Rien n’arrête Christian Genries. Co-organisateur de course, marathonien centenaire, Ironman et coureur généreux.

« Follow me (suis-moi) ». Ces deux mots résumeraient presque Christian Genries, coureur de 56 ans originaire d’Orsay (Essonne), qui a fini 111 marathons et quelques ultras prestigieux en l’espace de 37 ans. Ce jour-là, ce 4 octobre 2021, l’ostéopathe vit sa course la plus dure, la plus folle, la plus envoûtante. Trente kilomètres ont déjà été parcourus dans des conditions extrêmes lorsqu’il croise la Suédoise Kristina Kallur, ‘‘au bout de sa vie’’.

Plutôt que de passer son chemin, il reste donc avec elle. « Je l’ai encouragée à me suivre. Nous avons fini l’étape ensemble, partagé de l’eau et un bout de gâteau. Des moments simples mais forts. Cela reste l’un de ses meilleurs souvenirs. Elle n’est pas repartie le lendemain mais a fini ce qui restera comme l’étape la plus dure de l’histoire du Marathon des Sables (MDS)», explique le Francilien. L’étape n° 2 de cette 35e édition, organisée en octobre et non en mars en raison de la Covid-19, a fait des ravages : 82 abandons, 9 malaises et un décès. On ne compte plus les vomissements et les balises de détresse déclenchées. 

Forçat du Sahara

« On voyait l’hélicoptère tournoyer sans cesse. On savait que des coureurs n’étaient pas bien. Il faut dire que les conditions étaient exceptionnelles : 58° C ressentis sur la dune de Merzouga, un taux d’hydrométrie très bas (5%) et un vent défavorable ». Ce jour-là, ils ne seront que trois sur sept à rejoindre la tente 91 au bivouac. « Avec Cédric, on a jamais songé à abandonner. Sur cette épreuve de 250 kilomètres en six étapes, en autosuffisance alimentaire, avec 6 kilos de nourriture et matériel à porter au quotidien, la dimension mentale joue beaucoup », confirme l’intéressé. Il abordait l’épreuve avec à peine 400 kilomètres d’entraînement dans les jambes et un Marathon de Berlin fini une semaine plus tôt en 3h50. « « La différence se passe dans la tête. Même s’il faut avoir l’art de se nourrir à bon escient, de s’économiser, de protéger son corps pendant la course, de bien récupérer, de boire très régulièrement et, pour certains tels que le Jurassien Christian Ginter (33 fois finisher), de se tanner les pieds ». 

Christian Genres : 111 marathons en 37 ans

Finisher en 58h07, Christian Genries a été au bout de son rêve. Malgré la fournaise, il a réussi à traverser ces montagnes de sable et fait le plein de souvenirs racontés à son ami Thierry Albrand quelques semaines plus tard sur le Marathon de Valence qu’il trouva la force de boucler en 3h29. Après plus de trois décennies de course à pied, Christian n’est pas rassasié.

« J’espère refaire un marathon en moins de trois heures pour mes 60 ans, boucler la Diagonale des Fous en 2023 et revenir sur le MDS peut-être pour une association », confie-t-il. Le secret de sa longévité ? Avoir su se préserver, diversifier les plaisirs et trouver son bonheur dans l’accompagnement d’amis coureurs. Ce fils d’un footballeur, qui joua en première division, a effectué ses premières foulées à l’âge de 2 ans…au camp des Loges ! À 18 ans, il boucla son premier marathon (2h38 à Paris, en 1984). « J’étais assez rapide, mais pas excellent. Je n’ai surtout jamais été concentré à fond dans la discipline. J’étais capable de faire une partie de tennis avec des potes le samedi et disputer un marathon le lendemain », confesse-t-il. 

Christian Genries sur le Marathon de Chicago en 2018.
Christian Genries sur le Marathon de Chicago en 2018. ©Elizabeth Fraissenon, de Sportifs à Bord.

Bon accompagnateur

La course à pied est son échappatoire, son bol d’air, sa décompression. Autonome dès l’âge de 17 ans, Christian cherche à se reconvertir après des études d’ébénisterie. Il travaille à la fois dans une grande entreprise et sur les marchés pour se payer ses études de droit puis s’orienter vers le métier d’ostéopathe.

Diplômé et devenu père à 35 ans, il s’accorde alors deux à quatre marathons par an. «Plus tard, je suis passé à 12, sans viser de chronos. J’ai, par exemple, accompagné des amis à  New-York que j’ai fini deux fois aux alentours de 5 heures. J’ai aussi déstressé et conseillé des clients sur celui de La Rochelle, dicté l’allure à Jean-Marc Gautier sur celui de Sydney, épaulé Christophe Citerne (victime d’un AVC cinq mois plus tôt) sur celui de Rotterdam. J’ai aussi manipulé la cheville d’un coureur qui venait de se blesser à Helsinki. Enfin, j’ai participé à celui de Berlin pour une collecte de fonds destinée au ‘‘Rêve de Talia’’ (association créé par les parents d’une enfant décédée d’une leucémie). J’ai son tour de cou avec moi sur toutes mes courses ».

La richesse des rencontres l’a fait rempiler sur la distance mythique de 42,195 km. À foison. Il fait partie des 150 Français à en totaliser plus de 100 et être l’un des fameux ‘‘centenaires’’ que référençait Xavier Colin sur le site Planète Marathon. Mais l’Orcéen préfère les tranches de vie aux chiffres. L’édition 2017 du marathon d’Amsterdam lui laisse ainsi un grand souvenir. 

Aventure épicurienne

« La veille, avec des amis, j’avais connu une soirée arrosée au champagne jusqu’à 3h30 du matin. Quatre heures plus tard, on était au Stade olympique pour le départ…  On a pris notre petit déjeuner sur les ravitos ! Ça avait été dur dès le 18e km. Mais je l’avais bouclé en 4h09 grâce à l’aide de Jean-Bernard Michaud. À 14h, on mangeait une poule au pot ! Et le lendemain à 8h, j’étais au boulot ». L’Épicurien reviendra dans la Venise du Nord, dès l’année suivante. Autre ambiance. « J’y étais allé sans réservation. J’avais dormi dans ma voiture. J’avais été plus rapide sur le marathon (en 3h56) mais ce n’était pas pareil…Je préfère ma première participation ». 

Lumière des flambeaux

Les expériences dépaysantes ne manquent pas non plus dans sa boîte à souvenirs. « 2019, à elle seule, avait été très riche. Le parcours hors du commun du Marathon du Luxembourg nous entraînait de nuit, Emmanuel Aubert et moi, à la lumière des flambeaux. De la modernité du quartier d’affaires jusqu’à la beauté du centre historique. Le Marathon du Mont-Blanc nous faisait parcourir des sentiers fabuleux. Et puis, le trail de la Muraille de Chine, un 75 km en six étapes, nous a fait fouler plus de 20 000 marches de la Grande Muraille. Inouï ! ».

Enfin, il y a les autres vies. Christian n’est pas que marathonien. Il préside le Castel Trail (association organisatrice du trail du Viaduc des Fauvettes à Gometz-le-Châtel), participe à des courses de joëlette avec la section handisport de Verrières-le-Buisson et a cofondé le club de triathlon d’Orsay. 

Un défi Ironman pour Christian Genries

« J’ai trouvé dans le triathlon un défi plaisant : devenir Ironman (boucler 3,8 km en natation, 180 km à vélo et 42,195 km en course à pied). Je me suis fixé comme objectif de finir l’IM de Nice. J’y étais parvenu en 12 heures en 2013 mais j’ai été disqualifié pour avoir bénéficié d’une assistance extérieure à la suite d’une crevaison. En 2014, j’y suis retourné sans avoir fait de vélo ni nagé pendant un an. Je voulais démontrer à ma fille Chloé, qui disputait son Championnat de France de natathlon le même week-end, que la force mentale permet de repousser bien des limites. Au 28e km de la partie vélo, j’ai voulu faire demi-tour lorsqu’il y a eu un orage foudroyant. Mais j’ai continué, roulé durant 90 kilomètres en hypothermie. Après 15h45 d’efforts, j’ai fini la partie marathon sous un feu d’artifics, sur la Promenade des Anglais ». Assurément, l’un de ses meilleurs souvenirs.