Athlète de haut niveau complet, consultant sportif, organisateur de courses, entraîneur, Antoine De Wilde vibre pour l’immense sentiment de liberté que procure la course à pied. Rencontre avec ce champion bourguignon enthousiasmant. 

Son palmarès. Multiple Champion de France (Cross-Country et 3000m steeple). Champion interrégional de cross country en catégorie junior (2004), Espoir (2005, 2006, 2007), Senior (2005, 2009, 2010, 2012 et 2015), 2e du Marathon du Médoc (2015), vainqueur des Foulées du Gois (2012, 2014, 2018, 2019), vainqueur du 10 km L’Equipe, du 30 km de l’Eco-trail de Paris, vainqueur de la SaintéLyon (relais et sprint)…  Ses records : 29’34’’ sur 10 km, 1h06’ au semi, 2h28’ au marathon. 

Entraînement le long du Canal latéral de la Loire. ©Etienne Chaib.

Déjà 25 ans de course à pied pour Antoine de Wilde, bientôt 35 ans. Sacrée destinée pour ce grand gaillard (1,92m) au look soigné. Car au départ, l’histoire tient du hasard. « Tout gamin, j’ai fait un peu de foot, du tennis de table et du karaté. J’étais fan de Jean-Claude Vandamme. Quand j’ai vu que je ne pouvais pas faire le grand écart, j’ai arrêté » plaisante-t-il, avant de dérouler : « Et puis un dimanche pour digérer le déjeuner, nous sommes allés marcher avec mes parents. Nous sommes tombés sur une course organisée à Nevers ce jour-là. J’avais 10 ou 12 ans. Je portais des chaussures bateaux, un bermuda et un polo mais j’ai voulu participer et j’ai gagné dans ma catégorie ! Mes parents ont exposé ce trophée dans leur brasserie. Je me suis dis que j’allais continuer… » Son rêve de gosse va se réaliser. Il intègre le club A.O Nivernaise – qu’il n’a jamais quitté –, apprend à courir en s’amusant – le fameux fartlek –  et rapportera bientôt une collection de trophées pour la déco de la brasserie familiale. 

Philippe Rémond, entraîneur complice 

Philippe Rémond, à l’arrivée du premier Nevers Marathon, en octobre 2019, organisé par Antoine.

En 2004, une victoire le met en lumière. A Saint-Quentin-en-Yvelines, il devient champion de France junior de cross-country, au sprint, devant un certain Mahedine Mekissi, futur médaillé olympique. 

Suivent des sélections en équipe de France, des titres en inter-régionaux, et deux rencontres décisives. Tout d’abord Régis Dumange, PDG de la marque Textilot « Plus » implantée à Nevers, deviendra le fidèle partenaire de sa carrière mais aussi son « catalyseur ». Ce partenaire privilégié, lui aussi coureur, lui fera rencontrer son « mentor », Philippe Rémond. Le champion de France de marathon (1994 et 2001) prend en effet Antoine sous son aile, lui transmet le goût du hors-stade, la passion de la communauté running. Premier Paris-Versailles à 21 ans. Bientôt, un premier marathon. Ce sera le plus festif du calendrier, le Médoc, où Philippe Rémond fait figure de « patron ». L’esprit de Pauillac enthousiasme le jeune bourguignon, ouvertement épicurien. En 2012, Antoine termine ainsi ce premier 42 km  – le plus long du monde – en 4e position. L’année suivante, il en prend la 2e place, une minute seulement derrière Thierry Guibault. En 2016, il termine 7e des Championnats de France à Tours en 2h28’, son record. 

En parallèle, il continue de s’exprimer en cross-country l’hiver – sa discipline fétiche – et sur 3 000 m steeple l’été. Mais une faiblesse aux tendons d’Achille l’empêche de développer davantage son potentiel sur ces distances après 2010.  


Roi du Gois 

Compétiteur, joueur, il s’essaie alors à tout. Quelques trails victorieux comme l’EcoTrail Paris ou la SaintéSprint puis une passion avec les Foulées du Gois. Sur la chaussée submersible qui sépare l’île de Noirmoutier du continent, 30 athlètes internationaux courent chaque été contre la marée montante. Le Nivernais fait des merveilles avec sa foulée ample, toute en puissance et sa science de la course. Il a déjà gagné le Gois quatre fois, en route vers le record du Belge Frédéric Desmet. 

Puissance, vitesse, mais aussi endurance. Les efforts très longs, il y a aussi goûté en participant deux fois à La France en Courant, relais de 2 800 kilomètres à travers l’Hexagone. « J’ai souffert comme jamais, mais c’était magique. J’ai découvert mon pays autrement, des paysages magnifiques, dormi à la belle étoile et campé en tente, une première pour moi », raconte le coureur, capitaine de son équipe, des sportifs de la Nièvre, son fief, of course.

Les conditions spartiates de ce défi collectif lui rappellent un autre voyage initiatique. En 2008, à 23 ans, il avait passé six mois en Ethiopie. Un de ces voyages qui change un homme : « J’avais rencontré la famille de Bekele, découvert la culture, un mode de vie très simple. Durant ce voyage, j’ai pris une claque. Cela a été un tournant dans ma carrière d’athlète mais aussi d’homme. Je suis rentré changé. Dans la foulée, j’ai d’ailleurs battu mes records sur 800 m et 10 km. », se souvient-t-il.

Partager & motiver  

Lorsqu’il ne s’entraîne pas, il motive les autres. « Le sentiment de liberté que procure le running est énorme. Juste une paire de baskets et on fait des merveilles ! », s’enthousiasme le champion, qui a vu autour de lui quantité de gens métamorphosés grâce à la course à pied. En 2012, marqué par le cancer du sein de sa maman, il crée La Bottine de Nevers, course féminine solidaire de cette cause. Le succès l’invite à décliner l’épreuve dans d’autres villes de la Nièvre, et à organiser en parallèle un trail urbain, La Moustache, solidaire de la lutte contre le cancer de la prostate. 

Avec son association I Feel Run, il fait courir 5000 Nivernais autour d’entraînements gratuits proposés chaque semaine à Nevers, Decize, Cosne-sur-Loire et Beaune. Des rendez-vous sur les bords de Loire qu’il manque rarement. Depuis peu, via sa société La French Run, il coache également des entreprises comme des particuliers et multiplie ainsi les rencontres enrichissantes. 

Fascination marathon 

Ekiden en nocturne sur le circuit de Magny Cours, pour le Nevers Marathon.

Côté organisation, son dernier « bébé », c’est le Nevers Marathon by Plus. Deuxième saison prévue le 25 octobre prochain avec départ sur le circuit de Formule 1 de Magny Cours, passage en long du Canal latéral de la Loire et final dans Nevers. « Organiser un marathon pour mettre en valeur mon territoire, c’est un honneur », commente l’organisateur. « 42.195 km, c’est mythique. C’est dur, c’est ingrat. Je suis autant interpellé par la performance ahurissante de Kipchoge en moins de 2h, que par le coureur de 100 kilos qui termine en 6h30.  On peut sortir de prison, être médecin, chômeur, champion du monde, qu’importe. On prend tous le même départ, pour courir la même distance, avec la même envie : finir comme on peut ! Tous égaux. Il n’y a que le running qui permet ça et c’est énorme ! », rappelle le marathonien. 2020 sera justement son année marathonDécrocher un podium sur les « France ». Battre son record au printemps à Paris, Marseille ou Annecy. Retourner faire la fête (victorieuse ?) au Médoc en septembre. Son carburant, c’est l’envie. Depuis 25 ans, ça lui réussit. 

Par A.Milleville – article paru dans Running Coach 50.