Tenir 100 km à près de 13km/h… L’Aixoise Floriane Hot a impressionné à Belvès. A 31 ans cette contrôleuse aérienne a décroché le titre tricolore en 7h42’ pour son premier « cent bornes ». Rencontre avec cette nouvelle reine de l’ultra-fond.

Un titre de championne de France de 100 km à 31 ans, pour un galop d’essai, qu’est-ce que cela fait ? 

« Ça fait bizarre d’abord, mais surtout très plaisir. Je ne m’y attendais pas du tout. Au-delà de 60 km, ma plus longue sortie en préparation, c’était l’inconnu. Je suis partie sur les bases des mimimas en voyant jusqu’où ça irait. Tout s’est si bien passé que cela donne envie de recommencer ! »

Floriane, en bref… 31 ans, contrôleuse aérienne à Aix, a participé le foot pendant de 7 à 14 ans, court depuis 2014, licenciée à Aix-Athlé. Ses records : 2h41’28’’ sur au marathon, 1h19’56’’ sur semi, 35’55’’’ sur 10 km. Sa dernière perf’ : championne de France sur 100 km à Belvès (Dordogne) en 7h42’24’’, 8e au scratch avec un premier marathon en 3h15’, le second passé en 3h18’ Sa devise : seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Après 5 marathons, qu’est-ce qui t’a donné envie de « monter » sur 100 km ?


« Cela s’est fait sur un coup de tête. Après mon dernier marathon à Valence en décembre (2h41’28’’), j’ai hésité à refaire un marathon ce printemps. Mon compagnon (Nicolas Navarro) m’a lancé le défi de courir un 100 km. Il a fallu qu’il me le dise une fois et j’étais lancée. Je me suis dis, pourquoi pas, j’aime bien les challenges, on verra où cela me mène… »

Ce 100 km t’a fait basculer dans une autre dimension de la course à pied…

«  Oui. On dit qu’un marathon commence au 30e km. Cette fois, au 30ekm, ce n’était que le début, même pas la moitié. Le 100 km commence vraiment au 70e km. Il faut donc être patient et faire appel au mental pour s’évader quand les jambes sont dures. Mais c’est un effort que j’ai beaucoup aimé, à un rythme moins soutenu, à 50 secondes de plus au kilomètre que sur marathon ».

Courir longtemps, c’est donc ce que tu préfères. Le court, très peu pour toi ?

«  Le fractionné n’est clairement pas ma tasse de thé. Mon coach m’a fait comprendre que si je voulais progresser sur du long, il fallait que je progresse aussi sur le court. J’essaie donc de faire au mieux même si je préfère largement une sortie longue plutôt qu’une série de 400 m. Heureusement, on s’entraîne à plusieurs, avec mon groupe MaratoniacK. Ça motive. »

Floriane Hot, tu porteras donc le maillot français sur les championnats du monde de 100 km à Berlin en août prochain…

« Oui, et c’est un rêve pour moi ! Je n’aurai jamais cru pouvoir un jour intégrer l’équipe de France, même si quand on s’entraîne et qu’on fait tout ça, on a toujours un petit espoir. Quand cela devient réel, cela paraît fou. »

Quel sera ton objectif ?

« J’espère faire mieux. A Belvès, il y avait 800 mètres de dénivelé positif, à Berlin, le circuit sera plat mais ce sera une boucle de 7,5 km. Psychologiquement, ce sera plus difficile qu’ à Belvès, le tour était très agréable avec des traversées de beaux villages, qui rythmaient la course et Nicolas qui m’accompagnait à vélo. Ce ne sera pas le cas à Berlin. Mais je me dis qu’il y a peut-être quelque chose à jouer côté chrono…»

A moyen terme, as-tu d’autres projets ?

«  Je pense refaire un marathon, histoire de voir si le 100 km m’a fait passer un cap. Séville, en début d’année me permettrait de bien récupérer après Berlin. J’avais accompagné Nicolas l’an dernier et adoré la ville, l’ambiance et le parcours, super roulant. »


Ton premier dossard, c’était où ?

« Sur le marathon de Toulouse en 2014. C’était un petit défi entre amis. Je me suis lancée directement sur marathon, sans entraînement. Je l’ai terminé en 3h41’ et j’ai adoré. Ensuite, je me suis inscrite en club, à Aix Athlé. Depuis je suis vraiment bien encadrée par mon coach, Jérémy Cabadet. »

Vivre avec le champion Nicolas Navarro, 12e sur le marathon des derniers J.O, c’est source d’émulation ou cela met un peu la pression ?


« C’est d’abord un gros soutien et surtout une source de motivation. Quand je vois d’où il est parti et ce qu’il arrive à faire maintenant, cela motive forcément. Nous sommes très en phase au quotidien, c’est ce qui fait notre force. Tout le monde ne pas comprendre qu’on ait envie de se lever à 6h du matin le dimanche pour aller courir plus deux heures. »

Vous vous entraînez souvent ensemble ?

« Oui bien sûr, mais pas sur les séances car je ne peux que le suivre à vélo, éventuellement (rires). Mais nous faisons tous nos footings de récup ensemble, notamment pendant ma préparation 100 km ou je faisais comme lui du biquotidien tous les jours. Nico m’a justement bien appris à aller lentement sur les sorties de récupération où il ne sert à rien de forcer. »

Floriane Hot, lors de son stage au Run IX Athletics Center au Kenya.
Floriane Hot, lors de son stage au Run IX Athletics Center au Kenya. ©Romain Gillig

Floriane Hot, tu as passé trois semaines au Kenya, à Iten, au RunIx Athletics Center, ce printemps. Raconte-nous ce stage sur la terre des champions…

« Je n’ai qu’une hâte, c’est de pouvoir retourner au Run Ix Athletics Center ! Ne faire que courir c’était génial. C’était aussi très intense, avec des grosses semaines à plus de 200 km. J’ai eu du mal à m’acclimater à l’altitude au début, mes jambes ne répondaient plus mais je me suis accrochée, avec le soutien de Nicolas. J’ai adoré ces trois semaines. La vie, la culture, les gens, si gentils. Le Kenya, c’est vraiment le temple de la course à pied. Même à 4h du matin, il y a toujours quelqu’un qui court. »

Comment gères-tu avec ton travail de contrôleuse aérienne ?

« J’ai posé mes congés pour partir au Kenya. Sinon j’ai des collègues super cool, donc j’arrive à adapter mon emploi du temps. Pour caser deux séances par jour, je me lève tôt le matin. Et pour préparer les prochains 100 km de Berlin, je sortirai encore plus tôt pour éviter la grosse chaleur… »

Floriane Hot, s’entraîner dur comme tu le fais, c’est forcément renoncer à une vie sociale ?

« Ma vie tourne autour de la course à pied, c’est sûr. Mais c’est un plaisir, pas une contrainte. Quand je suis en préparation, je suis sérieuse dans mes entraînements et je soigne mon hygiène de vie. Mais j’ai aussi besoin de couper pour relâcher au fil de l’année. De base, je suis une bonne fêtarde, j’aime bien manger et me faire plaisir. Je réattaque ma prochaine préparation 100 km pour Berlin fin mai, du coup, en ce moment, je profite bien. »

Quels conseils donner à ceux qui veulent pour passer un cap sur marathon ?


« Il faut accumuler des kilomètres mais pas n’importe comment. Mieux vaut s’entourer d’un coach, plutôt que de le faire à sa sauce. Au début, je courais 4 fois par semaine. Ensuite, je me suis mise à courir tous les jours, puis mon coach m’a fait doubler les séances deux fois par semaine. Pendant la préparation 100 km, j’ai fait du biquotidien presque tous les jours. Mais tout cela s’est fait sur 4 ou 5 ans. Pour augmenter le volume sans se blesser, il ne faut pas être pressé ! »

Tu t’es aussi essayé au trail, avec une victoire sur les Passerelles (25 km) l’été dernier. D’autres trails en vue ?

« Oui, je me suis régalée du début à la fin. J’adore aussi le trail mais je n’ai pas du tout de technique donc c’est compliqué pour le moment. Et surtout, j’ai encore envie de progresser sur route donc, je garde ça dans un coin de ma tête pour plus tard… »

Quel est ton meilleur souvenir de course ?

« Je repense forcément à Belvès, entourée de ma famille, de mes amis, et de Nicolas qui m’a suivi à vélo. Mon dernier marathon de Valence, où Nicolas a couru tout du long avec moi reste aussi un super souvenir. J’ai aussi adoré aller le supporter lorsqu’il a fait les minimas pour les JO de Tokyo, ou à Séville où il a battu son record. »