Marathon de Paris et Semi de Paris 2027 : pourquoi ce silence ?

Parcours repensés, volonté d’ouvrir les épreuves à tous les publics : le groupement Cadence prépare une transformation en profondeur du Marathon et du Semi de Paris. Un projet pour l’heure suspendu à la procédure judiciaire engagée par ASO, l’organisateur historique.

C’est un tournant majeur pour le running français. Après près de trente ans sous la houlette d’ASO, le Marathon et le Semi de Paris changent d’organisateur à partir de 2027. À l’issue de l’appel d’offres lancé par la Ville de Paris, le groupement Cadence a été retenu pour exploiter les deux épreuves jusqu’en 2030. Face aux candidatures d’ASO et de Playground, le consortium a obtenu la meilleure évaluation.

La Ville affirme avoir privilégié un projet répondant à trois priorités : renforcer l’inclusion, accélérer la transition écologique et mieux intégrer les événements à la vie parisienne. Une orientation qui s’accompagne d’un doublement de la redevance versée à la municipalité, portée à 3,5 millions d’euros par an, soit deux fois plus qu’auparavant.

Validée par le Conseil de Paris le 20 mai, cette décision a provoqué une véritable secousse dans le monde du running. D’abord parce qu’ASO semblait indissociable de ces deux rendez-vous qui rassemblent désormais plus de 100 000 participants chaque année. Ensuite parce que la présence d’Havas, détenue par Vincent Bolloré, au sein du groupement retenu a rapidement nourri les débats politiques.

Qui est le groupement Cadence désigné par la Ville de Paris pour organiser le Semi et le Marathon ?

Le consortium réunit trois acteurs complémentaires : Havas Events, impliqué notamment dans les cérémonies des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ainsi que dans les festivités du 31 décembre ; Keneo, spécialiste de l’ingénierie et du pilotage de grands événements sportifs comme le Relais de la Flamme Paris 2024 ; et Outdoor Sports Experiences (OSE), organisateur de plusieurs épreuves majeures comme l’EcoTrail Paris, la Course Eiffage du Viaduc de Millau ou le Semi-Marathon de Boulogne-Billancourt.

ASO contre-attaque

49 244 coureurs ont terminé le Hoka Semi de Paris 2026, plus gros semi-marathon au monde.
©ASO-Morgan Bove

Aucune communication officielle n’a encore été effectuée par Cadence. Ce silence s’explique par le recours déposé début juin par ASO devant le tribunal administratif, comme le révèle La Tribune dans un article daté du 14 juin. L’organisateur évincé conteste la procédure d’attribution menée par la municipalité, « sur le fond comme sur la forme ».

Selon une source proche du dossier interrogée par notre rédaction, cette démarche qui ne devrait toutefois pas remettre en cause l’arrivée de Cadence en 2027. Dans l’attente de la décision du tribunal – vraisemblablement début juillet – toute prise de parole officielle reste néanmoins suspendue.

Les grandes lignes du projet sont pourtant déjà connues. L’ambition est de rendre les événements plus inclusifs, plus populaires et davantage ancrés dans la capitale. Parmi les mesures figurent la création d’un festival du running, le lancement d’une course destinée à 1 500 jeunes Parisiens âgés de 6 à 11 ans, un dispositif visant à accroître la participation féminine au marathon, des offres adaptées aux personnes en situation de handicap et des tarifs réduits pour les bénéficiaires du RSA, première dans le monde du sport.

Des parcours remaniés

©ASO-Gautier Demouveaux – Semi de Paris 2025

Sur le plan sportif, le souhait de faire évoluer le parcours du Marathon nous a été confirmé. L’ambition est de proposer notamment un passage sur la rive gauche, délaissée depuis près de vingt ans. En revanche, cette nouvelle mouture sera pérenne, n’évoluant ensuite qu’à la marge, contrairement à ce que l’on a pu lire.

Les évolutions les plus importantes concerneraient le Semi-marathon. Un nouveau tracé mettrait chaque année en valeur l’ensemble des vingt arrondissements d’ici 2030. L’objectif : dépasser la seule image « carte postale » et proposer une découverte plus complète de la capitale.

L’environnement, enfin, constitue l’autre axe fort du projet, dans la continuité des actions déjà menées par ASO ces dernières années. Le consortium prévoit notamment la suppression du plastique à usage unique, des ravitaillements sans emballage, le recours à des produits sourcés localement ainsi qu’une réduction des objets promotionnels distribués aux participants.

Sauf rebondissement judiciaire, les parcours seront dévoilés en septembre et les inscriptions 2027 ouvriront dans la foulée pour ces deux éditions parisiennes singulières augurant d’une nouvelle ère.