors-norme s’exprima encore, lors de sontitre de vice-championne de France des 100 km à Belvès, en 9h35. « La chaleur (35° C) et le fort dénivelé avaient rajouté à la difficulté pour ma première expérience sur cette distance », raconte l’athlète, qui vise un nouveau podium national, le 12 octobre à Amiens. En attendant, elle continue de s’engager en faveur de la lutte contre le cancer du sein en animant sa page Facebook ‘‘Anaïs Quemener – le sport comme thérapie’’ et comme ambassadrice de l’association Casiopeea le 30 juin sur l’Ultra Marin, dans le Golfe du Morbihan.     

©Christophe Jullien. Engagée avec l’association Casiopeea.