Dorian Louvet : « la notion de performance est propre à chacun »
Après avoir enchaîné les sept World Marathon Majors avec un record en 2h18’, Dorian Louvet s’est aventuré sur un nouveau terrain avec un premier UTMB bouclé en 24h48’. De retour sur Koh-Lanta six ans après sa première participation, il poursuit cette quête d’aventure, de partage et de dépassement de soi qui guide son parcours.
Quelle image de ton UTMB ressort quand tu y repenses ?
« L’arrivée, clairement. Je ne me souviens plus de tout ce qui s’est passé. Le cerveau se concentre toujours sur le positif : cette ligne d’arrivée avec énormément de gens, de la satisfaction, du soulagement. Je me revois sauter comme si je venais de prendre le départ et crier devant le public alors que cinq minutes après j’étais sous une couverture de survie parce que j’étais complètement KO. Cette adrénaline, c’est fou ! J’aurai envie que le temps s’arrête sur ces moments suspendus d’émotions partagées parce que la performance aujourd’hui n’est plus seulement individuelle. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui me suivent et qui me soutiennent, ça la rend beaucoup plus forte à mes yeux. »


Sur cet UTMB, tu as connu des moments très difficiles. Qu’est-ce qui t’a permis de tenir ?
« J’ai énormément vomi, pratiquement à chaque ravitaillement. Je n’arrivais plus à m’alimenter en solide, seulement à prendre mes gels et un peu de boisson d’effort. C’était très compliqué à gérer. Mais je le savais et, quelque part, c’est aussi ce que je venais chercher.
Dans ces moments-là, je me dis : “On y est. Tu es là où tu voulais être. C’est dur, mais tu vas te relever et avancer.” Avec mes différentes aventures, notamment Koh-Lanta, j’ai appris à accepter ces moments. Je sais que c’est grâce à eux que la satisfaction et les émotions à l’arrivée sont aussi fortes.
Aujourd’hui, ce que je recherche dans l’ultra, c’est vraiment d’aller m’épuiser au fond de moi-même, physiquement et surtout mentalement. Mais avec un objectif de performance : je ne veux pas seulement terminer, j’ai envie de terminer dans le meilleur chrono possible. »

Qu’as-tu découvert de toi, Dorian Louvet, en passant de la vitesse sur marathon à l’endurance pure de l’ultra-trail ?
Je le vois presque comme un autre sport, dans lequel je suis encore en apprentissage. Il faut bien sûr avancer avec ses jambes, mais aussi apprendre à s’écouter, à avancer dans les moments très difficiles en se disant que ça va peut-être revenir. En ultra, tu peux être très mal et réussir à repartir. Sur la route, on n’a pas le droit à un moment de faiblesse, sinon la performance est loupée. C’est un rapport à la course, à la gestion et aux émotions totalement différent. »
Revenons sur tes 7 World Marathon Majors enchaînés en 2h27’ de moyenne l’an dernier. Que retiens-tu de ce défi ?
« Ce que j’ai vécu était tellement fort que j’ai eu l’impression que je ne pourrais plus jamais vivre des émotions comme ça. J’ai rebondi sur quelque chose de totalement différent et les émotions que j’ai vécues cette année sont tout aussi incroyables.
Je communique beaucoup sur les réseaux sociaux, c’est aujourd’hui mon travail et j’ai besoin de montrer que je ne fais pas que ça pour le buzz. J’ai la chance de pouvoir raconter des histoires, mais à haut niveau. J’ai envie de garder ça, c’est pour cela que je m’entraîne tout le temps. »

Aimerais-tu améliorer ton record sur marathon (2h18’) ?
Je me suis toujours dit que si je faisais 2h20 un jour, ce serait incroyable. Je ne dis pas que je ne m’y remettrai jamais, parce qu’à un moment donné cela me titillera peut-être. Mais aujourd’hui, c’est un chrono qui me satisfait. Les minutes sont très difficiles à aller chercher : cela peut représenter des mois et des mois d’entraînement pour faire 2h16.
Dorian Louvet, le trail te challenge plus à présent ?
Oui, le trail m’offre aujourd’hui davantage de choses à aller chercher. J’ai envie de revenir sur l’UTMB 2027 pour améliorer mon chrono. J’aurai des objectifs intermédiaires d’ici là, à commencer par la SaintéLyon, si ma récupération le permet. Les jambes répondent bien depuis Chamonix, mais je suis très fatigué.

Comment définis-tu la performance ?
La performance est propre à chacun. Pour certains, courir 10 km est une performance, et ça l’est. Moi, cela fait vingt ans que je cours et je fais plus de 10 km tous les jours. Une performance pour moi va être de courir un 10 km dans un chrono imparti.
Il faut que chacun avance avec ses armes et se fixe ses propres objectifs. Je trouve ça très beau, quelqu’un qui n’a jamais couru, qui se dit : « Je vais faire mon premier 5 km », et qui y arrive. La satisfaction qu’il ressent à l’arrivée de son premier 10 km peut être aussi grande que celle que j’ai ressentie en terminant mon UTMB. C’est son objectif et il a travaillé pour ça.
Tu as dénoncé dans un podcast la banalisation du marathon et cette quête du toujours-plus…
C’est compliqué parce que je fais partie de ceux qui cherchent à aller toujours plus loin. Sauf qu’aujourd’hui, c’est aussi un peu mon métier.
Avec les réseaux sociaux, on a l’impression que tout le monde peut courir un marathon et que c’est facile. Il ne faut pas tomber dans la banalité et se dire : « Je commence la course à pied, je vais faire un marathon » sans cocher les cases avant, et surtout sans en avoir une vraie motivation pour le faire. Et ce n’est pas parce qu’on ne fait pas de marathon que l’on est un mauvais coureur ! »

Justement, imaginais-tu pouvoir atteindre un tel niveau lorsque tu as commencé ?
Non ! Je ne pensais jamais être capable de faire 32 minutes sur 10 km. Et aujourd’hui, 32 minutes, c’est mon passage au 10e kilomètre sur marathon. C’est lunaire ! Avec du temps, du travail et de la rigueur, chacun est capable d’aller chercher des choses incroyables. Mais il faut des années d’expérience pour que le corps et le mental se construisent.
Ton retour dans l’émission Koh-Lanta six ans après ta première participation ressemble-t-il à une boucle bouclée ?
La boucle ne boucle jamais vraiment (rires). Koh-Lanta, c’est l’aventure qui a changé ma vie. En tant qu’homme, parce que c’est grâce à Koh-Lanta que j’ai ressenti ce besoin d’aller à l’aventure et de chercher des émotions au plus profond de moi-même. Et aussi professionnellement, médiatiquement.
J’avais un peu peur qu’en y retournant, les gens se raccrochent au fait que je sois « Dorian de Koh-Lanta ». Ces six dernières années, j’ai beaucoup travaillé pour être considéré comme un athlète et pas seulement comme un mec qui a fait Koh-Lanta. Aujourd’hui, beaucoup de gens me suivent pour mes performances et pas forcément pour Koh-Lanta. Ça me plaît et j’ai envie que ça dure. »

Ton exposition permanente sur les réseaux sociaux ne finit-elle pas par créer une pression ?
« Si, forcément. Mais je la prends plutôt de manière positive parce qu’elle me pousse à m’entraîner, à essayer de faire mieux. Si je n’ai rien à raconter, les gens ont moins de raisons de me suivre et, forcément, cela a aussi un impact professionnel. Il y a une forme de quête de performance là-dessus aussi. Mais le plus important, c’est de continuer à faire les choses avec le cœur. Quand les gens sentent que tu es heureux de faire ce que tu fais, ils ont envie de te suivre et de partager ces émotions avec toi. Et c’est finalement ce qui me motive le plus : la sensation de ne jamais faire les choses tout seul. »




