Vincent Machet fait partie de la catégorie « poids lourd » depuis toujours. Pour vivre ses rêves, il doit lutter contre son ennemi héréditaire. Rencontre avec ce passionné aussi courageux que généreux.  

« Je ne veux pas courir pour maigrir mais plutôt maigrir pour courir », résume Vincent Machet.« Dégraisser le mammouth » comme il dit, c’est le combat de sa vie. Son obésité, ennemi hérité de sa mère, ne l’a jamais empêché d’aimer le sport. Son père lui a transmis le goût de l’effort, de randos en sorties à vélo. Ado, il tombe dans la marmite de la course à pied.

A l’arrière des pelotons 

L’envie presque viscérale de courir le tient depuis son premier dossard. C’était sur Marseille-Cassis en 1998, sa première « grande course ». Son premier marathon a suivi en 2004, sur le Marseille Music Marathon. « Les orchestres pliaient bagages à mon passage, en plus de 5h », relève-t-il pour l’anecdote. Vincent n’a jamais boudé son plaisir à l’arrière des pelotons, comme sur le mythique New York Marathon«  J’ai couru New York pour mes 40 ans, dans le cadre d’une émission de M6, avec une équipe de coaching m’aidant à perdre du poids. C’était une expérience énorme. J’étais descendu à 140 kilos. » 

Abonné à l’effet « yoyo », il oscille entre 130 et plus de 150 kilos. Les dossards qui égrènent son année l’aident à garder le cap. Il se bat. Et s’entraîne dur. 4 à 5 entraînements par semaine en croisant course, vélo, proprioception, musculation, squats, gainage. « Malgré ça, je n’ai pas les tablettes de chocolat mais plutôt le Nutella, c’est comme ça… ». Et la chirurgie bariatrique ? « Je m’y suis toujours refusé. Tant que j’ai une chance de pouvoir réaliser de beaux défis, je préfère continuer à me battre. » 

Qu’à-t-il prévu cette année ? « J’ai repris du poids depuis le début de la crise sanitaire. Cela me « ralenti » évidemment beaucoup dans ma préparation pour de nouvelles courses. Mais je m’accroche. Je vais refaire quelques épreuves courtes en mixant marche et course, ainsi que des randos ce printemps pour arriver en forme l’été prochain. Et revenir plus fort en septembre sur le Serre Che Trail et enchaîner avec le Trail de Serre Ponçon.

Vincent Machet et son ami Michel Lanne sur le Marathon des Alpes Maritimes en 2019
Vincent Machet et son ami Michel Lanne sur le Marathon des Alpes Maritimes en 2019.

L’esprit Team Salami 

Sur ces deux rendez-vous dans les Hautes-Alpes, Vincent défendra les couleurs de son team Salami. Ouverte à tous les amis, cette « version saucisson » du team Salomon carbure à l’autodérision. C’est que ce communiquant nourrit un goût certain pour les bons mots. De quoi faire sourire les « Facepotes » autant que les équipes Salomon. Jusqu’à un certain Kilian Jornet : « Grâce à ma petite notoriété, j’ai eu la chance de partager 24h en montagne avec lui. Un garçon d’une humilité déconcertante. Nous avons parlé très simplement de montagne, de faune et de flore. ».

Cet échange restera un beau souvenir. Depuis le décès de son père, emporté par un cancer, puis de sa mère dans la foulée, Vincent n’aspire qu’à vivre ses rêves en grand, pour ne rien avoir à regretter. Il s’est ainsi hissé au courage sur le glacier du pic de l’Etendard (3 464 m) avec Matthieu Brignon, puis tout près du Mont-Blanc du Tacul (4 248 m) en compagnie du champion Vincent Delebarre. 

Des étoiles pour Héloïse

Battant, assurément, ce père de trois enfants est aussi un « vrai gentil ». Dur envers lui-même, tendre avec les autres. Les champions comme les anonymes héros de leurs combats quotidiens l’inspirent. Tout spécialement une petite Héloïse, atteinte d’une maladie génétique orpheline neuro-dégénérative. « Cette petite fille est bien plus grande que beaucoup d’entre nous. Elle a toujours le sourire, une force incroyable. Courir pour elle est une énorme source de motivation », explique-t-il. Pour soutenir l’association créée par ses parents, L’épuisette à étoiles, il s’est donné pour mission « d’envoyer du lourd » à chaque occasion. Plus récemment, Vincent a créé une nouvelle association, Les enfants du Run, ayant vocation à soutenir Héloïse mais aussi d’autres enfants, quels que soient la nature de leurs besoins. 

Côté personnel, Vincent Machet vient d’achever son autobiographie, Autopsy d’un marathon, et cherche un éditeur? « Cela fait longtemps que je l’avais dans les tubes, et je l’ai écrit (et réécrit) à la fois comme un témoignage à transmettre et comme une thérapie personnelle”. Une leçon de vie.