Articles



Thomas Ostré, alias @tomtriathlète réalise ses rêves un à un. Après l’Ironman de Nice et le redoutable Norseman norvégien, ce Parisien projette de battre le record de l’Enduroman, un triathlon XXL entre Londres et Paris, avec traversée de la Manche à la nage. Rencontre. 

EN BREF – Thomas, @tomtriathlète, 33 ans, ambassadeur Salomon, travaille pour une société de gestion internationale, s’entraîne 10 à 13h par semaine, 17’ au 5 km, 36’au 10 km, 1h18h au 21,1 km, 2h50 au marathon, 2h19 sur triathlon olympique, 4h30 sur Ironman 70.3, 12h45 sur l’Ironman Norseman. 

« Que mes rêves deviennent des souvenirs » ; ainsi va la vie de Thomas Ostré, alias tomtriathlète, 10 000 abonnés sur Instagram. Ce trentenaire parisien en quête de challenge est du genre inspirant. Vingt ans de hockey sur glace et quinze ans de rugby à bons niveaux lui forgent une belle condition physique. Puis, suite à un pari avec des amis, il boucle son premier marathon avant ses trente ans.C’était à Paris, en 2015. «  J’ai terminé en 3h45. A l’époque, je pesais 110 kilos ! », précise l’ex-rugbyman. 

11h20 sur Ironman 

Après ce premier dossard, il voit plus loin, plus dur : « L’ironman représente l’aboutissement d’un sportif accompli.  Deux copains m’en ont parlé des étoiles dans les yeux. Je me suis dit pourquoi pas moi ? » raconte Thomas que rien n’effraie. Car oui, il fallait avoir du cran pour s’inscrire sur l’Ironman de Nice (3,8km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course), sans jamais avoir enfourché un vélo ni piqué une tête dans une piscine ! « J’ai commencé la natation en octobre 2016 et me suis acheté un vélo dans la foulée. Comme à l’époque ma compagne habitait Singapour et moi Londres, j’ai fait l’Ironman 70.3 de Dubaï en préparation. Je l’ai terminé tant bien que mal en 5h20, avec des crampes. C’est là que je me suis rendu compte que le triathlon était un vrai sport et non la combinaison de trois sports, avec une grosse partie de gestion d’énergie et d’optimisation de son effort», explique le sportif, désormais piqué de triathlon. Thomas participe cette année-là à l’Ironman 70.3 de Barcelone et au marathon de Paris, tout en s’entourant d’un coach, Sébastien Pernet. Quelques mois plus tard, il termine donc son premier Ironman en 11h20, avec un marathon couru en moins de 4h. 

Norseman : go black or go home 

Ensuite ? Il pousse le curseur encore plus haut : le Norseman. 3,8 km de crawl dans un fjord glacé de Norvège, 180 km de vélo qui n’ont rien à envier aux pires étapes du tour de France (3 200 mD+) et un marathon façon trail bien musclé – avec 1200 mD+ sur les 10 derniers kilomètres – pour terminer. Le graal, c’est d’arriver dans les 150 premiers pour grimper en haut de la montagne chercher un tee-shirt finisher noir très convoité. « Premier ou 149e, je m’en fichais, il fallait que je rapporte ce t-shirt noir !’ raconte Thomas, tout heureux de l’avoir décroché, terminant 40e au général et premier Français amateur. Une fierté, pour sûr, mais ce qu’il retient de cette épreuve, c’est qu’une aventure ne vaut que si elle est partagée. Compagne, famille et amis l’ont assisté, nourri, encouragé. Et leur soutien l’a transcendé. 

L’athlète compte sur la même dream team pour son prochain défi : l’Enduroman 2022. Le pitch cette fois : 140 km de course de Londres jusqu’à Douvres puis une traversée de la Manche jusqu’à Calais (40 km de nage au bas mot), ensuite 289 km de vélo pour rallier l’Arc de Triomphe à Paris… Le challenge d’une vie ! 

En vingt ans, 46 athlètes seulement ont réussi ce défi hors-norme. Parmi eux, une poignée de français enragés. Citons Ludovic Chorgnon, Brice Bonneviale, Cyril Blanchard, Dany Perray, Lionel Jourdan, qui détient le record masculin (49h24) mais aussi Marine Leleu et Perrine Fages côté féminin. 

La 48e heure…

Thomas allongera la liste en juin prochain. Gonflé à bloc, le record en tête. 48 heures, c’est son objectif. Y arrivera-t-il ? Il veut y croire, fera tout pour, sans avoir aucune certitude. Le gros point d’interrogation sera la traversée de la Manche. Toujours épique entre l’eau glaciale, les méduses et surtout, les courants contraires qui se traduisent en heures de galère.

Dans le film de Spike Lee, La 25e heure, Edward Norton, trafiquant de drogue vit sa dernière nuit de liberté avant passer sept ans au pénitencier. Thomas lui se projette sur sa 48e heure. Son heure décisive. « Y penser sera mon mantra pendant les 47 heures précédentes. Dans quel état je serai ? Peut-être que je serai en pleine traversée de la Manche ? Sur mon vélo ? A l’hôpital ? Je n’en sais rien et c’est justement cette émotion de l’inconnu m’attire. », explique le Thomas, désormais ambassadeur Salomon. Commencer sans avoir la certitude d’arriver au bout, voilà qui résume l’aventure, la vraie. L’incertitude fait partie de l’épopée pour ce sportif fan de personnalités comme Mike Horn ou Sylvain Tesson. 

Quinze heures par semaine 

Avant ce prochain challenge, une préparation lourde et chronophage à caser dans un quotidien bien rempli. Thomas travaille pour une grande société de gestion internationale, et court à l’année après les avions. Avant le Covid, il passait plus de 100 jours par an à l’étranger, entre Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe, Moyen-Orient… Du coup, il voyage toujours avec ses baskets et son matériel pour nager, et reste calé sur l’horloge française. On se demande bien comment il fait pour tenir le rythme : une semaine type c’est environ pour 250 km de vélo, 60 km de course et 20 km de nage, soit une quinzaine d’heures hebdomadaires qu’il avale avec la niaque et le sourire. Il a couru le Semi de Paris début septembre en 1h25, sera bientôt sur l’Ironman de Cozumel au Mexique en novembre. Il le sait, d’ici juin 2022, le soutien bienveillant de ses proches, collègues et milliers de followers lui sera précieux. Qui a dit que le triathlon était un sport individuel ? 



Dans l’univers de l’ultra distance, Perrine Fages est un phénomène. Aussi inspirante que déconcertante, cette avocate de 40 ans a bouclé Ironman(s), Norseman, Enduroman, Bikingman(s), Diagonale des Fous, SwissPeaks, entre deux escapades solitaires au bout du monde. 

Menue silhouette, douce voix et allure coquette, ne pas se fier aux apparences : Perrine Fages est une ultra, pure et dure. Des femmes, dans cette galaxie, il n’y en a pas des tas. En quelques années, elle y a fait sa place sans perdre son humanité : « J’aime avoir le cœur qui bat vite et les yeux qui brillent. Bon, j’ai souvent les yeux qui brillentBeaucoup de choses me fascinent. Je me dis pourquoi pas moi ? J’ai très souvent peur mais cette peur m’encourage à essayer et me lancer ! », résume sans prétention l’avocate expatriée au Qatar. 

On a qu’une vie, autant la vivre à fond. Voilà son mantra. Son ressort ? Le goût de l’effort. Cavalière hors-pair (3 ans en équipe de France junior), elle vit toute jeune déjà pour la compétition. Puis elle étudie le droit pour passer le barreau. Si elle oublie un temps le sport, elle s’y remet en vacances pour prendre l’air : alpinisme l’hiver, plongée l’été, en courant après les fuseaux horaires. 

©DR

Premier dossard, nouvelle histoire pour Perrine Fages

En 2013, alors avocate pour un cabinet américain à Paris, elle encourage deux collègues qui préparent le marathon de Paris. « Cette course ne me faisait pas du tout rêver, d’autant plus que je ne courais jamais. »se souvient-elle. Mais voilà… La magie opère du côté de Porte Dauphine : « C’était formidable de voir 50 000 personnes toutes là avec des objectifs différents, des histoires différentes, mais toutes ayant le même objectif : franchir la ligne d’arrivée. J’ai vu les visages s’éclairer, les larmes couler. J’ai eu furieusement envie d’en être. » 

Bientôt le premier dossard, début d’une nouvelle histoire. Après les 20 km de Paris en octobre pour se roder, elle embraye au printemps sur le marathon capital. Ensuite, le tableau se remplit : Paris encore, puis Istanbul, Dubaï, le Koweït, Doha (4 fois) et un meilleur chrono en 3h23’. Dire qu’elle ne s’est jamais vraiment préparée, sauf pour le premier… 

En 2015, Perrine Fages s’expatrie au Qatar, comme juriste chez BeInSport. Elle emmène un vélo dans ses bagages, elle qui n’en n’a jamais fait. Ses amis l’ont mise au défi de prendre le départ d’un Ironman. Eux lâchent l’affaire en route, pas elle. Elle enchaîne même à une cadence folle, presque boulimique : half d’Aix, Ironman de Nice, half Altriman, deux mois après l’half EverGreen – alors qu’elle n’avait jamais roulé en montagne ! – puis un autre Ironman en Malaisie, le tout, neuf mois après sa première sortie vélo. Un phénomène, on vous dit ! 

Double traversée de la Manche

Et ça continue de plus belle : en 2018, elle s’attaque à l’Enduroman, un ultra-triathlon entre Londres et Paris avec 140 km de vélo jusqu’à Douvres, la Manche à traverser pour la partie natation (34 km), puis 290 km jusqu’à l’Arc de Triomphe. Pendant dix mois, Perrine Fages s’entraîne entre 30 à 40 heures par semaine, en plus de son boulot. De gros sacrifices, mais elle ne regrette rien. Dans la Manche, elle a trinqué. Première traversée avortée tout près des côtes françaises. Pour cause de mauvaise météo, on lui ordonne de remonter dans le bateau. Furieuse, elle ira quand même à Paris à vélo. La deuxième sera la bonne, un mois plus tard, en juillet. Perrine détient le record féminin de cette épreuve hors-norme.

L’athlète se promet de revenir à Calais, mais cette fois en simple maillot, seule version reconnue par les puristes de cette traversée mythique. Entre l’eau à quelques degrés et les piqures de méduses, inutile de dire qu’il faut être blindé : « Ce n’était pas prévu mais l’été dernier, j’ai participé à un relais en maillot sur cette traversée. C’est une première étape qui m’a permis de refaire la paix avec la Manche ». Ce ne sera pas pour 2021, faute de créneau possible, mais rendez-vous est déjà pris pour 2022. 

>> Lire aussi: Brice Bonneviale Raconte son Enduroman

©BikingMan

BikingMan et UTMB

Après son Enduroman, l’inusable héroïne s’est remise en selle. Perrine Fages a ainsi enchaîné 3 BikingMan (autour de 1000 km chacun) dont un très éprouvant à Taïwan, une semaine après les championnats du monde Ironman d’Hawaï. « En octobre 2018, je suis, comme on dit dans le jargon, complètement cramée », confie-t-elle.

Enfin pas tout à fait : « L’UTMB a eu la bonne idée d’organiser un ultra à Oman, juste à côté de chez moi. Impossible de résister ! Je me suis reposée en novembre, avant de faire ce 130 km ». Après cette première en trail, deux constats : « le trail c’est dur, et il faut que j’apprenne à descendre ».

L’année suivante, elle prendra triple ration : la TDS à Chamonix – entourée de sa famille, un grand souvenir -, La Diagonale des Fous puis l’UTMB à Oman, en version 170 km. Le tout sans préparation spécifique. 

Voyage solo à vélo pour Perrine Fages

Mais il n’y a pas que les dossards dans la vie ! Curieuse du monde – elle rêverait de défendre les droits de l’homme et encore plus ceux de la femme -, elle voyage à vélo dès qu’elle le peut. Tailler la route, elle adore ça, l’avantage du métier d’avocate et du célibat. Elle prend plaisir à préparer chaque périple patiemment, en nouant des contacts sur le terrain. Si le dépassement de soi est un moteur, l’aspect humain est capital à ses yeux : « C’est formidable la bienveillance des gens quand vous êtes seule à vélo. Il y a beaucoup plus d’échanges et de partage. »

Arménie, Ethiopie, Arabie Saoudite, Pakistan, Iran… Plus d’une centaine de pays visités à coups de pédales. Une vie à coucher, dirait Sylvain Tesson. Justement. Les petits matins rieurs bord d’une route font son bonheur. C’est là, au bout du monde, en haut d’un col, connectée aux éléments, après des jours d’approche, qu’elle se sent vivante. 

©DR

« Débloquer un pallier » 

S’est-elle déjà mise en danger ? Forcément. Elle n’en dira pas plus, au cas où sa mère lirait ces lignes… Perrine Fages a-t-elle atteint sa zone rouge ? Son bout du bout ? Oui, un tas de fois. C’est justement ce qu’elle aime en ultra. Repousser ses limites, « débloquer un pallier » comme elle dit, juste pour aller un peu plus loin la fois suivante. 

L’introspection fait toujours partie du voyage : « En ultra cyclisme, comme en ultra-trail, on va chercher au plus profond de soi ses peurs, ses doutes, ce que l’on est. On se confronte à soi-même. C’est une séance d’auto-psychanalyse à chaque fois ». 

Lorsqu’on lui demande si elle a conscience d’avoir une vie hors-norme, elle botte en touche. Humilité, sans doute. 

Comme pour nous tous, 2020 restera singulière. Chamboulée, forcément, avec une série d’épreuves annulées. Côté professionnel, tout a valsé. Coincée en France pendant le premier confinement, Perrine se prépare a priori à quitter le Qatar. 

2020, confinée mais pas trop 

Cette grande bourlingueuse a tout de même vu du pays, comme on dit. En janvier, Perrine Fages était en Finlande sur la Rovaniemi 300, qu’elle a dû arrêter à mi-chemin sur blessure. Rodée au « grand froid », elle a proposé à son ami aventurier Steven Le Hyaric de traverser le lac Baïkal à vélo quelques semaines plus tard : « une expérience extraordinaire, très difficile. Une première étape pour des expéditions polaires plus longues. » Voilà, c’est dit.

L’été dernier, elle était en France. 4 jours et demi en Corse pour faire le GR20, puis un tour du Mont-Blanc en 50 h. Une semaine plus tard, elle épinglait un dossard sur la SwissPeaks 360. 316 km pour 25 000 m de dénivelé positif, un monument. Une révélation pour Perrine. « Terrorisée au départ, je me demandais ce que je faisais là. Tout le monde avait des sacs de la PTL, du Tor des Géants. Je ne me sentais pas à ma place, je ne savais pas du tout comment mon corps allait réagir après 170 kilomètres. » 108h d’efforts plus tard, « un vide énorme » en voyant l’arrivée : « j’ai réalisé que j’avais vécu une aventure extraordinaire. J’ai envie de m’essayer de nouveau à ce type de distance, et surtout de me mettre plus sérieusement au trail. » 

Pour 2021, l’ultra-sportive a déjà recoché l’UMTB à son calendrier. Avant cela, un trail de 90 km prévu au Qatar en novembre. Puis des projets, un tas de projets : traverser le Ladkah en Inde avec son vélo Gravel, boucler le Tor des Géants… Perrine n’a pas fini de nous épater et de nous faire voyager ! 

>> Lire aussi: Corse : la traversée du massif du Cintu par Guillaume Peretti