Aurélien Dunand-Pallaz : il s’attaque au nouveau record du GR20 de François D’Haene
Après avoir remporté le Restonica Trail avec le record du parcours, Aurélien Dunand-Pallaz met désormais le cap sur le défi de sa saison : tenter de battre le record du mythique GR20. Malgré le chrono de référence (29 h 46) établi il y a quelques jours par François D’Haene, le Savoyard poursuit sa préparation avec sérénité. Il nous explique sa stratégie, sa vision du trail et les clés de sa réussite.
Tu viens de remporter le Restonica Trail (110 km) avec le record du parcours. Quel bilan tires-tu de cette course ?
Je suis évidemment très satisfait. Gagner avec le record du parcours (14 h 41) est une belle récompense. J’ai eu d’excellentes sensations du début à la fin, avec cette impression de courir de manière très fluide. Quand on vit une journée comme celle-là, on prend énormément de plaisir.
Cette victoire était surtout une étape vers un objectif encore plus ambitieux…
Exactement. Mon grand objectif est désormais la tentative de record du GR20. La Restonica faisait partie intégrante de cette préparation. Elle m’a permis de retrouver les terrains corses, très techniques, avec notamment une portion d’une trentaine de kilomètres sur le GR20. C’était une répétition idéale avant le grand rendez-vous.
François D’Haene vient tout juste de porter le record du GR20 à 29h46. Cela change-t-il quelque chose à ton projet ?
J’ai découvert son temps après mon arrivée sur la Restonica. C’est une énorme performance, mais cela ne change absolument rien à ma préparation. Je savais qu’il fallait être très fort pour battre le précédent record, il faudra simplement être encore un peu plus fort. Il me reste maintenant deux mois d’entraînement pour arriver prêt, le départ à Calenza est prévu vers le 15 septembre.

Comment prépare-t-on une tentative de record où l’on est seul face au chronomètre ?
C’est très différent d’une course. Il n’y aura pas d’adversaires pour me pousser dans les moments difficiles. Je devrai rester concentré sur mes sensations et sur mon propre rythme. J’aurai quelques points de passage, mais je ne compte pas regarder le chronomètre en permanence. Je préfère construire mon effort et faire le point à mi-parcours.
L’avantage est de pouvoir choisir le meilleur créneau météo…
Oui, et c’est essentiel en montagne. L’objectif est d’être prêt vers la mi-septembre. Ensuite, nous choisirons la meilleure fenêtre possible en fonction des prévisions. Je préfère cette période à la fin de l’été : les grosses chaleurs sont généralement passées, même si les journées sont un peu plus courtes.
Aurélien Dunand-Pallaz, La Corse semble parfaitement correspondre à ton profil de traileur…
C’est vrai. Je suis particulièrement à l’aise dans les descentes et sur les terrains très techniques. En Corse, il faut être précis à chaque appui et rester concentré en permanence. C’est un terrain qui me plaît énormément.
Sur un effort de près de trente heures, la nutrition devient déterminante.
Oui. Jusqu’à présent, j’utilise principalement des produits liquides et semi-liquides de Nutripure. Sur le GR20, ce sera différent car l’effort durera presque deux fois plus longtemps que la Restonica. Je réfléchis à intégrer davantage d’aliments solides sur la fin du parcours. Tout sera testé à l’entraînement afin de ne rien improviser.

Tu as également modifié ton organisation professionnelle ?
Oui. À la fin de l’année 2025, j’ai mis entre parenthèses mon activité de kinésithérapeute, faute de temps. En revanche, j’ai conservé mon activité de coach, avec une dizaine d’athlètes. J’apprécie beaucoup ces échanges et cela me permet aujourd’hui de consacrer davantage de temps à ma propre préparation.
Tu cours finalement moins qu’on pourrait le croire.
C’est vrai. En hiver, je pratique énormément le ski-alpinisme. Entre décembre et mars, j’ai accumulé près de 140 000 mètres de dénivelé positif en montagne, avec très peu de course à pied. Je fais aussi beaucoup de vélo durant l’été. Finalement, la course ne représente qu’environ 55 % de mon volume annuel d’entraînement.
Malgré ton palmarès, tu restes assez discret médiatiquement.
Cela correspond assez bien à ma personnalité. Je communique sur les réseaux sociaux, mais je préfère surtout m’exprimer sur le terrain. Je n’ai jamais cherché à me mettre particulièrement en avant.
Comment définirais-tu l’esprit trail aujourd’hui ?
Pour moi, il commence par le respect de la montagne. On court dans un environnement exceptionnel et il faut savoir rester humble face à la nature. J’apprécie aussi le fait que les meilleurs mondiaux partagent la même ligne de départ que les amateurs. Peu de sports permettent une telle proximité.

Quand une grosse défaillance survient en course, où trouves-tu les ressources pour continuer ?
Je pense simplement à avancer. Je me rappelle tout le travail effectué à l’entraînement et je sais que les moments difficiles finissent toujours par passer. Il faut accepter de souffrir sans perdre de vue l’objectif final.
Et après le GR20, des objectifs ?
Je n’ai pas encore réfléchi à 2027. Cette tentative va demander énormément d’énergie physique et mentale, et il faudra ensuite récupérer. J’aimerais évidemment retourner un jour sur la Hardrock ou à la Diagonale des Fous, deux courses qui comptent beaucoup pour moi. Mais aujourd’hui, toute mon attention est tournée vers ce défi sur le GR20.




