RED-S : le piège invisible de la performance
Baisse de libido, fractures de fatigue, diminution inexpliquée des performances, troubles de la croissance… Le syndrome RED-S, ou déficit énergétique relatif dans le sport, regroupe une multitude de symptômes qui peuvent altérer profondément le fonctionnement physiologique de l’athlète. Découvrons cette pathologie largement ignorée du grand public mais omniprésente dans les sas de départ.
Le syndrome RED-S, ou déficit énergétique relatif dans le sport, est une pathologie insidieuse, silencieuse et parfois… sévère. Certaines études estiment qu’un sportif sur deux présente des signes de déficit énergétique dans certaines cohortes. Une réalité encore floue, mais loin d’être marginale.
Ces dernières années, la course à pied s’est largement démocratisée… tout en se professionnalisant. Sur les réseaux sociaux, les performances s’affichent, les programmes d’entraînement sont de plus en plus sophistiqués et la nutrition devient exigeante, parfois restrictive. Courir un semi-marathon semble presque être devenu une norme.
Dans cette quête de performance, un élément essentiel est souvent oublié : les sportifs amateurs ne sont pas professionnels. Entre travail, vie sociale, obligations familiales et entraînement, l’équilibre énergétique devient fragile. Ce mode de vie énergivore ouvre la porte à de nouvelles pathologies, dont le syndrome RED-S.
Le syndrome RED-S expliqué simplement
Décrit pour la première fois en 2014 par le Comité international olympique (CIO), le concept de RED-S a été introduit pour élargir et actualiser la triade initialement décrite chezl’athlète féminine : troubles du comportement alimentaire, altération de la densité minérale osseuse et perturbation du cycle menstruel.
Plus moderne et plus exhaustive, la dénomination RED-S désigne aujourd’hui un syndrome qui touche aussi bien les femmes que les hommes.
Le syndrome RED-S apparaît lorsque les apports énergétiques alimentaires sont insuffisants par rapport aux dépenses liées à l’activité physique. Pour préserver ses fonctions vitales, l’organisme réduit progressivement certaines dépenses énergétiques jugées « secondaires ». Le corps entre alors dans une forme d’économie énergétique, entraînant une perturbation de nombreux systèmes physiologiques.
Les études décrivent des conséquences à deux niveaux : sur les performances, mais aussi — et surtout — sur la santé de l’athlète, avec un grand nombre de symptômes qu’il est important de savoir reconnaître.
La double marguerite des symptômes du RED-S


Comment prévenir ce déficit énergétique ?
Le piège le plus fréquent est celui d’une spirale délétère bien connue des sports d’endurance : une augmentation intensive du volume d’entraînement associée à un apport énergétique alimentaire insuffisant. Ce déséquilibre conduit à ce que les spécialistes appellent une faible disponibilité énergétique (LEA, ou Low Energy Availability).
Elle correspond à l’énergie restante pour assurer les fonctions physiologiques de l’organisme (reproduction, concentration, immunité, fonctions neurologiques…) une fois l’activité physique réalisée.
Pour prévenir l’apparition du RED-S, le consensus du CIO recommande une disponibilité énergétique d’environ 45 kcal par kilogramme de masse maigre et par jour, afin de préserver la santé et les performances de l’athlète.
Une alimentation qualitativement et quantitativement satisfaisante, riche en glucides, en protéines et en autres macronutriments, constitue le meilleur moyen de prévenir cette pathologie.
Mais la prévention ne se limite plus à l’assiette. Structurer son entraînement, intégrer des périodes de récupération suffisantes et bénéficier d’un suivi médical et nutritionnel régulier permettent de réduire efficacement le risque de déficit énergétique.
Enfin, une diffusion des connaissances autour du RED-S auprès des athlètes, entraîneurs, proches, kinésithérapeutes et médecinsapparaît comme un atout majeur pour lutter contre l’augmentation des cas.
Comment sortir du syndrome RED-S ?
Tomber dans un état de déficit énergétique altère fortement les fonctions physiologiques de l’individu, y compris la santé mentale. Baisse des performances, impression de fournir des efforts importants sans résultats… Face aux signes d’alerte, s’entourer et en parler permet de franchir une première étape difficile.
L’accompagnement par une équipe pluridisciplinaire (médecins, nutritionnistes, entraîneur, kinésithérapeute, voire psychologues) est un facteur prédictif positif de guérison et permet de corriger non seulement les facteurs ayant précipité l’apparition de la pathologie, mais aussi de rétablir l’équilibre énergétique.
Une étude de 2025a montré que l’augmentation de 300 à 500 kcal par jour, répartie sur plusieurs repas et collations, améliorait significativement les symptômes. Les apports en calcium et en vitamine D doivent être surveillés, en raison de la forte prévalence de fractures de fatigue chez les athlètes atteints de RED-S.
Faut-il arrêter de courir ?
La récupération dépend largement de la sévérité du syndrome et de la durée pendant laquelle le déficit énergétique s’est installé. Le retour à la normale des fonctions hormonales peut prendre plusieurs mois.
Le CIO propose aujourd’hui une stratification de la sévérité de la pathologie permettant une prise en charge personnalisée et adaptée à chacun. L’arrêt de la course à pied n’est recommandé que dans les formes sévères.
Dans les autres situations, une diminution de la charge d’entraînement associée à une alimentation adaptée et à un suivi médical offre de bonnes perspectives de guérison en quelques mois, pour les formes légères et modérées.
Arrêter de courir n’est donc pas systématique… mais cela peut parfois devenir nécessaire.
Changer la culture de la performance
Au-delà des aspects médicaux et nutritionnels, la prévention du RED-S pose une question plus large : celle de notre rapport à la performance.
Comparer ses performances ou son physique à ce que l’on voit sur les réseaux sociaux peut rapidement devenir une source de pression, voire de perte de confiance en soi. Relativiser ces « normes » constitue l’un des défis majeurs du sport moderne.
Car la performance durable ne repose plus seulement sur l’entraînement : elle dépend aussi de la manière dont nous vivons notre pratique sportive et de la connaissance de notre corps. Ne jamais oublier qu’un corps en bonne santé correspond à un état de bien-être complet : physique, mental et social.
Repérer les symptômes à risque de RED-S
La recherche scientifique utilise certains questionnaires pour identifier les athlètes à risque : LEAF-Q, BEDA-Q, RED-S QAT… Voici notre carte mentale* pour reconnaître les signaux d’alerte :

*Avertissement : Cet outil est une aide à la sensibilisation destinée aux sportifs. Il ne permet pas de poser un diagnostic et ne se substitue pas à un avis médical personnalisé. En cas de doute ou de symptômes, consultez un professionnel de santé.
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Kolsrud et al., Risk of Low Energy Availability among Elite Runners, 2021.
Mountjoy et al. 2023 International Olympic Committee’s (IOC) consensus statement Relative Energy Deficiency in Sport (REDs)
Gallant TL et al. Low Energy Availability and Relative Energy Deficiency in Sport: A Systematic Review and Meta-analysis, 2024




