Même si les égoïstes ne sont pas plus nombreux dans les pelotons que dans la vie de tous les jours, nous ne résistons à un petit florilège de scènes observées dossard sur la poitrine.

Par Dom Cado de Lalignebleue.net, marathonien Breton d’un âge que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Portrait par Sébastien Lamart.

Qui ne s’est pas retrouvé un jour, coincé, serré, entravé au départ d’une course à cause de quelques retardataires souhaitant encore se rapprocher de la ligne des bips, prêt à déplacer tout le peloton, alors qu’une sardine qui pourtant aime enlacer ses congénères dans une boîte, se sentirait, à son goût, un peu trop vigoureusement comprimée. Pour retrouver un peu d’air ? C’est simple, il suffit de leur confier nos secrets et comme ils ne s’intéressent qu’à eux, c’est un moyen de les faire fuir pour retrouver de l’espace vital.

©ASO-Aurélien Vialatte. On se serra les coudes, le 5 avril prochain sur les Champs-Elysées…

Qui ne s’est pas fait bousculer, coudoyer, heurter au moment d’attraper son verre d’eau à un ravitaillement par un égoïste poli au “pardon” énergique du style “laissez-moi la place”, comme si ceux qui le cernait était là pour le servir, comme si le plaisir de faire plaisir lui était méconnu.

Qui ne s’est pas fait dépasser, doubler, déborder par un égoïste pressé, plus rapide que nos foulées. Celui-ci se rabat juste devant, au risque de nous crocheter les mollets ? Se taire est la contrainte du moment. L’égoïste, les oreilles closes à triples tours, sourd à ce qui l’entoure, continue son chemin en ne pensant qu’à lui, comme si l’espace dans lequel il vivait était une scène de théâtre où il était le seul acteur. Avez-vous remarqué ? Et c’est souvent le même  que l’on retrouve quelques kilomètres plus loin, au bout du bout de son réservoir de glycogène prenant à son compte le chemin ou la route bitumée, l’oreille cotonneuse aux “Pardon” des “encore” plus rapides.

Néanmoins l’égoïste a peut-être raison de vivre sa vie comme il l’imagine, puisque comme le disait Flaubert : « Pour être heureux, il suffit d’avoir une bonne santé, d’être égoïste et surtout idiot ». A méditer, ou pas.