Articles

Les nouveaux « va-nu-pieds » sur les parcours de course attirent autant notre attention que notre curiosité. Après avoir été encensé par les critiques, le Barefoot running a aussi trouvé ses détracteurs. Au risque de blessures graves, la pratique minimaliste du running ne s’improvise pas. Bien plus qu’une pratique, un état d’esprit.

Par Elodie Kergresse – www.eko2-0.com

Courir minimaliste, c’est quoi ?

Le Barefoot running c’est littéralement courir pieds nus. A total contre-sens des tendances de consommation de la majorité d’entre nous car trouver LA chaussure parfaite pour un type de course revient à trouver le Saint Graal.

Or les études l’ont prouvé, les chaussures de courses influencent la biomécanique du coureur. Les plus répandues et probablement les vôtres, ont un drop entre 6 et 10 mm et un amorti à la limite du rebondissement. Ces caractéristiques favorisent l’attaque talon. Ces mêmes chaussures ou presque chaussons mettent l’accent sur des matières toujours plus brevetées pour absorber les chocs causés par l’attaque talon, ce qui vous met en confiance pour attaquer toujours plus talon : CQFD.

Courir pieds nus ou équipé de chaussures minimalistes, c’est faire fi de tout ce qui n’est pas réellement nécessaire en commençant par se séparer de ses chaussures ultra stables aux amortis excessifs et semelles rigides. 

Le minimalisme c’est se rapprocher au maximum de la posture naturelle et originelle de notre corps. C’est limiter les couches entre nos pieds et le sol pour retrouver ses sens et se réapproprier les fonctions naturelles de notre corps. 

Crédit photo : https://mytrailtosanfrancisco.wordpress.com/2014/03/20/primal-22/
©Crédit photo : https://mytrailtosanfrancisco.wordpress.com/2014/03/20/primal-22/

Stop aux blessures chez les coureurs ! Vraiment ?

70% des coureurs se blessent au moins une fois pendant la pratique de leur sport et ce, malgré le port de chaussures ultra protectrices. Le running minimaliste permettrait à l’inverse, de solidifier le corps et donc de limiter les traumatismes. Les adeptes de la course minimaliste rapportent, non sans surprise, la disparition d’anciennes blessures, notamment au genou, pied, cheville, hanche et lombaires.  

Selon les spécialistes en biomécanique (ou mécanique des articulations), les blessures sont le plus souvent la conséquence d’un impact au sol important et répété. Faîtes-le test et écoutez-vous courir. Plus vous faîtes de bruit à chaque pose de pied, plus l’impact pour votre corps est violent. 

On comprendra donc que courir léger, c’est prévenir les traumatismes. Et pour ce faire, courir pieds nus est un bon exercice car naturellement votre corps va basculer sur l’avant du pied pour amortir l’impact au sol. L’amortissement est donc assuré par l’ensemble de notre corps. Ce n’est plus à lui de s’adapter à une chaussure amortissante. 

Step by step, courir « naturel » ne s’improvise pas

Non, nous ne serons pas demain des Abebe Bikila, vainqueur du marathon de Rome en 1960 et pieds nus parce que dit-on, « ses chaussures lui faisaient des ampoules ». 

Vouloir changer ses habitudes de course subito serait une erreur. Courir minimaliste ne s’improvise pas et doit impérativement se faire progressivement. Frédéric BRIGAUD, consultant en biomécanique, ostéopathe et coureur barefoot, préfère parler de « course à pied avec une prise d’appui avant pied ». Modifier votre foulée attaque talon vers une attaque medio-pied est un profond changement pour votre corps au niveau de la posture générale et de la répartition musculaire. 

Des douleurs aux mollets et aux pieds sont normales car le corps doit se réadapter à de nouvelles contraintes. Le mollet, précisément, entre en action et retrouve sa fonction initiale : l’effet du rebondi. 

Mais pour éviter des blessures et comme pour tout changement, une transition est nécessaire voire même un accompagnement par un professionnel de la santé du sport pour vous guider. Le temps d’adaptation vers la course 100% minimaliste est très long et nécessairement long. Il dépend de beaucoup de paramètres comme votre âge, poids, expérience en running, type de running, … Vous devrez en moyenne compter entre 1 et 3 ans.

Le pied-nu pour tous les coureurs ? 

Vous courez, vous ne ressentez pas de douleurs, vous ne vous êtes jamais blessé ? Bref, si vous êtes à l’aise dans vos baskets, pas besoin d’en changer. En revanche, en cas de douleurs chroniques ou de blessures répétées, il peut être intéressant d’envisager une foulée plus naturelle et moins traumatisante. 

Le changement de chaussures est aussi l’occasion de faire ses premiers pas vers le minimalisme. Evitez les extrêmes tout de suite parmi lesquelles les fameuses Vibram à 5 doigts, qui ont fait le buzz à leur sortie en 2006 ou les sandales huarache, originaires de la tribu du même nom. Préférez simplement une paire de baskets avec un drop moins important ou commencer simplement par marcher plus souvent pieds nus !

Le running minimaliste peut aussi révéler une envie de courir autrement : courir responsable et consciemment, courir au contact, courir au plus près de ses sensations. A l’heure de la déconsommation, du zéro déchet, de la volonté de prendre soin de notre environnement, de notre entourage et par ricochet, de prendre soin de nous, pratiquer la course minimaliste c’est aussi retrouver ses sens et se faire confiance.