Inconnue il y a neuf mois, Hinke Schokker, Néerlandaise âgée de 35 ans, a, depuis, remporté l’un des plus prestigieux 100 km d’Europe, établi une meilleure performance mondiale de l’année et disputé les Mondiaux de trail. Stupéfiant !

Eastermar, village de 1 500 âmes blotti entre deux lacs de la province de Frise, aux Pays-Bas, fait parler de lui. Connu jusqu’alors pour son top model Doutzen Kroes, qui y est née à l’hiver 1985, et l’incroyable histoire de ses habitants qui se sont partagés 53 millions d’euros à la loterie en janvier 2018, ce bourg fait encore les gros titres des journaux grâce aux exploits de son athlète Hinke Schokker. Un phénomène qui a surpris les locaux eux-mêmes. Les gens du pays la connaissaient surtout pour sa passion des chevaux, sa timidité et sa thèse de doctorat en médecine. Il la percevait comme la fille de Lou (propriétaire d’une ferme) et de Tineke (femme politique, aujourd’hui maire de Vlieland, à 60 km de là, sur une île de la mer des Wadden). Mais tout a changé le 8 septembre 2018. Ce jour-là, Hinke est inscrite aux 100 km de Winschoten. L’épreuve, qui a été support de plusieurs Championnats du monde, est l’une des références européennes de l’ultrafond. La physicienne clinicienne de l’Université de Groningen est presque là par hasard. 

Exploit à Winschoten

« Je n’avais alors jamais couru plus de 21 km en compétition », révèle la Néerlandaise, venue à la course à pied sur le tard, après ses 30 ans. « Dans la vie quotidienne, j’étais de plus en plus essoufflée. J’ai voulu faire quelque chose pour y remédier. J’ai commencé à courir sur les 5 km entre ma maison et mon lieu de travail. Puis, avec des collègues de travail, nous avons commencé à nous entraîner pour un semi, que j’ai bouclé en 1h45. J’ai ensuite rencontré mon mari, Paul Van Snick, marathonien finisher des Six Majors. En 2018, nous avons décidé de disputer le Marathon de Berlin. Mon premier marathon. Pour le préparer, j’ai cherché des épreuves dans le secteur. Il n’y avait que les 100 km de Winschoten. Beaucoup de personnes ont voulu me dissuader de le faire. Mais comme il s’agissait de 10 tours de 10 kilomètres, sur un circuit plat, j’ai pensé que ce serait un bon plan pour mon entraînement. Je pouvais m’arrêter à tout moment », raconte-t-elle. Sauf qu’Hinke ne s’est jamais arrêtée. 

Après 50 km courus à la sensation en 3h41, le public commence à s’intéresser à cette non-licenciée, sans entraîneur, sortie du néant tel le ‘‘Hollandais volant’’. « Dans le final, les gens faisaient du bruit et la holà à mon passage. C’était une nouvelle et très belle expérience », savoure l’inouïe Frisonne, lauréate en 8h00’34, avec 45 minutes d’avance sur sa dauphine. « Personne ne s’attendait à ça. Avec ce chrono, j’aurai pu être championne et recordwoman des Pays-Bas. Mais je n’avais pas de licence de club et je n’ai pas eu droit à ces honneurs ». Hinke a gagné bien plus : l’attention et la confiance en soi. Une semaine plus tard, elle a bouclé le Marathon de Berlin en 2h51. « Après cela, j’ai contracté une petite blessure au genou. Mais je suis vite revenue encore plus forte », indique la désormais sociétaire du Sv Friesland. 

Ascension fulgurante

Son année 2019 tient du chef-d’œuvre. « J’ai signé la meilleure performance mondiale de l’année sur 100 km (7h48’14 le 23 février sur la piste de Steenwijk ; temps amélioré depuis par la Croate Sustic et la Tchèque Churanova), fini le Marathon de Tokyo en moins de 3 heures malgré les trombes d’eau, remporté les 60 kilomètres de Texel et le Trail du roi d’Espagne dans le Limbourg », résume Hinke, qui, après chaque exploit, reçoit un baiser de son époux et l’affection de son chien Bram, un chihuahua d’un an. Le 8 juin au Portugal, elle a participé aux Mondiaux de trail, honorant sa première sélection en équipe des Pays-Bas, aux côtés de la tenante du titre Ragna Debats. « J’ai vomi, connu des maux de tête et chuté. Mais j’ai tout de même fini dans le top 100 de ce trail de 44 km comptant 2 000 m de dénivelé », raconte Hinke. Son prochain défi ? Battre le record des Pays-Bas du 100 km réalisé fin 2018 par Irène Kinnegim (7h35’44). Peut-être le 12 octobre à Amiens…              

Un article de Julien Bigorne, article paru dans Running Attitude 202.