Dimanche 1er mars, le semi-marathon de Paris annulé en dernière minute pour cause de coronarivus s’est joué en “off”, à petites foulées, en ordre dispersé. Sur les trottoirs en suivant le tracé, en boucle dans les allées de Vincennes ou sur les quais de Seine, on a couru, un peu, beaucoup, juste pour le plaisir.

Avec Sandrine-Nail-Billaud et Frédéric Poirier. 

La déception avalée, la passion a reboosté. Via les réseaux sociaux, une partie des 44 000 inscrits se sont retrouvés pour courir 21 km – ou un peu moins… – dimanche matin dans Paris. On parle de 5 000 coureurs essaimés dans la capitale. Un chiffre invérifiable…

« On court quand même ! »

Sitôt informé de l’annulation, avant même d’avoir récupéré son dossard, Maxime Delavallée, jeune coureur parisien a lancé spontanément un groupe Facebook « Semi de Paris 2020 – On court quand même». Epidémie ou pas, impossible de renoncer à ce qui devait être son premier semi : « Dans ma start-up, je suis catalogué comme pas du tout sportif. Je m’étais donc lancé un challenge, celui de finir mon premier semi à Paris mais aussi, plus secrètement , celui de battre mon collègue le plus sportif, auteur d’un 1h36’ l’an dernier. Je visais 1h35. Je me suis entraîné pour cela sérieusement pendant trois mois » raconte l’entrepreneur de 24 ans.

©Stéfan l’Hermine

 Son appel à courir malgré tout a vite été entendu. Environ 750 personnes lui ont emboîté le pas pour courir le semi en « off ». «  Nous avons suivi le tracé en évitant simplement le pont qui relie la Cité de la mode à Bercy, suite à l’incendie qui a eu lieu à proximité le vendredi. Nous avons échangé avec des Français, mais aussi des coureurs venus d’ailleurs, comme des Russes et Portugais, contents de pouvoir courir quand même. Nous avons jonglé sur les trottoirs, c’est sûr, mais tout s’est bien passé. Le but n’était plus le chrono, mais le partage. Je termine quand même en 1h47’, plutôt content ! », s’enthousiasme Maxime, qui prévoit déjà de prendre sa revanche en 1h35′ au prochain semi de Boulogne en novembre

Avec ou sans dossard

Sous un petit crachin, Quai d’Austerlitz – lieu du départ- à 8h, il y avait donc du monde. Des petits groupes, des runners en solo venus échanger, comme Sandrine collaboratrice de Running Attitude. Dans le lot, certains portent le T-shirt rouge grenat distribué la veille, d’autres ont même épinglé leur dossard. On se met à papoter volontiers. Camille, de Lille, relativise en disant que bon, ce n’est pas si grave, on est de simples amateurs. L’essentiel est dans le partage qui se trame ici. Le running, c’est d’abord une grande communauté. Ne jamais l’oublier.

Le Chilien qui déploie fièrement le drapeau de son pays en a gros sur le cœur. Il est venu 5 jours à Paris pour courir ce semi capital. Un gros budget, des mois d’économie envolés à cause d’une épidémie…Il garde le sourire derrière ses lunettes de soleil et profitera quand même la « ville lumière », même sous le ciel gris. Deux autres « touristes » campent à deux pas. Anaïs, de Belgique et Sandra, de Lorraine, deux copines arrivées depuis vendredi. Ce semi devait être un plongeon dans le grand bain, une toute première fois pour Anaïs qui s’est entraînée méthodiquement pendant des semaines. Elle philosophe pour se consoler : c’est l’occasion de reculer pour mieux sauter, une prochaine fois. En attendant, place maintenant à une belle sortie longue, allure semi.

« Pourquoi nous et pas le foot » ? 

Pour un groupe venu du Mans, l’annulation reste difficile à encaisser. Les gars sont remontés. « Pourquoi nous et pas le foot ? ». La question se pose. Tout le monde se la pose ! Pourquoi le match Racing-La Rochelle, disputé dans l’enceinte fermée du stade Paris-La Défense-Arena a-t-il été maintenu malgré l’annonce du ministre, intervenue une demie heure avant le coup d’envoi ? Idem pour tous les matchs de foot de Ligue 1, maintenus eux aussi. Une « question de fric », sans doute. « C’est deux poids deux mesures. Tout cela manque de cohérence. Il faut tout annuler ou ne rien annuler, et dans ce cas, carrément fermer toutes les lignes de métros qui brassent au quotidien des milliers de personnes ! ». C’est dit. Les discussions vont bon train à côté des micros de la chaîne BFM TV mobilisé pour relayer le « non-événement ». Les policiers sont sur le qui-vive, vigilants à empêcher tout regroupement de plus d’une centaine de personnes.

Marine Leleu croisée sur les quais.

On se disperse alors gentiment, en petites bandes. Sur les quais, voie Georges Pompidou, Sandrine multiplie rencontres et échanges. Tiens, une tête connue, Marine Leleu, venue accompagner une amie.

« J’ai fait 30 km en 1h50 ! »

Un peu plus loin, Baptiste, triathlète chevronné et ancien cycliste raconte sa déconvenue. « J’ai appris la nouvelle à 16h, juste après une séance de Stendo chez Pôle recup’ en rallumant mon téléphone. Je suis passé de l’état détente à l’état colérique en une fraction de seconde ! Je n’avais pas encore récupéré mon dossard. Je faisais partie de la Team Harmonie Mutuelle. Par respect pour l’organisatrice de notre week-end, j’ai décidé d’aller au salon récupérer mon dossard et voir les copains. L’ambiance était glauque, avec un gros sentiment de frustration. Je respecte cette décision des politiques qui prennent en compte notre santé mais n’y avait-il pas plus de risques ce week-end au salon du semi que sur  la course en elle-même ? Pourquoi autoriser un match de ligue 1 ? N’y a-t-il plus de risques à prendre les transports en commun ? » se questionne l’athlète. Il visait 1h10’ dimanche et n’a pas hésité une seconde à venir malgré tout cavaler dans Paris. « C’était important pour moi. Pour partager ce moment en cohésion avec les personnes dans la même situation. Il y avait du monde, de la bonne humeur, une météo clémente et de l’envie ! J’ai fait le parcours entier, même plus. Même s’il y avait de la circulation et que nous avons dû courir sur les trottoirs et nous adapter, j’ai couru  30 km en 1h50. J’ai eu d’excellentes sensations, c’est d’autant plus rageant… ». On le comprend.

Des boucles dans le bois de Vincennes 

Run avec les Run & freedom.

Coté Bois de Vincennes, passage phare du circuit (du 9eau 19e km), ça grouillait aussi de runners. Frédéric, collaborateur du magazine, s’est greffé à une sortie spontanée des meneurs d’allure Run & Freedom de Dominique Chauvelier. « Nous étions quasiment 50 coureurs rassemblés à 9h à l’entrée du parc floral au bois de Vincennes. On s’est élancé joyeusement pour 4,5  km d’échauffement en direction du lac des Minimes puis de l’Insep pour rejoindre le carrefour de la Pyramide. Ensuite, nous avons fait trois tours du triangle cycliste (3 100 mètres par tour) à allure semi voire plus rapide encore, avec trois minutes de récupération à la fin de chaque tour. Bien sûr, notre petit peloton s’est étiré en fonction du niveau de chacun. Nous avons croisé des paquets de coureurs, beaucoup plus qu’un dimanche ordinaire ! », raconte-t-il. 

Du monde sur les quais ! 

Même constat à l’autre bout de Paris. Alice, autre membre de la team Running Attitude, est allée trottiner en bord de Seine depuis Boulogne-Billancourt. Ça défilait en ordre dispersé, plus ou moins groupé sur la rive gauche côté Javel, Tour Eiffel, Invalides, Musée d’Orsay… Quelques bornes pour le fun, sans médaille ni chrono. Qu’importe finalement, le plaisir de courir a primé. C’est ce que l’on retient de ce dimanche matin. Enfin, les plus motivés ont tout de même joué le challenge lancé à la volée par Running Heroes. 4 236 coureurs inscrits le samedi en fin de journée. 1 500 “finishers” in fine pour ce semi 2.0. La palme revient à Romain Eliasse, auteur d’un 1h14′ et à Carole Stephan en 1h32′.