Le champion jurassien est venu à bout du mythique GR 20 corse (180 km et 13 000mD+) en 32h32, signant le 3e chrono sur ce sentier mondialement connu. S’il n’a pas battu le record de François D’Haene (31h06 en juin 2016), le coureur du Team Asics a vécu une superbe aventure et démontré toute sa force mentale.

Sur la ligne d’arrivée du GR 20, à Conca, dans le sud-est de la Corse, l’émotion est forte ce mardi 7 juillet. Longtemps, très longtemps, les applaudissements ont résonné. Après 32h32 d’un effort extrême, Xavier Thévenard vient d’en terminer avec un périple entamé, lundi 6 juillet, à 4 heures, à Calenzana, au nord-ouest de l’île. Sa famille, ses amis, tous sont là pour le féliciter et saluer sa performance. Certes, le record établi par François D’Haene en 2016 n’a pas été vaincu. Mais en cet instant, peu importe.

Sur les 15 derniers kilomètres, je n’en avais jamais autant bavé depuis 10 ans où je pratique l’ultra ! En marche arrière, je serais allé plus vite. 

“Franchement, le chrono, la performance on s’en fout un peu”

« Je ne sais pas comment je pourrais remercier la communauté corse à la hauteur de ce qu’elle m’a offert, confie Xavier, la voix étranglée par l’émotion. C’était un partage permanent, une convivialité de chaque instant. Il n’y a pas de mots pour décrire les émotions vécues. C’est vraiment très fort. C’est dans ces instants que l’on prend conscience de la force de la passion et que l’être humain a vraiment des bons côtés. Tous ces gens qui nous aident, qui sont passionnés par la montagne… Franchement, le chrono, la performance on s’en fout un peu. On est des passionnés de montagne. Ce qui est le plus important c’est de faire des trucs dehors avec tout le monde. Le record, c’est pas ça qui compte. Ce qu’on a vécu, c’était tellement fort. J’aurai la Corse dans mon cœur jusqu’à la fin de mes jours. »

©Ben Becker

Longtemps, le Jurassien de 32 ans, déjà vainqueur des plus grands ultra-trails mondiaux (dont trois fois l’Ultra-Trail du Mont-Blanc) fut en avance sur le record. Parti sur un tableau de marche devant le conduire à un chrono d’environ 30 heures, Xavier a tenu la cadence jusqu’à un peu plus de la mi-course. Malheureusement, sous une grosse chaleur, le rythme allait ensuite baisser. Si la nuit lui permit de retrouver davantage de fraicheur et de lucidité, l’avance sur le temps du record finit par fondre au fil des kilomètres. Les dernières heures scellèrent ses espoirs de faire tomber la marque référence. « Nous avons lancé la traversée avec de solides coureurs et nous sommes partis sur un bon tempo, analyse-t-il. Nous avons fait de belles descentes et nous avions un peu d’avance à Vizzavona (km 83). Ensuite j’ai eu un passage dans le dur mais le monde à côté m’aidait beaucoup. J’en ai bavé sur des parties techniques bien dures. Je me suis quand même fait bien plaisir après la mi-course sur une partie roulante. Sur la fin, c’était un chemin de croix. Sur les 15 derniers kilomètres, je n’en avais jamais autant bavé depuis 10 ans où je pratique l’ultra ! En marche arrière, je serais allé plus vite. » 

Avec le soutien des coureurs corses

©Ben Becker


Encouragé par les « pacers » officiels (30 coureurs dont 27 coureurs locaux étaient présents pour assister Xavier), mais aussi par de nombreux traileurs venus partager la foulée du champion pendant quelques kilomètres, Xavier a pu bénéficier d’une véritable escorte tout au long de son périple. Parmi les pacers, Guillaume Peretti, qui en 2014 avait fait tomber le record de Kilian Jornet (32h54, 2009) en bouclant le GR 20 en 32 h, avait lui aussi tenu à apporter son aide dans ce projet où le Jurassien avait souhaité associer un maximum de coureurs corses. « Ça m’a vraiment fait plaisir d’être là, commente le « pacer » de luxe, présent aux côtés de Xavier pendant une soixantaine de kilomètres. C’était important de l’accompagner et de montrer que dans notre sport, nous sommes solidaires, que l’esprit trail existe vraiment. Et puis c’est mon île alors c’était cool. » L’ex recordman a également pu apprécier de très près la performance sportive. « Il a eu le cran de partir sur des bases de 30 heures, insiste-t-il. C’était audacieux, il a eu ce courage. Mais le GR 20, c’est vraiment différent de tout le reste. Il a quand même réussi une superbe performance. Il s’est accroché et a montré qu’il avait un mental d’acier. Il m’a vraiment impressionné. C’est un très grand champion. » « Je sais ce que ça représente d’abnégation, poursuit Pierre Santucci, « légende » du sentier dont il fut longtemps recordman, en 36h53, présent lui aussi sur le bord des chemins. Il faut tout le temps être présent sur deux fronts : la fatigue musculaire et la fatigue mentale. Alors quand il y a une tentative de record, je viens apporter mon soutien car c’est important de sentir les gens autour. »

Dans le top 3 du GR 20


Avec ce chrono, Xavier s’inscrit parmi les trois athlètes les plus rapides sur ce sentier mythique (François D’haene en 31h06 ; Guillaume Peretti en 32h). Avant son départ, il avait résumé le projet en quelques mots : « C’est l’amour de la montagne, la passion de l’activité, le partage, la convivialité et puis cet aspect de la compétition-performance avec l’envie de se rapprocher des temps réalisés par des coureurs de haut niveau. Je ne prétends pas forcément les battre mais je vais faire du mieux possible pour être dans leurs temps. » Malgré l’absence du record, le « cahier des charges » a donc été pleinement rempli.

« Pour les prochains qui s’attaqueront au GR 20, je leur conseille de ne pas trop réfléchir, glisse-t-il à l’arrivée. Et puis il faut vraiment rester calme et lucide tout au long de la course car sinon, on peut vite péter les plombs, parce que les cailloux, à un moment, on en a marre ! Je n’avais jamais couru plus de 24h et les parcours techniques ne sont pas trop ma tasse de thé. Cela faisait donc deux défis à relever et j’étais curieux de voir comment j’allais réagir. C’est un projet qu’on ne fait qu’une fois dans sa vie. Je reviendrai faire des parties mais pas sûr que je le referai en entier. C’est un sacré morceau. Mais c’était une aventure incroyable. J’aurai plein de belles histoires à raconter. »