Dominique Laurent : 228 marathons et toujours des Crocs aux pieds

Dominique Laurent a couru 228 marathons, dont une partie avec une paire de Crocs aux pieds.

À bientôt 70 ans, Dominique Laurent est devenu une figure singulière du marathon français. 228 marathons au compteur, plusieurs défis de dix marathons en dix jours… et toujours une paire de Crocs aux pieds. Dans son troisième livre, il raconte une autre manière de vivre les 42,195 km, où les rencontres comptent davantage que le chrono.

Dans un sas de départ, les regards finissent toujours par descendre jusqu’à ses pieds. Au milieu des paires en carbone dernier cri, ses Crocs détonnent.

Depuis près de dix ans, Dominique Laurent dispute tous ses marathons avec les célèbres sabots en résine. L’idée lui est soufflée par un autre original des pelotons, Jean-Louis Valderrama. Une sortie de cinq kilomètres pour essayer, quelques entraînements supplémentaires, un premier marathon en Alsace… et l’expérience tourne rapidement à l’adoption définitive. « J’ai moins de tendinites, quasiment plus d’ongles noirs et un confort que je compare volontiers à des chaussons. Il faut simplement faire attention aux terrains abrasifs ou boueux », détaille ce Bordelais.

Les Crocs sont devenues sa marque de fabrique. Elles ne racontent pourtant qu’une infime partie du personnage. Car derrière cette silhouette atypique se cache surtout un amoureux inconditionnel du marathon, qu’il considère moins comme une compétition que comme un formidable prétexte à voyager, rencontrer et partager.

Le marathon comme passeport

Tout commence à la quarantaine, par un pari lancé avec un collègue et un premier dossard sur 10 km. « Lui a arrêté. Moi, jamais. » Le virus est immédiat. Pendant une dizaine d’années, Dominique dispute deux marathons par saison avant d’accélérer progressivement le rythme jusqu’à en courir une vingtaine chaque année.

Aujourd’hui, il totalise 228 marathons, auxquels s’ajoutent plusieurs 100 km, dont Millau et Belvès, un Ultra Marin et quelques courses horaires. Son record personnel de 3h31’ (Annecy, 2012) appartient à une autre époque. « Le chrono a peu à peu cédé la place au pur plaisir d’explorer, de transpirer ensemble des aventures chaleureuses. »

Le marathon est devenu son passeport. Nouvelle-Calédonie, Marrakech, Košice, le Loch Ness… Chaque destination est d’abord l’occasion de découvrir un territoire. Cette passion de la découverte nourrit son troisième livre, Mes Crocs et la ligne bleue, mémoires d’un marathonien (presque) ordinaire, dans lequel il rassemble quarante-cinq récits vécus entre son 100e et son 200e marathon.

Décamarathon & Ultra family

Au début des années 2000, Dominique rejoint la communauté Courir le Monde, collectif de passionnés qui parcourt les marathons aux quatre coins de la planète, sous le pseudo Runnindoum. Avec son ami Nono, il découvre ensuite le Club Super Marathon Italia, autour du lac d’Orta. D’abord trois marathons enchaînés. Puis quatre. Puis dix marathons en dix jours. Une révélation.

Ce n’est pas tant le cumul qui le marque que l’atmosphère. Chaque matin, les mêmes visages se retrouvent sur la ligne de départ. Après la course, tout le monde déjeune ensemble, échange ses anecdotes, récupère… avant de recommencer le lendemain. « Plus on est dans l’extrême, plus les athlètes sont humbles, gentils et accessibles. »

À bientôt 70 ans, Dominique Laurent a couru 228 marathons, plusieurs décamarathons et toujours en Crocs. Portrait d’un marathonien hors norme.

Cette même philosophie le conduit récemment à relever un nouveau décamarathon lors du Bretzel Ultra Triathlon, en Alsace. Cette fois avec Vincent, un autre dépasseur de bornes. Dix jours, 421,95 kilomètres en 320 boucles de 1,3 km pour 136h44 d’efforts cumulés. À l’arrivée, les chronos comptent moins que les sourires sur les corps fatigués, parfois strappés, marqués par cette solidarité entre fêlés. Des fêlés ? Plutôt des poètes, corrige malicieusement Dominique.

La fête d’abord

À bientôt 70 ans, Dominique Laurent a couru 228 marathons, plusieurs décamarathons et toujours en Crocs. Portrait d’un marathonien hors norme.
Marathon de Blaye 2017.

Ce qui l’anime, ce sont les courses à taille humaine. Celles où l’on connaît les bénévoles, où l’on échange avec les organisateurs, où le dossard n’efface jamais le prénom. « On y trouve une proximité qui n’existe plus sur les grandes épreuves prises d’assaut en quelques minutes. »

Cette convivialité, il la retrouve aussi sur les marathons festifs qu’il affectionne particulièrement : le Médoc, Blaye, les Côtes chalonnaises — qu’il qualifie volontiers de « meilleure table de France sur 42 kilomètres » — ou encore le Marathon du Beaujolais.

Ces rendez-vous sont aussi l’occasion de retrouver les membres du Club des 100 Marathons, confrérie réunissant les coureurs ayant franchi ce cap symbolique. Parmi eux, Pascal Comte, l’homme aux 1000 marathons, Gilbert Dantzer, alias Jésus, ou encore Jean-Michel Boiron, l’homme aux 400 cent-bornes ; tous des gens très « simples ».

« Et surtout : n’abandonnez jamais ! »

À bientôt 70 ans, Dominique Laurent a couru 228 marathons, plusieurs décamarathons et toujours en Crocs. Portrait d’un marathonien hors norme.
Marathon Pour Tous 2024.

Un dos fragile aurait pu mettre un terme à cette passion dévorante. Deux hernies discales, deux hernies inguinales, trois opérations et plusieurs mois de rééducation… des étapes plutôt que des obstacles. Sa devise ? Amat Victoria Curam : « Le succès sourit à ceux qui se donnent du mal. »

Une autre phrase l’accompagne depuis près de vingt ans. Quelques mots glissés par Alain Mimoun avant le départ du Marathon Nice-Cannes en 2008 : « Et surtout, n’oubliez pas : n’abandonnez jamais ! »

Ces paroles résonnent lors du Marathon pour Tous de Paris 2024. Une lourde chute à Versailles lui coupe le souffle mais Dominique rejoint tout de même les Invalides. Trois jours plus tard, les examens révèlent trois côtes fracturées. Fidèle à son humour, il résumera cette soirée historique d’une formule : « Je suis olympien. Je suis cuit, mais olympien ! Je suis cassé, mais olympien ! »

À bientôt 70 ans, sa liste continue de s’allonger, entre capitales européennes et nouveaux rendez-vous italiens. Son rêve de courir sur les sept continents restera probablement inachevé — il ne lui manque que l’Antarctique, hors budget — mais cela ne semble guère le préoccuper.

« Le marathon m’a offert bien plus que des courses », écrit-il dans son livre. À l’heure où beaucoup traquent les « RP » sur les courses surbookées, carbone aux pieds, lui trace sa route en Crocs, collectionnant les histoires plutôt que les médailles.

Pour commander son livre : runnindoum@gmail.com