Association Les 42 : le marathon comme tremplin d’insertion

25 jeunes en rupture ont couru le Marathon de New York 2025 avec l'association les 42 qui s'attelle à les ré-insérer dans le millieu professionnel.

Et si le marathon était un diplôme ? En faisant courir des jeunes en rupture professionnelle et sociale à Athènes, en 2023, puis à New York en 2025, l’association Les 42 propose une autre voie vers l’insertion : celle de l’effort, de la discipline et de la confiance en soi.

Un marathon pour un emploi. C’est l’idée forte portée par Malek Boukerchi et son association Les 42. Une intuition simple, presque évidente, que le champion tchèque Emil Zátopek résumait en une célèbre maxime : « Si tu veux changer ta vie, cours un marathon. »
Pour des jeunes en rupture scolaire, sociale et professionnelle, cet accomplissement sportif devient un puissant levier d’insertion professionnelle par le sport.

Malek Boukerchi

Qui est Malek Boukerchi ? 51 ans aujourd’hui. Il a grandi dans une cité du Haut-Rhin, ballon au pied jusqu’à la trentaine. Il découvre ensuite la course de fond, déjà animé par le goût de l’échange et du partage, même en courant le marathon autour de 2h40’. Puis, il se tourne ensuite vers l’ultra-endurance et les milieux extrêmes. En 2014, il court 100 km en Antarctique par -45°C. En 2016, il traverse l’Atacama à plus de 6 000 mètres d’altitude. En 2020, il parcourt 1 000 km sur les terres brûlantes de Mauritanie, en autonomie totale. « Si on m’avait dit qu’une simple paire de baskets m’emmènerait au bout du monde et au fond de moi-même, je ne l’aurais jamais cru », sourit cet inclassable coureur. Tout à la fois anthropologue, conférencier, philo-conteur et poète écrivain, il a fondé l’association Les 42 pour tisser des rêves et semer des possibles.

Un marathon, le plus beau diplôme de la vie

Fondée en 2022, l’association imaginée par ce coureur d’exception repose sur une alliance inédite entre course à pied, accompagnement humain et monde de l’entreprise.

Autour de cet anthropologue inspirant s’est constituée une team d’accompagnateurs runners et un réseau de dirigeants et de cadres – de la PME locale à de grandes institutions comme Decathlon ou la Banque de France – qui soutiennent financièrement et humainement le projet.


Malek Boukerchi a fédéré patiemment ces acteurs autour d’une conviction forte : la discipline acquise dans l’entraînement marathon forge des qualités directement transposables dans la vie professionnelle.

« Être marathonien demande de la rigueur, de l’abnégation et de l’engagement. Trois qualités très recherchées dans le monde du travail. Avoir terminé un marathon sur un CV à 20 ans, c’est le plus beau diplôme de la vie », explique Malek Boukerchi. « Notre enjeu est d’accompagner des jeunes sortis trop tôt du système scolaire, sans diplôme, souvent en perte de sens, pour leur prouver que l’impossible est possible. »

Les jeunes sont recrutés avec l’appui des missions locales. Ils viennent d’Aubervilliers, de La Courneuve, de Marseille, du Bas-Rhin ou encore de Chalon-sur-Saône. Une France métissée, croisant « la ruralité oubliée et l’urbain compliqué » au sein d’un collectif solidaire, véritable « goutte d’eau joyeuse », selon les mots de Malek, porteuse d’espoir dans un monde fragmenté.

Athènes 2023, l’acte fondateur du marathon solidaire

n faisant courir des jeunes en rupture professionnelle et sociale à Athènes, en 2023, puis à New York en 2025, l’association Les 42 propose une autre voie vers l’insertion : celle de l’effort, de la discipline et de la confiance en soi.
©Virginie Bonnefon

L’aventure naît en 2023 autour d’un premier projet symbolique : courir le marathon d’Athènes, berceau historique de la discipline. Dix-huit jeunes, qui n’avaient jamais couru un kilomètre, se laissent convaincre par l’homme, la team et les mentors.
Quelques mois plus tard, tous bouclent la distance, voient leur destin réinventé et leur trajectoire de vie profondément infléchie.

« Tous ces jeunes marathoniens sont aujourd’hui en phase d’insertion professionnelle. La moitié s’est réinscrite sur d’autres marathons ou des courses plus courtes ; d’autres ont repris une formation, passé un bac professionnel ou créé leur structure. Ils ont gagné confiance, ils ont déployé leurs ailes. C’est bouleversant à observer », confie Malek Boukerchi.

New York, un condensé de vie à l’américaine

25 jeunes en rupture ont couru le Marathon de New York 2025 avec l'association les 42 qui s'attelle à les ré-insérer dans le millieu professionnel.
Au petit matin, avant le grand départ pour Marathon de New York. ©Virginie Bonnefon

L’acte II s’est joué à une tout autre échelle. En novembre 2025, l’association s’est attaquée au mythique marathon de New York. Un défi logistique et humain colossal, préparé dès janvier 2024, avec, entre-temps, un basculement politique sous l’ère Trump qui n’a rien facilité.

Dix jours de déplacement outre-Atlantique pour 50 participants, dont 25 jeunes âgés de 18 à 36 ans, entourés d’autant de bénévoles : marathoniens aguerris comme mentors partenaires, certains courant eux aussi leur premier marathon.

Le 2 novembre, dans Central Park, 50 médailles fièrement acquises. Sophie, la plus rapide du groupe, a bouclé son marathon en 3h41’, une révélation. Sana, 33 ans, mère de quatre enfants, a vécu pleinement l’épreuve (5h18’) en dansant et en chantant avec les New-Yorkais, tout comme Farouk, 110 kg sur la balance, qui s’est surpassé au nom de la team.

n faisant courir des jeunes en rupture professionnelle et sociale à Athènes, en 2023, puis à New York en 2025, l’association Les 42 propose une autre voie vers l’insertion : celle de l’effort, de la discipline et de la confiance en soi.
©Virginie Bonnefon

« Ils sont tous rentrés transformés à vie. Dix jours à New York, imaginez pour des jeunes qui n’avaient parfois jamais quitté leur territoire ! Nous avons vécu un condensé de vie à l’américaine : Halloween et sa foule bigarrée, l’effervescence politique, et bien sûr ce marathon sous un soleil inespéré, porté par une ferveur incroyable. C’était tout simplement extraordinaire », s’enthousiasme Malek.

Lui qui avait couru à New York en 2001, sur les cendres du World Trade Center, a vécu cette course comme une transmission autant qu’un aboutissement collectif.

Sept mois pour changer une trajectoire de vie

25 jeunes en rupture ont couru le Marathon de New York 2025 avec l'association les 42 qui s'attelle à les ré-insérer dans le millieu professionnel.
Medal Monday à New York pour la team 42. ©Virginie Bonnefon

Ce « magic marathon » a conclu en beauté sept mois de préparation. Le programme comptait deux séances hebdomadaires, suivies via Strava, et une sortie longue collective chaque dimanche, organisée dans les différentes régions. Deux campus parisiens ont soudé le groupe, mêlant conférences inspirantes, rencontres professionnelles et visites culturelles.

Depuis leur retour, la moitié du groupe est engagée dans un processus concret de réinsertion : promesses d’embauche, formations qualifiantes, financement du permis de conduire. L’accompagnement socio-professionnel se poursuivra tout au long de l’année, avec des rencontres mensuelles en région.

En mars, un campus de célébration animé par la marraine Dorine Bourneton, première pilote de voltige aérienne tétraplégique, viendra clore cette deuxième session des 42, avec en point d’orgue un baptême de haute voltige très attendu.

« De véritables amitiés sont nées. Sans cette aventure, ils ne se seraient jamais rencontrés. Les liens les plus forts se sont tissés entre mentors et jeunes : les premiers, impressionnés par leur résilience ; les seconds, bouleversés que des dirigeants croient enfin en eux », souligne Malek.

Déjà l’acte III en ligne de mire

Un troisième projet se dessine à l’horizon 2028, autour d’un marathon européen intergénérationnel. « J’aimerais associer cette jeunesse cabossée à des personnes de plus de 50 ans, mises à l’écart du monde économique, au chômage ou au RSA. Elles aussi ont besoin d’espérance ! », avance Malek Boukerchi.

Avant cela, l’ultra-marathonien repartira à l’aventure pour une diagonale Nord-Sud à Madagascar : 2 200 km en autonomie, prélude à un rêve plus vaste encore, celui d’une grande traversée africaine inédite.

« Croire en son potentiel, en ses projets, en sa destinée, quels que soient ses origines et son point de départ, c’est le grain de folie libérateur de tous les possibles », martèle ce coureur-philo-conteur, résolu à exalter le meilleur de l’humanité.