UT4M : tétraplégique, Antonin Folliet termine son premier ultra-trail de 100 km
Quatre ans après un accident qui l’avait laissé tétraplégique, Antonin Folliet a relevé un défi que peu imaginaient possible. Le Grenoblois de 24 ans a bouclé l’UT4M Master 100 en 24 h 45, signant une immense victoire personnelle sur les sentiers de l’un des ultra-trails les plus exigeants des Alpes.
En franchissant la ligne d’arrivée de l’UT4M Master 100, Antonin Folliet n’a pas seulement terminé son premier ultra-trail. Il a surtout pris une éclatante revanche sur le destin. En 2022, alors âgé de 20 ans, le Grenoblois est victime d’un grave accident de ventriglisse. En plongeant dans une piscine, il se fracture les cervicales et se retrouve tétraplégique.
« Les médecins m’ont dit que je ne pourrais probablement plus remarcher », raconte-t-il. Après deux semaines en réanimation, un premier signe d’espoir apparaît lorsque ses orteils recommencent à bouger. Huit mois de rééducation suivent. Peu à peu, il retrouve la station debout, puis la marche avec un déambulateur, des béquilles, avant de quitter définitivement son fauteuil roulant. Les séquelles restent pourtant importantes : son bras droit fonctionne difficilement, sa main droite est quasiment inutilisable et sa jambe droite a perdu près de 60 % de sa force musculaire. « Je me suis toujours dit que je remarcherais. Puis que je recourrais. »
UT4M Master 100 : un défi symbolique quatre ans après son accident

Très sportif avant son accident, Antonin refuse de renoncer à l’endurance. Il découvre d’abord le triathlon et participe à un Half Ironman. Mais vivre à Grenoble lui donne rapidement envie de retrouver les sentiers. « Les montagnes me manquaient. Je faisais déjà un peu de trail avant mon accident. Je voulais marquer les quatre ans de cet accident en prenant le départ de mon premier ultra-trail. » L’UT4M s’impose comme une évidence. Courir autour de sa ville, sur les massifs qu’il connaît depuis toujours, donne encore plus de sens à ce défi.
Belledonne met son corps à rude épreuve
Antonin sait toutefois que son handicap rend l’effort bien plus difficile que pour la plupart des trailers. « Mon corps se dégrade beaucoup plus vite que la moyenne. J’apprends encore à connaître ce nouveau corps. »
Le verdict tombe dès les premiers kilomètres dans le massif de Belledonne, le plus technique du parcours. « Les 50 premiers kilomètres m’ont cassé tout de suite. Toute la partie droite de mon corps est devenue très raide. J’avais des douleurs dans la jambe et mon bras ne répondait plus. J’ai dû faire abstraction de cette partie de mon corps pour continuer. » À l’arrivée au pied de la Chartreuse, la fatigue devient telle qu’il s’accorde une courte micro-sieste avant de repartir.
Une nuit entière sur les sentiers de l’UT4M

La traversée de la Chartreuse lui réserve une autre découverte : courir toute une nuit en montagne. « Je suis arrivé au premier ravitaillement de Chartreuse vers 21 h 30. J’ai fait toute la traversée de nuit. Ce sont des sensations particulières. On se sent seul, même quand on est entouré. »
Après plus de douze heures d’effort, son corps est épuisé, mais le mental tient bon. « Physiquement, c’était la partie la plus difficile. Mentalement, je savais que j’allais finir, même si je devais mettre 28 heures. »
Une équipe entière derrière Antonin Folliet

Tout au long de cet UT4M Master 100, Antonin peut compter sur un soutien sans faille. Famille, amis et proches sont présents à chaque ravitaillement pour l’encourager et gérer son assistance. « Sans eux, la course ne se serait pas passée de la même façon. Ils m’ont énormément aidé. Ils m’ont poussé jusqu’au bout. »
Au lever du jour, il entame la descente de la Bastille avant de rejoindre Grenoble. À 7h45, après 24h45 d’effort, il franchit enfin la ligne d’arrivée. « Tous mes copains s’étaient levés pour être là. Arriver et voir tout ce monde m’attendre, c’était très émouvant. »
« Une revanche » quatre ans après le diagnostic
Sur le moment, Antonin est vidé. « À l’arrivée, je n’avais plus envie de refaire un ultra. J’étais complètement lessivé. » Mais cette impression ne dure pas. Quelques jours plus tard, l’envie revient déjà. « Maintenant, j’ai envie de faire mieux. Je sais que je peux faire mieux. »
Plus qu’un résultat sportif, cette arrivée représente surtout l’aboutissement de quatre années de reconstruction. « C’est une revanche. Il y a quatre ans, on m’avait annoncé que je ne pourrais plus marcher. Aujourd’hui, je savoure tout le chemin parcouru. »




