Depuis huit ans, Pascal Regnerie revit. Il a perdu 26 kilos, court tous les jours, enchaîne les compétitions et cumule les victoires. Cet ancien sédentaire s’est découvert compétiteur, mais reste surtout et avant tout, un bel amateur. Nous repartageons ici sa rencontre, pour un ancien numéro de Running Attitude.

Pascal Regnerie, 46 ans, jeune retraité de l’armée, ancien ambassadeur Kalenji. Court depuis 8 ans, membre du Team Provence Endurance. Ses chronos 2018 : 34’32’ sur le 10 km de Nice, 1h16’ sur le semi de Cannes, 2h45 au marathon de Montpellier. Sa page Facebook : www.facebook.com/bambipascal

Révélation en 2011. Pascal Regnerie, 38 ans alors, est informaticien dans l’armée et sédentaire (82 kilos sur la balance). Un jour, par hasard, un dossard ouvre sa nouvelle histoire : « Avec l’armée, on m’a offert un dossard pour Marseille-Cassis. Courir 20 km, monter la Gineste… C’était une montagne pour moi. Je n’avais jamais couru de ma vie  une telle distance!  Je me suis pris au jeu, mis à courir deux à trois fois par semaine. Et ce premier dossard a été une grande découverte. Je n’avais pas dépassé 10 km en 1h à l’entraînement, et j’ai terminé cette course en 1h45’, sans même marcher. Je ne sais pas comment l’expliquer. Le public, l’ambiance, cela m’a boosté », souvient-il. Un beau chrono pour cette première médaille. C’est qu’il a du potentiel : 17km/h au test VMA. Coaché au club 3A d’Allauch, près de Marseille, il poursuit sur sa lancée. Quatre entraînements hebdomadaires, des sorties à jeun, une révision de son alimentation… Bientôt, sa première victoire : vingt six kilos envolés en six mois.L’année 2012 verra ses premiers records : 43’ au 10 km, 1h29’ au semi, et 3h09’ à Nice-Cannes, premier marathon. 

48 podiums !

Depuis, il a fait du chemin. En atteste son bilan 2018 : 52 courses, 48 podiums, 25 victoires dans sa catégorie, six victoires au scratch. Et des records actualisés : 34’32’’ au 10 km, 1h16’ au semi, 2h45’ au marathon. « J’ai 46 ans mais j’ai l’impression d’avoir un corps de 25 ans. Plus je vieillis et plus je progresse !»,s’enthousiasme-t-il. S’il ne renie pas son côté compétiteur, Pascal cultive d’abord son profil amateur. Au sens propre comme figuré. « Je cours d’abord et toujours pour le plaisir, même en compétition ». Boulimique, il confesse, car ce Provençal court tous les jours. Plutôt deux fois qu’une. « Je ne peux pas commencer ma journée sans sortir courir. Eté comme hiver, je suis dehors chaque matin à 5h30-6h. Je ne m’impose rien. C’est un besoin, une routine. ». 

Le plaisir c’est la clé


Semi et marathon sont ses distances de prédilection mais il pratique aussi le trail. Chez lui, aux portes des collines, il a de quoi faire ! Il a goûté l’ultra (6000 D, 80 km du Mont-Blanc, 100 km Raid de Camargue.), mais préfère les trails de 20 à 50 km. Depuis janvier, il enchaîne d’ailleurs les « courts », avec l’envie d’aller décrocher une victoire sur le challenge du Sud-Est des trails cette année qu’il a remporte en 2017. Ses week-end jusqu’au mois d’août sont déjà calés, avec sa team Provence Endurance, et trois courses qu’il parraine. Ses semaines aussi sont bien rodées. « Je cours huit fois par semaine entre 80 et 100 km. Je fais aussi du vélo, de la marche et de la natation. »… Soit 15 à 20 heures d’entraînement par semaine, et une patate d’enfer pour ce master. Sa potion magique ? Peut-être son petit verre de vin quotidien et ses 2 bières par semaine. Car Pascal ne s’interdit rien. « Il ne faut pas se priver. On est amateur, le plaisir doit primer. C’est la clé. »  Conseiller, motiver, c’est aussi ce qui le fait vibrer. Il partage sa vie de coureur et ses petits bonheurs via Facebook. « Je poste chaque jour une photo, un clin d’œil. Si je peux encourager, c’est super. Je m’y suis mis à 38 ans et j’ai perdu 26 kilos. Il n’est jamais trop tard ! L’important, c’est d’oser ». 

Pascal, avant qu’il ne se mette à courir…

À 63 ans, Jean-Louis Vidal a trouvé sa seconde jeunesse dans les courses d’ultra. Dans cette spécialité, rien ou presque ne lui résiste. Pas même l’effrayante ‘‘Jogle’’.  Nous profitons de la sortie de son livre dédié à cet univers pour repartager ici un portrait paru dans un précédent numéro de Running Attitude.

Portrait réalisé par Julien Bigorne, paru dans Running Attitude 192, en octobre 2018.

A lire. Jean-Louis Vidal vient de publier un livre, “Les courses d’ultra faciles” aux éditions Jacques Flament. Ce livre donne des conseils aux coureurs qui veulent tenter l’aventure de l’ultrafond pour revisiter leur foulée ; comprendre les six principes fondamentaux de la préparation ; établir une stratégie de course. 

« Plus c’est long, plus c’est bon ! » Sur les courses d’ultra, lorsque la plupart des concurrents jettent l’éponge ou commencent à marcher en canard, Jean-Louis Vidal, 62 ans, apparaît frais comme un gardon, dans la position du chasseur d’hommes de tête. En l’espace de huit ans, le résidant de Juziers, dans les Yvelines, a appris à trouver son «régime permanent» (comprenez la bonne allure sans puiser dans ses réserves) pour être capable de réaliser des «negatives splits» sur des épreuves à étapes de trois semaines et plus de 1 000 km. Cette capacité, défiant la logique, lui permet de devancer des rivaux bien plus jeunes. «En 2016, la célèbre TransGaule (1 190 km en 19 jours, de la Manche à la Méditerranée) a été un révélateur. Durant la première semaine, j’ai évolué à 9 km/h. Puis, je suis monté en régime jusqu’aux 11,5 km/h de moyenne. J’ai gagné 5 étapes et terminé 3e au scratch», raconte le sociétaire de l’As Issou. Rebelote en 2017 sur la DeutschlandLauf, la traversée de l’Allemagne sur 1 325 km de la frontière danoise au sommet bavarois du Zugspitze. Au bout de 4 jours de course, le Francilien accuse 6h de retard sur le leader. Mais il ne panique pas. Le ‘‘rouleau compresseur’’ se met alors en marche, ses rivaux plafonnent et il finit 3e

2h28 au marathon

Sa recette ? «Je m’entraîne à allure très modérée tous les jours entre 6 et 30 km, ce qui m’habitue à courir à l’économie», débute-t-il. «À côté de ça, j’ai un profil de coureur rapide. En 1987, j’ai bouclé le marathon de l’Essonne en 2h28, des 5 000 m en 14’30 et participé à l’Hexadrome (le Tour de France en course à pied) dans la même équipe qu’Alex Gonzalez (3 fois sélectionné aux Jo). L’an dernier, j’étais encore capable d’aligner des 500 m à 20 km/h et de finir sur le podium des Championnats de France vétérans en salle (2e en 60-64 ans sur 3 000 m et 3e sur 1 500 m). Ma pointe de vitesse reste l’un de mes atouts», souligne le natif de Paris 14e. Ses performances en ultra fond sont aussi le résultat d’une certaine fraîcheur. 

«Mon physique n’a pas été abîmé par des décennies de compétition. J’ai connu des périodes ‘‘off’’ de 10-15 ans. Au collège, j’ai remporté des cross scolaires qui m’ont donné goût à l’athlé. Puis, j’ai privilégié des études d’ingénieur à Centrale-Supélec. J’ai repris à 25 ans pour me tourner vers le marathon. J’en ai disputé dix entre 1981 et 1995, avant d’arrêter de courir jusqu’en 2009 pour diriger mon entreprise de consultant informatique», rappelle l’athlète, qui découvrit l’ultra en 2010 grâce à Lucien Leroux, un ami spécialiste des 24h. 

Mental d’acier

Son mental d’acier et la connaissance de son corps en ont fait une référence française. Sur Six-Jours d’abord. «En 2016, j’ai terminé 2e de celui de Privas…en m’arrêtant 44 heures mais en finissant très fort (154 km le dernier jour)», précise l’ultraman, qui devint, en avril dernier, le 10e coureur en dix éditions à finir l’effrayante ‘‘Jogle’’. «C’est la traversée de la Grande-Bretagne du nord au sud, de John O’Groats (Jog) au Lands End (le). 1 380 km en deux semaines, à raison de 90 km quotidiens, sous des vents violents, un froid constant et des pluies diluviennes», dévoile Jean-Louis, qui vivra une nouvelle expérience mémorable le 28 septembre. Il sera l’un des 14 Français sur 400 athlètes à participer le Spartathlon, la course de 246 km entre Athènes et Sparte qui suit le chemin de l’illustre Philippidès. Mythique.

En une décennie, Yoann Stuck s’est offert une nouvelle vie. Ce champion au look branché, membre incontournable de communauté running cultive le partage partout où il court.

Depuis 2010 et tes premiers footings, ta vie a changé. Raconte-nous « l’avant » et le « maintenant »…  

Avant, je cumulais deux voire trois boulots, je sortais beaucoup et j’abusais de tout. Je fumais plus d’un paquet par jour, je picolais beaucoup, je mangeais très mal et l’un de mes boulots étant pizzaiolo…mes repas n’étaient du coup pas très variés. L’arrêt du tabac a été l’élément déclencheur du début en course à pied, pour ne pas dépasser le quintal. Puis le reste est venu progressivement, car évidemment, lorsqu’on a une hygiène de vie meilleure, cela se ressent sur tout (le travail, le sommeil, la récupération…) ; et ensuite, c’est un cercle vertueux car quand on voit les retombées positives sur son physique mais aussi sur sa vie en général, on a envie de voir plus loin. Du footing de 20 minutes cramé, je suis passé à plus long, plus varié, plus vite et progressivement, j’ai vu que j’avais une marge de progression importante, alors j’ai continué.

Ton premier dossard, c’était où ?

Sur le Run in Lyon, 10 km. Sur cette première course, mon idée était de faire moins de 45’ : j’ai fait exactement 44’59, c’était en 2010.

Ta première victoire ?  

Celle que je retiens est celle des Cabornis car le plateau était relevé. Personne ne me connaissait vraiment et j’étais sur mon terrain de jeu habituel, les Monts d’or. C’est là que j’ai commencé à être contacté par des marques et à entrevoir mon « potentiel » en course à pied. Arrivé un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce milieu, j’ai commencé à prendre plus au sérieux ma pratique à ce moment-là je crois.

A son palmarès… 4e de l’EcoTrail Paris 80 km (2019), 3e de Wings for Life Rio (2019), 1er trail de Saint-Emilion (2019), 1er du KV de La Plagne (2018), 3e du KV du Madtrail (2018), 3e du 10 km du Mont-Blanc (2018); 1er de l’Ultra Trail des Vagues de Belle-ile (2018)…

Quelle est ta distance favorite aujourd’hui ? 

Entre 50 et 80 kilomètres mais j’essaye d’être polyvalent et d’aller voir un peu tous les formats et les terrains. avec l’envie de faire plus long maintenant, en espérant avoir la maturité qui va avec.

Ta course fétiche ? 

Je dirai le Wings for Life que je fais maintenant depuis 5 ans ; cette fondation récolte des fonds pour trouver un remède à la paraplégie et aux lésions de la moelle épinière ; c’est une course aussi originale puisqu’elle se déroule dans plus de trente pays en même temps et dont le but est d’être le dernier à se faire rattraper par la « catch car »  ; j’aime donc beaucoup cette course que j’ai eu la chance de ne jamais faire au même endroit. Les EcoTrails sont aussi des formats que j’apprécie de plus en plus.

Quel est ton plus beau souvenir de course ? 

La première fois que j’ai fait le marathon du Mont Blanc ; j’étais avec ma compagne et des amis, et c’était mon premier trail en montagne, avec l’ambiance qui va avec. La vue et terrain ont pas mal aidés à m’orienter vers le trail.

©DR

Ton pire souvenir ? 

L’EcoTrail 2019 ; je venais de perdre ma maman et je n’aurais sans doute pas du prendre le départ ; mais même si j’ai eu les pires sensations et ai détesté cette journée, cela m’a beaucoup aidé pour la suite. Quand on pense avoir touché le fond, on peut enfin donner un coup de pied pour remonter… je crois que depuis, je remonte petit à petit.

Ta plus belle rencontre ? 

DES belles rencontres, pas seulement une. C’est aussi ça que j’aime dans le sport. Peut être plus particulièrement celle avec Eric Lacroix, mon entraineur et ami aussi. Et après, ce sont plus des gars rencontrés par le biais de la course qui sont devenus de vrais amis.

Ton prochain objectif ? 

Le marathon des sables ; pas prévu au départ, c’est pourtant une course que je rêve de faire depuis quelques années (250km en 6 étapes) ; pour le challenge d’être en autonomie, dans le désert, plusieurs jours avec des étapes plus ou moins longues. J’ai déjà fait des courses à étapes et se sont toujours des aventures humaines très enrichissantes. Le lavaredo et la CCC seront les prochains objectifs.

La course qui te fait rêver ?

Western States aux Etats Unis ; elle fait 100 miles ; c’est une course historique et atypique  car elle l’une des premières à avoir été créée en ultramarathon. C’est un format qui me plait malgré la chaleur qu’il y fait.

Ton athlète « mentor » ?  

Anton Krupicka pour l‘athlète quil est encore aujourd’hui ; avant, l était bien présent sur la scène mondiale du trail mais je prends toujours autant de plaisir à suivre ce qu’il fait aujourd’hui car il sait partager ses passions.

Yoann est en autre ambassadeur de la marque Gore.

Ta leçon en presque 10 ans de pratique ? 

L’humilité je crois ; et arriver à prendre du recul, se satisfaire de ce que j’ai la chance d’avoir.

A quoi ressemble une semaine type d’entraînement pour toi ?

J’aime « borner » donc j’aime les semaines à plus de 100 à 150km/semaine. Je m’entraîne généralement tous les jours avec un entrainement en fin de matinée et parfois une autre séance en fin d’après midi ; je préfère les séances type « au train » ; par contre, je déteste les séances de vitesse pure.

Quels conseils aux trailers amateurs ?

Savoir y aller progressivement, ne pas brûler les étapes (distances et fréquence d’entrainement), c’est important.

Iamwoodstuck, un style & des valeurs. Pour développer sa gamme de vêtements – lifestyle et running – Yoann s’est entouré de fournisseurs impliqués, spécialistes du made in France, du coton bio, de fibres végétales. Une démarche qui sonne vraie.

Peux-tu nous présenter ta marque iamwoodstuck ?

iamwoodstck pour moi, c’est l’illustration de mon changement de vie : esprit sain dans un corps sain. Savoir profiter de ce qui nous entoure avec positivisme. La référence au festival Woodstock explique un peu l’esprit de la marque.

Athlète de haut niveau complet, consultant sportif, organisateur de courses, entraîneur, Antoine De Wilde vibre pour l’immense sentiment de liberté que procure la course à pied. Rencontre avec ce champion bourguignon enthousiasmant. 

Son palmarès. Multiple Champion de France (Cross-Country et 3000m steeple). Champion interrégional de cross country en catégorie junior (2004), Espoir (2005, 2006, 2007), Senior (2005, 2009, 2010, 2012 et 2015), 2e du Marathon du Médoc (2015), vainqueur des Foulées du Gois (2012, 2014, 2018, 2019), vainqueur du 10 km L’Equipe, du 30 km de l’Eco-trail de Paris, vainqueur de la SaintéLyon (relais et sprint)…  Ses records : 29’34’’ sur 10 km, 1h06’ au semi, 2h28’ au marathon. 

Entraînement le long du Canal latéral de la Loire. ©Etienne Chaib.

Déjà 25 ans de course à pied pour Antoine de Wilde, bientôt 35 ans. Sacrée destinée pour ce grand gaillard (1,92m) au look soigné. Car au départ, l’histoire tient du hasard. « Tout gamin, j’ai fait un peu de foot, du tennis de table et du karaté. J’étais fan de Jean-Claude Vandamme. Quand j’ai vu que je ne pouvais pas faire le grand écart, j’ai arrêté » plaisante-t-il, avant de dérouler : « Et puis un dimanche pour digérer le déjeuner, nous sommes allés marcher avec mes parents. Nous sommes tombés sur une course organisée à Nevers ce jour-là. J’avais 10 ou 12 ans. Je portais des chaussures bateaux, un bermuda et un polo mais j’ai voulu participer et j’ai gagné dans ma catégorie ! Mes parents ont exposé ce trophée dans leur brasserie. Je me suis dis que j’allais continuer… » Son rêve de gosse va se réaliser. Il intègre le club A.O Nivernaise – qu’il n’a jamais quitté –, apprend à courir en s’amusant – le fameux fartlek –  et rapportera bientôt une collection de trophées pour la déco de la brasserie familiale. 

Philippe Rémond, entraîneur complice 

Philippe Rémond, à l’arrivée du premier Nevers Marathon, en octobre 2019, organisé par Antoine.

En 2004, une victoire le met en lumière. A Saint-Quentin-en-Yvelines, il devient champion de France junior de cross-country, au sprint, devant un certain Mahedine Mekissi, futur médaillé olympique. 

Suivent des sélections en équipe de France, des titres en inter-régionaux, et deux rencontres décisives. Tout d’abord Régis Dumange, PDG de la marque Textilot « Plus » implantée à Nevers, deviendra le fidèle partenaire de sa carrière mais aussi son « catalyseur ». Ce partenaire privilégié, lui aussi coureur, lui fera rencontrer son « mentor », Philippe Rémond. Le champion de France de marathon (1994 et 2001) prend en effet Antoine sous son aile, lui transmet le goût du hors-stade, la passion de la communauté running. Premier Paris-Versailles à 21 ans. Bientôt, un premier marathon. Ce sera le plus festif du calendrier, le Médoc, où Philippe Rémond fait figure de « patron ». L’esprit de Pauillac enthousiasme le jeune bourguignon, ouvertement épicurien. En 2012, Antoine termine ainsi ce premier 42 km  – le plus long du monde – en 4e position. L’année suivante, il en prend la 2e place, une minute seulement derrière Thierry Guibault. En 2016, il termine 7e des Championnats de France à Tours en 2h28’, son record. 

En parallèle, il continue de s’exprimer en cross-country l’hiver – sa discipline fétiche – et sur 3 000 m steeple l’été. Mais une faiblesse aux tendons d’Achille l’empêche de développer davantage son potentiel sur ces distances après 2010.  


Roi du Gois 

Compétiteur, joueur, il s’essaie alors à tout. Quelques trails victorieux comme l’EcoTrail Paris ou la SaintéSprint puis une passion avec les Foulées du Gois. Sur la chaussée submersible qui sépare l’île de Noirmoutier du continent, 30 athlètes internationaux courent chaque été contre la marée montante. Le Nivernais fait des merveilles avec sa foulée ample, toute en puissance et sa science de la course. Il a déjà gagné le Gois quatre fois, en route vers le record du Belge Frédéric Desmet. 

Puissance, vitesse, mais aussi endurance. Les efforts très longs, il y a aussi goûté en participant deux fois à La France en Courant, relais de 2 800 kilomètres à travers l’Hexagone. « J’ai souffert comme jamais, mais c’était magique. J’ai découvert mon pays autrement, des paysages magnifiques, dormi à la belle étoile et campé en tente, une première pour moi », raconte le coureur, capitaine de son équipe, des sportifs de la Nièvre, son fief, of course.

Les conditions spartiates de ce défi collectif lui rappellent un autre voyage initiatique. En 2008, à 23 ans, il avait passé six mois en Ethiopie. Un de ces voyages qui change un homme : « J’avais rencontré la famille de Bekele, découvert la culture, un mode de vie très simple. Durant ce voyage, j’ai pris une claque. Cela a été un tournant dans ma carrière d’athlète mais aussi d’homme. Je suis rentré changé. Dans la foulée, j’ai d’ailleurs battu mes records sur 800 m et 10 km. », se souvient-t-il.

Partager & motiver  

Lorsqu’il ne s’entraîne pas, il motive les autres. « Le sentiment de liberté que procure le running est énorme. Juste une paire de baskets et on fait des merveilles ! », s’enthousiasme le champion, qui a vu autour de lui quantité de gens métamorphosés grâce à la course à pied. En 2012, marqué par le cancer du sein de sa maman, il crée La Bottine de Nevers, course féminine solidaire de cette cause. Le succès l’invite à décliner l’épreuve dans d’autres villes de la Nièvre, et à organiser en parallèle un trail urbain, La Moustache, solidaire de la lutte contre le cancer de la prostate. 

Avec son association I Feel Run, il fait courir 5000 Nivernais autour d’entraînements gratuits proposés chaque semaine à Nevers, Decize, Cosne-sur-Loire et Beaune. Des rendez-vous sur les bords de Loire qu’il manque rarement. Depuis peu, via sa société La French Run, il coache également des entreprises comme des particuliers et multiplie ainsi les rencontres enrichissantes. 

Fascination marathon 

Ekiden en nocturne sur le circuit de Magny Cours, pour le Nevers Marathon.

Côté organisation, son dernier « bébé », c’est le Nevers Marathon by Plus. Deuxième saison prévue le 25 octobre prochain avec départ sur le circuit de Formule 1 de Magny Cours, passage en long du Canal latéral de la Loire et final dans Nevers. « Organiser un marathon pour mettre en valeur mon territoire, c’est un honneur », commente l’organisateur. « 42.195 km, c’est mythique. C’est dur, c’est ingrat. Je suis autant interpellé par la performance ahurissante de Kipchoge en moins de 2h, que par le coureur de 100 kilos qui termine en 6h30.  On peut sortir de prison, être médecin, chômeur, champion du monde, qu’importe. On prend tous le même départ, pour courir la même distance, avec la même envie : finir comme on peut ! Tous égaux. Il n’y a que le running qui permet ça et c’est énorme ! », rappelle le marathonien. 2020 sera justement son année marathonDécrocher un podium sur les « France ». Battre son record au printemps à Paris, Marseille ou Annecy. Retourner faire la fête (victorieuse ?) au Médoc en septembre. Son carburant, c’est l’envie. Depuis 25 ans, ça lui réussit. 

Par A.Milleville – article paru dans Running Coach 50.

Expatrié en Angleterre, Denys Baudry détenait, sans le savoir, depuis quatre ans le record de France du nombre de marathons bouclés en carrière. Fin décembre 2019, cet athlète vegan de 68 ans a bouclé son 600e marathon. Un exploit lié à son amitié avec une icône du « 100 marathons Club ». Nous repartageons un article paru dans Running Attitude (numéro 197, mars 2019).

Portrait réalisé par Julien Bigorne.

Cv flash. Denys Baudry. 68 ans, chauffeur poids-lourds retraité, habite à Borehamwood (Angleterre). A fini 600 marathons depuis 1991, dont 15 fois Londres. Premier français à atteindre le seuil des 300 marathons (le 6 septembre 2015), des 400 marathons (le 28 mai 2017) et des 500 marathons (le 25 octobre 2018), des 600 marathons (21 décembre 2019). Record : 3h01 (à Luton, en 1995). Voir son profil sur Planète Marathon

©DR

Parfois, les records ne sont pas ceux que l’on croit. Par un hasard prodigieux, Jean Berland n’était pas le premier Français à atteindre le seuil des 300 marathons le 2 avril 2017 à Cheverny, ni Pascal Comte à parvenir au cap des 400 le 9 décembre 2017 à Caldecotte. Denys Baudry les avait, sans le savoir, devancé d’une foulée. Cet athlète âgé de 67 ans, qui a bouclé à ce jour 514 marathons, est en effet expatrié et vit en Angleterre depuis 1972. Et comme 90% de ses courses de 42,195 km ont été bouclées dans la patrie de Shakespeare, même Xavier Colin, expert de la statistique marathonienne du site www.planete-marathon.fr, était passé à côté de son exploit. « Je suis originaire de Tourcoing et fan du Losc », sourit cet ancien footballeur, gardien de but durant ses années collège. 

« Après l’armée, à 21 ans, je suis parti en Grande-Bretagne pour apprendre l’anglais et m’ouvrir des perspectives professionnelles. Je ne devais y rester qu’un an. Mais j’ai rencontré une Anglaise, je me suis marié et finalement, ça fait 46 ans que je vis dans l’Hertfordshire, un comté de la banlieue de Londres », raconte ce père de trois filles. 

Débuts à Londres

Le Frenchie réside à Borehamwood – ville de cinéma où furent en partie tournés les films Star WarsShining et Indiana Jones – où il n’a cessé de peaufiner sa condition physique pour conserver une silhouette athlétique (68 kg pour 1,77 kg). « Après mon divorce, j’ai découvert la course à pied. Un remède anti-déprime contre l’envie de boire ou de fumer. Très vite, je me suis pris au jeu. Et, le 21 avril 1991, j’ai disputé mon premier marathon. C’était à Londres. Il y avait deux fois moins de participants qu’aujourd’hui. Mais le parcours était déjà réputé rapide et dix Français avaient réalisé un temps inférieur à 2h20. Moi, j’avais mis 3h19 », précise le coureur, qui resta néanmoins de longues années spécialiste des 10 km et semis, en dépit d’un record sur 42,195 km très honorable (3h01’ à Luton, en 1995). 

Rencontre décisive

« En 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures. »

© DR. Denys, au centre.

« De 1991 à début 2006, je n’ai disputé que 13 marathons. En prenant de l’âge, j’ai compris qu’il devenait illusoire de tenter de battre mon record. C’est une rencontre qui m’a redonné goût à cette distance mythique. Au sein de mon club – Garden City Runners –, une athlète, Leila Taylor, était vraiment une mordue. Elle a achevé plus de 200 marathons. Avec elle, même la course la plus ennuyeuse devenait une joie. Nous avons effectué ensemble une centaine d’épreuves, ce qui m’a permis d’intégrer le 100 Marathons Club et de conserver d’inoubliables souvenirs de nos courses dans de fabuleux décors ou des conditions météos difficiles. À ce titre, notre Marathon du Médoc déguisé, notre Jungfrau (une épreuve dans les montagnes suisses) ou notre Nice-Cannes tiennent une place à part », relate-t-il. 

Malheureusement, Leila dispute sa dernière course à Pathfinder en 2012 et décède des suites d’un cancer en février 2013. Pour lui rendre hommage, Denys se mue alors en organisateur de course et en marathonien boulimique. « En août 2013, j’ai créé avec Dave Lewis, un très bon copain, la Leilas Run, un marathon caritatif disputé à Saint-Albans, qui permet de récolter chaque année 1 500 livres sterling (1 600 €) pour le Michael Sobell Hospice, l’unité de soins palliatifs où Leila s’est éteinte », explique le Français. Pour lui, la phrase de l’auteur Raphaëlle Giordano – « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » – prend alors son sens et il décide de donner la pleine mesure de sa passion pour le marathon. 

Retraite active

Malgré un travail prenant de chauffeur poids-lourds pour les postes anglaises, Denys Baudry trouve le moyen de s’entraîner cinq fois par semaine, ce qui lui permet de rester affûté et de cumuler entre 37 et 44 marathons par saison, entre 2013 et 2015. « La plupart du temps, pour m’entraîner, je me rendais au ‘‘Gyms’’, une salle de sport à 800 m de chez moi. J’effectuais des séances de spécifique et de fractionné sur tapis roulant, en retranscrivant différents profils de parcours (montées, descentes, portions planes). Contrairement à des sorties classiques, la machine ne ralentissait pas, ce qui m’aidait à garder une allure constante et à ne pas baisser le pied », souligne le coureur, bien aidé par des facultés de récupération hors normes et par les encouragements de Doddy, sa compagne française et supportrice n°1. 

Défis et sens du partage

Photo de groupe. Avec Romain Fleurette – Henry Cohen – Pascal et Chantal Comte.

« En 2016, ma retraite m’a donné la possibilité d’augmenter la cadence et de terminer plus de 60 marathons par an. Mais je ne cours pas après une quantité, plutôt des envies. Par exemple, j’apprécie de me donner à fond sur un marathon et de pouvoir réaliser des chronos encore très corrects. En dépit de mon âge, j’ai ainsi décroché 13 podiums au scratch sur des épreuves à taille humaine de 50 à 200 concurrents. Dans la même optique, en 2018, j’ai bouclé 35 de mes 72 marathons en moins de 4 heures et remporté chez les 60-69 ans le marathon de Calgary au Canada, sous les yeux de ma fille et mes 6 petits-enfants », savoure le seul Français à avoir bouclé plus de 500 marathons. 

« Vivre en Angleterre m’a aidé à atteindre ce chiffre car ici, contrairement en France, des associations (Énigma, Saturn et Phoenix) organisent des séries de marathon. Une fois à la retraite, j’ai ainsi pu participer à la Week at the Knees (7 épreuves en 7 jours) et au Great Barrow Challenge (10 en 10 jours). Un autre genre de défis », précise le coureur devenu une icône du Vegan Runners Club, en prouvant qu’on pouvait achever 70 marathons par an, sans manger de viande. En 2019, ce « Flying Papy » devrait revenir disputer des courses en France. « En 2018, j’ai épaulé ma nièce (Julie Tosaki) sur son premier marathon à Nantes et aidé ma sœur (Valérie Guennoc) à finir celui de Tours en 4h32. J’aime partager ces moments complices avec elles. Il n’y a pas de raisons que cela s’arrête », conclut Denys. 

Jésus, alias Gilbert Dantzer, vous l’avez forcément déjà croisé. Il a couru 266 marathons, torse nu, couronne d’épines sur la tête et croix sur le dos. Dominique Cado partage sa rencontre avec cette figure de nos pelotons.

Nous sommes quelques-uns à avoir entendu parler de Jésus né à Bethléem, ville où les Ali et les Mohamed font fureurs et qui a trouvé le moyen de trouver douze hommes qui se prénommaient Pierre, Paul, Jacques, Luc et les autres et qui en plus buvaient du vin. Je pense que ce fut son plus grand miracle. Mais nous, marathoniens nous avons notre Jésus à nous.  On le connait tous. Obligatoirement. Avec 266 marathons à son compteur, nous l’avons tous rencontrés un jour. Obligatoirement. Et lui, son miracle c’est de courir un marathon très souvent, avec un record à 2h53′ à Reims en 1996.

Jamais incognito…

Son déguisement est facile à deviner, après que Dominique Chauvelier, un jour que les cheveux de Gilbert aient pris de la longueur, l’appelle Jésus. La suite ? Le torse nu avec quelques stigmates dessinés, un vague short blanc de l’époque romaine, sans oublier la couronne d’épines et bien évidemment une croix portée sur le dos.

Célèbre sur la terre entière, logique, des Amériques à l’Afrique en passant par l’Asie et l’Europe, il a parcouru plus de 10 000 km par petits bouts de 42,195 km sans jamais s’entraîner. Il est vrai qu’à la moyenne d’un marathon tous les 15 jours est-ce bien nécessaire ? Et puis il faut bien un peu de temps pour guérir des stigmates musculaires.

Au rythme de ses foulées, il a bien essayé de passer inaperçu, mais rien n’y fait. Quelle que soit sa métamorphose , il est reconnu et adulé comme un symbole.

Accessible au possible notre Jésus prêche la bonne parole dans l’attente des départs pour tenter d’effacer nos péchés de jeunesse ; comme croire qu’en partant vite on arrivera plus vite parce que le glycogène se sera transformé en ravitaillement du Marathon du Médoc ; comme croire que le 3h30′ prévu sans avoir connaissance de sa VMA fera l’affaire et que le mur des lamentations généralement au trentième kilomètre se transformera en une vue du Saint-Esprit.

Lève-toi et cours !

Dessin de Sébastien Lamart  :http://sebastien-lamart.blogspot.fr/
 

Nous on l’aime notre Jésus. Son âge a le double de l’autre, et il reçoit à chaque office marathonien une ovation de ses fidèles dans la fraicheur d’une ligne des bips. Dans les derniers kilomètres il suffit qu’il dise : “Lève-toi et cours” pour que l’on retrouve de l’énergie.  

Sa naissance au marathon a lieu en 1987 et depuis il quête le plaisir avec ses apôtres pour faire la fête sur une Scène longue de 42,195km. 

Personne n’imagine le trahir même à travers le chas d’une porte. Sa gentillesse, sa disponibilité sont devenues légendaires et que peut-on lui souhaiter ? Sûrement pas de souffrir du tétanos à cause de quelques clous rouillés, il a passé l’âge. Sa croix il la porte sur son dos pour le plaisir de tous les coureurs et des spectateurs ; alors souhaitons-lui encore de nombreux marathons pour porter la bonne parole du créateur de cette distance qui nous fait tellement rêver, même si il nous arrive d’y rencontrer le diable.

Retrouvez d’autres belles rencontres, une foule de conseils variés et des sujets bien emmenés du marathonien breton Dominique Cado sur lalignebleue.net

Ce normand de 59 ans, a enchaîné deux transcontinentales en un temps record. New York-Los Angeles, puis Vancouver-Halifax soit 10 732 kilomètres en 102 jours. 

CV Flash. Court depuis ses 30 ans, a rallié Le Havre à Istanbul (2009), participé à la TransAmerica (2011), traversé l’Australie (2013), parcouru l’Europe en 10 000 km et 100 jours (2016), détient le record des 1000 km de France. Son site : patrickmalandain-ultrarun.com 

Parti le 19 mai de New York, Patrick Malandain est arrivé à Los Angeles le 4 juillet. 4 801 kilomètres plus à l’Ouest, 46 jours plus tard. 104 kilomètres quotidiens en moyenne sur cette traversée des Etats-Unis, la 3e performance mondiale. Mais ce n’est qu’une première moitié pour ce Normand. Après quatre jours de transit, il est reparti côté Canada, pour le retour, de Vancouver jusqu’à Halifax. Cette fois, 5931 km avalés en 56 jours, soit 105 km en moyenne par jour.  

J’ai perdu 11 kilos et tous mes ongles de pieds .

Rien n’est impossible

Un défi hors-norme, une première mondiale inédite à ce jour. A vrai dire, cet exploit, lui non plus ne le réalise pas. C’est fou ! Une chose est sûre, une intime conviction : rien n’est impossible. «  Les seules limites que nous ayons, c’est celles que nous nous fixons. Le mental fait 99,9 % du travail sur ce type de défi », affirme ce père de famille, qui a basculé dans l’ultra à 45 ans, en rencontrant Girard, globe-runner hors pair, normand aussi. Les défis de ce voisin lui donnent des fourmis. Patrick se met à dépasser les bornes. Havre-Istanbul, traversée l’Australie en 38 jours, l’Europe en 10 000 km s’enchaînent jusqu’à cette double traversée  « US we can ». 

Qu’est-ce qui l’a poussé à refaire ses lacets, chaque matin à 4h15, qu’il pleuve ou qu’il vente ? Goût du défi, bien sûr, pour ce compétiteur. « Chaque projet est égoïste au départ. Mais cela devient une aventure familiale. Depuis dix ans, ma femme Fabienne assure toute la logistique sur place. Mon fils Mathurin, resté en France a assuré la communication. ». Ses enfants, c’est justement un moteur. « Je n’ai pas grand-chose à leur donner mais j’espère leur montrer que dans la vie, on peut faire des choses. Il y a aussi mes sponsors, les gens qui me suivent… Je me dois d’être à la hauteur. » 

Le mental encore. Et le corps ? Il trinque, forcément. « J’ai perdu 11 kilos et tous mes ongles de pieds. A mi-chemin au Canada, un genou a doublé de volume et j’ai eu des contractures aux cuisses pendant des jours. On s’habitue à la douleur, ça rentre dans l’ordre, les endorphines reprennent le dessus » assure l’ultra-fondeur.

Au jour le jour, rien n’a été simple. «  J’étais parti pour battre le record du monde New York-Los Angeles. Je me suis très vite rendu compte que c’était injouable car le vent soufflait fort, de face tous les jours. ». Cette traversée des USA, il l’a déjà faite, en 2011 en sens inverse, sur la TransAmerica. Il l’avait bouclée en 2e positionen 73 km par jour en moyenne, avec une fracture du bassin sur la fin… Cette fois donc, malgré la météo contraire, il a monté le volume d’un cran, enchaînant parfois jusqu’à 16 heures de course par jour ! 

Une course infernale contre le temps 

« Nous sommes arrivés épuisés à Los Angeles. Même le camping-car est tombé en panne. Pendant ce transit, j’étais stressé. Nous avions déjà réservé nos billets d’avion. Le bateau était affrété pour notre camping-car. Pas le choix, il fallait que nous soyons le 3 septembre à Hallifax ! C’était une course infernale contre le temps. J’étais programmé pour y mais  je n’aurai pas fait 10 bornes de plus ! » Pas le temps de faire de tourisme. « J’ai vu de beaux paysages, comme un bout du désert de Mojave aux USA, mais nous avions tracé les itinéraires au plus court, parfois via des deux fois deux voies. ». Il a bien sûr eu des rencontres furtives avec des routiers intrigués. Des anecdotes aussi, comme le fait « camper » un soir sur un bout de la Route 66 abandonnée. Ces souvenirs forment un film que Patrick se repasse en boucle. Depuis son retour, il court toujours. La nuit, dans sa tête. En attendant le prochain défi… 

Premier marathonien français à inscrire son nom au « Seven Continents Club », Philippe Paillaud a écrit son premier roman policier, Marathon rouge sang, paru aux éditions Cédalion. Cet ouvrage captivant associe l’univers du running à une enquête criminelle à rebondissements…

Philippe en bref 66 ans. Membre du Seven Continents Club. Finisher de 24 marathons, dont ceux de New-York (1991), Santiago du Chili (1995), King George Island (2007) et Moscou (2016). Record : 3h36 (Dubaï, 2001). Auteur du Marathour du monde en sept continents (2007, éd. Patrimoines et médias) et Marathon rouge sang (2018, éd. Cédalion, 15€ – disponible en librairies sur commande et sur les sites www.editionscedalion.com et et www.lalibrairie.com

« Quand l’épervier se lamente devant un nid vide, les étourneaux voltigent alentour, insultant à sa douleur », écrivait Prosper Mérimée, dans sa nouvelle ‘‘Colomba’’. La vendetta, guerre privée de vengeance entre familles, était au cœur de l’intrigue. Elle l’est aussi dans Marathon rouge sang, le premier roman policier de Philippe Paillaud, premier marathonien français à inscrire son nom au « Seven Continents Club », en 2007. Le coureur originaire de Melle (Deux-Sèvres) fait même de l’ouvrage de l’auteur de Carmen un testament pour l’assassin, dont l’identité ne sera connue qu’après 300 pages d’une enquête tortueuse et captivante. Comme dans Un risque à courir de Jean-Marie de Dinechin, le monde du running est au cœur de l’intrigue. Les victimes assassinées, Sylvie Joubert (fille d’un sénateur) et Christian Delmont (propriétaire d’une boutique de sport), étaient engagées au marathon de Paris. La psychose d’un serial killer de joggeurs s’empare de la capitale. 

V comme vendetta

Le commissaire Dougret, surnommé Gotlib pour sa ressemblance avec le héros de la BD Rubrique-à-brac, mène l’enquête. Mais le personnage central de l’histoire est son principal soutien, Bertrand Letellier, un journaliste sportif et marathonien émérite. Celui-ci  renaît de ses cendres après une longue déchéance qui le vit perdre un emploi en or, ses amis, sa femme et sa fille. Une rencontre fortuite avec Céline, une ex-collègue de travail devenue patronne de la revue ‘‘Run & Fun’’, l’a relancé. Il est à nouveau journaliste en vogue et coureur d’un club parisien au moment des meurtres qui impliquent ses amis Christian Delmont (la seconde victime) et Carlos Garcia (le premier suspect). Sa quête de vérité le pousse à investiguer avec Dougret et à comprendre que des événements survenus en 1960 en Kabylie et au Chili en 1974 sont les clés des meurtres. Lorsque Gina Guyot, femme d’un riche viticulteur, est à son tour assassinée pendant le marathon du Médoc, l’étau se resserre. Mais les rebondissements seront encore nombreux avant de savoir si l’assassin est un coureur ou un spectateur à l’affût.

Marathon et polar

Sur le dernier Salon de running, devant le stand du marathon du Médoc évidemment..

Cette œuvre de fiction, qui évoque la quête d’intégration et dénonce racisme, nationalisme et loi du talion, associe à merveille vécu de marathonien et enquête criminelle. « En 2007, mon premier livre Le Marathour du monde en 7 continents, qui permit de reverser 9 000 € à la Ligue contre le cancer, retraçait les marathons à travers le monde qui m’avaient guidé jusqu’au Seven Continents Club. Après ce projet, la journaliste et romancière Isabelle Horlans m’a persuadé d’écrire un roman, qui puisse toucher un plus large public. Mon vécu professionnel et des recherches sur l’Algérie et le Chili, deux pays qui m’ont toujours passionné, sont au cœur de cette intrigue complexe», explique Philippe Paillaud. Mais les runners ne sont pas oubliés. « Mon polar inclut des récits de mon marathon de Paris de 2015 et des évocations d’épreuves à l’étranger auxquelles j’ai participé entre 2008 et 2016. Les histoires ou les caractéristiques de vrais marathoniens se cachent derrière des personnages centraux tels que Cécile Bertin (Céline), Patrick Candé (Patrice), Guy-Marie Guéret (Jean-Marie Aubusson) et Lucien Brain (Lucien Train). Bien souvent, la fiction rejoint la réalité. Et, tout au long de l’enquête, l’univers du running est omniprésent. Dans le final, la technologie dans le domaine de la course à pied est même décisive », annonce l’écrivain-marathonien. 

Article rédigé par Julien Bigorne, paru dans le numéro 201 de Running Attitude.

Inconnue il y a neuf mois, Hinke Schokker, Néerlandaise âgée de 35 ans, a, depuis, remporté l’un des plus prestigieux 100 km d’Europe, établi une meilleure performance mondiale de l’année et disputé les Mondiaux de trail. Stupéfiant !

Eastermar, village de 1 500 âmes blotti entre deux lacs de la province de Frise, aux Pays-Bas, fait parler de lui. Connu jusqu’alors pour son top model Doutzen Kroes, qui y est née à l’hiver 1985, et l’incroyable histoire de ses habitants qui se sont partagés 53 millions d’euros à la loterie en janvier 2018, ce bourg fait encore les gros titres des journaux grâce aux exploits de son athlète Hinke Schokker. Un phénomène qui a surpris les locaux eux-mêmes. Les gens du pays la connaissaient surtout pour sa passion des chevaux, sa timidité et sa thèse de doctorat en médecine. Il la percevait comme la fille de Lou (propriétaire d’une ferme) et de Tineke (femme politique, aujourd’hui maire de Vlieland, à 60 km de là, sur une île de la mer des Wadden). Mais tout a changé le 8 septembre 2018. Ce jour-là, Hinke est inscrite aux 100 km de Winschoten. L’épreuve, qui a été support de plusieurs Championnats du monde, est l’une des références européennes de l’ultrafond. La physicienne clinicienne de l’Université de Groningen est presque là par hasard. 

Exploit à Winschoten

« Je n’avais alors jamais couru plus de 21 km en compétition », révèle la Néerlandaise, venue à la course à pied sur le tard, après ses 30 ans. « Dans la vie quotidienne, j’étais de plus en plus essoufflée. J’ai voulu faire quelque chose pour y remédier. J’ai commencé à courir sur les 5 km entre ma maison et mon lieu de travail. Puis, avec des collègues de travail, nous avons commencé à nous entraîner pour un semi, que j’ai bouclé en 1h45. J’ai ensuite rencontré mon mari, Paul Van Snick, marathonien finisher des Six Majors. En 2018, nous avons décidé de disputer le Marathon de Berlin. Mon premier marathon. Pour le préparer, j’ai cherché des épreuves dans le secteur. Il n’y avait que les 100 km de Winschoten. Beaucoup de personnes ont voulu me dissuader de le faire. Mais comme il s’agissait de 10 tours de 10 kilomètres, sur un circuit plat, j’ai pensé que ce serait un bon plan pour mon entraînement. Je pouvais m’arrêter à tout moment », raconte-t-elle. Sauf qu’Hinke ne s’est jamais arrêtée. 

Après 50 km courus à la sensation en 3h41, le public commence à s’intéresser à cette non-licenciée, sans entraîneur, sortie du néant tel le ‘‘Hollandais volant’’. « Dans le final, les gens faisaient du bruit et la holà à mon passage. C’était une nouvelle et très belle expérience », savoure l’inouïe Frisonne, lauréate en 8h00’34, avec 45 minutes d’avance sur sa dauphine. « Personne ne s’attendait à ça. Avec ce chrono, j’aurai pu être championne et recordwoman des Pays-Bas. Mais je n’avais pas de licence de club et je n’ai pas eu droit à ces honneurs ». Hinke a gagné bien plus : l’attention et la confiance en soi. Une semaine plus tard, elle a bouclé le Marathon de Berlin en 2h51. « Après cela, j’ai contracté une petite blessure au genou. Mais je suis vite revenue encore plus forte », indique la désormais sociétaire du Sv Friesland. 

Ascension fulgurante

Son année 2019 tient du chef-d’œuvre. « J’ai signé la meilleure performance mondiale de l’année sur 100 km (7h48’14 le 23 février sur la piste de Steenwijk ; temps amélioré depuis par la Croate Sustic et la Tchèque Churanova), fini le Marathon de Tokyo en moins de 3 heures malgré les trombes d’eau, remporté les 60 kilomètres de Texel et le Trail du roi d’Espagne dans le Limbourg », résume Hinke, qui, après chaque exploit, reçoit un baiser de son époux et l’affection de son chien Bram, un chihuahua d’un an. Le 8 juin au Portugal, elle a participé aux Mondiaux de trail, honorant sa première sélection en équipe des Pays-Bas, aux côtés de la tenante du titre Ragna Debats. « J’ai vomi, connu des maux de tête et chuté. Mais j’ai tout de même fini dans le top 100 de ce trail de 44 km comptant 2 000 m de dénivelé », raconte Hinke. Son prochain défi ? Battre le record des Pays-Bas du 100 km réalisé fin 2018 par Irène Kinnegim (7h35’44). Peut-être le 12 octobre à Amiens…              

Un article de Julien Bigorne, article paru dans Running Attitude 202.

Dominique Cado, marathonien breton de 66 ans partage son expérience de coureur sur son site lalignebleue.net dont le succès l’amène à écrire un deuxième livre. Rencontre. 

EN BREF. Dominique Cado, retraité, 66 ans, habite Vannes, a couru 20 marathons, meilleur temps en 3h34’. Son prochain défi : terminer les 177 km de l’Ultra-Marin où il s’est cassé le nez trois fois Son livre de chevet  : Marathon de François Peronnet. Son site : www.lalignebleue.net. Son Facebook : Dom Kdo.

Cette ligne bleue qui guide les marathoniens, Dominique Cado en a fait sa muse. Le fil d’Ariane de son premier livre, édité chez Amphora. De A à Z, toujours avec un zeste d’humour, ce lexique vulgarise le jargon du coureur de fond. Amuseur, empêcheur de tourner en rond, ce Breton en est un bon. D’une page à l’autre, les calembours y jouent des tours. 

Depuis sa publication, Dominique Cado prolonge les bons mots en ligne. Chaque semaine, ce professeur de cuisine retraité partage ses écrits sur son site internet. Fartlek, PPG, seuil, VO2max, VMA, negative split : chaque terme est décrypté. Souci de simplicité, plume soignée, ton décomplexé. En tout, plus de 250 articles partagés, du billet d’humeur au plan marathon, avec un franc succès. Son site compte plus 2,5 millions de visiteur dans 147 pays. Une surprise pour Dominique qui s’est lancé dans cette aventure « on line » par simple envie de partager. 

Trente-cinq ans de tabac

Pas de diplôme d’entraîneur, mais une somme de « bagages » amassés à grandes foulées. La passion l’a gagné sur le tard, à l’aube de la cinquantaine. « Après trente-cinq ans de tabac à raison d’un voire deux paquets de cigarettes par jour, je me dis qu’il va être temps de croquer la vie à pleins dents plutôt que la mort à pleins poumons. Mon médecin m’a laissé le choix entre la natation, la course à pied ou les médicaments, drôle de triathlon… comme je nage comme un menhir, et que les médicaments ne me semblent pas encore la solution, il me reste la course à pied, pas ma tasse de thé… », raconte-t-il en substance à l’entame de son livre.  Son cardiologue, multi-marathonien, lui montre alors le chemin. Après un mois de footing, une folle envie : courir le marathon du Mont-Saint-Michel pour ses 50 ans. A l’époque, confesse-t-il, «  j’avais du mal à courir deux kilomètres ! ». 

Rien d’exceptionnel…

Pari tenu au pied de la Merveille, un dimanche de mai 2002 en 4h15’. « Rien d’exceptionnel mais un bonheur indescriptible ». Depuis, 20 marathons bouclés – sa distance fétiche – mais aussi des semis à la pelle, un 24h et quelques trails, notamment les 56 et 86 km du Raid du Golfe du Morbihan, chez lui, à Vannes. Son meilleur temps sur 42 km ? 3h34’. Rien d’exceptionnel, ajoute-t-il encore, si ce n’est que ce temps’ correspond au potentiel de ses 57 ans. « Lorsque l’on se rapproche de son potentiel, on est exceptionnel. J’ai plus d’admiration pour quelqu’un qui termine en 4h30 à son plein potentiel, que pour quelqu’un qui boucle en 3h, alors qu’il a un potentiel de 2h30. Pour cela, il faut connaître sa VMA, et courir son marathon à 80% de sa VMA », insiste le marathonien. Et lui, cherche-t-il toujours à coller à sa VMA ? Plus maintenant. «  Je n’en vois plus l’intérêt, je n’ai plus rien à me prouver. En revanche, si je peux accompagner une personne proche de son mieux, je le fais avec plaisir ». Dominique s’entraîne trois à quatre fois par semaine toute l’année, en endurance et en incorporant des séances de fartlek principalement. Jamais au-delà du trop, toujours à l’écoute de son corps. « Il faut savoir écouter ses jambes plutôt que sa tête, qui voudrait parfois que l’on aille s’entraîner matin et soir, c’est le danger ! » ajoute le master. Conseiller les autres plutôt que courir pour soi, voilà désormais son mantra. Dominique partage ainsi sans compter. Blago-bloggeur, meneur d’allure parfois, il anime aussi des chroniques sur le running les week-ends sur Larg’, la radio du Golfe. Son actualité, c’est un deuxième livre, La ligne bleue prend son envol 2, condensé de ses conseils bien avisés, qu’il peaufine. Bref, une retraite bien occupée pour ce coureur « lambda » extra.

La ligne bleue se décline… Après avoir mis à l’honneur son ami peintre et marathonien Vincent Dogna en couverture de La ligne bleue de A à Z (Amphora), son deuxième opus, La ligne bleue prend son envol jonglera avec la mouette « rieuse » du jeune dessinateur Sébastien Lamart. 

Derrière le large sourire d’Adrien, un combat. Ce marathonien parisien atteint de sclérose en plaque vit sa passion à fond et généreusement. Il a déjà bouclé un petit paquet de marathons autour des 3h, dont les World Marathon Majors, en compagnie  de son frère jumeau. 

En bref. Adrien, 35 ans, consultant informatique, habite Vincennes, du club les Etoiles du 8e, a couru 17 marathons, dont les World Marathon Majors.  Ses perfs : 2h53’54’’ au marathon, 1h19’18’’ au semi, 35’23’’ au 10 km, 23h56’ sur la CCC, 6h09’ au Half Ironman.

Sourire, toujours. De joie comme de douleur. C’est le credo d’Adrien Marlault. « La vie est assez compliquée comme ça, pas la peine d’en rajouter, autant sourire ! ». Volontiers blagueur, ce« serial » marathonien parisien sort en groupe et donne volontiers de son temps comme bénévole. Sociable, ce consultant dans l’informatique, ne l’a pas toujours été. Ces dix dernières années, il s’est métamorphosé. « Découvrir le running a changé ma vie. Avant, j’étais timide, réservé, je manquais de confiance en moi. En courant, je me suis ouvert aux autres. Les coureurs sont des personnes tellement bienveillantes que l’on se sent tout de suite bien dans cette communauté », raconte-t-il. 

« Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond »

Meneur aux Foulées de Malakoff avec les Etoiles du 8e.

Courses aux Etoiles

Premier dossard en 2009, au semi des Chasseurs de Temps, chez lui, à Vincennes. « J’ai adoré l’ambiance, les gens. J’ai tout de suite voulu en faire d’autres. Les prochains 20 km et semi de Paris étaient déjà complets. Je me suis directement inscrit pour leMarathon de Paris suivant même si je n’y connaissais strictement rien. » 

A Berlin, en 2015.

Avril 2010,le voilà donc marathonien à 27 ans, en 4h20’. Ce premier voyage de 42 kilomètres est une révélation. Courses et belles rencontress’entremêlent, en compagnie des Etoiles du 8e, qu’il croise sur son chemin. T-shirt orange – couleur fétiche du club – et perruque assortie – pour ne jamais se prendre au sérieux  – il enchaîne les marathons. « Je suis du genre monomaniaque, quand j’aime quelque chose, je me donne à fond », s’amuse-t-il. A Paris en 2013, il passe une première fois sous la barre des 3h. Son jumeau Baptiste, lui emboîte le pas et courra son premier en 3h38’. 

Un gros défi suit pour ce binôme de choc : « Courir les six marathons majeurs, c’était un rêve pour moi. Je n’envisageais pas de le vivre sans mon frère. Alors que nous partions pour courir tous les deux le marathon dNew York, en 2014, je ne lui ai pas laissé le choix en lui disant, on commencera par Berlin, en 2015.Tu n’as qu’à courir, je m’occupe de tout. », raconte le jeune coureur. De tour-opérators en dossards charity, les frangins ont ainsi couru – entre autres –New York (2014), Berlin (2015), Chicago (2016), Boston (2017), Londres (2018) et Tokyo cette année. Adrien toujours en tête, entre 3h02’08’ et 2h53’54’’, son record signé à Chicago. C’est qu’il cavale ! Pourtant, il revient de loin. 

2015, tout bascule

Le 19 janvier 2015, sa vie a basculé. En un claquement de doigt, il se retrouve paralysé, privé d’une moitié de son corps.24 heures aux Urgences, une batterie d’examens, et le diagnostic tombe : sclérose en plaque. Adrien pense pêle-mêle « Téléthon », « fauteuil roulant… » et se questionne « Pourrais-je remarcher un jour ? » « Recourir un jour ? » Sa neurologue le rassure avec un « bien sûr ». « Cette maladie auto-immune attaque la gaine protectrice des fibres nerveuses du cerveau, et bloque aléatoirement certaines parties du corps. Elle ne soigne pas mais se traite, avec des médicaments plus ou moins bien tolérés par chaque patient. Ce qui est génial, c’est que la médecine a fait d’énormes progrès depuis quinze ans ! », explique le coureur. Aujourd’hui, il encaisse bien son troisième traitement, deux perfusions à six mois d’intervalle.

Pendant cette période, ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». 

La tête haute

Début 2015 en revanche, ce n’était pas la joie. « Ma course quotidienne, c’était de me lever de mon canapé et d’aller aux toilettes. Le bâton que j’avais acheté pour la CCC l’année précédente, me servait de canne en permanence ». Pendant ces mois difficiles, il a pu compter sur un gros soutien. De sa famille, à son chevet. De ses amis runners aussi, « sa deuxième famille ».Son sourire ne l’a pas quitté. Au fond du sac mais la tête haute. « Je me suis accroché, j’ai pensé à Berlin en septembre. Le compte à rebours était lancé. Après mon premier traitement, en mars, j’ai réappris à marcherJ’avais perdu tous mes muscles ! C’est là que j’ai rencontré le groupe de renforcement musculaire French Frogs qui m’a aussi beaucoup aidé. Ensuite, pendant l’été, j’ai repris l’entraînement ». 

Son 2h55’ sous la porte de Brandebourg restera magique. « Toutes les étoiles étaient alignées ce jour là », se rappelle le marathonien. Une revanche après des mois sombres. Une chance aussi, qu’il mesure bien. Courir est un cadeau. Il sait et ne l’oublie jamais. Bien sûr, tout n’est pas parfait. « Les traitements ne fonctionnent pas toujours comme on le souhaite. A Londres l’an dernier, j’ai couru avec 50% de mes capacités et une bonne dose de cortisone dans le sang. J’avais les jambes en coton et je sentais venir une nouvelle inflammation au cerveau. J’ai terminé en 3h29’, loin de mon objectif. Mais j’y suis retourné cette année, en forme, en 3h03 ». 

Big six, done, what else ?

Au total, dix-sept marathons bouclés. Sa plus grande fierté ? La médaille convoitée des « Big six ». Il l’a décrochée en février à Tokyo. Ce trophée, récompense des finishers des World Major Marathons, 200 marathoniens la possèdent en France, 6 000 dans le monde. Les Marlault sont les seuls jumeaux du lot. Depuis, Baptiste a levé le pied. Adrien lui court toujours après sa liste d’envies. D’abord, courir les grands marathons d’Europe. Valence en décembre sera le prochain avec l’espoir d’un nouveau « RP » en 2h50’. Participer ensuite, aux mythiques Comrades, en Afrique du Sud. Et bien sûr, boucler un jour un Ironman, « mais quand je serai grand »précise-t-il avec malice « pour l’instant, je suis trop mauvais nageur ». Côté mental d’acier, en revanche, on le sait déjà armé. 

Son top 6 des marathons majeurs 

1. Chicago (2016, 2h53’54’’). Mon coup de cœur. J’y ai signé mon meilleur chrono mais j’ai surtout été très surpris par le public, bien plus chaleureux qu’à New York à mon sens. En plus, le circuit est très beau, super plat, et on mange très bien dans cette ville ! 

2. Tokyo (2019, 3h00’53’’). Avec le vent et la pluie, ce fut compliqué mais je garde un souvenir extraordinaire des bénévoles et de l’organisation, au-dessus du lot. C’est aussi là qu’on m’a remis la médaille des « Big six ». 

2. Boston (2017, 2h59’27’’). Y aller c’est s’attaquer à une légende, vaincre la fameuse heartbreak Hill, c’est grisant. 

3. Londres (2018, 3h29’). J’adore ce marathon. Pour son ambiance de folie, la plus belle de tous les majors. On a tellement à apprendre du public londonien. Le jour où règnera cette ambiance dans Paris, nous aurons le plus beau marathon du monde ! 

5. Berlin (2015, 2h55’42’’). Ce jour là, faisait un temps superbe, j’avais des jambes de feu, c’est bien simple rien ne pouvait m’arrêter. Je n’ai jamais plus vécu une telle émotion en passant sous la porte de Brandebourg sous les 3h.  

6. New York (2014, 3h02’08’’). Cela peut paraître curieux, mais je le classe en dernier. Cette année là, il y avait beaucoup de vent et suite aux attentats de Boston, un gros déploiement policier et des barrières partout. Je n’ai pas profité du public. J’espère un jour pouvoir y retourner. 

Article rédigé par A.Milleville, publié dans Running Coach numéro 48.

Le 7 avril dernier à Los Angeles, Jordan Ramirez est devenu à 10 ans et 14 jours le plus jeune athlète à finir un marathon sur chacun des sept continents. Sa sœur Blanca, qui a accompli deux fois cette prouesse à seulement 16 ans, détient aussi un record mondial de précocité. Stupéfiant.  

Article de Julien Bigorne, publié dans le numéro 200 de Running Attitude (27.04.2019)

Le drapeau américain flotte au-dessus des frêles épaules d’un gamin qui n’en finit plus de sourire, à chaque crépitement d’applaudissements. Le 7 avril dernier à Los Angeles, le public a assisté à un record du monde, à l’occasion du ‘‘Run to remember’’, une course dans le quartier de Century City dédiée aux policiers, pompiers et premiers intervenants tombés au combat. Jordan Ramirez, jeune écolier californien de La Puente, est devenu à seulement 10 ans et 14 jours le plus jeune athlète à finir un marathon sur chacun des sept continents, améliorant d’un an le record de Nikolas Toocheck. 

Blanca et Jordan à Bangkok, en 2018. ©DR

Records battus à L.A.

« Je voulais finir mon challenge à Los Angeles (L.A.), car j’ai défendu la même cause que la course durant mon périple à travers le monde. Mais cela nécessitait quelques aménagements, car il n’y avait ici qu’un semi-marathon. Sous contrôle des organisateurs, j’ai débuté mon marathon tout seul à 3h du matin, avant de réaliser la seconde partie de course au milieu de 7 000 autres coureurs », raconte le jeune athlète, qui rejoint dans la légende les « baby marathoniens » Wesley Paul (finisher à New-York en 3h en 1977… à 8 ans !), Winter Vinecki (membre du Seven continent dès l’âge de 14 ans en 2013) et Nikolas Toocheck (coureur qui a terminé un marathon dans 50 états américains à 14 ans). Mais son modèle reste sa sœur Blanca, plus jeune féminine à réaliser la même performance que lui (en 2015, à 12 ans). «Elle m’a inspiré par sa persévérance et ses récits. À 8 ans, lorsque j’ai décidé de marcher sur ses traces, j’avais déjà fini 125 courses de 5 km, 14 de 10 km et 8 semis. L’endurance était là. Pour les marathons, je me suis astreint à deux heures d’entraînement par jour, à une nourriture saine et à des préparations mentales. Sinon, je reste un enfant normal, fan de Legos, de comics et de blagues, qui rêve de devenir pompier», indique-t-il. Sa volonté de repousser ses limites a boosté sa famille. Son père Dimas, investisseur immobilier, a trouvé les 50 000 dollars nécessaires pour ce nouveau voyage à travers le monde. Et Blanca, désormais âgée de 16 ans, a rempilé pour une seconde série de 7 marathons. 

Aventure fraternelle

©DR

« Ma première série, en 2014-2015, avait été une expérience extraordinaire. Disputer des marathons à Los Angeles, à Kigali au Rwanda, en Mongolie intérieure (le long de la Grande muraille de Chine), dans les collines de Nouvelle-Zélande et à Asunción au Paraguay, c’est un rêve pour une fille de 12 ans. Pour le final, j’avais bénéficié du concours de l’agence Marathon Adventures, qui m’avait permis de courir une étape du Triple Seven Quest (7 marathons en 7 jours) à Torcy en France puis sur King George Island, en Antarctique. J’avais mis entre 5h30 et 8h pour terminer chaque épreuve. Le plus important dans ce défi était de récolter des fonds pour Operation Smile, association qui fournit des chirurgies de réparation des fentes labiales et palatines aux enfants du monde entier », rappelle Blanca. 

Blanca, à la fin des Seven Continents, en 2015. ©DR

« Pour cette nouvelle série avec Jordan, nous avons cherché des marathons qui, chose rare, acceptent de jeunes coureurs âgés de moins de 18 ans. Cela nous a conduits en Australie, en Égypte, en Angleterre, en Thaïlande, en Antarctique et au Chili. Nous avons effectué la plupart à des vitesses différentes ; notre père accompagnant Jordan en courant ou en marchant. La seule exception a été celui de Bangkok, qui fut l’un de nos plus difficiles en raison de la forte humidité et du départ à minuit. Nous sommes restés ensemble jusqu’à la fin », retrace l’adolescente, qui acheva en solo son second « Seven continents » le 24 mars à Los Angeles. Le jour de l’anniversaire de Jordan, devenu recordman deux semaines plus tard.    

Vice-championne de France 2018 des 100 km et 3Française du Marathon de Paris 2019, Anaïs Quemener a surmonté un cancer du sein agressif et métastasé. Sa plus belle victoire. 

Un article de Julien Bigorne, publié dans Running Attitude 201 (25.05. 2019)

©Vaujours

Ce 14 avril, Django, jeune chien de 3 ans, pose fièrement médaille autour du cou. La breloque au ruban vert lui va presque aussi bien qu’à sa maîtresse, qui l’a décrochée le matin même avenue Foch, au terme de la 43eédition du Marathon de Paris. Au milieu des athlètes masculins, la sociétaire de Tremblay Athletic Club a battu son record personnel (2h47’57) et fini 3eFrançaise. Une satisfaction. « Ici, l’ambiance a tendance à donner des ailes. Du coup, je suis partie un peu vite, ce qui m’a empêché d’atteindre mon objectif (2h45). Mais je me suis bien battue et je suis contente de mon chrono», sourit la jeune femme de 28 ans, reconnaissable à sa foulée rasante, sa petite taille (1,52 m), ses grandes boucles d’oreille rondes et ses tatouages. 

Amoureuse du marathon

Sur son bras gauche, Laksmi, déesse bouddhiste de la fortune, semble lui avoir transmis quelques-unes de ses 16 prospérités : renommée, courage et force, victoire, vaillance…Autant de bonheurs intimement liés à sa pratique de la course à pied. Depuis ses débuts à neuf ans au CSM Villepinte, la discipline a été son « ikigai » (mot japonais inscrit au-dessus de sa clavicule, qui signifie « joie de vivre » et « raison d’être »). « Mon grand-père, Emmanuel (coureur de bon niveau dans les années 1970, NDLR) et mon père et entraîneur Jean-Yves (champion de France de cross-country chez les sapeurs-pompiers en 1990 et en 1991, NDLR)m’ont transmis l’amour du demi-fond. Dès le début, j’ai remporté des cross scolaires. Puis, en octobre 2007, juste après avoir rejoint le Tremblay Ac, j’ai battu, à domicile, le record de France cadette du 10 km (38’33) », se souvient Anaïs, qui a découvert son épreuve fétiche (le marathon) en 2013. 

©MTLV. Sacrée championne de France de Marathon, à Tours sur le Marathon Touraine-Loire-Valley en 2016.

« Mon premier, c’était à Rotterdam, avec des amis de club. On s’était fait surprendre, car il n’y avait pas de ravitaillements en solide. J’avais été celle qui avait le mieux gérée, en terminant en 3h11’ », évoque la championne de France espoir 2013, devenue candidate au podium senior, lorsque sa vie a basculé, à l’âge de 24 ans, le 7 août 2015. « La veille de l’anniversaire de mon père, suite à une échographie, on m’a diagnostiqué un cancer du sein agressif et métastasé. Je suis tombée de haut, car si un an plus tôt, j’avais remarqué une petite boule sur mon sein gauche, différents médecins m’avaient dit que ce n’était qu’un kyste, bénin et pas inquiétant », confie-t-elle. 

Mental d’acier

©Julien Bigorne

Même durant ses huit mois de chimiothérapie et deux mois de radiothérapie, Anaïs n’a  jamais abandonné la course à pied. « C’était mon moteur, la raison de sortir de chez moi. Entre mes séances de chimio espacées de trois semaines, je continuais les compétitions de 10 km. Même si je finissais en 46’ au lieu de 36’, l’important était de me dire que je pouvais encore les faire », raconte l’aide-soignante aux urgences de l’hôpital Jean-Verdier à Bondy (93). Son courage, admirable, lui a permis de surmonter l’ablation de ses deux seins, quatre opérations causées par des rejets de ses prothèses mammaires ainsi qu’une période d’hormonothérapie à base de tamoxifène (stoppée au bout de trois mois suite à une phlébite). En septembre 2016, seulement six mois après une première mastectomie, Anaïs était championne de France du marathon, en 2h55’26, après avoir rejoint Nathalie Tavernier au 40ekm. Exemplaire. Puis, en avril 2018, son mental hors-norme s’exprima encore, lors de sontitre de vice-championne de France des 100 km à Belvès, en 9h35. « La chaleur (35° C) et le fort dénivelé avaient rajouté à la difficulté pour ma première expérience sur cette distance », raconte l’athlète, qui vise un nouveau podium national, le 12 octobre à Amiens. En attendant, elle continue de s’engager en faveur de la lutte contre le cancer du sein en animant sa page Facebook ‘‘Anaïs Quemener – le sport comme thérapie’’ et comme ambassadrice de l’association Casiopeea le 30 juin sur l’Ultra Marin, dans le Golfe du Morbihan.     

©Christophe Jullien. Engagée avec l’association Casiopeea.

Sur la planète marathon, Roger Guillaumin fait figure d’extraterrestre. A son palmarès, 269* marathons bouclés à 81% sous les 3h30. A 62 ans, il vient même de signer un 3h15’. Les années passent mais cet athlète hors-norme ne se laisse pas dépasser. 

* Quand vous lirez ces lignes, ce chiffre sera obsolète. Roger enchaîne les marathons chaque week-end ou presque !

En bref… Roger alias Rodgers, 63 ans, Habite Sonnay, en Isère, court depuis 1987, vient de boucler 200 marathons en 8 ans. Ses meilleurs chronos : 2h51’45’’ sur marathon (Romans 1992) , 1h19’53’’ sur semi (1993), 72,2km sur 6h, 9h sur 100km, 177km sur 24h, 5h48’ sur la 6000D (2004), 5h56’ sur la SaintéLyon (2004), 4edu Défi de l’Oisans en 1995 après 200 km et 12 000m D+  en 6 jours. Sa devise : obstinément optimiste. Sa potion magique : 2 litres d’eau par jour. Son site : rogders42195.fr 

« Parmi les centenaires, Roger est un gars à part. Il a plus de 60 ans mais reste un vrai compétiteur. Et il est impressionnant. Il était capable, il n’y a pas si longtemps, de s’envoyer un 3h07’ comme si de rien n’était.En 2012, à 56ans, il avait enchaîné 30 marathons dont 10 sous les 3h10’.» commente Xavier Colin, marathonien. Des centenaires – ceux qui ont bouclé plus de  100 marathons – Xavier, fondateur du site Planète Marathon, en connait une tripotée. 

Allure de croisière 3h25’ 

Roger Guillaumin est un spécimen. Ce n’est pas le roi des cumulards – actuellement Denys Baudry avec 541 marathons -, mais il affiche le plus beau palmarès en moins de 3h30. En trente ans de pratique, 264 marathons, 216 sous les 3h30’, 136 sous les 3h20’. Réglé comme une horloge, Roger. Mieux : depuis son record en 1992 (2h51’45’’), il n’a perdu qu’une minute par an sur marathon. « 3h20-3h25,cela correspond à  mon allure de croisière maintenant, celle où je ne me mets pas dans le rouge. Jusqu’en 2015, je n’étais pas content si je n’arrivais pas en moins de 3h15’. », commente-t-il. Performances impressionnantes pour cet athlète qui veille à toujours rester « en dedans » à l’entrainement comme en compétition. Courir est un art de vivre pour cet Isérois, ancien professeur en lycée technique. « Faire un super chrono un jour sur un marathon et puis ne plus rien faire pendant des mois, voire des années, cela ne m’intéresse pas. ». Sans se « griller », ce master 3 a donc bouclé 27 marathons l’an dernier. Dix-neuf sous les 3h30, neuf sous les 3h25’. En septembre à Plazaola, en Espagne, il a même réalisé un 3h15’14’’. A 62 ans ! Cela restera un de ses grands souvenirs, comme le Marathon Nice-Cannes 2009, où, à 54 ans, il est repassé sous la barre des 3h (2h59’07’’). 

Depuis son record en 1992, Roger a perdu moins d’une minute par an sur marathon. 

Courir et découvrir 

Bien rodé, il tourne à 3 000 km par an, compétitions comprises. Chaque année, une bonne quarantaine de dossards épinglés. « Il m’est arrivé d’enchaîner 1000 km de transport dans le week-end pour aller courir un marathon. L’an dernier, j’ai enchaîné un marathon le samedi soir à Grenoble, et un autre le lendemain matin dans la Drôme, à 60 km de route. »

Rien n’est jamais trop pour « Rodgers », surnom qui traduit l’état d’esprit jeune qu’il cultive. « J’ai tout le temps envie de bouger. J’aime découvrir de nouveaux pays, de nouveaux coins de France. Et j’ai de la chance, ma femme, Evelyne adore aussi voyager. Elle organise nos voyages-marathons, récemment à Séville, dans quelques mois à Saint-Pétersbourg, puis à Berlin en septembre prochain, ce sera une première pour moi. »

Compétiteur donc, plutôt boulimique. Par chance, il n’a jamais eu de pépins. « J’ai juste eu une alerte en 2016, avec une aponévrosite plantaire. J’ai fait une quinzaine de séances de kinés, j’ai levé le pied et tout s’est bien passé. Et finalement j’ai couru autant de marathons que prévu, à savoir 24 cette année-là. »

Sur le Marathon de la Loire, en 2017.

Danser sur les sentiers

Ce fils d’agriculteur, qui travaillait déjà à 10ans dans les champs est une force de la nature. Le sport l’accompagne depuis toujours. Des années de foot, du snowboard pendant 20 ans avec son fils et du vélo, en plus de la course. Depuis 1987, la passion reste intacte. S’il collectionne les marathons, sa distance de prédilection, il affiche également des 100 km, 6h et 24h à son palmarès. Un bon paquet de trails aussi. Pour lui, le bonheur est toujours au bout du chemin. L’évasion « pleine nature » étanche sa soif de liberté. Dévaler les pentes et danser sur les sentiers, cela le fait vibrer : « J’ai un magnifique terrain de jeu à domicile, le massif du Pilat avec plus de 1 000 mètres de dénivelé positif. J’adore le trail, c’est ludique. Seulement en 2008, je me suis fait peur avec une belle gamelle. Alors je suis revenu sur la route, c’est plus tranquille pour les chevilles. Ces derniers temps, je reviens au trail. En 2018, j’en ai bouclé 18, dont 17 podiums en master 3. ». Pousserait-il sur ultra type UTMB ou Diagonale des Fous ? « Ce n’est pas mon truc. Je ne vois pas l’intérêt de courir en pleine nuit sans profiter des paysages, au risque de se perdre en pleine montagne à 4h du matin. J’ai participé une fois à la SaintéLyon, parce qu’elle se déroule près de chez moi, mais c’est l’exception qui confirme la règle… ». 

Passion marathon. Ce livre-témoignage est un recueil des récits de marathons que Roger a courus entre 2012 et 2015. Il y partage sa passion pour la distance, y fait résonner sa soif de découverte et met à l’honneur les belles rencontres nées dans l’effort. Inspirant. Commande en ligne sur rodgers42195.fr

Du feeling avant toute chose

Pas de plan, ni de club ou de coach, au fil des années son expérience l’a guidée. « Au début, je courais à bloc tout le temps. J’ai couru en 2h51’, record sur le marathon de Romans en 1992et ce, quinze jours après avec un 50 km en Ardèche en 3h26’. C’était n’importe quoi ! », se rappelle-t-il.Désormais, Roger misesur l’endurance, reste à l’écoute de ses sensations. « Je serai incapable de suivre un programme de deux mois où l’on me dit quoi faire. Je fais ce qui me chante, quand j’en ai envie. Je bricole beaucoup dans ma maison et quand je suis en train de faire tourner la bétonnière, je ne m’arrête pas pour aller courir. » 

Ses médailles, rien que pour l’année 2018

Donner l’exemple

En moyenne chaque semaine en période de courses, il effectue deux sorties  « running » de 20-30 km et deux  sorties « vélo » de 50 à 80 km environ. La plupart du temps, il s’entraîne seul mais joue volontiers l’émulation. Donner l’exemple, inspirer les plus jeunes–comme les un peu moins jeunes – le motive. Ainsi, prend-t-il plaisir à se mesurer régulièrement avec Elodie, 36 ans. « Nous avons le même niveau en course à pied, mais elle est meilleure que moi en vélo. On se challenge gentiment ». C’est l’une des belles rencontres qu’il a pu faire. Certaines sont furtives – quelques kilomètres partagés sur un marathon – mais Roger tient à ne pas les oublier en publiant ses récits sur son site internet. Mémoire d’une carrière extraordinaire qu’il écrit chaque jour à grandes foulées. 

Sylviane Yedo Ahehehinnou a perdu 49 kilos en quatre ans et rajeuni de 20 ans. Au cœur de sa métamorphose, sa nouvelle passion qui l’a conduite à courir son troisième Marathon à Paris. Une warrior, cette mère de huit enfants !

Les kilos en trop ont longtemps collé à la peau de Sylviane Yedo, aide-soignante pétillante installée en Ardèche. Grossesses, enfants à élever, divorce douloureux, accident du travail suivi d’une opération lourde… insidieusement, cette mère de 50 ans et huit enfants – cinq garçons et trois filles de 11 à 30 ans –s’est laissé « déborder ».

Trop c’est trop 

Sylviane avant sa métamorphose.

115 kg pour 1,79 m, c’est le poids de Sylviane en 2015. « Je ne me voyais pas grosse car je suis grande et puis j’avais pris d’un peu partout. Ça passait car je m’habillais avec des vêtements larges, je faisais mamma quoi ! » s’amuse-t-elle. Côté régimes, elle a tout testé ou presque. Résultats : du yoyo à gogo. Jusqu’au déclic. Un ras-le-bol au goût amer amorce sa petite révolution. « Le lendemain de Noël 2015, je suis allée courir avec ma fille aînée. Je l’avais déjà fait, entre 35 ans et 40 ans, une dizaine de kilomètres le dimanche avec une copine. Mais ce jour-là, en rentrant, je me suis déshabillée et ce que j’ai vu dans le miroir m’a dégoûtée et rendue triste. Ce n’était plus possible. Je me suis prise en photo. J’ai ressorti du placard un Levi’s taille 42 que je n’ai quasiment jamais porté, avec la ferme intention de rentrer un jour dedansJe me suis mise à courir tous les jours. D’abord 5, puis 10, jusqu’à 15 km, à mon rythme, en alternant marche et course. J’en ai bavé, j’en ai pleuré car on aurait dit un éléphant, mais rien ne pouvait m’arrêter. En parallèle, j’ai réappris à manger. J’ai acheté des livres pour manger sain, supprimer les aliments aux index glycémiques élevés. J’ai aussi fait du renforcement musculaire (abdos, gainage), en suivant des vidéos YouTube et Gym Direct. J’étais à fond, jamais fatiguée. » La métamorphose en impose : moins 10 kilos en un mois, 20 kilos envolés au bout de quatre mois d’efforts. Ce n’était qu’un début. Running à grandes foulées, gainage à tous les étages, menus équilibrés, ce tiercé gagnant a changé sa vie en à peine quatre ans. Méconnaissable, elle pèse aujourd’hui 70 kilos et semble avoir rajeuni de 20 ans. Son fameux Levi’s ? Trop grand ! Elle enfile désormais un 38 avec le sourire, prend plaisir à s’apprêter chaque matin. « Ça fait du bien de se regarder dans le miroir, et de se dire : tu es canon. On devrait se le dire plus souvent je trouve! » s’amuse-t-elle. 

La course aux dossards 

À force de s’entraîner, Sylviane a eu envie de se frotter au chrono. Premier dossard en 2016, sur un 10 km dans la Drôme, bouclé en 1h05. Premier semi, à l’entraînement, en 2h50 pour se rôder avant un 21 km chronométré en 1h55, en 2017, à Saint-Paul-les-Romans, dans sa région. De saison en saison, la niaque reste intacte, la motivation s’amplifie et devient virale. Sylviane créé une communauté Facebook Challenge nutrition & fitness pour motiver les personnes en quête d’une nouvelle silhouette. Elle s’entraîne en groupe le mercredi avec Courir à Valence 2607 et rêve bientôt d’un gros défi : un marathon. « Comme je ne m’en sentais pas capable, j’ai d’abord voulu me tester à l’entraînement. Un jour, j’ai embarqué mon Camelbak, couru 30 km sans m’arrêter jusqu’à une ville voisine en 3h05 ! C’était énorme, j’en ai crié de joie dans la rue. Le soir même, j’ai pris mon dossard pour le Marathon de Marseille, du 18 mars 2018 que j’ai bouclé en 4h41. La même année, j’ai bouclé le Marathon de Lyon en 4h20, alors que j’ai dû m’arrêter après le 37ekm car j’avais des douleurs à la cheville. J’avais alors déjà mon dossard pour Paris 2019, avec dans le viseur moins de 4h. » raconte-t-elle avec enthousiasme. À Paris, où ses trois petits derniers l’ont accompagnée, tout ne s’est passé comme prévu. « Entre le 30 et le 35km, j’ai pris le fameux mur. J’ai dû me faire masser, marcher pendant 5 km. Je termine en 4h42, contente bien sûr, mais déçue par mon chrono. Sur le coup, j’ai pensé tout arrêter, me disant que les marathons, ce n’était plus pour moi. »

Au départ du dernier Marathon de Paris.

Une warrior tout en douceur 

Passée cette déception, la magie l’a rattrapée. « Une semaine après Paris, j’ai remis mes baskets pour 10 km. J’ai retrouvé l’envie. Courir c’est un besoin, une hygiène de vie. C’est une chance aussi d’être marathonienne à 50 ans. Je ne peux pas laisser tomber maintenant ! » Là revoilà donc repartie à galoper dans sa campagne, le sourire bien accroché, des challenges programmés : trail court, semi, 10 km avant l’été, en attendant Nice-Cannes en novembre. Paris, c’est promis, elle y prendra une revanche, sans doute en 2021, car Florence s’annonce pour 2020. « J’ai l’impression que ma vie commence. Je suis bien dans mon corps, dans ma peau. Mes enfants, les grands, ont bien réussi dans la vie, j’ai une magnifique petite-fille de trois ans, je suis heureuse comme jamais ». Rien ne semble pouvoir arrêter Sylviane, une guerrière qui fait la fierté de sa petite tribu.  

Par A.Milleville, publié dans Running pour Elles 52.

Paul Bernard, 85 ans, court tous les jours ou presque, depuis 40 ans. Il a notamment couru les 40 éditions des 20 km de Paris. Cet ancien réserviste de l’armée de l’air cumule les grands souvenirs de course mais vit bien à 100% dans le présent. « En 40 ans de course, j’ai cumulé 120 000 kilomètres. Ca fait trois fois le tour de la Terre ! Pas mal non ? » lâche d’entrée Paul Bernard. Gouailleur, hâlé et connecté – dernière montre Samsung au poignet – Paulo, comme on le surnomme, fait dix ans moins que sur le papier. 85 ans, l’arrière grand-père ! « On me donne souvent 70 ans. Les années passent et je reste plus jeune, ce n’est pas beau ça ?

4000 km par an

Son secret de jouvence ? Des bornes 365 jours par an, autour de Choisy-le-Roi ou de Villers-sur-Mer, où il réside en alternance. « Entre les entraînements et les compétitions, je tourne à 4 000 km par an. C’est moins qu’avant. A une époque où je courais tellement, parfois trois courses en un week-end, que j’en avais mal aux bras ! Je fais entre 10 et 20 km, soit entre 10 000 et 25 000 pas par jour. Je sors presque toujours avec des amis, tous plus jeunes que moi, de 60 ans en moyenne. Souvent je les pousse, c’est moi la locomotive. » raconte le retraité, volontaire de caractère.
Sa passion pour la course née à l’aube de ses 40 ans, presque par hasard. « J’ai fait carrière dans l’armée de l’air. Tous les ans on passait un test d’effort. Une fois, j’ai couru le kilomètre en à peine 4 minutes, ce qui a suscité l’intérêt de l’entraîneur. Il m’a proposé de faire de l’athlétisme un peu plus sérieusement. C’est comme ça que tout a commencé. » Un, deux, trois kilomètres et plus… Paulo s’entraîne tous les midis avec le club de l’Armée de l’air, au bois de Boulogne. « Je peux vous dire que j’en connais tous les cailloux ! Au bout d’un an j’ai pu faire une boucle de 8km, puis de 10 km puis de 15 km. En même temps, j’ai arrêté la cigarette. Je fumais deux paquets par jour. Ca me brulait la gorge, me comprimait les poumons. A l’époque, on ne se rendait pas compte du danger du tabac. J’ai perdu pas mal d’amis à cause de ça. Sans doute que si je m’étais pas mis à courir, j’en serai mort aussi… » lâche-t-il, songeur.

Premier Marathon de Paris, en 1976

Flashback à ses débuts, dans les années 70. Les « joggeurs » ne courent alors pas les rues. Bob sur la tête, short court, polo en coton et tennis aux pieds, ces « hommes pressés » sont même parfois moqués. Une autre époque. Celle des prémices du hors-stade. En 1976, Paul court son premier 42 km pour le premier Marathon de Paris. « Nous étions 300 au départ, et le parcours consistait en quatre tours du bois de Boulogne. J’avais terminé 72e en 3h40 » se souvient-t-il. 63 autres marathons ont suivi dont l’inimitable New York bien sûr, en 3h25’ en 1988. Meilleur chrono en 2h58’, à 50 ans. A son actif aussi, une quinzaine de 100 km, et près de 200 semis ! Il a couru le premier semi de Paris, qui totalisait alors 25 km du côté de Charléty et des dizaines de Paris-Versailles « Je pense que j’ai dû monter au moins 500 fois la côte des Gardes ! ».

« Un trophée plus grand que moi »

Sa course fétiche, c’est une autre classique d’octobre. Les 20 km de Paris. Le retraité a couru les 40 éditions et participe toujours à l’organisation avec l’ASCAIR. « Je suis bénévole à la remise des dossards et à la préparation des ravitaillements. Organiser c’est bien, mais participer c’est encore mieux. J’ai couru les 40 éditions, toujours avec le même plaisir, même si le chrono n’est plus ce qu’il était. Mon record est en 1h15, maintenant je mets 2h30 ». Le 40e anniversaire d’octobre dernier gardera une saveur particulière. « L’organisation m’a fait une belle surprise. Une fois la ligne franchie, alors que j’étais prêt à rentrer chez moi, le général en chef de l’armée de l’air m’a appelé au micro pour monter sur le podium. Il m’a remis un énorme trophée, presque plus grand que moi et d’au moins 40 kilos ! C’est la plus belle coupe de toutes », raconte-t-il ému. Elle trône en bonne place chez lui, à Choisy, dans sa salle de gym. Une pièce « musée » où s’affiche récompenses et souvenirs. 80 coupes décrochées sur des cross, plus de 300 médailles… Une sacrée carrière, qu’il écrit toujours au présent, à 85 printemps.

Portrait publié dans Running Attitude 198, par A.Milleville