Émilie Mullier, marathonienne française d’exception et machine d’endurance
À 37 ans, Émilie Mullier mène une double vie à cent à l’heure : gestionnaire immobilière à Berlin le jour, athlète d’endurance hors normes dès l’aube. Marathonienne passionnée, triathlète longue distance, globe-trotteuse insatiable, cette Française expatriée en Allemagne repousse sans cesse ses limites grâce à une discipline de fer et une passion viscérale pour le sport d’endurance.
Émilie Mullier est une bigorexique assumée. Chaque matin, son réveil sonne à 4h30. Au programme : musculation, vélo, natation, home trainer, tapis de course… Un enchaînement calibré comme une préparation marathon de haut niveau. Après une sortie avec ses chiens et un solide petit-déjeuner, elle entame sa deuxième journée : la gestion de 75 appartements en location à Berlin. Entre états des lieux, visites et imprévus, le rythme est soutenu.
Le soir, place à une nouvelle séance d’entraînement running ou vélo, pour relâcher la pression. « J’ai besoin de quatre à six heures de sport par jour. Sans mes endorphines et mon adrénaline matinales, je ne suis pas aussi efficace au travail. Le sport dope mon cerveau. »
Une vraie machine, surnom que ses amis lui donnent volontiers. Vingt heures de sport par semaine, un planning digne d’une athlète professionnelle, des nuits courtes – mais des micro-siestes – et une vie intense qu’elle ne troquerait pour rien au monde. Vivre chaque jour comme si c’était le dernier, viser plus haut, dépasser sans cesse ses limites… ainsi va la vie d’Émilie.
41 marathons dont deux fois les World Marathon Majors

Grâce au sport, cette Limougeaude a découvert le monde. Work-run-travel – le nom de son compte Instagram – est son tiercé gagnant. Depuis son premier marathon à Berlin en 2016, tout est allé crescendo, avec une accélération fulgurante après la Covid. Son CV laisse bouche bée : 41 marathons au compteur, dont un record personnel en 3h07’ établi à Séville en 2023. En 2025, elle a couru 11 marathons, entre 3h10 (Amsterdam) et 3h27’ (Luxembourg).
Dans le lot figurent les World Marathon Majors, doublés. À 36 ans, c’est la seule et la plus jeune marathonienne au monde à avoir terminé deux fois la série– Tokyo, Londres, Boston, Berlin, Chicago et New York – et le petit dernier de la bande, Sydney, couru l’été dernier.
En 2024, elle a même enchaîné Boston et Londres à six jours d’intervalle, malgré une bonne « crève » due à la climatisation dans l’avion. Une machine, on vous dit. Ou une « tarée », comme aime la surnommer son frère.
Plus haut que dans ses rêves

Enfant, Émilie était plutôt explosive et touche-à-tout, passant de l’équitation au badminton, sans oublier le football. Lorsqu’elle chausse une paire de baskets en 2015, sans autre ambition qu’équilibrer sa jeune vie professionnelle à Berlin, elle raconte ne pas avoir tenu plus de deux minutes.
Persévérance et résilience l’ont pourtant emmenée bien plus haut qu’elle ne l’aurait imaginé. Pas d’entraîneur – mais un coach sportif qui assure sa préparation nutritionnelle et mentale – ni de club. Seulement des conseils glanés sur la toile et une insatiable force de travail.
« Je ne pense pas avoir de prédispositions particulières. Mon endurance au travail m’a beaucoup aidée à construire mon endurance sportive. En dix ans, ma fréquence cardiaque est passée de 72 bpm au bureau à environ 44 bpm. Et en dormant, je descends parfois à 36 bpm », détaille la compétitrice.
Les Super Half en famille

Une passion qu’elle transmet volontiers autour d’elle, à commencer par sa propre famille. Ses parents, coureurs depuis toujours, ont épinglé leurs premiers dossards à l’aube de la soixantaine, invités par leur fille à mêler effort et tourisme sur les six Super Half. « Mon père a couru son premier semi-marathon à Berlin en 2019 en 1h50’, à 59 ans. À Cardiff l’an dernier ma mère a terminé en 1h43’ à 62 ans ! ». Grisant.
Car si Émilie vise les étoiles, le sport reste avant tout une source d’enrichissement personnel. « J’ai rencontré des gens partout. Beaucoup sont devenus des amis parce que ce que l’on vit dans l’effort crée des liens indéfectibles. Je pense à Maïs, mon meilleur ami, rencontré à Tokyo en 2019. Depuis, nous avons déjà couru douze marathons ensemble, et c’est loin d’être fini ! »
Sa propension naturelle à créer du lien l’a d’ailleurs menée à croiser la route de la légende Eliud Kipchoge en personne, ainsi que de l’impressionnante Américaine Ashley Paulson, ultra-marathonienne et triathlète de l’extrême, qu’elle admire tant.
Ironman : cap sur les championnats du monde

En 2022, elle bascule dans le triathlon. Premier Ironman 70.3 en 5h34’, premier full l’année suivante (Émilie-Romagne) en 11h23’, quinzième chez les femmes. « Une personne m’a dit : “Vous ne vous rendez pas compte, avec ce chrono, il faut tenter le tirage au sort pour les mondiaux.” Apprendre le lendemain que j’étais qualifiée pour les championnats du monde de Nice reste l’un de mes grands souvenirs. »
En 2024, sur la Promenade des Anglais, elle termine sur les rotules, en 13h27. « Le dénivelé à vélo m’a littéralement tuée, je n’y suis pas habituée. Je n’avais plus de jambes sur le marathon, que je termine, en piochant comme jamais, en 4h10’. J’ai perdu sept kilos sur l’épreuve ; heureusement que j’avais anticipé avec une bonne recharge, en prenant 4,5 kilos dans les dix jours précédents et en buvant 6 litres par jour », raconte l’Ironwoman que rien ne semble pouvoir arrêter.
Objectif Hawaï : deux Ironman en sept jours

Désormais, un rêve l’obsède : Hawaï, le graal ultime, particulièrement inaccessible. Son plan d’attaque est prêt pour 2026. Pour décrocher son ticket, Émilie vise un enchaînement inédit en juin prochain : deux Ironman 140.6 en l’espace de sept jours.
D’abord Hambourg, championnat d’Europe, puis Cairns, en Australie, le week-end suivant, avec 32 heures de vol et huit heures de décalage horaire entre les deux épreuves. Boucler chacune autour de 12 heures serait son idéal. Elle met déjà tout en œuvre pour s’en rapprocher et s’est ajouté Copenhague en août pour tripler ses chances de qualification.
Déjà 11 marathons planifiés
En parallèle de ses vingt heures d’entraînement hebdomadaires, pour se préparer – autant que se faire plaisir – Émilie poursuit sa « série marathon ». Onze dossards sont déjà réservés, dont Sydney (coup de cœur 2025) pour boucler deux fois les sept Abbott, mais aussi Cape Town, futur 8eme « major »qu’elle découvrira fin mai, avec son frère Tom et un petit safari au parc Kruger en prime.
Et après ? Le défi ultime – sept marathons en sept jours sur sept continents – trotte dans un coin de sa tête. A 40 000 euros le dossard, l’athlète est à la recherche de sponsors pour l’accompagner dans ce projet fou, qu’une seule Française, Stéphanie Gicquel. a pour l’instant mené à son terme. À suivre…




