Ana-Maria Faucon : un record du monde sur semi-marathon à 80 ans

Ana-Maria Faucon après son record sur semi-marathon, entourée de ses proches

2h03’53 » pour courir 21.1km à 80 ans (M9), c’est la performance Ana-Maria Faucon. Derrière l’exploit, une femme solaire, profondément résiliente, qui a transformé les épreuves de la vie en énergie pour avancer. Rencontre avec une athlète marseillaise pour qui courir est devenu bien plus qu’un sport.

Ana-Maria Faucon, vous détenez désormais le record du monde du semi-marathon dans la catégorie M9. Que ressent-on lorsqu’on devient championne du monde à 80 ans ?

Ana-Maria Faucon sur le podium, après son record sur le semi-marathon de Cavaillon
Ana-Maria Faucon sur le podium, après son record sur le semi-marathon de Cavaillon (2h03’53 »). ©DR

Ana-Maria Faucon — « Les premiers jours, j’étais très embêtée. Je ne réalisais pas vraiment. Et je me suis dit : « Mon Dieu, mais dans quelle histoire tu t’es embarquée ? » Vous savez, pour moi, la course à pied est un médicament. »

Sur la ligne de départ du semi-marathon de Cavaillon, dans quel état d’esprit étiez-vous ?

« Honnêtement, je pensais que seuls les jeunes pouvaient devenir champions du monde, pas une dame de 80 ans. Mais, au fond, je n’avais pas peur. J’étais tellement euphorique que je suis partie comme une flèche. Après, la fin a été difficile. »

Vous avez commencé à courir à 40 ans. Quel a été le déclic ?

« Un drame est arrivé dans ma vie : mon fils unique est tombé malade. Alors je me suis mise à courir. À Marseille, il y a la montée de la Gineste, une côte réputée très difficile. La semaine où j’ai appris sa maladie, je crois que je l’ai faite trois fois.

Puis j’ai rencontré Hocine Zeggane, mon coach. Il m’a dit : « Mais tu peux très bien courir avec nous ! » Et tout est parti de là. Cela me fait tellement de bien…

Aujourd’hui encore, dans le groupe, je suis la plus âgée. Il y a bien un monsieur de 72 ans, mais les autres sont tous jeunes. Souvent, je leur dis : « Qu’est-ce qu’une dame de 80 ans fait avec vous ? » Mais ils ne veulent pas que je parte. Ils disent que je suis leur mascotte. Ils sont magnifiques. Ce groupe est devenu une famille. Ce record du monde, c’est grâce à eux. Ce sont eux qui ont gagné, pas moi. »

Vous êtes licenciée au club Endurance Passion 13, à Marseille. À quoi ressemble une semaine d’entraînement ?

Ana-Maria Faucon en pleine course, devant un homme en tee-shirt rouge et un autre en tee-shirt blanc. Elle sourit au photographe.
©DR

« Il arrive qu’on ne fasse pas quatre séances par semaine. Mais lorsqu’on prépare une course, oui, on s’entraîne quatre fois, avec parfois de longues sorties. Je vais donc courir le lundi, le mercredi, souvent le vendredi et le dimanche. Et le mardi, j’ai une autre activité : je fais du flamenco. »

À 80 ans, comment réagit le corps ? Ressentez-vous parfois des douleurs ?

« Non, pas vraiment. Mais une fois, j’ai fait une bêtise (rires). Le groupe était parti faire un trail et j’ai monté la Gineste trois fois. Vous savez, je ne me contrôle pas toujours. La descente a été un peu périlleuse et j’ai senti une petite gêne au genou droit. Mais ce n’était rien de grave.

Comme je l’avais fait trois fois dans la même semaine, c’était un peu excessif. Le coach m’a grondée. Il m’a dit : « Tu es malade de faire ça ! » (rires). Mais quand je décide quelque chose, je vais jusqu’au bout. »

Vous dites souvent que la course à pied est votre “médicament”. Pourquoi ?

Ana-Maria Faucon tenant un bouquet de fleurs. Elle serre un proche dans ses bras.
©DR

« J’ai eu un mari handicapé dont je me suis occupée tout en travaillant. Ensuite, mon fils est tombé malade. Malgré tout, je voulais qu’il y ait de la joie à la maison.

J’ai couru une quinzaine de marathons, dont celui de New York. À chaque fois, je rapportais une coupe. Mon mari était tellement heureux… Moi, je voulais transformer le malheur en bonheur. Et surtout, je ne voulais pas qu’on me plaigne. Je ne supporte pas ça. »

Comment organisiez-vous votre quotidien entre votre famille, votre travail et le sport ?

« J’étais esthéticienne à mon compte. Pourtant, je n’ai jamais fait garder mon enfant. Je m’organisais pour être disponible, tout en gardant aussi des moments pour moi.

J’avais un grand jardin, une piscine, je faisais toujours quelque chose. Mais je n’étais jamais fatiguée. Dieu m’a donné une nature résistante. Peut-être que cela vient de mon père. Tout le monde parlait de lui. C’était un homme extraordinaire, très travailleur. Il gérait un restaurant, un dancing, un bar… Il aidait toujours ses amis. On dit souvent que je lui ressemble beaucoup. »

On dit aussi que vous êtes très coquette…

« (Rires.) Vous savez, je suis très croyante. Le matin, je vais à la messe très tôt… et je me maquille même pour y aller. Jamais je ne m’habillerai “en mémère”.

Parfois, je me dis que si je ne suis pas coquette, je ne peux pas avancer. La féminité aide beaucoup à se sentir bien. Et si l’on ne va pas bien soi-même, on ne peut rien apporter aux autres. »

La course à pied vous aide-t-elle aussi à vous sentir belle ?

Ana-Maria Faucon en pleine course, en tee-shirt rose. Elle sourit au photographe.
©DR

« Oh oui ! Déjà parce qu’elle m’aide à garder la ligne. Et puis, quand on court, je crois qu’il devient impossible de boire ou de manger n’importe quoi. J’ai toujours mené une vie très saine. »