Christine de Geloes : maman de six enfants, révélation française de l’ultra-trail
Il y a deux ans, Christine de Geloes ne connaissait ni Kilian Jornet ni l’UTMB. Aujourd’hui, cette Vendéenne de 34 ans, maman de six enfants âgés de 2 à 8 ans, enchaîne les podiums sur les ultra-trails les plus exigeants. Derrière cette progression fulgurante se dessine le parcours d’une femme qui a trouvé dans la course à pied un espace de liberté, de confiance et d’équilibre au cœur d’un quotidien hors norme.
Rien ne prédestinait Christine de Geloes à courir des ultras de plus de 100 kilomètres. Courir, oui. Depuis toujours. « Depuis la sixième », sourit-elle. Enfant, elle pratique le tennis, joue au football et passe son temps à courir. Au lycée militaire, elle participe même aux championnats de France UNSS de cross-country avant de tourner le dos à la compétition pendant de nombreuses années.
La course reste pourtant présente, comme une respiration au milieu du travail et de la vie familiale. Au fil de ses six grossesses, concentrées sur seulement six années, elle continue de courir une heure tous les deux jours, sans objectif particulier.
Son premier ultra-trail, sans expérience ni plan d’entraînement

Le déclic survient après la naissance de son sixième enfant. Deux mois après son accouchement, elle reprend progressivement l’entraînement. Lors d’une course d’orientation, le journaliste vendéen Bruno Poirier lui parle du Mandala Tour du Mont-Blanc, une aventure confidentielle où chaque participant construit son propre itinéraire autour du massif : environ 160 kilomètres et près de 10 000 mètres de dénivelé positif.
Elle s’inscrit presque immédiatement. « Je suis un peu comme ça : tout, tout de suite. Je ne connaissais ni Kilian Jornet, ni l’UTMB. Je voulais simplement découvrir jusqu’où je pouvais aller. Ce qui m’attirait, c’était davantage l’aventure que le chrono. »
Sa préparation étonne autant qu’elle fascine. Chaque matin, elle effectue un tour complet du lac près de chez elle. Toujours le même circuit de vingt kilomètres. « J’aimais ce parcours, alors je l’ai gardé. » Progressivement, son volume atteint près de 160 kilomètres par semaine, avec environ 20 kilomètres quotidiens et une sortie plus longue le week-end. Sans entraîneur. Sans séances de fractionné. Sans véritable dénivelé.
Son unique référence est alors un 50 km disputé quelques semaines auparavant. Son premier ultra est une révélation. « J’ai trouvé ça très douloureux. Mais, en même temps, j’ai immédiatement eu envie de recommencer. »
Des podiums sur les plus grands ultra-trails

En moins d’un an, les résultats s’enchaînent. Deuxième de l’UT4M 180, victorieuse du 100 Miles de l’Auvergne Ultra-Trail, puis de la H.O.T. du Père Noël (133 km), troisième de l’Ardèche Trail avant une nouvelle deuxième place sur les 158 kilomètres de l’Ultra-Trail des Chevaliers en Alsace…
Cette succession de performances lui permet déjà de décrocher sa qualification pour l’UTMB 2027. Sa deuxième place en Alsace possède une dimension particulière. « Depuis le début de l’année, je traverse une période très intense sur le plan émotionnel, car je suis séparée du père de mes enfants. Je me demandais si j’allais encore réussir à donner quelque chose en course. J’étais très heureuse de confirmer que j’en étais capable. »
Six enfants, un master… et 25 kilomètres chaque matin
Ses performances impressionnent. Son organisation quotidienne intrigue tout autant. Jusqu’à récemment, son réveil sonnait à 5 h 20. À 6 h 30, elle partait courir pendant que le père de ses enfants préparait les six petits avant l’école. Deux heures plus tard, elle rentrait après 20 kilomètres. « C’est devenu une habitude. Je n’y pensais même plus. Comme se brosser les dents. »
Avec la garde alternée mise en place à la rentrée, son organisation évoluera. Les semaines avec ses enfants, les entraînements auront lieu pendant la pause déjeuner. Les autres semaines permettront d’augmenter le volume. Une adaptation qu’elle envisage avec beaucoup de pragmatisme.
« Je vis chaque ultra comme une grossesse »

Lorsqu’elle cherche à expliquer ses qualités sur les très longues distances, Christine avance une comparaison inattendue. « J’ai le sentiment de vivre chaque ultra comme une grossesse et un accouchement. »
Elle s’interroge sur le rôle que ses six grossesses rapprochées ont pu jouer dans sa capacité à supporter les efforts prolongés. « Je me demande si mon corps ne reproduit pas ce fonctionnement sur les ultras. »
Pour elle, la maternité constitue même un avantage. « Les femmes ont vraiment quelque chose à apporter sur l’ultra. On développe une forme de résilience dans le quotidien qui peut devenir une véritable force sur ces longues distances. »
La course à pied comme moteur de reconstruction

Si Christine de Geloes court autant, ce n’est pas uniquement pour performer. L’ultra-trail est devenu un véritable équilibre. « Sur un ultra, pendant plusieurs heures, je n’ai plus rien d’autre à faire que marcher ou courir. Cela me permet de déconnecter complètement. »
Depuis sa séparation, cette bulle est devenue essentielle. Quand les difficultés surgissent pendant une course, elle applique la même philosophie que dans sa vie personnelle. « Je baisse la tête et j’attends que ça passe. Je continue. Je sais qu’à la fin, il en ressortira toujours quelque chose de positif. »
Longtemps, Christine a pourtant manqué de confiance en elle. Issue d’une fratrie de huit enfants aux parcours scolaires brillants, elle avait le sentiment de ne jamais être à la hauteur. « La course m’a permis de me dire que je n’étais peut-être pas si nulle que ça, en tout cas bonne quelque part. »
Cette confiance retrouvée l’a poussée à reprendre des études. Elle prépare aujourd’hui un master en ressources humaines en alternance tout en exerçant comme chargée RH. « Quand on réussit quelque part, cela donne confiance pour le reste. J’essaie de transmettre cela à mes enfants en leur montrant que, si on travaille, on peut réussir. Ils me voient parfois douter, parfois pleurer, mais aussi continuer à avancer. »
Objectif UTMB 2027
En septembre, Christine de Geloes prendra le départ du Nice Côte d’Azur by UTMB sur le format 100 Miles, une étape importante dans sa préparation vers l’UTMB 2027. Pour cette maman solo de six enfants, qui mène de front sa vie familiale, son master et son projet sportif, courir est bien plus qu’une passion : c’est un équilibre de vie.
Seulement deux ans après ses débuts en ultra-trail, la Vendéenne ne fixe aucune limite à sa progression. Elle espère désormais s’entourer de partenaires pour accompagner son projet sportif et poursuivre une ascension qui fait déjà d’elle l’une des révélations françaises de l’ultra-endurance.




