Archive d’étiquettes pour : sport et arthrose du genou



« Arrête de courir, tu vas finir avec de l’arthrose ! » Qui n’a jamais entendu cette mise en garde ? Longtemps considérée comme une évidence, l’idée selon laquelle la course à pied abîmerait systématiquement les genoux résiste pourtant mal aux connaissances scientifiques actuelles. Les études disponibles dressent un tableau beaucoup plus nuancé du lien entre running, course à pied et arthrose du genou. Voici ce que l’on sait aujourd’hui.

Longtemps, l’arthrose a été présentée comme une simple « usure » de l’articulation liée au vieillissement. Cette vision intuitive est pourtant réductrice. La gonarthrose, terme médical désignant l’arthrose du genou, est une maladie articulaire chronique et multifactorielle qui touche plus fréquemment les personnes avançant en âge, mais dont les mécanismes sont beaucoup plus complexes qu’une simple accumulation de kilomètres.

L’arthrose ne concerne d’ailleurs pas uniquement le cartilage. C’est l’ensemble de l’articulation qui évolue progressivement : le cartilage articulaire s’altère, l’os situé sous le cartilage se remodèle et des excroissances osseuses, appelées ostéophytes, peuvent apparaître au cours de l’évolution de la maladie. Loin de se résumer à un phénomène d’usure mécanique, la gonarthrose correspond donc à un véritable remodelage biologique et mécanique du genou.

Quels sont les symptômes de l’arthrose du genou ?

La course à pied provoque-t-elle de l’arthrose du genou ? Les études scientifiques dressent un tableau plus nuancé. Facteurs de risque, gros volumes, douleurs et conseils pour continuer à courir avec une gonarthrose.

Sur le plan clinique, l’arthrose du genou peut notamment se manifester par une douleur favorisée par la mise en charge et certaines activités physiques. Une raideur, notamment lors de la reprise des mouvements après une période d’inactivité, ainsi qu’une diminution progressive des capacités fonctionnelles peuvent également apparaître.

L’intensité des symptômes varie cependant fortement d’une personne à l’autre. Certaines personnes présentent des modifications visibles sur les examens d’imagerie sans ressentir de douleur importante, tandis que d’autres peuvent être très gênées dans leur vie quotidienne. Dans les formes les plus avancées, lorsque les douleurs et la limitation fonctionnelle deviennent importantes malgré une prise en charge adaptée, une prothèse du genou peut parfois être envisagée.

Comprendre cette physiopathologie permet de dépasser une idée reçue : l’arthrose n’est pas uniquement la conséquence d’un excès de contraintes mécaniques. Lorsque les contraintes dépassent durablement les capacités d’adaptation de l’articulation chez une personne prédisposée, l’équilibre biologique peut être perturbé et favoriser l’apparition ou la progression des lésions.

Quels sont les principaux facteurs de risque de gonarthrose ?

L’âge constitue l’un des principaux facteurs associés à l’arthrose, mais il n’explique pas à lui seul son apparition. Plusieurs facteurs peuvent contribuer au développement ou à la progression de la gonarthrose, notamment le surpoids, certaines prédispositions génétiques, le sexe féminin et les antécédents de traumatisme ou de chirurgie du genou.

Les anciennes blessures sont particulièrement importantes à prendre en compte chez les sportifs. Une rupture du ligament croisé antérieur, une lésion méniscale ou certaines interventions chirurgicales peuvent modifier la biomécanique du genou et augmenter ultérieurement le risque d’arthrose.

La question de la course à pied est donc à replacer dans cet ensemble de facteurs. Courir ne constitue pas, à lui seul, une explication suffisante au développement d’une arthrose du genou.

Courir favorise-t-il vraiment l’arthrose du genou ?

Coureur de catégorie Master 3 courant sur une pente.

Intuitivement, le raisonnement paraît logique : plus une articulation encaisse de kilomètres, plus elle devrait « s’user ». Pourtant, les études scientifiques disponibles sont beaucoup plus nuancées.

Une méta-analyse publiée en 2017, regroupant quinze études, n’a pas retrouvé d’augmentation significative du risque d’arthrose symptomatique du genou chez les coureurs. Les pratiquants réguliers semblaient même présenter un risque plus faible de chirurgie du genou que les personnes sédentaires.

Des travaux plus récents vont également à l’encontre de l’idée selon laquelle courir serait nécessairement mauvais pour les genoux. Une revue systématique publiée en 2023 a notamment retrouvé davantage de douleurs liées à la gonarthrose chez les personnes sédentaires que chez les coureurs réguliers. Certaines études incluses dans cette revue ont également observé des adaptations morphologiques du genou chez les coureurs, notamment davantage de remaniements osseux comme les ostéophytes, sans que ces modifications soient nécessairement associées à des douleurs ou à une diminution des capacités fonctionnelles.

Autrement dit, une modification observée sur une articulation ne signifie pas automatiquement qu’elle est pathologique ou qu’elle provoque des symptômes. Le système musculosquelettique possède une capacité d’adaptation aux contraintes mécaniques, notamment lorsque celles-ci sont progressives et compatibles avec les capacités de récupération de l’organisme.

Les gros volumes de running sont-ils plus risqués pour les genoux ?

La question devient plus complexe lorsque l’on s’intéresse aux très gros volumes d’entraînement et à la pratique de la compétition pendant plusieurs décennies.

Certaines études ont observé une prévalence plus importante de l’arthrose chez des coureurs ayant pratiqué la compétition pendant plus de quinze ans. Cependant, lorsque ces sportifs sont comparés à la population générale, les différences apparaissent beaucoup moins nettes.

Une autre revue systématique avec méta-analyse s’est intéressée au lien entre kilométrage hebdomadaire et arthrose symptomatique du genou. Chez les coureurs parcourant plus de 48 kilomètres par semaine, certaines études suggèrent un effet potentiellement protecteur tandis que d’autres évoquent au contraire un possible effet délétère.

Ces résultats contradictoires illustrent la difficulté à définir un « seuil » de kilomètres au-delà duquel courir deviendrait mauvais pour les genoux. Le volume d’entraînement n’est qu’une variable parmi d’autres.

Les antécédents de blessures, la récupération, les facteurs génétiques, le poids, la masse musculaire, l’âge, les contraintes professionnelles et la pratique sportive globale peuvent également influencer l’évolution de l’articulation. Le genou ne réagit donc pas uniquement à la quantité de charge qu’il reçoit, mais aussi à sa capacité à s’y adapter.

Peut-on courir avec une arthrose du genou ?

C’est probablement la question la plus importante pour les coureurs concernés. Aujourd’hui, l’activité physique fait partie des approches de première intention dans la prise en charge de la gonarthrose, avec notamment le renforcement musculaire et la gestion du poids lorsque celle-ci est nécessaire.

Avoir de l’arthrose du genou ne signifie donc pas automatiquement devoir arrêter de courir. Pour un coureur arthrosique, l’objectif peut être d’adapter progressivement la pratique en fonction des symptômes et des capacités du moment : volume, intensité, fréquence des séances, dénivelé, surface de course et temps de récupération peuvent notamment être ajustés.

Le renforcement musculaire constitue également un élément important de la prise en charge. Développer la force et les capacités musculaires permet de mieux tolérer les contraintes liées aux activités quotidiennes et sportives.

Dans certaines situations, un professionnel de santé peut également proposer d’autres options thérapeutiques, selon le profil du patient et l’évolution de ses symptômes. Certaines orthèses peuvent être utiles chez des patients sélectionnés, tandis que des traitements médicamenteux ou des injections peuvent être envisagés dans certaines situations. Leur intérêt doit être évalué individuellement avec un professionnel de santé.

Faut-il arrêter de courir quand on a mal au genou ?

Coureur assis sur le sol, tenant son genou douloureux entre ses mains.
©SB Arts Media-AdobeStock

Face à une douleur au genou, certains sportifs cessent immédiatement toute activité physique par peur d’aggraver leur articulation. Or, une diminution excessive de l’activité peut favoriser un déconditionnement physique, une perte de force musculaire et une diminution des capacités fonctionnelles.

La bonne approche consiste plutôt à déterminer quelle charge d’activité est actuellement tolérée et à la faire évoluer progressivement. La douleur ressentie pendant ou après l’exercice ne signifie pas systématiquement que les lésions articulaires se sont aggravées. Elle constitue néanmoins une information importante permettant d’adapter la charge d’entraînement.

Une douleur nouvelle, importante, persistante ou associée à un gonflement, un blocage ou une instabilité du genou doit en revanche conduire à demander un avis médical. Chez une personne déjà diagnostiquée comme souffrant de gonarthrose, l’adaptation de la pratique doit idéalement être discutée avec un médecin, un kinésithérapeute ou un autre professionnel de santé compétent.

Course à pied et arthrose : que retenir ?

À la lumière des connaissances actuellement disponibles, la course à pied ne semble pas constituer un facteur de risque majeur d’arthrose du genou chez les coureurs sans antécédent articulaire particulier. Elle pourrait même être associée à certains bénéfices indirects liés au maintien de l’activité physique, au contrôle du poids et à la préservation des capacités musculaires et cardiovasculaires.

Il faut toutefois éviter de transformer ce constat en nouvelle règle absolue. Les volumes d’entraînement très élevés, les antécédents de blessures du genou, certaines caractéristiques individuelles et la pratique compétitive prolongée peuvent modifier le niveau de risque. La littérature scientifique ne permet pas non plus de définir un nombre universel de kilomètres à partir duquel la course deviendrait dangereuse pour les articulations.

Le principe essentiel reste donc celui d’une progression adaptée aux capacités de chacun. Augmenter brutalement son volume, ignorer une douleur persistante ou négliger la récupération n’est pas une bonne stratégie, que l’on soit concerné ou non par l’arthrose.

Courir ou ne pas courir : le mouvement reste essentiel

L’idée selon laquelle « courir abîme les genoux » est trop simpliste pour refléter l’état actuel des connaissances. L’arthrose du genou est une maladie complexe, influencée par de nombreux facteurs et qui ne peut pas être réduite à une simple question de kilomètres parcourus.

Pour de nombreux coureurs, le diagnostic de gonarthrose ne signifie donc pas nécessairement la fin du running. La pratique peut souvent être adaptée au niveau de douleur, aux capacités physiques et aux objectifs de chacun, en accord avec les recommandations d’un professionnel de santé lorsque cela est nécessaire.

L’absence de preuve d’un risque systématique ne signifie évidemment pas que courir protège à coup sûr contre l’arthrose. Mais elle permet de remettre en question une idée reçue largement répandue : courir ne condamne pas automatiquement les genoux à l’arthrose. Bien au contraire, pour de nombreuses personnes, le mouvement et l’activité physique font partie de la solution.