Maëva Danois, 28 ans, a été pendant huit ans athlète internationale sur 3 000 m steeple. Désormais, cette coureuse de l’équipe ASICS, podologue dans les Landes court le marathon avec de grandes ambitions. 2h45’ pour un premier, ça promet !

La course à pied et vous, c’est une longue histoire…

« Oui, elle dure depuis que je suis née. Encouragée par mes parents coureurs, j’ai presque commencé à courir avant d’avoir marché. Je suis passée par la piste, les cross. J’ai été pendant huit ans internationale sur 3 000 m steeple. L’INSEP m’a énormément apporté pendant ces années. Mais, un jour, j’en ai eu marre de tourner en rond. Je n’avais plus la petite flamme quand j’allais sur la piste. Alors j’ai basculé sur la route depuis un an et demi. »

Vous avez quitté l’INSEP et vous vous êtes découverte coureuse de fond plutôt que de demi-fond…

« Oui, depuis que je cours sur la route, je me redécouvre. C’est un peu comme une deuxième jeunesse sur le long. Je m’éclate vraiment et en plus, j’ai la chance d’être accompagné par ASICS, un sponsor raccord avec mes valeurs (Ndrl : un esprit sain dans un corps sain). »

Vous avez couru les deux derniers marathons de Paris. Le premier, en octobre en 2h45’08’’, le deuxième en avril en 2h45’30’’. Un challenge personnel ?

« Oui, j’avais envie de courir le marathon depuis un moment. Et je voulais faire mieux que mon papa qui l’avait couru en 2h49’ en 2003. Petite, cela m’avait traumatisé de le voir ne plus pouvoir marcher le lendemain. En avril, j’ai confirmé mon premier chrono mais j’aurai aimé faire mieux. Je voulais passer la barre des 2h40. Tout n’a pas opéré comme prévu. Je n’ai pas envie de rester sur cette déception. Je courrais le prochain Marathon de Valence en décembre pour aller chercher un gros chrono. Depuis quelques mois, je suis encadré par un coach et cela change tout ! »

Vous avez préparé vos marathons seule ?

« Oui, en autoditacte. A vrai dire, je me suis entraînée. Et lorsque l’on n’est pas bien encadré, on se met des limites ou l’on s’autorise un peu trop de jours de repos. Avec du recul, je me rends compte aussi que je ne m’étais jamais mise en difficulté pendant mes préparations. Désormais, avec mon coach, tout est structuré et écrit. On ne déroge pas au plan et c’est très motivant. Et surtout, j’apprends à repousser mes limites, en gravissant des paliers petit à petit. »

Maëva Danois, votre dernière année après l’INSEP n’a pas été simple. Racontez-nous votre quotidien…

« En juillet dernier, j’ai rejoint mon compagnon dans les Landes où je suis installée comme podologue. A l’INSEP, il y a tout sur place, le resto après l’entraînement, c’est le grand luxe. Il m’a fallu retrouver un cadre. Le Cers de Cap Breton m’a aidé dans ma préparation physique, et j’ai désormais un coach, Julien Dalès, qui m’accompagne bien. Côté pro, mon métier de podologue, tourné vers les autres, est essentiel à mon équilibre, autant que le sport, domaine où l’on est très centré sur soi. »

Une journée type pour vous, cela ressemble à quoi ?

« A 6h du matin, je suis debout. Je fais une petite séance de stretching, yoga, avec renforcement du transverse (très important), ensuite c’est petit dej et trajet à vélo pour aller à mon boulot. De 13h à 14h30, je m’entraîne, puis je rentre à vélo et je fais une autre sortie en courant. Je m’entraine tous les jours, entre 1h et 2h30. Je m’accorde deux demi-journées off par semaine pour cumuler au moins 24h de repos. »

Maëva Danois, tout sourire à l'arrivée de son dernier Marathon de Paris.

Maëva Danois, tout sourire à l’arrivée de son dernier Marathon de Paris. © Albin Durand

Vous roulez également beaucoup. Vous êtes aussi duathlète d’ailleurs…

« Oui, j’aime aussi rouler. En préparation marathon exemple, je fais entre 150 km et 200 km de vélo par semaine, et entre 70 et 100 km de course. Je suis licenciée en duathlon à Meaux. Nous avons terminé championnes de France en 2021 avec l’équipe féminine. J’ai fait un podium en finissant 2e en D1. Contente ! Nous espérons défendre notre titre en septembre mais il faut que je m’organise pour pouvoir disputer une manche du championnat. »

Maëva Danois, quel est votre prochain objectif de la saison ?

«  On m’a proposé de courir le Marathon du Mont-Blanc. J’ai dit banco avant de me rendre compte que la montagne, c’est très exigeant par rapport à la route… J’y vais avec beaucoup d’humilité même si j’ai envie de tout casser ! (rires). En pleine préparation, je souffre comme jamais car je manque cruellement de puissance musculaire. J’ai l’impression d’être un mollusque qui tente de s’accrocher à sa coquille tous les jours mais j’aime ça ! Je sais que cela va m’apporter énormément pour courir vite sur le plat. »

Rêvez-vous d’ultra-trail ou d’Ironman ?

« Bien sûr, un jour sans doute… mais ce n’est pas ma priorité du moment. Certes, j’aime découvrir des nouvelles sensations et je ne me mets aucune barrière. Mais ce qui m’anime avant tout c’est la performance. Je suis une compétitrice, j’ai envie de gagner, de sélections en équipe de France. »

Le marathon des JO de 2024, vous y pensez ?

« Je ne vais pas dire non, ce serait mentir (rires). Mon chrono en 2h45 ne me permet pas aujourd’hui de me qualifier pour les Jeux. Il faudrait que j’avoisine les 2h30-2h35. J’ai du chemin à parcourir, de la patience, de l’apprentissage mais j’ai l’envie. Alors je ne vais pas m’empêcher de rêver à Paris 2024. Quand il faut y aller, il faut y aller… Je signe ! »

Quel conseil à ceux qui souhaitent passer un cap sur marathon ?

« Je n’ai qu’une petite expérience mais je dirai qu’il faut s’armer de patience. Le marathon est une distance d’expérience. La préparation parfaite n’existe pas. Pour mon deuxième marathon par exemple, j’étais en super forme, mais le jour J tout n’a pas opéré. Car le marathon est la course d’un jour. Pour ne pas passer à côté, il ne faut donc rien improviser. Il faut suivre un plan structuré et ne pas y déroger. C’est un détail mais écrire son objectif sur un papier permet de bien s’en ancrer pour mieux aller le chercher. On peut aussi bien sûr parler des fameuses sorties longues, incontournables pour tester sa forme, son équipement et son ravitaillement. »

Quelle est votre séance fétiche pour progresser ?

« La séance de côtes sans hésiter ! Etre bien renforcé musculairement permet de repousser l’arrivée des crampes sur marathon, c’est prouvé. C’est du renforcement naturel et en même temps, on peut travailler le sprint et la technique. C’est donc ultra-complet. Je fais une séance de côtes deux fois par semaine en ce moment en préparation du Marathon du mont-blanc. Je détestais cette séance à l’INSEP car j’étais vraiment en difficulté. J’ai appris à mettre l’orgueil de côté et à manger des côtes. Un bon renforcement musculaire, c’est ultra important et on le néglige trop souvent. Il ne faut pas qu’enchaîner les bornes pour être performant !  »

Le mur du marathon n'est pas une fatalité. On peut multiplier les précautions pour l'éviter durant sa préparation comme le jour J.©ASO-P.Ballet

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