Derrière le large sourire d’Adrien, un combat. Ce marathonien parisien atteint de sclérose en plaque vit sa passion à fond et généreusement. Il a déjà bouclé un petit paquet de marathons autour des 3h, dont les World Marathon Majors, en compagnie  de son frère jumeau. 

En bref. Adrien, 35 ans, consultant informatique, habite Vincennes, du club les Etoiles du 8e, a couru 17 marathons, dont les World Marathon Majors.  Ses perfs : 2h53’54’’ au marathon, 1h19’18’’ au semi, 35’23’’ au 10 km, 23h56’ sur la CCC, 6h09’ au Half Ironman.

Sourire, toujours. De joie comme de douleur. C’est le credo d’Adrien Marlault. « La vie est assez compliquée comme ça, pas la peine d’en rajouter, autant sourire ! ». Volontiers blagueur, ce« serial » marathonien parisien sort en groupe et donne volontiers de son temps comme bénévole. Sociable, ce consultant dans l’informatique, ne l’a pas toujours été. Ces dix dernières années, il s’est métamorphosé. « Découvrir le running a changé ma vie. Avant, j’étais timide, réservé, je manquais de confiance en moi. En courant, je me suis ouvert aux autres. Les coureurs sont des personnes tellement bienveillantes que l’on se sent tout de suite bien dans cette communauté », raconte-t-il. 

« Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond »

Meneur aux Foulées de Malakoff avec les Etoiles du 8e.

Courses aux Etoiles

Premier dossard en 2009, au semi des Chasseurs de Temps, chez lui, à Vincennes. « J’ai adoré l’ambiance, les gens. J’ai tout de suite voulu en faire d’autres. Les prochains 20 km et semi de Paris étaient déjà complets. Je me suis directement inscrit pour leMarathon de Paris suivant même si je n’y connaissais strictement rien. » 

A Berlin, en 2015.

Avril 2010,le voilà donc marathonien à 27 ans, en 4h20’. Ce premier voyage de 42 kilomètres est une révélation. Courses et belles rencontress’entremêlent, en compagnie des Etoiles du 8e, qu’il croise sur son chemin. T-shirt orange – couleur fétiche du club – et perruque assortie – pour ne jamais se prendre au sérieux  – il enchaîne les marathons. « Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond », s’amuse-t-il. A Paris en 2013, il passe une première fois sous la barre des 3h. Son jumeau Baptiste, lui emboîte le pas et courra son premier en 3h38’. 

Un gros défi suit pour ce binôme de choc : « Courir les six marathons majeurs, c’était un rêve pour moi. Je n’envisageais pas de le vivre sans mon frère. Alors que nous partions pour courir tous les deux le marathon dNew York, en 2014, je ne lui ai pas laissé le choix en lui disant, on commencera par Berlin, en 2015.Tu n’as qu’à courir, je m’occupe de tout. », raconte le jeune coureur. De tour-opérators en dossards charity, les frangins ont ainsi couru – entre autres –New York (2014), Berlin (2015), Chicago (2016), Boston (2017), Londres (2018) et Tokyo cette année. Adrien toujours en tête, entre 3h02’08’ et 2h53’54’’, son record signé à Chicago. C’est qu’il cavale ! Pourtant, il revient de loin. 

2015, tout bascule

Le 19 janvier 2015, sa vie a basculé. En un claquement de doigt, il se retrouve paralysé, privé d’une moitié de son corps.24 heures aux Urgences, une batterie d’examens, et le diagnostic tombe : sclérose en plaque. Adrien pense pêle-mêle « Téléthon », « fauteuil roulant… » et se questionne « Pourrais-je remarcher un jour ? » « Recourir un jour ? » Sa neurologue le rassure avec un « bien sûr ». « Cette maladie auto-immune attaque la gaine protectrice des fibres nerveuses du cerveau, et bloque aléatoirement certaines parties du corps. Elle ne soigne pas mais se traite, avec des médicaments plus ou moins bien tolérés par chaque patient. Ce qui est génial, c’est que la médecine a fait d’énormes progrès depuis quinze ans ! », explique le coureur. Aujourd’hui, il encaisse bien son troisième traitement, deux perfusions à six mois d’intervalle.

Pendant cette période, ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». 

La tête haute

Début 2015 en revanche, ce n’était pas la joie. « Ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». Pendant ces mois difficiles, il a pu compter sur un gros soutien. De sa famille, à son chevet. De ses amis runners aussi, « sa deuxième famille ».Son sourire ne l’a pas quitté. Au fond du sac mais la tête haute. « Je me suis accroché, j’ai pensé à Berlin en septembre. Le compte à rebours était lancé. Après mon premier traitement, en mars, j’ai réappris à marcherJ’avais perdu tous mes muscles ! C’est là que j’ai rencontré le groupe de renforcement musculaire French Frogs qui m’a aussi beaucoup aidé. Ensuite, pendant l’été, j’ai repris l’entraînement ». 

Son 2h55’ sous la porte de Brandebourg restera magique. « Toutes les étoiles étaient alignées ce jour là », se rappelle le marathonien. Une revanche après des mois sombres. Une chance aussi, qu’il mesure bien. Courir est un cadeau. Il sait et ne l’oublie jamais. Bien sûr, tout n’est pas parfait. « Les traitements ne fonctionnent pas toujours comme on le souhaite. A Londres l’an dernier, j’ai couru avec 50% de mes capacités et une bonne dose de cortisone dans le sang. J’avais les jambes en coton et je sentais venir une nouvelle inflammation au cerveau. J’ai terminé en 3h29’, loin de mon objectif. Mais j’y suis retourné cette année, en forme, en 3h03 ». 

Big six, done, what else ?

Au total, dix-sept marathons bouclés. Sa plus grande fierté ? La médaille convoitée des « Big six ». Il l’a décrochée en février à Tokyo. Ce trophée, récompense des finishers des World Major Marathons, 200 marathoniens la possèdent en France, 6 000 dans le monde. Les Marlault sont les seuls jumeaux du lot. Depuis, Baptiste a levé le pied. Adrien lui court toujours après sa liste d’envies. D’abord, courir les grands marathons d’Europe. Valence en décembre sera le prochain avec l’espoir d’un nouveau « RP » en 2h50’. Participer ensuite, aux mythiques Comrades, en Afrique du Sud. Et bien sûr, boucler un jour un Ironman, « mais quand je serai grand »précise-t-il avec malice « pour l’instant, je suis trop mauvais nageur ». Côté mental d’acier, en revanche, on le sait déjà armé. 

Son top 6 des marathons majeurs 

1. Chicago (2016, 2h53’54’’). Mon coup de cœur. J’y ai signé mon meilleur chrono mais j’ai surtout été très surpris par le public, bien plus chaleureux qu’à New York à mon sens. En plus, le circuit est très beau, super plat, et on mange très bien dans cette ville ! 

2. Tokyo (2019, 3h00’53’’). Avec le vent et la pluie, ce fut compliqué mais je garde un souvenir extraordinaire des bénévoles et de l’organisation, au-dessus du lot. C’est aussi là qu’on m’a remis la médaille des « Big six ». 

2. Boston (2017, 2h59’27’’). Y aller c’est s’attaquer à une légende, vaincre la fameuse heartbreak Hill, c’est grisant. 

3. Londres (2018, 3h29’). J’adore ce marathon. Pour son ambiance de folie, la plus belle de tous les majors. On a tellement à apprendre du public londonien. Le jour où règnera cette ambiance dans Paris, nous aurons le plus beau marathon du monde ! 

5. Berlin (2015, 2h55’42’’). Ce jour là, faisait un temps superbe, j’avais des jambes de feu, c’est bien simple rien ne pouvait m’arrêter. Je n’ai jamais plus vécu une telle émotion en passant sous la porte de Brandebourg sous les 3h.  

6. New York (2014, 3h02’08’’). Cela peut paraître curieux, mais je le classe en dernier. Cette année là, il y avait beaucoup de vent et suite aux attentats de Boston, un gros déploiement policier et des barrières partout. Je n’ai pas profité du public. J’espère un jour pouvoir y retourner. 

Article rédigé par A.Milleville, publié dans Running Coach numéro 48.